L’AXIOLOGIE OU LA THEORIE DES VALEURS

par Marc-Alain Descamps

 

 

 

 

Le mot « valeur » a bien des sens. Nous ne parlons que des valeurs philosophiques, car en économie une valeur est une action d’une société, en musique la valeur est une sonorité et en peinture une valeur est une nuance de couleur, etc.

 

En philosophie une Valeur est une norme qui relève de la morale, de l’éthique, de la sociologie, de l’esthétique, de la logique …  Victor Cousin publie en 1853 Du  Vrai, du Beau et du Bien. Une valeur est quelque chose qui n’existe pas sur terre, mais que les humains veulent faire exister en le défendant et le propageant. La devise de la France « Liberté, Egalité, Fraternité » est un bon  exemple de valeurs, de même que la justice, le pardon, l’entraide, la paix, la concorde … On a parfois employé les mots de slogan, symboles, archétypes …

 

Cela a commencé avec la découverte des mathématiques par les Grecs. Pythagore révérait les Nombres et a fait de la sainte Téraktys la base de l’octave et de la musique occidentale. Dans notre exploration de la terre nous avons trouvé pour chaque peuple des danses, cuisines, religions … différentes, mais une seule mathématique. Il est impossible de trouver deux nombres pairs successifs, le plus grand nombre, l’ordre des nombres premiers, etc. La présence de l’Infini (Apeiron) s’impose dans les Nombres. Donc les mathématiques s’imposent à l’homme, c’est la première des Valeurs, les Arithmos. Notre pensée est ainsi faite et nous ne pouvons pas penser autrement. Et en plus c’est ainsi qu’est construit le Kosmos, donc il y a harmonie entre l’esprit de l’homme (Noûs) et l’esprit de l’univers (Logos). L’âme humaine (Psuké) est un nombre et une harmonie. Et Pythagore se souvenait de ses vies antérieures.

 

Platon étend les Arithmos aux quatre polyèdres réguliers ( tétraèdre, hexaèdre, octaèdre, icosaèdre)  et aux Formes Intelligibles (Idéa) le Beau, le Bien, le Vrai. Puis il l’étend aux Vertus : le Courage, la Justice, la Piété, etc. Ces Idéa sont non sensibles, uniquement intelligibles. Ce sont des réalités immatérielles et immuables, éternellement identiques à elles-mêmes, universelles et intelligibles. Elles sont plus vraies et plus réelles que le sensible ou le matériel. De même que dans notre monde sensible, il n’y a qu’un soleil, le soleil du monde intelligible est l’Idéa du Bien. Il est à l’origine de la création par le Démiurge, à tel point que Platon doit se convaincre qu’il existe des Idéa d’objets artificiels (une navette) et d’objets sales.

Elles sont des structures et des modèles, des archétypes (Arké), des origines et des paradigmes. Entre les incarnations on les contemple dans le ciel en procession (en grec Théorie) .

 

Hegel veut dans son système unir le sensible et l’intelligible par la logique de l’histoire, avançant dialectiquement par affirmation, contradiction, synthèse vers le progrès de l’esprit absolu.

 

Puis les théories des Valeurs émergent à partir des théories économiques : Lotze, Brentano, Lavelle, Scheller, Perry … Les nouvelles valeurs ne sont pas présentées comme des créations mais comme des découvertes, des dévoilements de réalités existants depuis l’origine du monde. Ainsi à partir de Hume la révélation des Lumières va engendrer des révolutions et des bouleversements.

 

Jung Carl-Gustav a accordé beaucoup de place aux Valeurs, sous le nom d’Archétypes, c’est-à-dire de modèles de conduite. Il a ainsi étudié la persona, l’Ombre, l’anima, le Soi, la synchronicité, l’Unus mondus …

 

Bergson Henri a déterminé deux sources du progrès humain : la morale close de l’obligation et la morale ouverte de l’Appel du héros et du saint.

 

 

Donc les Valeurs n’existent pas sur terre : il n’y a pas d’égalité, de justice ou de liberté … Mais elles existent dans l’esprit des hommes et les font  agir pour réduire la part d’inégalité, d’injustice ou d’esclavage. Les Valeurs ont une action considérable en tant que moteur d’action, d’Attracteur, des Idéaux. Elles sont des modèles de vie et d’histoire. L’histoire humaine avec la succession des civilisations œuvre dans le sens de la victoire des Valeurs sur terre et de leur installation au cours des siècles. Bien sûr leurs progrès sont lents, surtout au début, car une des lois de l’histoire est son accélération. Les progrès engendrent les progrès, surtout depuis la révolution de l’agriculture et la domestication, puis l’industrialisation, le virtuel et la globalisation. Ce sont les hommes qui ont fait régner plus de justice, de paix, de concorde, d’entraide, de soins, d’égalité, siècle après siècles. Ce sont les hommes qui sont unis dans des groupes de plus en plus larges : horde, tribu, village, ville, région, pays, nations, états unis … Ce sont des hommes (et surtout les femmes) qui ont fait disparaître le cannibalisme, la vendetta, le viol, l’inceste, l’esclavage, le servage, la torture, les mafias … Ce sont les femmes qui ont enseigné l’amour aux hommes et le respect de leur corps. Ce sont elles s’opposent  aux conflits et aux guerres et ont fait régner les valeurs d’entente, de pardon et de paix.

 

Bibliographie

Bergson Henri, Les deux sources de la morale et de la religion, PUF , 1932

Polin Raymond, La création des valeurs, Vrin, 1977.