YOGA-NIDRA
ou la visualisation en relaxation profonde

par Marc-Alain DESCAMPS

Yoga-nidra signifie “sommeil yoguique”. C’est une branche du Yoga particulièrement riche et originale, constituée essentiellement par l’apprentissage d’un état original de conscience ou quatrième état de conscience. On peut le considérer comme une variante de l’état de transe des chamans. Cette technique très ancienne est décrite dans les traités des Tantras et a été transmise par les Yoguis depuis des temps immémoriaux. La plus grande partie du Hatha-Yoga est en effet tantrique  dans le bon sens du terme.

Yoga-nidra est surtout connu en Occident par l’enseignement de Swami Satyananda de Monghyr. Ce disciple de Swami Shivananda de Rishikesh a recherché toutes les anciennes pratiques à ce sujet et les a systématisées. Il a commencé à l’enseigner vers 1968 à des Occidentaux comme swani Devatmananda, Denis Boyes ou Bhaktananda qui à leur tour l’ont diffusé.

Mais Yoga-nidra n’est pas seul et fait partie de tout un ensemble de techniques apparentées (l’ouverture et l’élargissement de l’espace intérieur; l’apprentissage du silence intérieur, l’établissement de la conscience témoin) préliminaires au vide mental et à l’éveil du corps subtil (vayus, nadis, chakras, kundalini) ...

D’abord on doit le comprendre comme un enchaînement très pur et très strict de techniques, servant de résumé ou d’aide-mémoire. On se réfère toujours à lui comme à un modèle intangible. Pourtant en Occident on ne trouve souvent que l’enseignement de la première leçon, ou à la rigueur des cinq premières. Et on n’avance pas beaucoup en répétant  dans différents stages la même première leçon. Seul un enseignement long et progressif permet de découvrir l’exceptionnelle richesse de cette voie originale. Car de même que dans un cours de hatha-yoga on ne peut pas faire toutes les postures connues, de même dans une séance de yoga-nidra on ne peut développer qu’un ou deux de ses aspects dont on se sert dans un but bien précis. On bâtit une séance de yoga-nidra avec quelques techniques comme on bâtit un cours de hatha-yoga avec quelques postures.

Le premier apport de Yoga-nidra est d’apprendre un nouvel état de conscience appelé samdkya ou twilight-state, état crépusculaire. Il correspond à l’état ALPHA ou état de transe C’est l’état du sommeil yogique ou sommeil conscient. Il a ses référents dans la religion hindoue où il est l’état fondamental de conservation du monde. Mais l’état du sommeil conscient est fort difficile. En Occident on commence par chercher un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Pour cela, dans une séance allongée, qui dure d’une à deux heures, on commence par réaliser une relaxation profonde qui engourdit le corps et le fait rester immobile. Puis on cherche à ne pas s’endormir. Au début, il n’y a aucune difficulté car on reste vigilant tout le temps et l’on n’arrive pas à descendre dans un état profond. Puis lorsqu’on arrive avec les répétitions à se calmer et à faire confiance, on se détend ... et on s’endort. Vient alors une période où l’on doit lutter contre le sommeil pour descendre assez profond et ne pas s’endormir. On suit alors le difficile chemin des crêtes où l’on risque de tomber d’un coté avec un esprit éveillé ou de l’autre dans le sommeil. Il faut frôler le sommeil sans jamais y tomber. Mais si l’on a de légères et brèves pertes de conscience, il ne faut pas trop s’en inquiéter, car c’est inévitable à ce stade.

   Malheureusement Yoga-nidra, tel qu’il est diffusé  en Occident perd parfois de sa puissance. Sous des noms très divers, on divulgue  une rêverie en position allongée ou assise, qui est devenu un simple exercice MENTAL, intellectuel, de pensée. On pense par exemple « à un champignon », mais on ne le voit pas et on n’en sent pas l’odeur. Ce n’est qu’une idée. Ce n’est ni une sensation ni une visualisation, on en reste au niveau verbal des mots ou au mieux des idées. Mais lire le menu d’un restaurant n’a jamais nourri ni restauré. C’est un peu la différence entre la vraie méditation où la pensée est stoppée et « la minute de silence » que l’on fait dans toutes les cérémonies commémoratives où l’on s’ennuie patiemment.
     Dans une relaxation profonde la communication se fait avec le subconscient et parfois l’inconscient. Lorsque la connexion se fait véritablement alors les images surgissent de l’inconscient dans une phase exploratoire et d’autres peuvent y être insérées pour l’assainir. Alors  l’on commence à se rééduquer et à progresser.

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Marc-Alain Descamps