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Présenter Marie-Madeleine Davy nest pas une entreprise facile et faire sa biographie encore moins. Tout ce quelle a pu écrire à ce sujet ou laisser comme confidences, peut autant nous égarer que nous éclairer. Lallusion, la litote, la métaphore et la métonymie y abondent. Ce nest pas pour rien quelle parlait sans cesse de " lami des mystères ". Sa " personna " était à la grandeur de sa célébrité et elle adorait voiler derrière un masque de mondanité et de présentation conventionnelle la profondeur de sa vie spirituelle. Lart de se cacher derrière des citations pour pouvoir dire sans dire ne doit point nous éblouir. Bref tout doit être lobjet dun décryptage constant. Interlegere cest savoir lire entre les lignes. De plus sil y une personne que lon ne puisse pas réduire à sa biographie, cest bien M.M. Davy. Ce quelle apportait et ce quelle laissait la traverser était mille fois plus important que quelques précisions de dates. Mais dautre part il existe tellement dinexactitudes et derreurs à son sujet quil importe de pouvoir les rectifier rapidement avant que la légende hagiographique ne sinstalle. La science historique et le besoin de connaître la vérité ont aussi leurs droits. Qui était la véritable M-M.Davy ? Qua-t-elle fait et comment a-t-elle vécu ? |
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M-M. est née le 13 septembre 1903 à Saint-Mandé dans la banlieue parisienne. Elle nous décrit son père comme soigneux, impatient, fumeur, grand amateur de lecture et absolument pas bricoleur. Le personnage important de son enfance est sa grand-mère paternelle qui vivait dans les Deux-Sévres, près dAgenton-Château, à " La Roche aux Moines " par Saint-Clémentin. Le château était entretenu par un couple de jardinier-cuisinière. Grand-mère avait eu trois fils. Oncle Louis était mort à 16 ans dune chute de cheval et elle ne connaissait que sa chambre religieusement conservée en létat comme une chapelle commémorative. Oncle Octave était un personnage considérable, juriste, politicien, socialiste, bavard. Il vivait à Paris dans le dix-septième arrondissement et lui avait donné lamour de la lecture à dix ans. Lété il essayait sur elle ses interminables discours politiques à la Jaurès, auxquels elle ne comprenait rien. Sa mère était une fille dOfficier de Marine, effacée et vouée à la musique et à la peinture comme les jeunes filles de bonnes familles de son époque. M-M. en donne une présentation embarrassée et finalement très négative. Elle ne lui aurait jamais fait un compliment et narrêtait pas de dire : " Je ne sais pas ce que jai fait au Bon Dieu pour avoir une enfant pareille ". Elle était jalouse de la bonne à tout faire Nini, que semblait préférer M-M. Rien nétait à elle, sa mère donnait régulièrement à dautres ses vêtements et ses jouets. Elle na jamais parlé de sexualité. Elle vivait près de la rue du Four dans le sixième arrondissement de Paris et avait une sur aînée qui était religieuse de Saint-Vincent de Paul à la rue du Bac dans le septième arrondissement. M-M. dit que son journal écrit vers les dix ans avait été " souillé " par la lecture de sa mère. Et son premier roman raconte comment une mère abandonne sa fille, élevée par un chien. Son second roman, publié à lâge de 82 ans, raconte encore la même histoire dune mère qui naime absolument pas son enfant, échappé à un avortement et le fait élever par la grand-mère, professeur de yoga. " Dois-je lavouer, ma famille métait devenue étrangère. Ma vraie parenté, je léprouvais à légard de la nature ". En revanche M-M. sétend en détail sur son amour de la nature à la campagne chez la grand-mère. Elle nétait jamais louée, mais on lui avait appris à ne jamais se plaindre. Elle adorait manger des fleurs, elle buvait cinq thés par jour et prenait plusieurs bains par jour. Elle a lu à cinq ans et écrit à dix ans. Cétait un vrai garçon manqué, elle détestait les robes et en 1908 elle ne portait déjà que des shorts ou des pantalons. Par la suite je ne sais pas si elle possédait des robes, je lai toujours vu en pantalon. Sa mère lui reprochait de ne pas mettre les adjectifs au féminin et de parler delle-même au masculin. M-M. aimait tellement le jardin, le parc, la rivière et les étangs autour quelle descendait la nuit de sa chambre du premier étage par une corde à nuds pour aller courir partout dans la nuit. Elle parlait aux arbres et sidentifiait à eux, ainsi quà toutes les espèces vivantes. Elle aimait se retirer à part, se tenir seule dans la nature sans bouger. A dix ans et demi pour sa communion solennelle, elle sest rebellée et a refusé lexistence de lEnfer que le curé lui enseignait et elle en est tombée malade. M-M. ne dit rien de la Grande Guerre 14-18 quelle a vécu de 11 à 15 ans. Simplement son enfance se termine en 1918, quand elle a 15 ans et que meurt sa sur aînée qui en avait 20 et dont elle dit quelle était sage et avait appris à jouer du violon. Mais nous savons que M-M. se jugeait très laide avec de gros yeux, de grandes dents comme Fernandel et une voix dhomme qui faisait quau téléphone, on lappelait toujours " Monsieur ". En 1919 cest sa grand-mère qui meurt et Oncle Octave hérite du château de la Roche-aux-Moines, où elle ne va plus. En 1920 elle obtient son bac à 17 ans avec mention et elle aurait eu des prix de grec et de latin au Concours général. En 1921 à 18 ans elle sinscrit à la Sorbonne et quitte sa famille pour sinstaller dans un studio boulevard Saint-Michel. Cela ne se faisait à cette époque et provoque donc une rupture. Par conséquent pour avoir sa liberté, elle doit subvenir à ses besoins. Sa famille ne veut plus lui payer ses études et elle doit pour vivre donner pour commencer des cours aux enfants, puis elle devient la secrétaire de Julien Benda. |
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M-M. va être étudiante pendant plus de douze ans en philosophie et en histoire. Elle étudie langlais, lallemand, le grec, le latin et lhébreu. Sa chance va être sa rencontre avec le Professeur dhistoire médiévale Etienne Gilson qui la conseille et la guide. Elle se spécialise dans le latin médiéval et plus particulièrement dans le douzième siècle, quelle nomme le " siècle solaire ". Cest très rapidement une étudiante très particulière qui fréquente ses professeurs de philosophie de la Sorbonne dans différents salons, comme celui de Marcel Moré, et/ou reçoit chez elle Gaston Bachelard, Robert Aron, Jean Wahl, Jean Burgelin, Maurice de Gandillac, Jean Hypolite, Vladimir Jankélévitch, etc. Son besoin de relations mondaines et amicales fut tel quelle a connu tous les gens célèbres de son époque, sauf dit-elle Henri Bergson, René Guénon et Jean-Paul Sartre. Alain elle la rencontré deux ou trois fois au Collège Sévigné où il donnait des cours après sa retraite du Lycée Henri IV. Mais elle a mieux connu Paul Valéry, François Mauriac, André Gide, Pierre Teilhard de Chardin, Carl-Gustav Jung, Antonin Artaud, Henri Corbin, Georges Bataille, Monseigneur Jean Daniélou, Louis Massignon, Gurdjieff, Arthur Adamov, Roger Godel, Krishna Ménon, Gaston Fessard, Lanza del Vasto, Jacques Lacan, Jean Grenier, Puech, Mircea Eliade, Abélio, Jean Paulhan, Emmanuel Mounier, Paul Ricoeur, etc. Puis elle a reçu " les jeunes " Michel Butor, Gilles Deleuze, Michel Tournier, etc. Elle a surtout fréquenté, admiré et été inspirée par la philosophe Simone Weil, Gabriel Marcel et Nicolas Berdiaev, sur lesquels elle a écrit un ou plusieurs livres. Je lai dabord connu par un ami commun Léon-Jacques Delpech, Professeur de Psychologie à lUniversité de Paris VII, dont toute la joie était aussi de déjeuner à midi avec une de ces célébrités et qui en connaissait sans doute plus quelle, en tant que Président de la Société française de Cybernétique fondée par Coufignal. Ils se téléphonaient tous les matins à huit heures et parfois encore dans la journée. Ils ont aussi connu des femmes célèbres comme Valentine Hugo, Clara Malraux, Marcelle de Jouvenel, Maryse Choisy, Véra Daumal, Germaine Meyer, Madeleine Zay, Raïssa Maritain, etc. " Javais énormément damis et de relations " écrit-elle simplement. Grâce à des échanges détudiants, elle séjourne en Allemagne, aux USA, en Hollande, Norvège et dans les pays de lEst. Puis elle sera assistante à lInstitut français de Berlin, à lUniversité de Manchester, au Bedford Collège de Londres, où elle fera un long séjour. En 1934 elle publie chez Vrin des traductions de Guillaume de Saint-Thierry et chez Grasset un livre sur " Les Dominicaines, initiatives nouvelles dans lOrdre ". A cause de cette dernière publication, elle va diriger pendant un temps dans son appartement de la rue de Faubourg Saint-Jacques un " monastère de Dominicaines ", studieuses étudiantes non cloitrées, dont elle navaient pas gardé un bon souvenir. A la demande dEtienne Gilson, elle commence des études de théologie à lInstitut Catholique de Paris " avec une souffrance indicible ", elle est la première et la seule femme admise, mais reléguée au dernier rang de lamphi. Son entrevue avec le Directeur Monseigneur Baudrillard après avoir obtenu son Doctorat en Théologie catholique en 1941 sera horrible. Cette théologie sans âme, sans esprit, dans la fuite de la spiritualité et de lintériorité, lui paraît être un simple jeu intellectuel dorthodoxie hérité de la Sainte Inquisition : " Ils traquent les déviations doctrinales comme le chien traque le lièvre en bavant de plaisir ". Et de fait ils ont par leurs condamnations brisé la vie et la carrière de bien des espoirs (Le Roy, Laberthonnière, Tyrell ). M-M. obtiendra aussi un Doctorat de Théologie protestante dont elle parlait peu. Après sa déception elle sera de plus en plus attirée par les Orthodoxes russes, au point de songer à se convertir et elle donnera des cours à Sainte-Irénée boulevard Blanqui. Notons quelle ne parlait jamais de la Vierge Marie ou de Jésus et na rien écrit sur eux : hors des formes, elle restait sur lessence divine ou lAbsolu. La période de la seconde guerre quelle a connu 39-45 va tout intensifier. Elle entre dans la Résistance en novembre 1940, dans un réseau qui agit et qui ne se contente pas de palabrer dans les cafés comme celui de Sartre. Elle a un appartement rue Cujas en face de Sorbonne où elle cache des résistants sous le couvert dun Centre de conférences culturelles. Le réseau met à sa disposition le château de La Fortrelle, près de Rosay-en-Brie, pour y cacher les réfractaires au travail obligatoire en Allemagne, les juifs et les aviateurs anglais ou américains. Sa couverture sera encore des Colloques où elle réunit toutes les célébrités de lépoque. Elle recevra pour cela la Légion dHonneur remise par De Gaulle et des décorations anglaises, belges et américaines. Sa totale indépendance desprit se marque à ce que ce même château lui servira à cacher et sauver des Pétinistes lors des jugements sommaires et exécutions de la Libération. Elle obtient enfin son Doctorat en Philosophie avec la mention très honorable, sans doute en 1940 sur " Théologie et mystique de Guillaume de Saint-Thierry ". Mais elle naura jamais lagrégation de philosophie qui est la voie royale pour lenseignement. Aussi ne fera-t-elle en philosophie que de brefs remplacements dans des cours privés à Rollin, à Sainte-Marie de Neuilly ou à Reims. En 1943, elle sera chargée de cours à lEcole pratique des Hautes Etudes, Vème section Histoire des religions, puis elle entrera au CNRS pour traduire du latin médiéval et deviendra Maître de Recherches. Ce poste lui laissait toute liberté et la délivrait de toute obligation denseignement. Elle va en profiter pour beaucoup voyager et faire des tournées de conférences avec lAlliance française en Europe, Asie, Afrique, USA, Amérique du Sud. Elle sera particulièrement marquée par ses longs séjours en Inde et au Japon. Ses premières publications correspondent à sa carrière de médiéviste, spécialiste du XIIème siècle, avec des traductions des deux " Traités de lamour de Dieu " de Guillaume de Saint-Thierry, du " Traité de lamour " de Pierre de Blois et des uvres de Saint Bernard de Clairvaux, puis avec son " Initiation médiévale " et surtout ses " Essais sur la symbolique romane ". Logiquement elle fréquente les milieux universitaires et de nombreux couvents de religieuses et de moines (Dominicains, Carmes, Chartreux, Camadules ), mais aussi les milieux protestants, puis les orthodoxes russes et lInstitut Saint-Denis (pas les Grecs qui lénervaient par leur morgue). Mais elle pénètre aussi de nombreux milieux juifs et traduira Scholem, ceux de lIslam et des Soufis avec Corbin et Massignon, ceux de lHindouïsme, du Yoga et des Bouddhistes. Tout ce qui touche de près ou de loin à la spiritualité lattire et pour elle il y en a finalement plus en Orient que dans le Christianisme. Elle fait très tôt du Judo et pratique du Yoga en 1950 chez Shri Mahesh. " La patrie de mon âme savérait orientale " écrit-elle. Comme bien des Catholiques elle est crucifiée par laventure des missionnaires partis convertir les infidèles aux Indes et qui finalement ont été eux convertis aux valeurs des Yogis et des swamis hindous. Le salut pour elle se trouvait dans laventure du Père Le Saux, devenu swami Abhishiktananda, qui après avoir pleuré et geint dans la terreur sur son apostasie, a finalement découvert le Transpersonnel. Il a compris alors que cela navait strictement aucune importance et quil ne fallait pas donner de nom et de forme à lAbsolu transpersonnel. Ce qui lui rendu la paix à la fin de sa vie. Cest à loccasion de la publication de son livre sur " Le passeur entre deux rives " que M-M. sest rapprochée encore plus de lAssociation Française du Transpersonnel, dont elle était membre dHonneur depuis sa fondation en 1985.
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Sa vie se continue sur ce rythme jusquà sa retraite vers 1968. Cest alors quelle commence une seconde carrière consacrée non plus à parler des autres mais à faire connaître son aventure intérieure. Cela débute en 1966 avec la parution de la " Connaissance de soi ", un livre encore un peu philosophique, suivi de son maître-livre en 1974 " Lhomme intérieur et ses métamorphoses " où elle a ressemblé les textes des conférences quelle donnait déjà dans des milieux très divers. Et cela va durer pendant 30 ans de 63 à 93 ans ! Ses livres sur le symbolisme portent sur La Lumière (1976), Le Désert intérieur (1983), LOiseau (1992), La Montagne (1996), LArbre (1997) En 1996 elle dirige LEncyclopédie des Mystiques en 4 tomes. Viennent aussi des ouvrages plus autobiographiques : Un Itinéraire (1977), Traversée en solitaire (1989), Tout est noces (1993), trois romans et des livres de poèmes. De plus elle dirige elle-même deux collections de livres (Lil). M-M. a vécu deux EMI, Expérience de Mort Imminente. Lune à 63 ans en 1966 à Helsinki. Attendant un taxi dehors par moins 35 degrés, elle sest réveillée à lhôpital, après avoir revu sa vie à lenvers et été accueillie par sa mère et ses amis. Le soir elle donnait quand même sa conférence. La seconde fois ce fut dix ans après en Suisse à Genève le 22 avril 1976. Lors de son hospitalisation, elle est passée sur lautre rive et a vu les visages souriants de sa mère et de son père, ainsi que damis et a " éprouvé le sens aigu dune dimension cosmique ". Désormais elle est prête pour le grand départ et elle peut écrire : " Jignore comment je vivrai ma mort. A lavance, je voudrais lui sourire et lui souhaiter la bienvenue Le franchissement entre les deux rives mapparaît devoir seffectuer dans la gravité du silence ". (Traversée, p. 260). En septembre 1987 elle récupère la maison de sa grand-mère où elle va vivre et mourir, tout en gardant sa petite location à Paris au 21 rue Racine, en face de la Sorbonne, où tout est encombré de livres. Tous les membres de sa famille sont morts un à un, " Ainsi je nai plus de famille. Je le constate sans en être exagérément affectée. La parenté charnelle mest assez indifférente. Je ne suis pas attristée par le manque denfants ". Elle est plus désolée de ce que le jardin est à labandon, les oiseaux partis et que les chasseurs rodent tout autour. Elle meurt le dimanche Premier novembre 1999, soignée par sa fidèle secrétaire. Elle est enterrée selon ses désirs dans le cimetière de Sain-Clémentin avec une pierre tombale qui porte ces seuls mots : " Sois heureux, passant ! ".
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Léloquence. M-M. en a révélé le secret en lattribuant à Louis Massignon, lhistorien du Soufi Al Hallâj. " Il ma taraudée, bouleversée Quand il parlait, tout dun coup il se retirait, il sanéantissait. LEternel le traversait. On en sortait brûlé Massignon était brûlé par le soleil de Dieu, irradié par le soleil de lEternel ". Ainsi en a-t-il été avec M-M. Davy tous les jours de 77 ans à 93 ans. Lintériorité. Lappel
du désert. Le désert nest pas un lieu, ni un espace, cest le fond de nous-mêmes, le fond intemporel, le point déternité que chacun porte en lui. Le
silence. La nudité. La liberté. Celui qui répond à lappel du dedans est devenu libre. Je dois me tenir dans un état de liberté. LAbsolu. La
solitude. Jai aimé très tôt la solitude. Jai épousé la solitude comme dautres prennent un compagnon de route. Jai une clôture translucide dans un amour partagé avec lAbsolu. Je suis endolorie de solitude. Jaurais souhaité mieux savoir exprimer mon amour pour la solitude, lui prouver ma gratitude, la célébrer sur le mode dhymnes, de louanges. Elle seule donne accès à la chambre des Trésors. Elle est mon initiateur, mon véritable maître spirituel. Le dépouillement.
LHomme
de Lumière. Le
Transpersonnel. Après sa
mort, sest tenu à Paris le 31 janvier 1999, un
Colloque en son hommage.
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