LA TRANSPSYCHANALYSE

 

 

PRESENTATION

 

      Ce livre est le troisième de la recherche :

- En 2004 est paru chez les éditions Desclée de Brouwer LA PSYCHANALYSE  SPIRITUALISTE.

- En 2007 est sorti aux éditions Trismégiste PSYCHANALYSE & SPIRITUALITE. Où Michel Bon écrit sur le premier livre : « C’est mille fois plus clair que Lacan, donc plus dangereux ».

- Avoir une psychanalyse spiritualiste, c'est-à-dire non-matérialiste est un besoin vital.

La Transpsychanalyse, ou métapsychanalyse, est la psychanalyse complète et intégrale, la psychanalyse en tant que science de l’inconscient, la psychanalyse de l’avenir, celle du XXIième siècle. Les mathématiques ne sont pas la science d’Euclide, de Leibniz, de Bernouilli ou d’Evariste Gallois, mais elle intègre l’apport de chacun dans une suite logique. La science est évolutive, progressive et intégrative. De même la vraie psychanalyse intègre les apports de Freud, Reich, Jung, Adler, Schultz, Férenczi, Guéza Roheim, Jacques Lacan, Heins Kohut, Moréno, Winicott, Bion, Anzieu, etc. Elle a été réformée par les femmes : Sabina Spielrein, Lou Andréas Salomé, Marie de Grèce, Mélanie Klein, Françoise Dolto, etc. La transpsychanalyse traverse tous ces apports, toutes les doctrines et toutes les écoles. Elle est ouverte et au lieu d'avoir une vision étroite et sectaire, elle est intégrative. De plus elle est pragmatique et part du vécu et des problèmes du patient. Ce qui mène la cure est l'inconscient thérapeutique du patient qui finit par se manifester au bon moment, si on le respecte et l'écoute.

Il y a eu une extension de la notion de symétrie avec la supersymétrie dans la physique des particules selon la physique quantique. Un système ou une figure ont une extension de symétrie lorsque ses propriétés restent constantes lors d’une transformation comme une rotation dans l’espace ou une réflexion dans un miroir. Semblablement la transpsychanalyse est une superpsychanalyse, par extension au monde figuratif des formes, images et symboles. Elle dépasse et intègre les contradictions.

 

La Transpsychanalyse est intégrative. Particulièrement elle se doit de réconcilier Freud et Jung, et joindre à la rigueur méthodologique des freudiens, la position non-matérialiste de Jung. Elle doit aussi intégrer le Rêve-Eveillé de Robert Desoille, la psychanalyse des hauteurs à la française.

Peut-on réparer cette dramatique journée du 25 mars 1909 où la psychanalyse s’est déchirée entre matérialisme et spiritualité ?

Cent ans après est-il possible de dépasser ce clivage grâce au complet renouvellement qu’apporte la diffusion des sagesses de l’Orient ?

 

 

1.      REPARER L’OPPOSITION FREUD/JUNG

 

A.    La Rencontre

 

Freud et Jung ont été attirés l’un par l’autre et enchantés de se rencontrer. La première fois ils ne pouvaient pas s’arrêter de parler pendant treize heures de suite ! Mais au fur et à mesure qu’ils se connaissaient mieux, ils découvraient tout ce qui les séparait et les opposait.

 

Sigmund Freud (1856-1939) est un médecin autrichien de Vienne, qui après avoir essayé la recherche à l’université, se spécialise dans « les maladies organiques du système nerveux ». Avec son ami Breuer il publie en 1895 ses Etudes sur l’hystérie. Après avoir abandonné l’hypnose il met au point une cure cathartique puis psychanalytique avec l’association libre, les résistances et le refoulement. Un petit cercle d’élèves se rassemble autour de lui, mais ils sont tous juifs comme lui. Aussi quand il apprend qu’un Suisse, s’intéresse à ses travaux, il invite Jung avec empressement. Ils se rencontrent et à Salzbourg à Pâques 1908, il le nomme rédacteur en chef du nouveau Journal qu’ils fondent. Freud espère ainsi se dédouaner de l’accusation de « science juive », mais il soulève la jalousie de tous les jeunes analystes autour de lui. En 1909 Jung et Freud sont invités à une semaine de conférences en allemand à l’université du Massachussetts aux USA. En 1910 « il laisse élire Jung comme président de la nouvelle Association psychanalytique internationale ». Et selon Freud en 1911 Jung organisa un mouvement dissident en tentant « une transposition des faits analytiques sur le mode abstrait, impersonnel, sans tenir compte de l’histoire de l’individu ».

Freud a reconnu son désir sexuel envers sa mère et ses rêves libidineux, ce qu’il nommera pour ses patients « le complexe d’Oedipe ». Il parait centré sur l’origine et l’étiologie des névroses d’abord par le retour des souvenirs oubliés puis par un revécu des trois stades oral, anal, génital.

Surtout Freud se présente comme un matérialiste : « les psychanalystes sont fondamentalement d’incorrigibles mécanicistes et matérialistes » (Nouvelles conférences) et il ajoute « la psychanalyse n’a pu être crée que par un juif tout à fait athée » (Lettre à Pfister du 9-10-1918). Il a toujours eu l’espoir, pour être scientifique, que la psychanalyse se fondrait dans la Biologie (1895, Esquisse pour une psychanalyse scientifique).

 

Carl Gustav Jung (1875-1961) est un médecin psychiatre suisse, élève de Bleuler qui s’occupe en Suisse de schizophrénie, donc plus des psychoses que des névroses. D’abord dès 1903, il se présente comme « le champion de Freud et de ses idées », bien que cela puisse nuire à sa carrière universitaire. Freud l’invite et leur première rencontre eut lieu à Vienne en février 1907 et « treize heures durant, nous parlâmes pour ainsi dire sans arrêt ». Freud le supplie de faire de la théorie sexuelle un bastion contre « le flot de vase noire de l’occultisme », ce qui frappa au cœur notre amitié. « pour moi la théorie sexuelle était tout aussi occulte … J’avais observé chez Freud une irruption de facteurs religieux inconscients». Il s’était construit un dogme et avait remplacé Dieu par la sexualité, il trouvait en bas ce qu’il avait refusé en haut. La monotonie de son interprétation cachait sa partie mystique. L’inceste n’est une complication personnelle que dans des cas extrêmement rares, le plus souvent il présente un contenu hautement religieux (Ma vie p. 195).

Le principal thème d’opposition entre eux est la religion, la place et la valeur de la religion. Freud va être le pourfendeur de la religion qui est pour lui une illusion sans avenir (L’avenir d’une illusion). La foi religieuse est un délire collectif qui n’a que le mérite d’éviter le besoin de se construire un délire individuel.

Pour Jung, au contraire, l’âme est « naturellement religieuse ». Comme il le montre dans son livre Psychologie et Religion, ayant fait l’expérience religieuse, il propose à chaque patient de la faire au cours de la cure, car c’est l’expérience « à laquelle la plus haute valeur est attribuée ». Et il ajoute « le trésor de la plus haute connaissance est caché dans le dogme religieux ». Il consacre une étude minutieuse au Saint sacrifice de la messe. Dans la Réponse à Job il montre que la seule réponse religieuse est dans la crucifixion de Jésus et c’est ce que confirme son dernier ouvrage Mysterium conjuctionis.  « Les religions sont des systèmes psychothérapeutiques, au sens le plus strict du mot, de proportions monumentales ». On ne peut pas être plus opposés.

La Psychogénéalogie de Jung. Chaque être humain est la synthèse de deux ADN et doit unir de façon originale deux lignées familiales. Cela semble avoir été particulièrement difficile pour Jung car les deux lignées étaient prenantes et opposées.

De par sa mère il appartient à la lignée PREISWERK. Sa grand-mère maternelle Augusta Preiswerk avait un don de double-vue depuis sa maladie. A 18 ans son frère attrape la scarlatine, en le soignant elle tombe malade aussi et meurt. Le menuisier apporte le cercueil et avant de l’y mettre sa mère lui maintient un fer à repasser brûlant sur la nuque et elle revient à la vie après 36 heures de coma. Elle épouse un pasteur protestant Samuel Preiswerk qui avait déjà perdu sa première femme, Magdaleine. Elle avait son fauteuil réservé où personne ne devait s’asseoir et Samuel avait toutes les semaines un entretien secret avec elle, ce qui rendait Augusta furieuse. De plus quand il devait écrire son prône du dimanche, les esprits le dérangeaient et sa fille Emilie devait s’asseoir dos à dos pour le protéger.

Pour Carl-Gustav sa mère Emilie était double : une commère corpulente, avisée et sociable mais par derrière se trouvait un être redoutable, une voyante ou Wotan, la nature sauvage. A l’âge de six ans il a été très perturbé par le « rêve » du phallus de sa mère « haut de quatre à cinq mètres, fait de peau et de chair vivante, sans visage » et sa mère lui dit « Regarde-le bien, c’est l’ogre, le mangeur d’hommes », lui laissant une peur infernale. Sa mère a fait aussi plusieurs séjours dans une clinique psychiatrique.

La lignée Jung était aussi perturbatrice. Il porte les mêmes prénoms et noms que son grand-père, chirurgien célèbre qui a fondé l’université de Bâle. Ils croient descendre de Goethe par l’adultère d’une arrière grand-mère. Son père Paul, Achille était un pasteur falot tourmenté par la perte de la foi, dans une famille de dix pasteurs. Carl-Gustav le symbolise à l’âge de douze ans par le « rêve » impardonnable : « du ciel Dieu lâche un énorme excrément qui met en pièce la cathédrale ».

Des disputes dans le ménage de ses parents lui laissent un eczéma généralisé. Quand il a trois ans sa mère est hospitalisée pour dépression et il est confié à une servante, ce qu’il vit comme un abandon. Pour sa thèse de médecine, il travestit l’histoire de sa cousine Hélène Preiswerk qui a 14 ans avait été le medium de leur grand-père et avait raconté toutes ses propres réincarnations. « Je suis Ivénès, je me réincorpore toujours dans des existences privilégiées. Je suis venue au monde pour la première fois à l’époque du roi David. J’ai été sa maitresse et eu plusieurs fils illégitimes. J’ai du l’expier et mourir de bonne heure. Astaf, un puissant ange, m’a accompagnée au ciel. J’y ai reçu la mission de devenir martyre. Lorsque l’empereur Néron persécuta les chrétiens, je fus jetée en pâture aux lions … Au Moyen Age j’étais une dame noble nommée Berthe de Valours et vécut dans le Sud de la France. Carl qui est à présent mon cousin, était mon fils … A la fin du XVIIIème siècle je vivais dans le Thuringerwald. Mon mari était prêtre et ami de Goethe … Il me fit la cour et devint amoureux de moi. Je me laissai séduire et lui engendrai un fils, le grand-père illégitime de Carl ».

 

B.     La Rupture

 

     Le 25 mars 1909 à Vienne dans le cabinet du Dr. Freud une rencontre mémorable va être à l’origine de l’éclatement de la psychanalyse. Il en existe deux versions opposées qui semblent irréconciliables. Celle de Jung étant la plus détaillée, commençons par celle de Freud.

A.    FREUD. La version officielle pour les freudiens est celle qu’a donné Jones : « A l’occasion de ses premières visites à Vienne, le 25 mars 1909, Jung régala Freud du récit surprenant de ses expériences et déploya ses talents de magicien en faisant cliqueter plusieurs objets posés sur des meubles. Freud admis avoir été très impressionné par ses exploits et avoir tenté de l’imiter après son départ. Il découvrit toutefois les causes physiques évidentes à l’origine des bruits observés et nous raconte que sa crédulité s’était évanouie en même temps que la présence magique de Jung. Il écrivit immédiatement à son ami pour lui conseiller de garder la tête froide sur ce chapitre ».

B.     JUNG. Dans son autobiographie Jung raconte tout autrement cette rencontre qui sera le début de leur dissension. « J’aurais voulu connaître les opinions de Freud sur la précognition et la parapychologie en général. Quand j’allais le voir en 1909 à Vienne, je lui demandais ce qu’il en pensait. Fidèle à son préjugé matérialiste, il repoussa tout ce complexe de questions, n’y voyant que sottises ; il se réclamait d’un positivisme tellement superficiel que j’eus peine à me retenir de lui répondre avec trop de causticité … Tandis que Freud exposait ses arguments, j’éprouvais une étrange sensation. Il me sembla que mon diaphragme était en fer et devenait brûlant, comme s’il formait une voute brûlante. En même temps un craquement retentit dans l’armoire-bibliothèque qui était immédiatement à coté de nous, de telle manière que nous en fûmes tous deux effrayés. Il nous sembla que l’armoire allait s’écrouler sur nous. C’est exactement l’impression que nous a donnée le craquement. Je dis à Freud : « Voilà ce qu’on appelle un phénomène catalytique d’extériorisation » - Ah, dit-il, c’est de la pure sottise ! » - « Mais non, répliquais-je vous vous trompez Monsieur le Professeur. Et pour vous prouver que j’ai raison, je vous dis d’avance que le même craquement va se reproduire » Et de fait à peine avais-je prononcé ces paroles que le même bruit se fit entendre dans l’armoire. J’ignore encore aujourd’hui d’où me vint cette certitude. Mais je savais parfaitement bien que le craquement se reproduirait. Alors, pour toute réponse, Freud me regarda sidéré. Je ne sais pas ce qu’il pensait ni ce qu’il voyait. Il est certain que cette aventure éveilla sa méfiance à mon égard ; j’eus le sentiment que je lui avais fait un affront. Nous n’en avons jamais plus parlé ensemble ». Donc l’opposition est totale sur ce qui vient de se passer.

Contrairement à ce que dit Jones, Freud a mis trois semaines à répondre à Jung le 16 avril 1909. Et voici le commentaire de Jung à cette lettre  « Il est remarquable  dans sa lettre du 16 avril 1909 Freud a tout refoulé et en reste à une explication « rationnelle » pour une douce illusion qu’on ne partage pas. Par la suite les propos de Jung sur les cadavres ou sur Aménophis provoquèrent deux fois des syncopes de Freud. Tout va tourner sur l’interprétation réciproque de leurs rêves, ce qui n’est pas sans danger. « Que les choux prospérassent sur le fumier était pour moi tout naturel », mais Freud était très réticent sur la sublimation. Et le maître lui-même ne parvenait pas à sortir de sa propre névrose, lorsqu’il identifia théorie et méthode et en fit des dogmes, ce fut la rupture, écrit Jung.

   Ils étaient au moins d’accord sur l’action néfaste de l’inconscient « Ceux qui ont oublié leur passé sont condamnés à le revivre indéfiniment sans s’en rendre compte » ou selon Jung « Si vous n’affrontez pas votre Ombre, elle vous sautera à la figure sous forme de votre destin ».

 

C. Les oppositions

 

La principale divergence porte sur la Religion.

Pour Freud c’est Une Illusion sans avenir : « un délire collectif dont le seul mérite est d’éviter de se construire un délire individuel ».

Pour Jung la fonction religieuse est fondamentale, car :

« L’âme est naturellement religieuse »

«  L’inconscient a des tendances religieuses »

« Le problème de la guérison est un problème religieux »

« Les religions sont des systèmes psychothérapiques, au sens le plus strict du mot,

de proportions monumentales ».

 

Mais il y en a bien d’autres oppositions : l’inconscient collectif, la nature de la névrose et de la libido, etc.

 

 

2.   LE DEPASSEMENT DES DEBUTS.

 

De par ces divergences fondamentales, les deux systèmes freudiens et jungiens se sont diffusés séparément et chacun a développé sa logique au point de sembler inconciliables.

Freud a eu une autre chance de s’ouvrir à ce qu’il avait refusé, lors d’une rencontre avec Romain Rolland, Prix Nobel de Littérature 1913, pour lequel il avait une profonde admiration. A la place de la religion, Rolland a essayé de l’ouvrir de façon très large à ce sens du cosmos qui est la sortie de l’égo. Il parle de la sensation de l’éternel et de l’infini, mais Freud n’y a vu qu’une dissolution dans un « sentiment océanique ». Et ce fût encore un rendez-vous raté et une occasion manquée. Désormais Freud réduit toujours l’expérience mystique à une « fusion utérine ».

 

En fait les deux systèmes freudiens et jungiens sont largement tributaires du dix-neuvième siècle dans lequel ils sont apparus. Ils n’ont essayé de se perpétuer au vingtième siècle que difficilement par de grandes concessions. Au XXIème siècle nous devons avoir forcément un autre point de vue. Comme l’écrit Pascal, un nain sur les épaules d’un géant, voit plus loin tout en ayant moins de mérite.

 

A. Le bouleversement mondial

 

    Freud et Jung n’ont pas connu des phénomènes aussi importants que la bombe atomique et la guerre froide, la destruction du mur de Berlin, la fin du communisme mondial, la chute des soviets et la Fin de l’Histoire, l’antipsychiatrie et l’hôpital de jour, l’apparition des antidépresseurs et neuroleptiques, les drogues, les neurosciences, les voyages sur la Lune et sur Mars et l’homme qui a marché sur la Lune, les satellites et leur localisation avec le GPS, le phénomène de mondialisation et les altermondialistes, le pouvoir absolu des multinationales, la dictature de la Finance sur les dettes des Etats, la télévision regardée en moyenne trois heures par jour, les ordinateurs, Internet, le déplacement de l’axe du monde vers le Pacifique, l’essai d’union européenne, l’éveil de la Chine, le fiasco généralisé des œcuménismes et la laïcisation, la multiplication du troisième sexe : les transgenres, etc.

    Au point de vue théorique se sont ajoutés la physique nucléaire, l’ADN et l’exploration du génome, la mécanique quantique et subquantique, le big-bang, les cordes et supercordes, les trous noirs, les nébuleuses et lamatière noire de l’univers, etc. Un apport très important est celui de « la gnose de Princeton », et toute la pensée transpersonnelle, les théories du chaos, des systèmes instables, des attracteurs … Les recherches sur la supergravitation et la supersymétrie n’ont commencé qu’en 1960 à partir de l’algèbre de Poincaré.

      En particulier la notion de l’Hologramme est fondamentale pour éclairer le principe d’individuation jungien. De même, après la mort de Jung, l’éthique a pris la place de la morale. L’enfant a été partout préservé de la corruption généralisée et sa défense est mondiale aussi bien contre « les enfants-soldats » que contre les pédophiles et pervers sexuels.

     Le plus important est l’effritement de la pratique religieuse, le vide des temples et églises, les progrès de la laïcisation en Europe et surtout en France, la perte d’audience des églises confessionnelles, la généralisation mondiale des critiques des religions dans tous les médias, etc.

A cause de cela, la spiritualité en vient à remplacer les religions. Par spiritualité on peut entendre une vision non-matérialiste et non-réductionniste du monde, la reconnaissance qu’un dessein intelligent se lit dans toutes les découvertes scientifiques. Le cerveau ne produit pas la pensée et il y a quelque chose après la mort. Cela correspond à une religion intérieure hors de toute église confessionnelle. Mon livre sur « Histoire des idées des hommes sur Dieu » analyse les récentes métamorphoses de la notion de dieu : il passe de la transcendance à l’immanence, c’est un dieu d’amour et non plus de justice et de vengeance, il est plus féminin que masculin, il est descendu du ciel jusque dans le cœur de ses fidèles, il est plus psychologique que créateur, il n’est plus tellement personnel, mais impersonnel ou plutôt transpersonnel, etc.

Jung s’est plus occupé de comprendre les dogmes chrétiens ou l’alchimie que d’étudier et de revivre toutes les grandes expériences des mystiques de toutes les religions comme le fait  Desoille dans son livre de 1938 et comme la Psychanalyse spiritualiste cherche à le continuer en 2004.

 

B.  La Spiritualité

 

Face à Freud, Jung s’est donné pour tâche de bâtir un système de réconciliation avec les religions et les églises. Deux siècles plus tard la « psychanalyse spiritualiste » fait la même chose mais pour la spiritualité, pas pour les religions. Elle propose une psychanalyse des hauteurs qui ne soit pas matérialiste. Elle veut bâtir du solide sur une base minimaliste d’un large accord. Elle n’est pas contre les religions, mais ne s’en occupe pas, laissant à chacun, à partir d’une vision du monde fondée sur la prééminence de l’esprit sur la matière, d’ajouter librement ses croyances particulières sur une religion et ses sympathies dans une communauté ecclésiale.

Dans le contexte global du XXIème siècle, la spiritualité a remplacé la religion, comme l’éthique a remplacé la morale et par conséquent tout est changé. L’alchimie si importante pour Jung est totalement absente de La Psychanalyse spiritualiste, remplacée par la connaissance précise de la pensée orientale : yoga, tantrisme, vedanta advaïta, shivaïsme du Cachemire, T’chan, Zen, bouddhisme tibétain bien mieux connu qu’à la fin du XIXème siècle. S’y ajoute la méditation des livres de tous les mystiques du monde : des Béguines à l’école rhénane de la théologie négative avec Maître Eckhart et ses disciples, plus les écoles italienne, espagnole, française, les Soufis et les mystiques orientaux et hindous. De plus des techniques religieuses se diffusent hors des religions et sont intégrées dans la psychologie et les psychothérapies : transe, danse des derviches, méditation, isolation sensorielle, yogas, mudras (gestes) et postures, mantras et mandalas, respirations accélérées ou hyper-ventilation holotropique, etc.

La découverte freudienne a été amplifiée et renouvelée par ses successeurs : Mélanie Klein, Heins Kohut et surtout Jacques Lacan et Robert Desoille.

 

 

 

3.  LA PRISE EN COMPTE DES CONCEPTS ORIENTAUX

 

 ou  PSYCHOLOGIE  ORIENTALE

 

 

    L’Occident s’ouvre à l’Orient et tout est changé. L’Inde et le Yoga apportent des notions nouvelles et complètement opposées aux croyances occidentales. Elles ont mis du temps à se diffuser. L’époque classique  est rationaliste, mais surtout colonialiste et par autojustification elle ne voit que les travers et défauts de l’Orient. C’est la révolution romantique qui va s’ouvrir aux sagesses orientales. Mais dans un premier temps tout va être mélangé et confondu : yoga et taoïsme, hindouïsme et bouddhisme, créationnisme et pessimisme, théosophie et magie …

    La civilisation occidentale repose sur un fond de croyance communes, qui semblent vraies et évidentes, car leurs opposées sont inconnues et ridiculisées.

    Les principales notions orientales vont se diffuser peu à peu (1. karma, 2. samsara, 3. moksha, 4. maya, 5. avatar, 6. koshas, 7. kundalini, 8. kléshas …). Elles sont essentielles pour la Transpsychanalyse et la psychologie ouverte actuelle.

De plus nous découvrons l’importance des systèmes de pensée :

comment jusqu’à ce jour avons-nous pu admettre le contraire, sans aucune preuve ?

 

--

 

1)      Le KARMA

 

 Le Karma suscite bien des incompréhensions pourtant ce n’est que l’extension universelle du déterminisme. Rien de plus scientifique. Tout a une cause et toute cause produit des effets et aussi les actes moraux.

Elle succède à la rétribution des actes par un jugement individuel ou dans le jugement dernier, comme chez les Chrétiens.   

La formulation exacte du karma est simple et précise :

« Ce que vous subissez, vous l’avez fait,

ce que vous faites, vous le subirez ».

Exactement et sans exception.

La première objection porte sur le DELAI.

1. Les personnes branchées et évoluées spirituellement ont une réponse immédiate, comme dans les contes de fées où un bienfait n’est jamais perdu. Elles ne peuvent plus souhaiter une maladie à leurs ennemis, car cela  leur arrive aussitôt à eux.

2. Les autres attendent plus longtemps et ne voient pas le rapport.

3. La plupart des personnes trouvent leur rétribution dans la vieillesse où l’on subit ce qu’on a fait. 4. Après la mort cela se fera dans l’au-delà ou le Bardo (séjour entre deux réincarnations).

5. En dernier recours le karma va engendrer la vie suivante et les réincarnations successives.

    Le karma, unique réponse au problème du mal, est aussi une loi d’amour et une condition de la liberté. Il incite à la morale et à la moralisation de l’espèce humaine. Le karma n’a aucune volonté de vengeance, il incite seulement à la responsabilité. On doit le comparer à une dette.

Dans la motivation pure, ou Pur Amour, se trouve la principale source de délivrance du karma.

Ce karma disparaît à l’éveil chez un sage réalisé (Arhat) qui est sans passion. Il est remplacé par un courant de conscience et de compassion. Le karma est surtout la réversibilité et la possibilité par un seul acte d’amour généreux d’annuler des tonnes de mauvais karma. Par l’apprentissage de la responsabilité, le karma c’est la liberté.

 On peut le comprendre comme la notion de dette. On peut faire des dettes partout mais on peut aussi faire en sorte que ce soit les gens autour de vous qui aient des dettes envers vous. Il y a un karma positif comme il y en a un négatif : je peux devoir de l’argent, comme on peut m’en devoir. J’ai une dette envers mes parents et je dois la rembourser à mon tour.

 

    Il peut exister des karmas collectifs. On peut avoir le karma collectif d’une famille. Les plus célèbres sont les karmas des familles royales ou régnantes : les Atrides, les Oedipes, les Bourbons, les Roumanofs, les Hamlets, les Napoléons, les Tudors, les Saxe-Gotha Cabourg …

   Chaque ville a son karma : Rome, Venise, Nurenberg, Balk, Hiéroshalaïm …

Le karma de chaque île se voit mieux : Crète, Corse, Chypre, Délos, Irlande, Hawaï, Malte, Pâques, Santorin, Sein, …

Il existe un karma collectif de peuples entiers : les Roms et les Gitans, les Mayas, les Wisigoths, les Huns, les Basques, les Bretons, les Alsaciens, les Polonais, les Aborigènes australiens … Le karma des Juifs est exemplaire et central pour l’humanité. Le karma des Français n’est pas celui des Allemands et pendant longtemps ils ont été vécus comme opposés, avant la réconciliation dans l’Europe.

   Le karma des peuples colonisateurs a été analysé par Jung : il en a vu le symbole dans les Aigles de leurs blasons et leur agressivité conquérante.

 

 

2)      Le SAMSARA /REINCARNATION

 

Le Samsara ou Réincarnation en est la conséquence avec l’enchainement des vies successives. Cette évidence de l’Inde et de toute l’Asie ne va être admise en France que vers 1875 avec le terme de réincarnation et la notion de progrès. Autrefois on a parlé de transmigration, métempsycose, palingénésie,  transanimation,  métensomatose lorsqu’on croyait à l’incarnation d’une âme d’homme dans un corps d’animal. Aujourd’hui un tiers des Européens croient aux vies antérieures et l’on retrouve les souvenirs. Tout le karma qui n’est pas brûlé dans cette vie, va engendrer la prochaine vie et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on se soit libéré de ces vasanas (fantasmes ou malédictions). Mais en essayant de se libérer de son mauvais karma, on risque de se charger d’un nouveau : c’est comme un tambour de machine à laver dont il est si difficile de sortir propre.

   La réincarnation est la seule solution au problème du mal.  Elle apporte une clarté logique : tout devient clair. L’hypothèse de n’avoir qu’une seule vie nous plonge dans un monde d’injustice en plein absurde. Aucun dieu ne peut décider d’une éternité de bonheur au ciel ou de tortures infinies dans l’enfer des Chrétiens sur le fait de mourir en état de péché mortel ou bien véniel. Il n’y a pas d’égalité des chances au départ et les « milieux défavorisés » seraient doublement puni et même éternellement et à l’infini. Plus tous les handicapés mentaux, trisomiques, débiles, autistes, microcéphales, hydrocéphales, aliénés … dont la mort serait « la fin absurde d’une vie dénuée de sens ». Ce qui est la position de bien des athées qui préfèrent croire qu’à la mort on meure totalement et complètement : corps, esprit et âme, définitivement.

   La croyance dans les réincarnations nous réinsère dans le cosmos et l’aventure spirituelle de la vie. Elle nous rend notre liberté et nous responsabilise. C’est à nous de nous nettoyer et nous améliorer, en aidant les autres pour mériter une vie meilleure.

   Les récits des enfants ont été l’objet de vérifications par différents groupes d’enquête. Particulièrement Ian Stevenson a passé sa vie depuis l’Université de Virginie (USA) avec l’aide d’une trentaine de collaborateurs dans le monde entier à vérifier ces récits. Puis dans son livre Réincarnation et Biologie il a publié les études et les photos des cas qui portent des traces corporelles des blessures dues aux accidents ou attaques dont ils ont été l’objet dans leur vie précédente.

    En plus, existe chez les Lamas tibétains le pouvoir de prévoir et déterminer leur prochaine réincarnation en tant que Tulkous (sprul-ku). Ce sont des moines qui ont accumulé tellement de mérites et de karma positif qui leur permettrait de devenir un Bouddha et ils renoncent à entrer dans le Nirvana et à rester des Bodhisattvas pour continuer à aider par compassion le reste de l’humanité dans la souffrance. Ce pouvoir de réincarnation  volontaire commence à se répandre en Occident.

   La réincarnation est une vision évolutive du cosmos. Depuis son origine, la matière noire a donné les galaxies et les systèmes solaires et sur la planète Terre est apparu la vie, puis l’évolution des formes végétales et animales. Déjà Empédocle d’Akragas avait eu dès moins 500 ans cette large vision de la réincarnation où tout évolue : « car autrefois je fus jeune homme et jeune fille et arbuste et oiseau et muet poisson de mer » (frag. 117).

 

 

3). MOKSHA/NIRVANA

 

La libération ou la Délivrance joue en Orient les rôles que tient la notion de « Salut » dans la Chrétienneté. C’est la possibilité d’échapper à ce Samsara. Le Yoga comme le Bouddhisme tiennent à cette possibilité d’échapper au cycle des réincarnations. Le voeu des Bodhisattvas est essentiel : ce sont ceux qui ont été délivrés de l’obligation de se réincarner et qui le font volontairement pour passer les derniers et aider activement toute l’humanité à se libérer. En Occident Sainte Thérèse de Lisieux, puis Mère Térèsa ont voulu occuper leur ciel à soulager toutes les misères de la terre.

     Mais les Bouddhistes parlent de Nirvana au lieu de la Moksha des Hindous et les Japonais parlent de SATORI. Ce karma négatif disparaît complètement à l’éveil chez un sage réalisé (Arhat) qui est sans passion et il est remplacé par un courant de conscience et de compassion. Le Nirvana a toujours été très mal compris en Occident : face au Ciel des chrétiens, il a toujours été présenté comme un vide, un néant, une extinction, du pur négatif. Or le Nirvana est positif, c’est la fin des trois poisons et des passions qui en découlent, la délivrance du samsara par l’accès à l’au-delà de la souffrance, de l’Ego (l’égoïsme, l’orgueil et la colère), comme ils sont au centre du Mandala : La Roue de Vie.

  Dans le Mahayana (la Voie large) le nirvana ne sera définitif que lorsque le samsara sera vidé de tous les êtres souffrants. Il est dynamique grâce à la compassion et au vœu du Boddhisatva qui se réincarne sans cesse pour sauver les autres. Le phénomène des Tulkous est apparu au douzième siècle chez le Karmapa puis s’est étendu à de plus en plus de lignées, dont le Dalaï Lama au quinzième siècle. Actuellement cette possibilité de se réincarner volontairement et de donner des précisions sur sa future réincarnation se diffuse même pour des Occidentaux qui accèdent à ce service d’amour.

 

 

 

 

 

4) .MAYA.

 

La maya (illusion cosmique) est double : externe et interne.

     1. Externe.  L’illusion du monde s’opposait à la croyance chrétienne en un Dieu créateur d’un univers réel. Ce n’est qu’en 1713 que le philosophe irlandais Berkeley établit son système immatérialiste (Dieu a bien créé le monde mais en idées pas en matière. C’est nous qui ne le sentons pas et préférons croire à un monde matériel. Exactement ce que disent les Hindous et ce que vient de confirmer la science : la matière c’est de l’énergie). Le réel n’est pas sensoriel, les sens nous trompent. Les sciences sont fondées maintenant sur des instruments qui communiquent directement en évitant de passer par les organes des sens humains, qui ne servent, comme pour les animaux qu’à trouver de la nourriture.  En effet la terre n’est pas plate et pourtant nous ne la voyons toujours pas ronde. Le soleil ne se lève pas à l’Est pour se coucher à l’Ouest. C’est la terre qui tourne sur elle-même et autour du soleil. Ils sont lancés dans l’espace à des vitesses vertigineuses et nous ne le sentons pas. Nous voyons la matière comme pleine et impénétrable. Mais la matière n’est pas pleine, elle est pleine de vide. Elle est énergie  … L’univers n’est que vibrations, ondes et interférences. Les sciences récentes confirment pleinement les découvertes des anciens Hindous, avec la nouvelle science quantique. D’ailleurs le Vedanta admet bien des nuances : si le monde est irréel, la maya, elle, est réelle, de plus le monde est réel pour moi tant que j’y crois, etc.  

 

C.     La maya interne est aussi paradoxale : je ne suis pas celui que je crois.

Qui suis-je ? est la question essentielle et fondamentale, depuis Socrate. Je ne suis pas mon corps, car il change sans cesse (bébé, ado, adulte, vieux), je ne suis pas mon nom, ma fortune, ma famille, mes amours et mes œuvres, etc.

Il existe une fonction d’illusion le Ahamkara, le fabricateur de Moi. Il comprend plusieurs facteurs ou processus.

- Le facteur de séparativité : tout est vécu comme séparé, épars, isolé. On est sorti de l’unité du grand Tout.

- Le second facteur est de petitesse : on se vit comme tout petit, mesquin, isolé, séparé, victime, minuscule, seul.

- Alors apparaît le troisième facteur : la possessivité, l’appropriation. Tout ce qu’on voit vous appartient. C’est le surgissement de « mon, ton, son », les prénoms possessifs : tout est à moi ou à toi, et de préférence à moi. Pauvre donc accapareur.

Heureusement il y a des êtres qui échappent au Samsara et à sa maya, car ils ont retrouvé l’Un. Et il y a aussi les Avatars.

 

5)      L’AVATAR

 

    L’avatar est la descente périodique du divin sur terre. Cette notion hindoue avec les 10 avatars de Vishnou, puis Bouddhiste expliquait et faisait admettre le grand mystère chrétien de l’Incarnation, mais se heurtait à l’exclusivité de Jésus, seul Dieu fait homme.

    Cette notion d’Avatar réconcilie la multitude des religions, églises, saints et mystiques de tous les pays. Dans le Bouddhisme, l’Adibouddha descent sur terre périodiquement : il y a eu Siddhârta Sakya Muni Gautama vers 560 ans avant notre ère puis Bodhidharma vers la Chine au Vème siècle et Padamsambhava au Tibet au VIIème siècle et reviendra Maïtreya. Dans l’Hindouïsme, il y a les dix avatars du dieu Vishnou dont les principaux sont Râma et Krishna  …

En plus chaque fois que le besoin s’en fait sentir le Divin s’incarne dans un homme, ou dans une femme, puisque les trois récentes  sont des femmes : Ma Ananda Moyi, Mère Meera et Amma.

 

Le GURU. L’exemple le plus sensible du divin est pour les Hindous dans les Femmes et Hommes de Dieu, qui ont passé leur vie à actualiser Dieu et ont réussi à sacraliser leur corps. Ce Guide nous fait le cadeau de l’échange des karmas en prenant sur lui notre indignité et en nous donnant le feu brûlant de son amour. Puis il nous transmet ses pouvoirs de calme, de joie, d’illumination et son niveau de conscience. Donc les Hindous ont développé avec ce guru la forme d’amour la plus intense qui existe au monde, car ils découvrent que c’est l’être qui les a le plus aimé au monde : nos parents ne nous ont donné que la vie physique (et pas toujours volontairement) tandis que le guide nous a donné la vie spirituelle et le contact du Divin. Il a éveillé notre amour endormi en nous aidant à découvrir Dieu dans notre cœur. Il est la main tendue qui aide à sortir le noyé de l’eau. Il est la plus précieuse des richesses, car il est la forme la plus élevée de la présence de Dieu sur terre. La grâce d’un Etre réalisé peut communiquer en un instant ce qui aurait demandé une vie d’entrainement spirituel.

    Ainsi l’amour se propage comme une torche transmet sa flamme à une autre torche. Au plus haut niveau, avec la plus grande intensité. Et la dette infinie n’est pas remboursable, elle ne peut que se transmettre  en donnant à son tour tout ce que l’on a reçu dans l’opération de l’initiation.

 

 

6) .KOSHAS/ Les CORPS

 

 Les koshas sont des enveloppes, comme des collants féminins ou leggins. Ils sont emboités comme des poupées russes et mettent fin à la lutte de l’âme et du corps, qui divisait l’homme en deux. Nous pouvons énumérer 10 corps, mais ils sont les uns dans les autres. 

  1. D’abord il ya le corps dense, matériel, dit « de nourriture » ce que nous appelons en Occident notre corps de chair.
  2. Puis vient le corps énergétique ou de sensibilité. Il peut se déplacer en diverses occasions (coma, transe, hypnose, NDE …) où l’on n’est plus bien emboité.
  3. le corps mental est ce que nous appelons notre esprit et que nous opposons au corps matériel.
  4. Le corps émotionnel est étudié par la psychologie dans les expériences de peur ou de colère. Il imprègne notre corps de chair par les hormones déversées par les glandes endocrines (sérotonine,endorphines …). L’amygdale dans le cerveau gère ces émotions.
  5. Le corps de mémoire garde tout ce qui a été enregistré à notre insu dans notre corps de chair. Dans le cerveau se trouvent le modèle postural, le schéma corporel, l’image du corps.
  6. Il porte des traces de notre vie précédente, particulièrement avec l’alternance de sexe, homme/femme. D’où les transgenres.
  7. Le corps éthérique est parfois appelé le périsprit ou le corps glorieux.
  8. Le corps astral ou le Double est ce qui nous permet de voyager dans les sorties hors du corps (SHC, ou OBE Out of Body Experience) ou les duplications.
  9. Le corps de lumière n’était pas complètement inconnu, on en a parlé souvent sous le nom d’aura, de nimbe, mandorle, auréole …
  10. Le corps causal ou noyau est à l’origine de nous-mêmes. L’aube de notre conscience est une pure structure lumineuse, une étincelle du soleil.

 

Mais la multiplicité des corps pourra être admit qu’à partir de 1920 avec la réhabilitation du corps et la diminution de la somatophobie.

 

7) .KUNDALINI

 

La kundalini est ce que les Occidentaux nomment le Caducée, universel symbole des professions médicales et de la guérison. L’Inde et le Yoga ont gardé le secret perdu : le Caducée est dans le corps humain. Une énergie, apparentée à la libido, peut remonter dans la colonne vertébrale du sacrum à la fontanelle, en libérant la lumière et des dons et pouvoirs, dont la guérison. En plus elle active les centres d’énergie du corps (chakras, cercles ou padmas, fleurs de lotus) qui sont les anciens cerveaux. La découverte de ce secret est à l’origine de toutes les civilisations (Egypte, Sumer, Hébreux, Babylone, Grèce, Mayas …).

 

 

8).  KLESHAS

 

Les kléshas sont les soucis ou plutôt les causes de souffrances.

Les Grandes Afflictions  engendrent toutes les misères de la vie.

Il y en a cinq catégories :

A. L’ignorance (avidya) formée par une quadruple confusion :

      1. le transitoire (anitya) et l’Eternel (Nitya), en pleurant pour une mort ou une ruine.

2 .le pur (s’uci) et l’impur (as’uchi) dans l’alimentation, l’habitat …

3. l’agréable (sukha) et le désagréable (dukha). Le dentiste qui fait mal pour faire du bien …

  1. le moi (atman) et le non-moi (anatmasu) = Qui suis-je ?

B. Le sens du moi (Asmita) ou les trois processus d’indentification)

   1. Le processus de séparation : le moi se pose en s’opposant. Je suis moi et pas mon frère ou ma

          mère  ou mon amour …

   2. Le processus d’individuation : je suis limité, petit et seul …

   3. Le processus d’appropriation : apparition des adjectifs possessifs (mon, ton, son …), égo,

           égoïsme, égoïté. L’expérience est subjective, unifiée, possédée …

C. Le désir (raga) qui produit la dépendance (nyati) et un vrai esclavage du Samsara …

D. L’aversion (dvésha), la répulsion, la haine …

E. Le vouloir-vivre et la peur de la mort (Abhiniveshah), la rage de vivre  et la peur de mourir …

 

Quand on a compris cela, on voit que les Souffrances sont amplifiées par notre esprit ( la peur de la souffrance et la souffrance de la souffrance) et causées plus par notre faute que par le destin.

 

 

 

 

4.    JACQUES LACAN

 

Jacques LACAN (1901-1981) a prétendu faire un retour à Freud, mais il l’a, en réalité enrichi et retourné du tout au tout. En affirmant que l’inconscient était structuré comme un langage, il a prétendu retrouver tout ce qu’il venait d’y mettre, c’est-à-dire toute la culture humaine : les mathématiques, les graphes et la topologie, la linguistique et le structuralisme, la philosophie de Hegel, le bouddhisme, le symbolique et l’imaginaire, l’histoire de la peinture, les mythes et les symboles, l’étude des mystiques et de l’amour … Il a fait du moi un facteur  d’illusion à partir de la reconnaissance de son image dans le miroir et il l’a développé dans  les trois cercles borroméens. Surtout du matérialisme un peu sommaire de Freud il a fait une interrogation incessante sur la spiritualité. Il n’a jamais franchi le pas, mais il a ouvert la porte sur l’autre-monde.

 

A.    Le stade du miroir et l’image spéculaire.

 

Lacan a débuté son enseignement en 1936 au Congrès de Marienbad par sa communication « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du JE », reprise au Congrès de Zurich 1949. Se reconnaître dans le miroir a été pris comme le test de la conscience humaine, déniée aux animaux avant que le test de la tache de peinture nous prouve le contraire.

    Se voir comme possédant un corps unifié, séparé des autres est une « assomption jubilatoire », qui fait dépasser le fantasme du corps morcelé et des objets partiels, mais aussi un choc. Et l’enfant jusqu’à douze ans passe par différents stades :

- d’abord, c’est moi, je me reconnais

- non, c’est mon reflet, une image inversée gauche/droite, et moi, je suis dans mon corps.

- c’est moi, quand même.

   L’image spéculaire est une image réelle et c’est aussi l’entrée dans l’imaginaire. On doit différencier l’image Petit (a) des autres images virtuelles (a’). La psychanalyse est la sortie de ce renvoi incessant d’images dans l’imaginaire pour faire accéder au symbolique.

   Ainsi commence cette fonction de méconnaissance qui est à  la base et au principe de la formation du Moi. De plus il nous fait entrer dans le système aliénant des relations imaginaires avec les autres par la jalousie, le désir, la projection et le transitivisme. Et l’on est perdu dans les reflets, comme dans un labyrinthe de glaces. On désire une image de l’autre car on veut réciproquement que l’autre désire mon apparence, ma persona. Et l’on retrouve ici tout l’enseignement du yoga et du bouddhisme sur la Maya interne, l’erreur fondamentale du moi.

     ‘‘Là où fut çà, il me faut advenir’’ (Ecrits, p.524). Le déplacement qu’instaure Lacan est tellement immense que l’on peut se demander ce qu’il en est de son retour à Freud.

Rien ne le marque mieux que son contre-sens délibéré de la traduction de la célèbre phrase de Freud : ‘‘Wo Es War, soll Ich werden’’ (Là où le Çà était, le Moi doit advenir).

Tous les traducteurs et les commentateurs ont compris que le Moi devait prendre la place du Çà en continuant le processus de civilisation de la sauvagerie.

Mais Lacan traduit au contraire "là où c'était, là comme sujet dois-je advenir". Ce qui est aussi une traduction possible.

 

D’où l’importance pour Lacan du Regard dans l’histoire de la lettre volée d’Edgar Poé « la reine a reçu une lettre de  son amant et se la fait voler par le ministre sous le regard du Roi qui ne voit rien ». Ainsi le patient ne voit jamais son symptôme et ses actes manqués.

Le tableau de Vélasquez de 1659 Les Ménines ou la théologie de la peinture représente à l’envers le peintre faisant le portrait du couple royal vu dans un miroir. Il y a décentrement et supercherie car le tableau ne représente que les spectateurs de l’acte de peindre.

Les Ambassadeurs de Hans Holbein de 1544 montre la richesse et la solennité de leur attirail et dissimule la Mort dans une anamorphose.

 

 

B.     Le statut de l’inconscient.

 

L’apport fondamental de Lacan est de rendre métaphysique ce qui restait psychologique chez Freud. Il recherche en tout le fondement et ne recule pas devant les questions ultimes.

En voulant  progresser dans l’élucidation des problèmes posés par Freud, il va montrer le lien

de la problématique de l’inconscient avec celle du sujet.

L’inconscient pour Freud est une poubelle, le lieu de l’oublié, du rejeté et surtout du refoulé.

L’inconscient de Lacan est une force qui dépasse l’homme. Il y un sens à ce non-sens. Il est très proche de ce dont parle l’Orient : le non-mental, l’autre versant, le Chi, l’énergie, l’esprit de la nature.

  ‘‘L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge : c'est le chapitre censuré’’. (Ecrits, p.259) Il commence par reconnaître que l’inconscient n’est jamais dit par le sujet, car il ne peut pas être dit.

‘‘L’inconscient est cette partie du discours concret, en tant que transindividuel, qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient’’. (Ecrits p. 258)

‘‘L’inconscient est le sens d’un discours qui n’est pas dit’’. Il est vrai que le patient ne dit jamais son inconscient, seul le psychanalyste le décrit à partir de ses interprétations.

Mais il y a un sens à ce non-sens, et c’est ce que dévoile une psychanalyse.

C’est un savoir non-su ou un savoir implicite, ce qui se dit comme discours sans se donner comme sens de ce discours.

  ‘‘L’inconscient c’est le discours de l’Autre’’ (Ecrits, p.16). C’est l’au-delà où se noue la reconnaissance du désir au désir de reconnaissance.

Le désir de l’homme est désir de l’autre où il faut prendre le désir au pied de la lettre, exactement tel qu’il est dit.

Le désir dit finalement autre chose, et c’est l’ensemble de la culture.

   "La structure de l'inconscient, c'est le langage" ( p. 9)

‘‘L’inconscient est structuré parce qu'il est fait comme un langage’’.(p. 13). L’instance de la lettre dans l’inconscient est le fait que l’analyse retrouve toute la structure du langage dans l’inconscient.

Ses messages allusifs et elliptiques doivent utiliser la métaphore et la métonymie. Dans la condensation du rêve, le contenu manifeste est la métaphore du contenu latent. Le mécanisme du refoulement (Verdrangung) se déplace sans trêve dans la chaîne des signifiants selon les lois

de la métonymie.

Le Witz (calembour, jeu de mot, mot d’esprit) manifeste la prééminence du langage car le son l’emporte sur le sens. Freud avait étudié le court-circuitage percutant du mot-valise, Lacan dévoile un autre type de jeu de mot : le jeu de mot existentiel. Il condense en un mot tout le drame du sujet qui est dit par ce mot. Le sujet devient la formule à double sens, dont chaque système mental ne saisit que la moitié. Le deuxième sens de la formule est à prendre à la lettre,

car le sujet est agi par la formule qui n’a pas d’autre sens qu’elle-même : (‘‘Les gens qu’on laisse tomber’’ l’amène à se jeter par la fenêtre).

"La science dont relève l'inconscient est la linguistique" ( p. 13). A l'être succède la lettre.

"L'inconscient se déploie dans les effets de langage" ( p. 13).

L'effet de langage est la cause introduite dans le sujet (p. 835) 

Mais la parole n'est pas le langage et il n'est pas réductible à la communication, car le langage fait parler l'être. Il faut être un sujet pour faire usage du langage.

"L'inconscient est un concept forgé sur la trace de ce qui opère le sujet" (Ecrits p. 830)

Le sujet donc on ne lui parle pas, çà parle de lui. (835)

"L'inconscient c'est là où çà pense sans savoir" ( p. 14)

"Je pense là où je ne puis dire que je suis" ( p. 14)

Je pense où je ne suis pas et je suis où je ne pense pas. C’est le dualisme cartésien

qui a rendu manifeste la présence de l’inconscient et Freud s’est opposé fortement à lui.

Lacan va beaucoup plus loin et le prend de façon radicale en s’opposant au fondement de l’individualisme occidental : le cogito de Descartes " Cogito ergo sum. Je pense donc je suis.’’.

Au contraire, dit Lacan, je suis où je ne pense pas, dans l’inconscient

cette pensée non-pensée. Et même plus, je pense où je ne suis pas, dans cet inconscient.

Il vaudrait mieux dire sans doute, çà pense là où le je n’est pas.

     On n’a pas encore assez pris la mesure de ce renversement historique. Lacan n’a pas cessé de dénoncer l’idéologie du moi comme synthèse signifiante à travers l’égopsychanalyse américaine, et il critique son renforcement du moi à visée adaptative.

Il n’y a de réalité dans le sujet que dans la vision.

Le moi n'est pas une fonction de connaissance, mais de méconnaissance.

‘‘Etre, c’est être dit’’ par conséquent.

« L’inconscient est universel et transcendantal.

Il est structuré comme un langage et obéit à des lois singulières parlant de l’incongru, de l’interdit, du bizarre, de l’indécent et du fulgurant sous des formes travesties et clandestines. »

Ce discours qui fonctionne en dehors du sujet conscient est le discours

d’un autre. C’est le langage qui bavarde en moi et non moi.

Comment puis-je me croire l’auteur de mes pensées ?

Le sujet est constitué par le langage au lieu qu’il le constitue.

   ‘‘Le propre de l’homme n’est pas de parler, mais d’être parlé’’.

Par là, Lacan s’oppose à l’antique définition de l’homme comme un animal qui parle.

Comme dans un tore, l’inconscient est à la fois dessus et dessous, caché et manifesté.

Le dépôt des expériences inconscientes se trouve dans ‘‘la langue’’.

‘‘Cette langue, on la crée pour autant qu’à tout instant on lui donne un sens’’.

Il faut donc conclure au décentrement du sujet.

 

C.    Le nœud borroméen.

 

Lacan systématise toutes ces découvertes autour de la triade RSI.

A.  Réel-symbolique-imaginaire, avec trois cercles imbriqués, dont aucun ne se détache sans annuler les trois, comme sur les armes de la famille Borromée à Isola Bella, lac de Côme.

1.      L’imaginaire vient « de la capture du moi par une image » (383), le moi, vrai palais des mirages, dans une perspective en enfilade, en abîme, visible dans le mythe de Narcisse.

« L’illusion vient par la voie d’une béance spécifique de sa relation imaginaire à son semblable » (149)

2.      « C’est l’ordre symbolique qui est pour le sujet constituant » car il se représente par des signifiants : le mot ou le symptôme. Le Rêve Eveillé  de Desoille n’est pas dans l’imaginaire mais dans le symbolique car il est toujours l’objet d’une interprétation.

  1. « Le Réel est à repérer comme de l’ordre de l’impossible » ‘‘Le réel est toujours à la limite de son expérience’’, hors du piège du désir de l’autre, hors du langage et hors de la loi.

‘‘Freud nous a laissés devant le problème d’une béance renouvelée concernant le Das Ding, qui est celui des religieux et des mystiques, au moment où nous ne pouvions plus le mettre en rien sous la garantie du Père’’ (Lacan, VII, p.119).  Cette phrase essentielle situe très exactement ce qui nous importe sur le plan qui lui revient et qui est celui de l’expérience religieuse et mystique. La psychanalyse s’y accroche pour pouvoir aborder l’Etre et son absence. L’angoisse vient de ce que la condition humaine est soumise au temps, donc finie, précaire, inachevée et incomplète, d’où l’angoisse de mort comme source des angoisses. Voilà la base de tout, qui suppose le désir inverse : celui de l’éternité où tout est complet, achevé et stable. Une réponse possible est dans la direction tracée par Mélanie Klein qui a mis le corps de la mère à la place du Das Ding. Mais, bien qu’elle domine l’évolution de la pensée analytique, elle ne peut satisfaire Lacan : ce n’est assurément pas la solution la meilleure des problèmes sublimatoires, topologiques et métapsychologiques. Cela conduit ’’à une notion assez réduite et assez puérile de ce que l’on pourrait appeler une athérapie’’ (Lacan, VII, 128). L’angoisse, dit Freud, c’est la perte d’objet. Mais, précise Lacan, pour la première année, puis vient la castration à la phase phallique et le surmoi à la période de latence, ce qui nous renvoie au triple danger : le monde, le çà et le surmoi. Le problème est que ‘‘l’image de la chose n’est pas la chose, mais l’objet’’. La Chose est ce qui du Réel pâtit du signifiant, alors que l’objet est un point de fixation imaginaire donnant, sous quelque registre que ce soit, satisfaction à une pulsion. Toutes ces satisfactions secondaires de la vie, il faut ramener "leur faux-brillant à la béance qu'ils désignent" (Ecrits, 820). Entre l’objet, tel qu’il est structuré par la relation narcissique, et Das Ding il y a une différence et c’est dans la pente de cette différence que se situe la sublimation. En elle se trouve certainement la solution au problème, car ‘‘seule la sublimation élève l’objet à la dignité de la Chose’’, comme le montre l’exemple de l’amour courtois (Minne et non Liebe en Allemand).  C’est pourtant le remède ultime et moins nous le voudrons plus cela sera.

 

 B. Plus exactement et plus profondément dans l’ordre de l’inconscient, RSI devient PCJ,

Phallus-castration-jouissance.

1. Le phallus. Il est inimaginable qu’un être humain en soit dépourvu. Particulièrement la mère.

«  La femme se voue à l’imaginaire en faisant semblant de l’être par la mascarade féminine et l’homme de l’avoir par le comique viril ».

Dès avant sa naissance, l’enfant est l’objet du désir de l’autre, en particulier de sa mère qui le pense son phallus. Croyant pouvoir combler ses désirs et, s’identifiant à elle, il est dans le registre de l’imaginaire. Il devra renoncer à être le signifiant du désir de la mère, c’est-à-dire son phallus, par la castration. Là aussi, le renversement est fondamental car le rapport au phallus est établi sur le mode de l’être et non plus de l’avoir. Le désir du sujet « a », par l’analyse, à s’investir dans le symbolique qui est l’ordre des phénomènes auxquels la psychanalyse a affaire en tant qu’ils sont structurés comme un langage. ‘‘Le réel est toujours à la limite de son expérience’’, hors du piège du désir de l’autre, hors du langage et hors de la loi.

2. La castration. « Il faut passer par la castration pour parvenir à la maturité génitale » c'est-à-dire il faut renoncer à être le phallus (de sa mère) pour en être le maître. La castration est un miracle qui fait du partenaire un objet phallique qui permet la jouissance tout en interdisant l’union.

3. La jouissance. La jouissance n’est pas sexuelle car « il n’y a pas de rapport sexuel, il n’y a que des rapports humains ». La jouissance est celle du mystique qui entre dans l’Etre et comble l’insoutenable trou originaire. Elle fait passer de l’orgasme à l’Extase et aller de la brûlure du Désir à la totale paix. La jouissance dont on parle se veut totale, absolue, infinie. C’est ce qu’on  disait de Dieu (sa Frutio), puis c’est celle des Mystiques et des Troubadours (la Joy du Finn’Amor).

 

 ‘‘Le manque de l’objet absolu est la source sans cesse renouvelée du désir’’. La phrase est de Lacan alors qu’elle aurait pu être dite par Bouddha ou Heidegger.

Cela se marque par la béance, la fente et la refente.

La béance est l’incomplétude fondamentale du sujet, incomplétude essentielle

car c’est un être fini et imparfait. Voilà ce qu’il cherche à combler

par le désir de l’autre et les identifications successives.

La fente qui est entre le masque du langage et le dessous du masque, cause

l’éclipse du sujet dans son discours. Le jeu du je fait du je la méconnaissance du sujet.

La refente est la pétrification de la fente par laquelle

le sujet, figé dans son rôle, n’est plus que signifiant. Le sujet

dénie l’inconscient et il ne suffit pas de le lui dire.

 

 ‘‘Le patient est prisonnier de son Ego, au degré exact qui cause

sa détresse et révèle sa fonction absurde. C’est très exactement ce

fait qui nous a conduit à élaborer une technique qui substitue les

étranges détours de l’association libre à la séquence du dialogue’’

(Le Coq Héron n° 78, p.5). L’Ego, qui est situé par la tradition dans

l’ordre existentiel et ontologique, l’est par Lacan dans l’ordre analytique.

Il est connu pour lui ‘‘comme la résistance au processus dialectique

de l’analyse. Il se constitue comme le manque à être et se manifeste

par le déni et l’agressivité’’. Le Transpersonnel ne dit pas autre chose.

 

 

D.    L’amour pour Lacan

 

     Son premier aphorisme est que l’amour est comme « un cailloux riant au soleil ». Ce qui est plus brillant que clair. Donc pour lui le coté positif de l’amour est lié à la lumière et à la joie, mais sa base est morte, froide et d’inerte,  ce qui lui fait penser à une pierre plus qu’à une fleur ou à une étoile. Mais combien de personnes ont un cœur de pierre, est-il vrai ?

« L’amour c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ». Et pour cela il pense à la relation analytique et non à l’amour en général. « Car si l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas, il est vrai que le sujet peut attendre qu’on le lui donne, puisque le psychanalyste n’a rien d’autre à lui donner. Mais même ce rien, il ne le lui donne pas, et cela vaut mieux : et c’est pourquoi ce rien, on le lui paie, et largement de préférence, pour bien montrer qu’autrement cela ne vaudrait pas cher » (Ecrits, p.618). Mais on pourrait dire aussi que l’argent est pour le temps passé, pour l’écoute et les techniques psychanalytiques et que l’amour est en supplément, mais avec toutes les précautions professionnelles.

Certes, il ne faut pas se tromper, car si l’on se trompe on s’engage dans « un je ne sais quoi de sans issue ». Ce n’est pas si facile quand l’on est dans une si douce illusion : « s’il y a un domaine, où dans le discours, la tromperie a quelque chance de réussir, c’est assurément l’amour qui en donne le modèle ». Il vaut mieux que l’amour du psychanalyste soit Agapé et non Eros, car il doit avoir toujours présent à l’esprit qu’un jour il sera quitté, pour ne plus jamais se revoir. Il en est de même d’ailleurs avec tous les enseignants et leurs élèves, de plus les parents aussi devraient y penser. C’est ainsi que l’enfant va pouvoir aimer dans le degré où il a été aimé, en échappant à l’Œdipe.

Le psychanalyste doit toujours entendre dans ce qui lui est ou non-dit par le silence ou le faire : « Je te demande de me refuser ce que je t’offre, parce que ce n’est pas çà » (Séminaire XX, p. 114). Il faut savoir que toute provocation amoureuse, oedipienne ou incestueuse est indispensable pour s’en délivrer et qu’il ne faut pas se méprendre puisqu’on reste solide dans l’amour de transfert.

 

 

E.     Le Transpersonnel chez Lacan

 

  Bien entendu Jacques Lacan n’est pas transpersonnel, mais il connaissait le Bouddhisme et les philosophes et s’en inspirait. De plus son frère cadet Marc Lacan était Abbé de l’abbaye de Hautecombe et psychanalyste. L’apport fondamental de Lacan a été  de rendre métaphysique ce qui restait psychologique chez Freud. Il recherche en tout le fondement et ne recule pas devant les questions ultimes. Il n’a jamais franchi le seuil du transpersonnel, mais il a eu le mérite de maintenir ouverte la porte que Freud avait fermée.  En voulant  progresser dans l’élucidation des problèmes posés par Freud, il va montrer le lien de la problématique de l’inconscient avec celle du sujet.

 

 ‘‘Il ne s’agit pas de savoir si je parle de moi de façon conforme à ce que je suis, mais si, quand je parle, je suis le même que celui dont je parle’’ (Ecrits, p.517). La réponse a été donnée du Védanta à Bergson : le sujet agissant n’est pas du tout le sujet connu. En se regardant agir, le Je ne peut se voir et se transforme en Moi. Je ne peux me voir agissant ou pensant puisque alors je suis vu ou pensé et donc celui qui est vu n’est plus celui qui voit, ce qui est le thème du livre de Shankara (La discrimination du spectateur et du spectacle).

‘‘La place que j’occupe comme sujet de signifiant est-elle, par rapport à celle que j’occupe comme sujet du signifié, concentrique ou excentrique ? Voilà la question’’ (Ecrits, p.517). C’est toute la différence qu’installe Bergson entre le Je, sujet actif et le moi conscient et agi. Le véritable inconscient est bien là dans ce ‘‘noyau de notre Etre’’ (Kern unseres Wesen, comme l’écrit Freud).

 ‘‘Il n’est que de recourir aux données traditionnelles que les bouddhistes nous fourniront, s’ils ne sont pas les seuls, pour reconnaître dans cette forme de transfert l’erreur propre de l’existence et sous trois chefs dont ils font le compte ainsi : l’amour, la haine et l’ignorance’’ (Ecrits, p.309). La position apophatique de Lacan nous paraît être aux antipodes de la simple position matérialiste et positiviste de Freud. La souffrance fondamentale est dans ce que Bouddha nomme les trois poisons (kléshas) : avidhya, raga, dvésha.

"Que suis-je ?  Je suis à la place d’où se vocifère que  <<l’univers est un défaut dans la pureté du Non-Etre>>. Et ceci non pas sans raison, car à se garder, cette place fait languir l’Etre lui-même. Elle s’appelle la Jouissance, et c’est elle dont le défaut rendrait vain l’univers. En ai-je donc la charge ?  - Oui sans doute."  (Ecrits, p.819). Effectivement je suis plus non-être qu’Etre. Et ce n’est pas un manque, car le non-être a plus de réalité que tout être, puisqu’il en est la source incessante. Nous sommes donc ici en pleine théologie négative ou voie apophatique de Maître Eckhart. Le but de l’homme est de retrouver la pureté du non-être (que le Védanta appelle le non-manifesté, et les bouddhistes le Vide, la Vacuité ou la nature-de-Bouddha). Là se trouve la Jouissance suprême, que nous nommons l’extase, et auprès de laquelle l’orgasme n’est qu’une étincelle comparée à la lumière du soleil.

‘‘L’angoisse est pour l’analyse un terme de référence crucial parce que l’angoisse est ce qui ne trompe pas’’ (Lacan, Séminaire XI, 40). Si phénoménologiquement on est d’accord pour répéter que l’angoisse pure est l’angoisse de rien, il convient de se demander de quel type de néant est ce ‘‘rien’’. Dans la tradition des mystiques et dans celle de l’Orient le néant est absence d’être, mais non une pure négativité. Ontologiquement, l’angoisse est, pour Lacan, l’expérience fondamentale du ‘‘Je’’. Très précisément elle se situe dans le fait que la Chose (Das Ding) est vide. Elle est donc l’échec de l’expérience fondamentale de l’Etre. La racine ou le fond (Grund) de l’angoisse est métaphysique.

‘‘L’analyse est une relation dialectique où le non-agir de l’analyste guide le discours du sujet vers la réalisation de sa vérité’’ (Ecrits, p.308). Sinon elle se réduirait à une relation fantasmatique où ‘‘deux abîmes se frôlent’’ sans se toucher jusqu’à épuisement de la gamme de régressions imaginaires. Il ne faut pas tomber dans l’illusion objectivante du transfert qui nous pousserait à chercher la réalité du sujet au-delà du mur du langage.

‘‘Le patient est prisonnier de son Ego, au degré exact qui cause sa détresse et révèle sa fonction absurde. C’est très exactement ce fait qui nous a conduit à élaborer une technique qui substitue les étranges détours de l’association libre à la séquence du dialogue’’ (Le Coq Héron n° 78, p.5). L’Ego, qui est situé par la tradition dans l’ordre existentiel et ontologique, l’est par Lacan dans l’ordre analytique. Il est connu pour lui ‘‘comme la résistance au processus dialectique de l’analyse. Il se constitue comme le manque à être et se manifeste par le déni et l’agressivité’’.

   La position apophatique de Lacan nous paraît être aux antipodes de la position positiviste de Freud. Même si Lacan n’a jamais pu entrer dans le Transpersonnel, il a eu le mérite d’en ouvrir la porte et de bien poser les problèmes tout en refusant son accord.

Mais n’a-t-on pas pu soutenir que Lacan était un maître Zen ?

 

                                              

 

4.  Carl-Gustav JUNG

 

Carl-Gustav  Jung a beaucoup écrit et la lecture de chacun de ses livres est fascinante. On est envouté par l’ampleur de ses connaissances et par son habileté à tisser le vertigineux tissu de ces relations et associations. Il y est chaque fois question du destin de l’humanité.

   Mais il n’a jamais systématisé sa pensée que nous voyons comme un pavillon de banlieue avec son portail (le moi), son jardin de devant (la persona), sa cour arrière (l’ombre), sa cave (l’inconscient collectif), ses étages (anima/animus), son grenier (le SOI).

 

A. La Persona

 

1.      un Bouclier. C’est tout ce que je présente devant moi et avec lequel je me protège. Par conséquent c’est aussi ce que je montre pour me cacher derrière. C’est le beau rôle que je présente d’abord. Elle est un système d’adaptation qui régit la manière dont on communique avec le monde. Dans les pavillons de banlieue elle correspond au jardin de devant, toujours bien entretenu pour donner le change, à l’opposé de la cour de derrière, sale et malodorante. La persona est donc un mécanisme de défense derrière lequel on se cache et se protège, que ce soit la dénégation, le clivage ou la projection. La projection est le mécanisme de prédilection du paranoïaque qui vous accuse de ce qu’il est ou plutôt est ce dont il vous accuse selon l’antique adage de la paille et de la poutre.

2.      un Masque. La personne est la façon dont je veux être vu. Elle est donc bien le masque théâtral selon son étymologie latine. Le masque de l’acteur de la Comedia del arte ne signifie qu’un simple rôle, comme le port d’un masque au Carnaval de Venise. Car le masque du théâtre antique caractérisait (ou caricaturait) le rôle du personnage par un simple trait, mais il se retournait du spectateur sur l’acteur qui était perdait sa personnalité pour entrer dans celle du personnage. A l’extrême on aboutit au voile des musulmanes intégristes ou à la bourka des Aghfannes. L’uniforme colle à la peau et l’habit fait le moine, mais il ne suffit pas de le quitter pour retrouver sa personnalité profonde.

           Par conséquent la personne est le produit d’un double mensonge : c’est ce que je ne suis pas, mais que les autres pensent que je suis : on fait bonne contenance et l’on sait se tenir en société, si l’on connaît bien les conventions sociales. Tout le théâtre du dix-neuvième siècle n’a été que la dénonciation de ces conventions sociales : Strinberg, Balzac, Feydeau, Zola, Maupassant … Mais surtout le théâtre de Pirandello est l’illustration vivante de l’inanité de la personne avec ses masques à nu, la raison des autres, chacun sa vérité, le jeu des rôles, comme tu me veux …

3.      une Façade. Derrière la persona se trouve l’Ombre, le coté ténébreux et caché. L’ombre d’une personne est toujours le dessin grimaçant de sa silhouette. De plus se trouve le coté noir et négatif : on veut apparaître comme bon et généreux, alors que l’on est mesquin et avare, etc. La personne correspond à toutes ces hagiographies officielles que l’on fait des personnes célèbres en cachant tous les secrets de famille et autres cadavres dans le placard. Cette façade va avec la religion des marques et le besoin pour certains jeunes de cacher leur manque de personnalité sous le look, le standing de la marque de leur stylo, leur montre, leur téléphone, leur basquets, leur jean … Mais la persona n’est pas qu’un vêtement, c’est aussi une mimique, une prononciation, une manière de parler, de marcher ou de respirer …

4.      un Etouffoir qui doit craquer pour pouvoir vivre dans la lumière de la vérité. Car la personne s’est piégée en se spécialisant dans ce rôle, en ne devenant plus que cette caricature et en finissant par croire qu’il est ce qu’il a fini par faire croire aux autres. Tout le travail d’une psychanalyse est justement d’accéder à l’oublié, au refoulé, à l’inconscient. Après on peut parvenir à son âme ou à son moi profond, à son Soi disait Jung, à l’organismique selon Rogers. La personne est donc l’armure dans laquelle on s’est enfermé, l’armure ou le sarcophage. Le Soi a du mal au début à lancer ses graines et à se faire admettre à la place du moi (ou de l’ego).

 

 

B. L’Ombre

 

A l’opposée de la Persona l’Ombre est pour Jung la cour de derrière, le coté ténébreux et noir. Elle est aussi notre caricature, la façon dont ceux qui ne nous aiment pas nous voient, surtout dans les positions d’autorité. C’est notre coté inférieur que nous refusons, toutes nos faiblesses et lâchetés. 

« L’Ombre est la personnification de tout ce que le sujet refuse de reconnaître et d’admettre en lui ». Donc il a des  ennemis qu’il déteste, des boucs émissaires sur lesquels il a projeté ses défauts. S’il est timide, son ombre sera arrogante et craintive s’il cherche les aventures.

« L’Ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais ».

    « Nous trainons après nous une gigantesque queue de saurien. » De crocodile, d’iguane ou de dragon de Comodo. Donc nous pouvons avoir des réactions archaïques d’homme préhistorique qui nous surprennent.

   Au-delà Jung reste très religieux et l’Ombre est aussi nos mauvaises inspirations, notre envoutement par le mal, notre dynamisme démoniaque.

Le premier rêve de la cure où l’on voit apparaître son Ombre est assez surprenant et parfois troublant. On ne s’attendait pas à ce coté terrible et parfois effrayant. On n’avait pas l’habitude de se voir ainsi puisque c’est inconscient et que l’on passe exactement le contraire de soi. « C’est un étranger vêtu de noir, qui lui ressemblait comme un frère » selon Musset. Puis au fur et à mesure que l’on récupère cet aspect inconnu, alors les rêves changent.

   C’est un archétype projeté dans des fantasmes, plus ou moins délirants.

 

C.  L’inconscient collectif

Ce n’est pas Jung qui a découvert le rôle de l’inconscient collectif, c’est Freud et il l’a utilisé dans un des ses premiers livre : Totem et Tabou (1912) avec le meurtre archaïque du Père préhistorique. Mais par la suite Jung en a tellement parlé et lui a fait jouer des rôles si importants que Freud s’en est détourné. C’est même son principal reproche : « une transposition des faits analytiques sur le mode abstrait, impersonnel, sans tenir compte de l’histoire de l’individu ».

   Par contre c’est une demande très fréquente : ce n’est pas individuel, personnel, c’est collectif et je ne suis pas coupable, cela ne me concerne pas, je suis dans mon corps le jouet de forces considérables qui me dépassent. Je ne rêve pas de moi, mais de mon voisin. Je suis le jouet de problèmes familiaux ancestraux, transgénérationnels, ou même de problèmes nationaux, raciaux, ethniques. Je suis une victime, voire un héros, comme Job et le Bouc émissaire. Ce collectif submerge les forces du Moi.

Cet inconscient collectif est vivant chez les peuples primitifs où on le voit agir socialement dans toute leur société : danses, décors, habitations, initiations, tabous, tatouages, mutilations, masques …

   Les images sorties de l’inconscient et qui proviennent de la prime enfance, contiennent d’étranges fragments mythologiques. Ils apparaissent en dernier lors d’une cure jungienne si elle est poussée jusqu’au bout. C’est une sédimentation de l’histoire de l’humanité, qui provient de la nuit des temps. « Nous ne sommes pas d’aujourd’hui, ni d’hier, nous sommes d’un âge immense ».

   Cet inconscient collectif est sain et créatif. De lui proviennent l’Alchimie, les Contes de Fées, les Mystères, Initiations et Religions (Narcisse, Osiris, Mithra, Cybèle, Hercule, le Christ, le Graal …). Combien c’est  exaltant de penser et de sentir tous les jours, que nous ne sommes pas concernés et que nous sommes le jouet de forces immenses qui rejouent sans cesse le destin de l’humanité.

    La spécificité de l’analyse jungienne est la technique de  l’Amplification. L’analyste enrichit par ses commentaires toute production du patient avec sa vaste culture mythologique, historique et religieuse. En principe il est très en alerte avec son contre-transfert pour que cela ne ressemble pas à un endoctrinement. Tout ne se ramène pas à de l’infantile comme chez les Freudiens et le patient est invité à utiliser son imagination active pour amplifier par lui-même son exploration de l’inconscient collectif, comme Jung l’a fait lui-même dans son Livre rouge.

C’est la fonction transcendantale.

 

D.Les Archétypes.

 

  Le reproche que l’on fait à  Jung est d’expliquer par du plus obscur (obscurus per obscurius) comme certaines religions avec leurs miracles et leurs Mystères. L’archétype en est le plus bel exemple.

Les Archétypes sont des préformations de la psyché et les racines de tout. Ils sont inconscients et insaisissables par la raison. Aussi n’en parlons plus. Seules sont connaissables les Images archétypales et sous le nom d’Archétypes nous ne parlons seulement que des Images archétypales.

Elles sont à la fois images et émotions,

résidus d’expériences millénaires de luttes,

d’une étonnante stabilité, elles traversent les siècles,

quand la conscience s’endort, elles deviennent très puissantes sur les foules,

elles sont toujours bipolaires (coté clair protecteur/coté sombre redoutable et dangereux).

Elles sont des couloirs comme les lits de fleuves à sec qui peuvent soudain être remplis d’une eau tumultueuse.

Les images archétypales sont d’abord celles des religions : le sceau de David, la croix celtique, le crucifix, les cornes de la lune … La Svastika est la roue du Soleil ou le soleil en mouvement. Elle a été le symbole de la religion Jaïn, des Tantriques, des Celtes (Bretagne, Irlande, Gaéliques, Vikings, Basques), Sumer, Mayas, Navajos, etc. Elle est resurgie avec les Nazis et Jung les a dénoncés dès 1930 en s’opposant à Hitler.

Tout est archétype : le Héros, le Sauveur, le fils sacrifié, l’Enfant divin, Puer éternus, le Vieux Sage, la Vierge-Mère, la Grande-Mère, le Soleil, la Lune, l’Etoile, le Dragon, le Serpent, l’œuf, l’Arbre, le SOI, le Diable, l’Ombre …

Pour comprendre un peu ce qu’est un Archétype, il faut connaître la doctrine des Eidos chez Platon, puis des Nombres-Arithmos chez Pythagore.  Il faut quitter le monothéisme pour revenir aux Eons de la Gnôse et aux Yidams bouddhistes, qui sont des dieux à la fois intérieurs et extérieurs. 

« Vraiment notre pensée ne peux même pas les saisir clairement, car jamais elle ne les inventa ». 

 

E. Anima/Animus

 

Après sa rupture avec Freud, Jung eut une période terrible. Dans ses rêves une femme essayait de le persuader que c’était de l’art, alors qu’il tenait que c’était de la science. Séduisante et rusée, elle argumentait de façon féminine avec un total manque de logique ; il l’appela « anima ».

  ANIMA. C’est l’âme des hommes, (et aussi des femmes).

Le souvenir de la mère dans le fils, une puissance fascinante, l’archétype de la féminité. Si l’homme ne découvre pas son anima, il la projette sur une femme dont il tombe amoureux. « Image omniprésente et sans âge, qui correspond dans l’homme à sa plus profonde réalité ».

Comme tout archétype, elle est bipolaire. Son coté sombre « une poussée vitale chaotique » tentatrice sexuelle, vamp, sorcière. Un homme misogyne est habité par ce coté sombre. Son coté clair, lumineux : elle est pure, bonne, belle, la Fée qui comble de dons, la Muse, l’Egérie, l’Inspiratrice, la sagesse de la Lune, de la terre, de l’eau  … C’est un processus vivant de la psyché « My Lady Soul ».

ANIMUS.  C’est l’esprit des femmes (et aussi des hommes), mais il est multiple.

Le souvenir du père dans la fille (mais aussi du grand-père, de l’Aïeul, des oncles …)

    En plus c’est la Raison, la Sagesse, la Culture, les enseignants, les Ecrivains.

    « Assemblée des pères et des porteurs d’autorité, qui émettent ex cathédra des jugements inattaquables qui finissent par former un canon et un dogme ». Ou l’ensemble des préjugés.

    Ce que la femme ne peut pas réaliser en elle, elle le cherche dans un homme.

    Elle brûle d’avoir le pouvoir et devient tyrannique, agressive, dure, inattaquable.

Son coté clair la rend raisonnable et l’introduit dans le monde de la pensée et de la Raison.

C’est l’esprit de la femme, opposée à l’âme de l’homme.

 

Jung a été le premier a admettre la bisexualité de l’être humain, physique et psychique.

Et faute de la réussir et de devenir un Androgyne, on tombe dans l’Hermaphrodite, ou la Grande-Mère.

 

  1. Le  SOI

 

Le SOI est Archétypal :

  1. l’origine. La souche oubliée d’où naquit le moi. Une force de rayonnement autonome.

« Le SOI existe avant et dès le commencement ».

« Le SOI en tant que tel est intemporel et prééxistant à toute naissance ».

  1. le but de la vie. Un sommet de réalisation, ce vers quoi on tend.

« Le SOI est autant image de l’origine que du but ».

  1. le centre. « Centre idéal, équidistant du moi et de l’inconscient »

Centre vital, inconnaissable totalement.

  1. l’ensemble dont le moi n’est qu’une petite partie.

Il est une fonction qui unit tout et  réconcilie les opposés.

Enéantiodrome, coïncidentia oppositorum, harmonie des contraires,

(Mysterium Conjonctionis, 1982, p.433)

(Le rêve de Jung pour vaincre sa dissociation (Spaltung) et celle de sa mère).

 

Le SOI doit être construit par le processus d’Individuation, soit toute une vie,

soit lors d’une cure jungienne.

«  Le SOI n’est jamais mis en  lieu et place de Dieu,

mais il peut être un réceptacle pour la grâce divine ».

Donc le SOI de Jung n’est pas le Tâo, ni l’Atman-Brahman du Védanta, ni un Mandala tibétain

qui font passer du Soi individuel au SOI cosmique, car il n’y a qu’Un seul SOI.

 

  1. La Synchronicité

 

Jung élabore avec le physicien Wolfgang Pauli, Prix Nobel de physique 1945, un schéma quaternaire de la synchronicité. Dans l’Unus Mundus la psyché est une qualité de la matière d’où ces actes où le monde semble approuver nos pensées, par une coïncidence qui a du sens : « ce sont des actes créateurs dans le temps » avec non-spacialité et intemporalité absolue.

« L’image symbolique du Mandala est l’équivalent psychique de l’Unus Mundus, le phénomène de la synchronicité son homologue parapsychologique ».

Les phénomènes de synchronicités se manifestent à des moments particuliers de notre existence où le vécu émotionnel est intense, la situation sans issue, aidé par l’attente des autres.

C’est « donner un sens à une coïncidence entre un fait  et une pensée », par conséquent elle est comprise comme un signe, un accord, une confirmation, un accord divin.

Voici les deux meilleurs exemples d’exacte synchronicité. Celui de Jung lui-même : une patiente dans sa psychanalyse n’avance pas car elle ne peut pas quitter sa rationalité, soudain elle lui raconte avoir rêvé d’un scarabée en or. Il entend du bruit à sa fenêtre et voit une cétoine ou scarabée doré des roses, qu’il attrape et lui donne en disant : « le voilà ». Et stupéfaite, elle quitte sa rationalité et peut démarrer sa psychanalyse. Jung a su tirer parti d’un cadeau du ciel, en trichant un peu car la cetonia aurata est loin du scarabé en or du rêve !

Le second exemple est donné par Huxley dans « L’étreinte du crapaud ». Il est avec des amis et a oublié qu’il devait être chez lui à 18h. pour recevoir un coup de fil important, crucial et vital même. Il est 17h30 et il part en courant, mais c’est loin et à 18h il est encore au milieu de la ville. Il passe devant une cabine téléphonique publique, elle sonne, sans réfléchir il entre et décroche. C’était son correspondant qui s’était trompé de numéro de téléphone !

 

Dans les psychanalyses, particulièrement Rêve-Eveillé, on rencontre des phénomènes inexpliqués, qui évoquent des synchronicités.

- Par exemple, Jeanine, en opposition avec sa mère américaine, fait enfin une séance remarquable de réconciliation et d’amour avec elle. Et quinze jours après elle reçoit de New-York une carte postale de sa mère, qui ne lui avait pas écrit depuis six ans. Comment l’aurait-elle senti ?

-               Mathilde a souffert toute sa vie d’un mari alcoolique. A sa mort elle commence une psychanalyse. Peu après, elle a un accident de voiture et l’homme qui lui est entré dedans reconnaît tous les torts, très aimablement. Ils se fréquentent et elle découvre le double de son mari, alcoolique comme lui. Elle a attiré une seconde fois le même type d’homme auquel la lie son destin.  Avec l’aide de la psychanalyse, elle y renonce finalement.

-              Marie découvre en cure qu’on lui a donné le prénom d’une sœur morte avant sa naissance et ne sait plus soudain qui elle est. Pour retrouver son identité et par impatience, elle part faire un voyage au pays de ses ancêtres, le Portugal. A peine arrivée à Lisbonne, on lui vole tout : sa valise, son argent et ses papiers. Elle est finalement rapatriée gratuitement par le consulat français. Puis elle fait les démarches pour retrouver ses papiers d’identité à la Mairie et se dispute violemment avec la secrétaire de l’état civil, qui exige les actes de naissances de ses deux parents. Furieuse, elle renonce à ses papiers et continue sa psychanalyse pendant trois ans, tout en conduisant sa voiture sans papiers. Un jour en séance, elle finit par se débloquer et par retrouver son identité. Alors elle a le courage d’aller se plaindre à la Préfecture où elle est reçue très aimablement par la Chef de Service, qui ne peut que la renvoyer à l’état civil de la Mairie, ce qu’elle refuse toujours. Mais huit jours après, elle reçoit de la Préfecture une grosse enveloppe en recommandé avec tous ses papiers. Ils avaient été retrouvés par la Police à Lisbonne, renvoyés à la Préfecture et oubliés au fond d’un placard depuis trois ans. C’est quand tout s’est dénoué à l’intérieur que cela a pu se débloquer à l’extérieur, miraculeusement semble-t-il.

 

Le problème est encore plus ardu avec les synchronicités de groupe.

Le Global Consciousness Project) depuis 1999 regroupe des laboratoires du monde entier qui possèdent des générateurs de nombres aléatoires (GNA ou REG) pour étudier les éventuelles perturbations Fields Random Event Generators Experiments. Il devient de plus en plus difficile de nier ces phénomènes de synchronicité globale.

 

  1. Jung et le Yoga

 

Jung a toujours été fasciné par le Yoga, il lui rend sans cesse hommage car il voudrait en savoir autant. « Nous n’avons que quelques aperçus sur la vie spirituelle de l’âme. Nous savons aujourd’hui, il est vrai, qu’il existe dans l’âme des opérations de métamorphose conditionnées spirituellement et qui sont entre autre à la base des initiations bien connues dans la psychologie des primitifs ou des états engendrés par le yoga. Mais nous n’avons pas encore réussi à définir les lois singulières auxquelles elles obéissent. Nous savons seulement que la majorité des névroses tient à une perturbation de ces processus » (L’homme à la découverte de son âme, p.56). Et il ajoute : « C’est le but d’une certaine discipline de yoga de diviser la conscience en ses composantes et de faire de chacune une personnalité distincte » (p. 169).

   Les Métamorphoses de l’âme … C’est très spécialement le but de la Transpsychanalyse. Non seulement le soulagement du trouble comme dans la TCC matérialiste, ou la disparition du symptôme comme dans une brève psychothérapie, ou le bilan de sa vie comme dans une simple psychanalyse, mais une complète mutation, qui mérite le nom de Métamorphose. Ne serait-ce pas une divinisation de l’homme ?

    On ne trouve le sens de sa vie si notre vie s’intègre dans un univers qui a un sens. C’est le double sens : le sens individuel et le sens cosmique. Le yoga nous apprend que seule mérite d’être vécue une vie qui nous déborde. L’existence qui n’a en vue que le moi est étouffante, alors que celui qui a intégré le SOI est un pôle de réalisation.

    Ces mutations véritables correspondent à des initiations. Ce sont de véritables cadeaux : comme une torche transmet son feu à une autre torche, le maître fait don de tous ses mérites et de son niveau de réalisation. Cela se réalise sous le feu de l’amour par une véritable mutation. On ne le comprend bien que dans la propagation des incendies. La chaleur augmente soudain tellement que le feu se propage à distance, d’un coté de la route à l’autre, sans contamination. Ainsi la dévotion du disciple reçoit l’amour généreux du maître qui se fait le canal de l’infini de l’Amour. Aussi dans la Transpsychanalyse parlons nous de « positivité bienfaisante » au lieu de la « neutralité bienveillante » freudienne.

 

 

 

 

5. DESOILLE ET LE REVE EVEILLE

 

   L’autre fait nouveau est la découverte vers 1930 du Rêve Eveillé par Robert Desoille (1890-1966). Le travail sur les images et l’imaginaire est une composante indispensable de la Transpsychanalyse.

 

  1. L’Invention

 

Robert Desoille est un mathématicien devenu ingénieur en électricité et inspecteur à l'Electricité  de France. Passionné par la psychologie, il apprend d’Eugène Caslant  une méthode de voyage dans les images mentales et il voit tout le parti que l’on peut en tirer pour l’exploration des images intérieures et des problèmes psychologiques qui vont avec. Dès 1923, il expérimente avec tout un groupe puis il cherche une explication à ces résultats si probants. Il l’expose dans son  premier livre Exploration de l'affectivité subconsciente par la méthode du Rêve Eveillé.

Il n’a jamais varié sur sa découverte essentielle de 1938. On ne peut comprendre le Rêve Eveillé que si l’on étudie la vie mystique. La ressemblance de leurs récits est tellement frappante que la clé est là. Il ne s’agit pas pour Desoille de proposer une « expérience mystique », mais un équivalent moderne. « Démystifier la mystique, sans nier les faits qu’elle recouvre n’est pas une tâche facile ». Dans le champ des psychothérapies la méthode de Desoille est celle qui permet de faire vivre les expériences les plus proches de celles vécues par tous les grands mystiques.  “Devons-nous pour autant renoncer à scruter les sentiments des mystiques ? Nullement. Nous aurons d’abord la ressource d’essayer de vivre sinon “l’expérience privilégiée” qui a été la leur, tout au moins une expérience voisine ; la méthode décrite ici est, sinon la seule, du moins celle qui paraît la plus rationnelle pour faire cette expérience” (Desoille, Exploration, p. 246).

Il est bien conscient d’apporter un plus par rapport à une simple analyse freudienne. Il a connu l’utilisation possible des RE comme de simples tests projectifs et l’a vécu comme une trahison. « Nous trouvons ainsi un matériel que nous pouvons utiliser aux fins d’une analyse à la manière freudienne. Certains psychanalystes n’ont vu que cela dans le rêve éveillé et c’est une grosse erreur » (1950, p.8). C’est si important qu’il y revient une seconde fois « Je saurais, de plus,  m’élever trop contre cette tendance de quelques psychanalystes à chercher dans le rêve éveillé dirigé de simples matériaux à analyser suivant la technique freudienne » (1961, p.49). Il existe une Psychanalyse Rêve Eveillé, mais on ne peut pas mettre le Rêve Eveillé tel que EN psychanalyse, car il l’enrichit, la complète et la transforme. Elle n’est plus matérialiste et elle devient une Transpsychanalyse.

L’effet essentiel est de faire sortir le sujet de son égoïsme, de sa centration sur sa petite personne et de ses frustrations pour l’ouvrir au pardon, à la générosité et à l’Amour. Il admet enfin son oblativité dans une séance de découverte du Sublime. C’est le processus le plus psychothérapique qui soit, par la conversion aux Valeurs. « Il faut que le lecteur comprenne ici que le développement des tendances oblatives, qui feront de l’individu un véritable adulte du point de vue affectif, implique nécessairement l’abandon de certaines formes d’égoïsme » (1950, p.9). Le sujet résiste alors à ce qu’il y de plus élevé en lui par un refoulement bien connu comme « refus du Sublime ».

Freud est ouvert au Rêve Eveillé et à reconnu sa place. Le philosophe Leroy demande à Freud d’interpréter les trois songes mémorables de René Descartes la nuit du 20 novembre 1619 qui ont fait un philosophe de ce soldat mercenaire. Il a ainsi vu la Lumière en rêve, mais aussi à son Eveil les yeux ouverts. Et Freud répond que ses règles ne s’appliquent pas car ce n'était point des déguisements de la libido refoulée, mais des "songes venus d'en Haut" « Traüme von Oben », par une inspiration et non issus d'une pulsion. C'est donc Freud lui-même qui oppose  la Psychanalyse des Hauteurs à la Psychanalyse des profondeurs. Le vœu de Desoille est d’obtenir le même type de rêve puissant, ce qui nous mène à l’étude de l’Imaginaire.

B.  Les quatre dimensions de la cure Rêve-Eveillé

Le travail en rêve éveillé se développe pour commencer sur quatre dimensions :

 

a. Il y a d’abord l’apprentissage technique du déplacement dans l’espace imaginaire. La mise en marche dans toutes les directions de son espace intérieur est une opération de déblocage des ressources profon­des et de découverte de sa liberté intérieure. Le patient se déplace comme il vit et vit comme il se déplace. Les phobiques et les obsessionnels ont leur espace intérieur semé de barrières et d’obstacles dont le franchissement va être symbolique et ca­thartique. Avancer devant soi dans son rêve, c’est se débloquer dans la vie, se mettre en route. Le retour en arrière ramène au passé et les descentes font apparaître des images très anciennes oubliées et correspondant à une plongée dans son inconscient. La montée est pénible et purificatrice. Elle donne une âme légère, si chère à Bachelard. L’ascension dans l’axe de la verticalité donne de la noblesse et provoque une opération de sublimation.

b. Le second apprentissage est celui du niveau de conscience original du rêve éveillé. Il faut se laisser aller pour l’atteindre. Cet état de conscience ou Etat crépusculaire est celui obtenu dans le Sommeil yogique (Yoga-Nidra) lors d’une relaxation profonde avec ondes Alpha dans le tantrisme comme dans les retraites tibétaines. Au premier niveau il suffit d’accepter sa fantaisie. Le laisser-aller ne peut s’établir que dans un monde où tout est possible. C’est pour cela que Desoille proposait au-delà des images personnelles d’entrer dans le merveilleux, celui des contes, fables, légendes et mythes. C’est le monde d’« il était une fois », « du temps que les bêtes parlaient », « il y a très longtemps, il y avait »... C’est le niveau de l’inconscient. Lorsqu’un sujet se met à raconter des choses impossibles, illogiques, irréalistes, ayant accepté la fantai­sie, quelque chose se détend en lui et les images surgissent sou­dain toutes seules. Lorsque ce charme cesse et qu’il se reprend, il n’en revient pas. Une histoire, inconnue de lui, a été dite par son inconscient et cela a un sens. Et le plus stupéfiant est que cette histoire, lorsqu’on l’interprète en commun, révèle son être le plus profond. Il a trouvé la voie royale pour communiquer avec lui-même et pour un jour atteindre l’Eveil.

c. La troisième dimension de la cure est le retour et l’affrontement des images personnelles négligées ou refoulées. Chez chaque être humain, les peurs et les difficultés (sa mort, les meurtres, être abandonné, être castré, les mutilations, l’enlaidissement, le rejet, la vieil­lesse, la folie, la mère captatrice, etc.) ont pris la forme d’images bien précises. D’où les phobies : de l’araignée, du serpent, des chauve-souris, des rats, de l’enfermement, de l’étouffement, du vide... Toutes ces images grouillantes d’horreur sont constam­ment repoussées au fond de l’inconscient. Ce sont elles qui ali­mentent périodiquement nos cauchemars. Chacun de nous est plein de ces images refoulées qu’il n’accepte pas de voir en face : ogres, dragons, fleuves de feu, précipices, araignées velues, ser­pent venimeux, taureau furieux, loup dévorant... Dans la cure rêve-éveillé, le climat est quand même plus sécurisant que celui des cauchemars nocturnes puisque l’on n’est pas seul. L’analyste, auquel on a accordé sa confiance, vous sécurise. Et il va apprendre au sujet à regarder en face des images si effrayan­tes, peu à peu et avec précaution. Petit à petit leur charge affective s’allège, les images négatives se raréfient et les rêves sont plus apaisés. Ceci se fait avec une résolution des com­plexes et des problèmes inconscients auxquels correspondent ces images.

d. La cure par le rêve éveillé comprend enfin une transformation initiatique par le revécu de l’aventure légendaire et mythique de l’humanité. En effet, ces images inconnues, jamais venues à la conscience habituelle du rêveur, vont se lier et s’apparenter. Et le tout va constituer un thème, analogue à une histoire ou une construction filmique plus longue qu’un rêve nocturne, puisque le sujet va le racon­ter pendant une heure et parfois le poursuivre de séance en séance. Et ces thèmes produits spontanément par chaque personne vont parfois retrouver les grandes histoires des mythes, des légendes et des contes du pays.

Ce qui est pour nous le plus important, c’est que ces thèmes vont passer des situations les plus catastrophiques et les plus pathogènes, à des enchaînements beaucoup plus normaux et apaisés, pour arriver à des rêves éveillés bénéfiques, de transmutation et même de mystique. Le rêve éveillé peut même mener à l’Eveil.

On saisit donc combien une psychanalyse par le rêve-éveillé permet une compréhension profonde de son rêve par une amplification salvatrice. Avec l’aide de son analyste on apprend ainsi à contrôler ses rêves et ce qui se fait assez facilement lors de cette cure nous a donné l’idée : ne serait-il pas possible d’en faire autant avec ses rêves et cauchemars de la nuit pour les transformer en songes et visions de vérité ? Comment passer du rêve-éveillé au rêve lucide ?

D.    Les images

L'analyse rêve-éveillé a comme originalité de se centrer sur les images mentales et de travailler à partir d'elles. Il reste à déterminer le statut de l'image mentale et celui du processus de la pensée imagée. On a là un mode particulier d'accès à l'imaginaire et à l'inconscient. Nous sommes habités par tout un monde d'images qui proviennent du mode de fonctionnement de l'inconscient, qui ne raisonne pas et représente les affects par des images. Ce monde s'étage depuis le conscient, avec les fantaisies diurnes ou Tagtraum, jusqu'aux images centrales inconscientes, les fantasmes. La détermination du statut de l'image et de l'inconscient passe donc par l'élucidation préalable des fantasmes.

1. Les fantasmes. On peut considérer les fantasmes comme les axes d'organisation de l'imaginaire. Ce sont des images envoûtantes avec une charge émotive intense, liées à un comportement  et correspondant au noyau central de la névrose.  L'artiste excelle à rendre son fantasme visible en atténuant au moyen de changements et de voiles son caractère égoïste pour le parer de tous les prestiges de l'art afin de procurer un plaisir esthétique partageable. (Voir le vautour retrouvé par Freud dans le tableau de Sainte-Anne de Léonard de Vinci).  Il tire sa force extraordinaire de l'accumulation de la libido, ou énergie sexuelle, à travers les frustrations. Poursuivant son existence dans l'inconscient, il y prolifère, s'y organise et  se complique.

Le RE est un moyen inégalé pour la mise en évidence des fantasmes inconscients et particulièrement des fantasmes archaïques pré-oedipiens (scène primitive, ogre, mère phallique, père utérin, autogénération ...). Les scénarios imagés sont parfaitement adaptés pour les représenter, les inclure et les faire évoluer. Les prises de sens successives vont permettre de les désintriquer puis de les métaboliser. Le fantasme est en effet imbibé de compulsion de répétition, il revient de lui-même par sa propre force et se reproduit exactement identique à lui-même. L'insertion dans une série d'images en mouvement va lui permettre de changer en se libérant de la répétition mortifère. Le repérage de ces images envoûtantes se fait par le retour cyclique de ces signifiants répétitifs tout au long d'une cure. Il s'agit de les reconnaître sous leurs différentes variantes.

 2. Le travail sur les images. Les images ont une force en elle-même et ne sont pas de simples métaphores ou de purs prétextes à une mise en mot. Il y a une vie des images qui se lient, s'apparentent et s'engendrent entre elles. Le monde grouillant de l'imaginaire peut se comparer à la vie sous-marine des fonds abyssaux, mais encore plus à l'union des cellules biologiques dans un organisme vivant. La névrose est la marée noire de la pollution qu'il s'agit de résorber. De même que les scientifiques ont découvert que des micro-organismes pouvaient se nourrir des déchets et les transformer, ainsi, grâce au RE, les images de puissance peuvent réparer tous les dommages autour d'elles.

3.Les images-forces. Parmi les multiples images présentées par un patient, il y en a une qui peut/doit frapper l'analyste par sa répétition, sa singularité, sa symbolisation ou son "inquiétante étrangeté, Unheimlich". Très nette, colorée, accompagnée d'une grande charge affective, elle va évoluer tout au long de la cure. Elle fait partie de ce que nous nommons des "images-forces" et elles peuvent correspondre au mythe personnel ou familial. Ce sont des images envoûtantes, englobant un fantasme. Cette image, qui revient tout au long de la cure, pour lentement évoluer et se transformer. Il est relativement simple de la suivre lorsque le patient lui donne le même nom tout au long de la cure dont elle constitue comme la colonne vertébrale ou le leitmotiv.  C'est cette image-force qui nous autorise à parler de mythologie personnelle

 

D. Les sortes de Rêve-Eveillé

 

Le RE constitue un monde colossal : sous son nom on trouve des pratiques qui ne sont plus du tout du rêve-éveillé et sous d'autres noms divers on trouve des pratiques très proches ou apparentées. En fait, il en est du rêve-éveillé comme du chant. Il existe bien des types de chant : celui qui chante faux, qui chantonne, qui chante et n'a pas de voix, le chanteur amateur et toutes les sortes de chanteurs professionnels de Georges Brassens à Aznavour ... Et il y a les crooners, le chant grégorien, le chant harmonique et toutes les voix travaillées des chanteurs d'Opéra, type Carruzo ... De même il faut dans les rêve-éveillés distinguer des niveaux, types, sortes,  degrés, rôles et formes  ...

 

1.  LES CONSTITUANTS DU R.E.

La pratique du rêve-éveillé analytique en cure a été la plus travaillée et la plus étudiée. Il est bon de commencer par elle pour commencer à dresser un tableau. Un accord s'est établi sur ses éléments constitutifs : le cadre, l'apprentissage et le transfert.

 1) Le cadre. Ce qui commence par instituer le RE est la manière dont il est présenté au patient dès la première rencontre et la constitution de son cadre dès la première séance. Il peut être présenté dans un cadre de psychanalyse, de psychothérapie, de créativité ou expérimental. Et nous partons pour commencer du cas de la psychanalyse. L'analyste doit parfois le présenter, mais d'autres fois le patient le connaît déjà par ses lectures, conversations ou spectacles. De toute manière l'analyste précise que l'on ne commencera l'apprentissage du RE qu'après avoir pratiqué pendant quelques séances l'anamnèse, ou partage de tout ce qui peut être communiqué sur le plan conscient. Pendant ce temps s'installe une relation de confiance. Le cadre temporel est en général une séance par semaine, une semaine on fait un RE et la semaine suivante on en cherche le sens ; mais le patient reste libre d'enchaîner plusieurs RE à la suite ou de rester de longues périodes sans en faire. Le cadre spatial habituel est le patient allongé sur le divan et l'analyste assis derrière, mais quelques-uns restent en face-à-face ou alternent.

2) L'apprentissage. Le temps pour apprendre à faire un RE est très variable. Rares sont qui y arrivent du premier coup, pour les autres il faut plusieurs semaines ou plusieurs mois et certains, très peu nombreux, n'y arrivent jamais. On trouve dans la littérature RE bien des propositions de départ " Pouvez-vous voir un ... ? Décrivez ce que vous voyez, visualisez, imaginez, voyez des images, racontez une histoire imaginaire, un conte, associez librement des images, et si vous me le disiez en image ?,  on dirait que vous le voyez ...".

La règle fondamentale est :  1. ne pas décrire d'objet connu, mais rester dans l'imaginaire

                                              2. ne pas raconter des souvenirs  et

                                              3. ne jamais faire de commentaires pendant le RE.

Commentaires, réflexions intellectuelles, souvenirs, associations libres, prises de sens, interprétations ... sont réservés à la séance suivante ou à un moment après, bien séparé du RE.

 Le moment du RE est délimité (soit par un changement de position, une détente, les yeux fermés, soit dit au début et à la fin : "Je vais faire un RE. ... - Après ce RE, nous pouvons évoquer ...".) S'il y a apparition de souvenirs ou de commentaires  pendant un RE, l'analyste le fait remarquer : "Maintenant que vous avez quitté votre RE, cela vous évoque ...".

Lors de la première période d'apprentissage, l'analyste intervient quelquefois pendant le RE, mais le moins souvent possible. Si l'apprentissage est réussi en quelques séances, en général il n'aura plus besoin après de parler pendant un RE du patient. Et si le RE dure assez longtemps, on peut reporter les commentaires et la prise de sens à une autre séance, de façon à ne pas mélanger les états de conscience.

3) le transfert. Dire les images que l'on voit et les sentiments de son vécu à son analyste est une preuve de confiance. Pratiquer l'association libre aussi, mais le RE est plus imprévisible. D'autant plus que tôt ou tard le patient va réaliser qu'il lui permet de dire sans dire. Il semble donc qu'on ne puisse commencer à apprendre ou à pratiquer des RE que lorsqu'un transfert assez solide est installé. Toute interprétation hors du transfert étant de l'analyse sauvage, on pourrait en dire autant pour le RE.  Pas de RE sans transfert. Et réciproquement une partie des sentiments transférentiels envers l'analyste se dit et se lit dans les RE, comme l'a écrit Jacques Launay. Un but du Rêve-éveillé analytique est, en effet, par delà l'imaginaire, d'exprimer l'inconscient et le refoulé sans que le patient s'en rende compte.

 

2. LES TYPES.

Une fois le RE appris, voici dans les débuts les types de RE que l'on risque de rencontrer :

* le R.E.-rédaction. R.E. par la forme qui évoque la rédaction scolaire d'un bon élève qui s'applique. Il est très pensé, intellectuel, bien fait, bien construit aux dépens de l'imaginaire, de l'affect et de l'inconscient. C'est une des formes majeures de la résistance. Une de ses variantes est le RE que le patient construit consciemment pendant la semaine et vient réciter en séance pour contrôler toute expression spontanée.

* le R.E. banalisé. Le patient fait semblant de vivre en RE une de ses activités quotidiennes non impliquante : "Je lis mon journal, je tricote un pull-over, je fais mon jardin, j'épluche les légumes pour la soupe,  je regarde la télé et je revois le film d'hier au soir ...".

* le R.E. à deux. Dans l'enregistrement ou la transcription du récit de RE les phrases dites par "l'analyste" sont très nombreuses, parfois une sur deux, avec des propositions d'images ou de mouvements, au point que ce récit en dit autant sur l'analyste que sur l'analysant. C'est un des dangers et des pièges de l'ancien rêve-éveillé dirigé que veut éviter le rêve-éveillé analytique.

* le R.E.-mitrailleuse. Aucun récit lié n'est fait, parfois il n'y a pas de phrase avec des verbes, que des noms d'images, le rythme peut être assez lent, entrecoupé ou très rapide évoquant celui d'une mitrailleuse. "Je vois une lampe, de l'eau, une échelle, des cailloux, de la neige, une limace, un cheval mort, une soutane, un singe ...". Ainsi pendant une heure.

* le R.E. à chapitres. A l'opposé du RE-mitrailleuse, l'histoire se poursuit toute une séance de RE et se continue les séances suivantes (deux, trois ou plus). Par exemple, un voyage à travers des collines, des forêts, des montagnes, des plaines, des déserts s'est continué pendant une dizaine de séances avant de s'apercevoir qu'il s'agissait en fait de l'exploration du corps géant de la mère.

* le R.E. aveugle. Le patient fait des RE mais prétend ne rien voir, comme un aveugle est capable de parler du monde et même des couleurs sans aucune image visuelle. A la limite il peut avoir un RE sans images : "Alors entre Jules, qui dit à Marie (...) et elle lui répond (...)".

* le R.E.-métaphore. L'analysant ayant employé une image (par ex. J'en ai plein le dos) l'analyste lui a proposé de laisser venir les images, ce qui donne : "je me vois avec mon sac à dos pour aller à l'école, il est très lourd, il est plein de livres, non de pierres, il me fait mal au dos, je me voûte, je sens les pierres qui appuient sur mon dos, je ne peux plus le porter, je suis trop fatigué, il me fait trop mal, comment m'en débarrasser ?". Le R.E.-métaphore peut continuer pendant plusieurs minutes, il se reconnaît à ce qu'il ne se déroule que dans une seule direction, sans rien d'imprévu, il développe un thème. Il peut se faire assis, en face-à-face, les yeux ouverts, sans relaxation, sans changer de niveau de conscience, etc. Certains l'appelaient autrefois "le R.E. de situation". On peut multiplier ces exercices d'imagination et en faire faire plusieurs par séance, noyés au milieu du dialogue en face-à-face ou de l'association libre sur le divan : des métaphores diluées ont remplacé le RE.

* le R.E.-délire. Crainte (ou fantasme) répandu chez certains analystes ou psychiatres que le scénario R.E. ne se transforme en délire ou favorise une activité délirante. Finalement, avec plus de cinquante ans de pratique, il ne semble pas que cela soit arrivé une seule fois. Le RE est en effet le contraire du délire, c’est un instrument thérapeutique.

* le R.E.-photo. ou le R.E.-carte postale. L'analysant ne voit qu'une image fixe qu'il décrit plus ou moins longtemps. Il y reste fixé ou passe à la suivante, mais de toute manière rien ne bouge. Les personnages sont souvent des statues et tout paraît mort. Variante : le mouvement est très léger et toujours extérieur (faux mouvement) : "Maintenant les nuages semblent bouger très légèrement vers la gauche".

* le R.E.-cinéma ou T.V. ou vidéo. Le sujet se tient à distance des images de son RE en les regardant de l'extérieur comme sur son écran de télé, un dessin animé ou une B.D. et refuse absolument de devenir un des acteurs du film en entrant dans son scénario. Son implication serait pourtant essentielle pour les progrès de la cure.

* le RE dans le RE. Le patient dans son RE dit s'endormir, puis rêver et raconter son rêve, ce qui crée une enveloppe de plus, une mise à distance et une précaution de plus.

* les scénario-catastrophes. Le patient ne peut rien faire et rien construire (il ne peut pas grimper à un arbre et tombe sans cesse, il est incapable de sortir d'un trou, de planter un arbre ou construire une maison) ou surviennent des malheurs, des explosions ou des catastrophes .... C'est assez fréquent en début de cure.

* R.E. mutatif. Il provoque une expérience imprévue de type particulier qui compense des frustrations, des manques et des souffrances. Par là, il engendre des changements importants dans la vision du monde, des autres et de soi selon les processus évolutifs supérieur. Le contenu et les images de ce RE (dit parfois de lumière) comptent moins que l'état de conscience et le vécu émotionnel.

 

3.UN EXEMPLE DE THEME EN RE.

 

Brièvement on distingue les faux RE qui sont de simples récits mentaux, superficiels,  de simples constructions intellectuelles sans implications émotionnelles et les vrais RE.

Voyons sur un exemple, ce sera plus clair.

J’ai proposé à plus d’une centaine de patients différents, la Promenade Sous la Mer.

On peut avoir :

  1. un refus « je n’ai pas envie. Je m’éloigne de la plage et vais à un bar où je commande un apéro … »
  2. une lutte « j’essaie de descendre, mais une force me remonte, sans cesse »
  3. un esprit rationnel « Impossible, je vais me noyer. Alors je me protège (du scaphandre au simple Tuba …) »
  4. obéit mais banalise « décrit longuement le fond, les algues, les petits poissons … »
  5. archaïque « - il trouve enfin le bateau immergé (de la petite barque au Titanic)

-          puis dedans il trouve le trésor englouti (huitres, perles, louis d’or …)

-          il est interrompu par un requin (le père) ou une pieuvre (la mère),

-          il fuit et remonte puis revient. Pendant des mois il  lutte avec la pieuvre

(variante, le combat décrit par Victor Hugo) »

 

4. UN NIVEAU DE CONSCIENCE ORIGINAL.

 Le plus important dans le RE est, selon nous, le niveau de conscience dans lequel le RE est réalisé.

1).On peut le pratiquer dans le niveau de conscience ordinaire, intellectuel et volontaire et il peut donner lieu à une psychothérapie de type comportementale et cognitive (TCC), avec déconditionnement et reconditionnement, dont l'efficacité, certes légère, n'est pas nulle.

2). On peut avancer vers un état de déconcentration, hypovigile, de relaxation ou même de déconnexion qui facilite les productions imaginaires, l'accès aux images intérieures, aux fantasmes, aux souvenirs refoulés, aux pulsions et forces de l'inconscient ... On est alors entré dans l'espace analytique de la cure puis dans l'espace RE.

3). Il reste qu'une psychanalyse par le RE n'est pas qu'une psychanalyse freudienne classique. Il y a RE et RE. Nous venons de voir qu'on peut avoir des productions RE édulcorées, de type "Canada dry". Dans ses réussites le RE se fait avec un état de conscience original ou SURCONSCIENT qui est celui de l'éveil. Le RE n'est d'ailleurs plus la seule technique qui suscite cette apparition d'un "scénario d'images". Sans parler de tout ce qui a été expérimenté avec les psychotropes et les hallucinogènes, on peut citer l'hyperventilation, utilisée dans le rebirth pour revivre une naissance ou dans la respiration holotropique de Grof avec des régressions parfois attribuées à des vies antérieures, les rotations et tournoiements dans la transe-thérapie, l'isolation sensorielle dans des caissons isophones, la musique avec une différence de quatre Hertz entre chaque oreille dans la synchronisation hémisphérique, les harcèlements de questions des séminaires vers l'éveil, etc. Le fait de pouvoir déclencher un retour d'images, avec souvent une grande conviction de réalité, est une découverte récente de la psychologie où tout reste encore à découvrir.

 

 

  1. LA PURIFICATION DE L’AMOUR

 

 

  Comment purifier son amour ? Le coté physi­que a pris tellement d'importance que pour certains l'amour en est venu à désigner un rapport sexuel sans aucun amour.  Pour cela la psychologie et la psychanalyse sont d'une grande aide en nous révélant tous les pièges de l'amour. L’apport des psychanalyses nous ont précisé les difficultés et complexités de l’amour. Notre nature ne nous mène pas automatiquement à l'amour pur et désintéressé. Avant, que de formes dévoyées de l'amour faut-il franchir ou éviter !

 

A.             L'Amour-cannibale.

   

La première forme instinctive de l'amour est l'amour dévo­rant. Bien des êtres aiment encore les autres, comme ils aiment une plaque de chocolat. Aimer c'est dévorer et leur amour est des­tructeur. Quand ils ont aimé quelqu'un ou quelque chose, il n'en reste plus rien. Ils mangent les êtres comme une plaque de choco­lat qu'ils aiment tant ; ils ne cherchent qu'à tout croquer comme un bonbon. Et en fait nous avons tous commencé par là. Nous avons tous été des cannibales. Le nourrisson qui tête sa mère mange son corps, et il continue à réaliser ce qu'il apprit à faire pendant neuf mois : se nourrir de son corps. Aussi n'y a-t-il rien d'éton­nant à ce que certains continuent à aimer de cette manière ; mais gare à ceux qui les rencontrent ! Leur amour vous bouffe, comme ces pauvres boulimiques qui cherchent à dévorer leur vie durant la mère-nourriture. Ces obèses sont insatiables dans leur avidité orale. L'amour oral est de ce type et il sous-tend le rêve de l'amour-fusion, l'amour-incorporation ou l'on cherche à ne faire qu'un. C’est souvent un amour-fusionnel avec les illusions de l’âme sœur, de la moitié de soi, du complément, du lien profond qui vient des vies antérieures. Et quand on se quitte, on est vidé, en profonde dépression, proche du suicide.

  C'est ce qu'indiquent tous les anthropophages : quelle meilleure preuve d'amour peut-on donner à un être que de le manger ? L'huma­nité a mis si longtemps pour se délivrer de ces pratiques anthro­pophagiques et de ces fantasmes qui trainent encore envers les corps humains succulents. Trouver un corps appétissant peut se masquer sous un désir sexuel intense et insatiable ou sous le fait de pomper l'énergie de l'autre et de le vider en s'en nourrissant. C'est ce qui apparait dans le mythe de Krishna enfant têtant sa nour­rice Putana, qui avait enduit ses mamelons de poison, et la vidant de l'intérieur en absorbant son énergie vitale. Il représente aussi le franchissement de l'obstacle de l'amour de la mauvaise mère. On dit bien aux enfants qu'ils sont beaux à croquer, et qu'on a envie de les manger de baisers, aussi redoutent-ils tant les ogres. Chez les adultes cet amour gustatif vous suce ou vous ronge. Et dans son sens sexuel il vous fait passer à la casserole. L'Italien qui ressent cette forme d'amour envers une fille lui dit plus hon­nêtement : te gusto bene ,  j'ai envie de te croquer.             Ne serait-il pas temps de cesser de confondre aimer et manger ?

 

B.     L'Amour-prison.

 

Si le nourrisson aime d'abord de cette manière c'est qu'il répond, en fait, à un appel. L'amour maternel peut être si posses­sif qu'il vous enferme. Il est alors un véritable poison comme le symbolise si bien l'histoire de Krishna, en nous révelant le danger de rester enfermé dans l'amour de la mère. Car certaines mères n'accouchent jamais. Physiquement, elles ont vu se séparer les deux corps, qui avant n'en faisaient qu'un. Elles ont senti la coupure du cordon ombilical. Mais elles ne l'ont pas admise et vous repassent sans cesse le cordon ombilical autour du cou. L'enfant conti­nue à faire partie de leur être ; psychiquement il est toujours enfermé dans leur ventre. Elles ne veulent pas le laisser sortir, devenir autonome et indépendant. On reconnait ce type d'enfants à leur maladresse, leur manque d'équilibre, comme si leur centre était toujours dans le ventre de leur mère. Ceci se traduit par des retards dans tous les apprentissages, des perturbations comme la dyslexie et une grande fragilité qui leur fait attraper toutes les mala­dies. Ce qui augmente et justifie cet amour possessif par un cercle vicieux qui enlève toute autonomie à ce bébé fragile et toujours malade. L’amour-prison est souvent le fait des mères qui disent : « Si tu t’éloignes je suis inquiète, angoissée, malade. Si tu sors, tu es en danger. Je te laisse partir, mais tu me reviendras. Tu dois me ressembler et être mon clone spontané … ». Certaines mères n’ont jamais accouché, d’autres n’ont pas coupé le cordon ombilical et tirent toujours dessus dès qu’on s’éloigne.

 

Dans la technique de l'analyse par le rêve-éveillé, ceci appa­raît dans l'image de la pieuvre que l'on rencontre sous la mer, et qui vous attend depuis votre naissance. C'est le poulpe géant et tentaculaire, l'animal visqueux et immonde qui s'attache à vous et vous colle à la peau. Son oeil glauque vous fixe et vous glace. Elle fouette au loin et aussitôt une ventouse posée, vous attire a elle. Mourir entre ses bras, voila une bien douce tentation : se laisser dévorer par qui vous aime tant et vous trouve à son goût. A tra­vers ces sifflements de serpent et ces déchirements de chair se déroule la lutte contre l'être doucement captateur, la mère posses­sive qui s'impose toujours à vous par le chantage à l'amour. Et il peut y avoir une complicité à se laisser emprisonner. C'est telle­ment plus simple de rester un petit bébé et de laisser la responsa­bilité à un autre de ce qu'on aurait à être.

Aimer c'est ne faire qu'un, a-t-on dit. Et ce rêve de la com­plétude de deux êtres a parfaitement été illustré par le mythe rapporté par Platon de la division en deux des premiers êtres humains sphériques et de la recherche de sa moitie. L'être humain n'a jamais été sphérique, sauf en tant que blastula, avant que l'ovule fécon­dé ne se différencie en une forme animale. Cet amour-fusion est pour certains d'une telle nostalgie qu'ils cherchent à se fondre dans l'être aimé et à ne faire qu'un. C'est le fantasme de la régression intra-utérine. Et cette recherche d'amour fusionnel se revit très souvent au début de la psychanalyse de ceux et celles qu'une relation fusionnelle primaire avec la mère a marqués à jamais. II se retrouve dans les couples sous la forme de la relation totalitaire dont il existe bien des variétés. C'est la volonté de tout savoir de l'autre, d'enquêter sur ce qu'il était avant de le rencontrer : « je t'aime par delà le passé » écrit Eluard. C'est aussi le désir de ne pas se quitter, d'être toujours avec l'autre, de faire tout ensemble, de ne lui lais­ser aucune vie personnelle, aucun espace de liberté. Ce peut être aussi l'amour jaloux, qui peut être une simple appropriation, une simple volonté de possession, mais où il faut voir plus profondé­ment une recherche nostalgique de l'absorption de l'autre. Dans toutes ces formes de possession on retrouve ce besoin de fusion qui ne produit qu'un amour-phagocytose. Si cela est flatteur au début, on finit très vite par se sentir en prison, à moins que dans une sorte de jeu de go, on ne rivalise pour phagocyter à son tour celui qui veut vous posséder.

L’amour jaloux est le souvent le fait des hommes qui s’estiment propriétaire ou au moins possesseur de leur femme. Ceci est amplifié dans certains pays où les femmes sont enfermées dans un harem et sous une cloche de tissus avec un grillage au niveau des yeux (burkha).

L’amour-névrose. L’amour-chantage est un amour conditionnel. Je t’aime si …, je t’aime quand tu es gentil, quand tu rapportes de bonnes notes ou plus tard de l’argent. Un autre forme est « je t’aime si tu m’accepte tel(le) que je suis, avec ma névrose ». Inutile de commenter, il suffit de regarder autour de soi, c’est quasi-universel.

 

 

C. L'Amour sado-masochiste.

 

Cet amour-là est la recherche de l'amour dans la souffrance et se révèle comme n'étant que de la haine. Il n'est pas facile de séparer le sadisme du masochisme. Ils ne font qu'un à la fois dans la relation duelle sadomasochiste et dans chacun des partenaires où le sadisme dominant implique du masochisme et où le masochiste est le vrai sadique qui cherche à rendre l'autre sadi­que à faire peur.

Dans sa dominance sadique il y a l'amour de faire souffrir l'autre. Ceci peut amener à des sévices et des tortures corporelles, mais peut rester mental en se satisfaisant de l'abaissement et de l'humiliation permanente du partenaire aimé. Dans les petites annonces actuelles combien de maîtres demandent des esclaves et combien de masochistes pervers cherchent à jouer à l'esclave. Certaines femmes en font un métier avec tout l’attirail des clous, chaînes, fouets, cuir, menottes …

La composante anale est souvent présente et la sodomie très pratiquée. Elle engendre un amour où l'on cherche sans cesse à salir l'autre, à le souiller, à le pervertir. Et combien d'êtres ne se ruent dans une relation sexuelle, sous le couvert de l'amour, que pour mieux s'abaisser, se mépriser et se détruire, sans doute pour se punir d'une pre­mière faute oubliée ou d'une déception ?

    Les femmes sont maintenant averties contre leur composante masochiste qui les pousse, sous le masque du dévouement et de la soumission, à un amour-carpette, qui ne ferait d'elle qu'un tapis-brosse sur lequel on se nettoie les pieds. Mais l'amour masochiste n'est pas absent de l'amour divin et l'on en a répertorié de nom­breux exemples dans la vie des saintes. Nul besoin, lorsqu'on soigne un malade, de trembler de délices et de sainteté, en ava­lant sa diarrhée comme le fit Agnes Foligno.

Le sado-masochisme reste encore très répandu dans les fantas­mes de l'amour, comme l'a montre le rapport Hirne. Et c'est en cela qu'un amour qui peut paraitre pur, ne l'est pas toujours car il est gangrené par la confusion avec la souffrance et les images de fouet et de tortures.

L’amour-tapisbrosse est un amour salissant, déshonorant, dégradant avec les variantes des amours à trois, des échangistes, des partouzes. Le fantasme de la prostituée a ses différents nivaux. « Plus tu t’essuies les pieds sur moi, plus je t’aime ». C’est l’univers des masochistes.

L’amour-vache est « je t’aime, je te cogne » pour ton bien que ce soit un enfant ou une épouse. C’est un peu le fantasme de Barbe-bleue. Mais la masochiste trouve toujours son sadique.

L’amour-donjuan est aussi un amour misogyne avec mépris des femmes, simples instruments de plaisir. Bien des hommes prennent les femmes comme des jouets ou des accessoires sexuels. Au contraire la misovirie se cache souvent sous une peur des hommes chez les allumeuses et autres croqueuses de diamant.

 

D. L'Amour-oedipien.

 

L’amour-oedipien est très répandu : le fils reste l’esclave de sa mère et ne se marie pas, la fille garde son père comme idéal et en tant que mère-célibataire vient lui offrir son premier enfant. Une variante est de demander à son fils d’être le vengeur de sa mère, comme Richard-Cœur-de-lion et sa mère Aliénor d’Aquitaine.

Mais les amours incestueux ne sont pas exceptionnels en cure. En général ces formes d'amour archaïques sont recouvertes par le vertige de l'inceste et l'attachement au parent de sexe opposé. Dans l'amour de la petite fille envers son père, il y a la demande de recevoir le phallus que sa mère n'a pas su lui donner et qu'elle espère obtenir sous la forme d'un enfant du père. Dans son atta­chement total et exclusif envers sa mère, le petit garçon inclut une exigence sexuelle. Par conséquent il devient jaloux du partenaire sexuel de la mère (ou du père pour la petite fille). Cette demande innocente (?) chez l'impubère devient bien plus grave après, sur­tout si elle est sous-tendue ou entretenue par le désir secret de la mère ou du père. Alors le barrage de l'Oedipe ne peut être fran­chi et l'adolescent y reste fixé pour toujours. Dans ses amours ou son mariage, son désir restera toujours oedipien : c'est sa mère qu'il aime encore à travers sa femme. Et s'il a une fille, il l'aimera encore d'un désir secret incestueux. C'est ainsi que se transmet familiale­ment la structure oedipienne, de génération en génération.

Cela peut avoir diverses formes. Dans la vie d'un couple peut se présenter une répugnance envers l'acte sexuel qui est secrète­ment vécu comme un inceste, ce qui peut amener à la frigidité ou a l'impuissance. Mais le pire est que cela se masque sous la forme de l'amour pur, désincarné ou amour platonique. On vit alors avec sa femme comme avec une soeur, mais on la trompe avec une pécheresse qui seule excite le désir. Ou bien l'Oedipe mène à tomber amoureux d'une jeune de l’âge de sa fille.

La forme la plus extrême de l'amour oedipien conduit au Don Juanisme. L'homme multiplie les aventures sexuelles mais reste toujours fidèle dans son amour à sa mère, qui encourage inconsciem­ment ses conquêtes, car elle sait bien qu'ainsi elle le gardera atta­ché à elle. C'est l'amour-chasse de la drague ; l'objet de la con­quête n'est jamais aimé car l'on n'aime que la conquête, ou il est aimé comme le chasseur aime les papillons, pour accroître sa collection.

Cet amour oedipien est à la source de certaines vocations reli­gieuses. Sous le masque de l'amour du divin bien des prêtres, moi­nes ou religieuses n'ont jamais pu se délivrer de l'amour de la mère. Les psychanalyses de prêtres inaugurées au monastère de Cuarnavaca au Mexique ont révélé tout ce qui pouvait se cacher sous l'amour de notre très sainte mère l'Eglise. Parfois sont apparues ainsi de très fortes structures homosexuelles. L'amour de Dieu n'est pas toujours très pur lorsqu'il n'a pas encore été purifié.

Cet amour de transfert est de règle dans les sectes avec l'atta­chement passionné envers un gourou. Un maître spirituel doit être extrêmement vigilant sur la qualité de l'amour qu'il suscite. Le plus souvent ne viennent à lui, par compensation, que des jeunes en rupture avec leur famille. Ayant renié leur véritable famille, la haïs­sant et l'ayant abandonnée, ils sont à la recherche d'un bon père et/ou d'une bonne mère qui puissent combler toutes leurs décep­tions et frustrations. Tant qu'ils ne se sont pas réconciliés avec leur famille, tout leur amour et leur dévouement sont faux. Dans les familles nombreuses, les enfants luttent avec toute leur violence pour accaparer l'amour des parents et être le préféré, comme les oisil­lons dans le nid. Ceux qui ont été vaincus et sont partis frustrés, cherchent à compenser par un attachement, passionné. Tant que cette situation n'aura pas été éclaircie et dénouée par le maître, c'est un obstacle absolu à toute progression spirituelle. On ne peut fonder l'amour de Dieu sur la haine des autres. Il faut d'abord se réconcilier avec son frère, avant de pouvoir prier, sinon l'amour reste contaminé par la haine.

 

E. L'Amour-égoïste.

 

Toutes ces perturbations de l'amour ne sont que des variantes de l'amour-égoïste, possessif, intéressé, captatif. Les anciens l'appe­laient amour de concupiscence (amor concupiscentiae et complacentiae). La racine de cet amour est que l'on n'aime pas l'autre mais seulement soi. Sa forme extrême est l'amour-narcissique. Les êtres à structure narcissique se reconnaissent à leur monstrueux égoïsme et à leur absolue complaisance envers eux-mêmes. Ils s'admirent et s'adorent eux-mêmes ; en fait ils n'ont pas besoin des autres et l'auto-érotisme est toujours présent. Ils sont enfer­més dans leur propre image et comme Narcisse, prisonniers de leurs miroirs. Toujours occupés à se contempler, ils n'acceptent d'autrui que leurs regards admiratifs, aussi deviennent-ils souvent des artis­tes. On les reconnait à leur refus de la différence et leur haine de la diversité. Ils n'aiment que le semblable et ne peuvent tom­ber amoureux que d'êtres très proches d'eux et qui leur ressem­blent. « Tu es la ressemblance » écrit Eluard et à travers cette res­semblance c'est eux qu'ils aiment dans un reflet d'eux-mêmes.

L'amour-exploiteur est un amour sous condition. Cela peut pro­venir d'une mauvaise éducation : « je t'aime si tu es sage, quand tu es gentil, quand tu fais ce que je veux... Sinon je ne t'aime pas ». Or le véritable amour ne se marchande pas. On n'éduque pas vraiment avec le chantage à l'amour, on ne fait que pervertir. On inculque ainsi l'amour intéressé. Par la suite un tel être deman­dera toujours quelque chose en échange de son amour. C'est la prostitution de l'amour. L'amour exploiteur cherche toujours à tirer profit de l'amour. Il utilise autrui ou la religion.

L’amour-narcissique. L’amour d’un narcissique est un des plus terrible, car un narcissique ne peut aimer personne en dehors de lui. L’erreur a été de croire apercevoir un instant son reflet en vous. Et les narcissiques sont très répandus chez les célébrités. De plus un narcissique ne change jamais.

Les autres pathologies de l’inconscient se trouvent dans les amours : l’amour-fou, l’amour sadique, les délires amoureux … L'amour humain peut être une forme de mise en esclavage. Dans la question « Tu m'aimes ? » il y a trop souvent une impo­sture ou au moins un message caché. « Alors si tu m'aimes, tu dois me respecter tel que je suis, m'accepter, me supporter. Aime-moi, admire-moi, accepte-moi. Tu m'aimes, donc j'ai des droits sur toi, je peux faire tout ce que je veux. »     Trop d'épouses sont tombées dans l'amour-repos. « Il m'aime, je suis rassurée, je n'ai plus besoin de plaire, je peux me laisser aller et garder ma vieille robe de chambre. » Les réveils sont plutôt durs, lorsqu'on se retrouve toute seule. Souvent la contre­partie de l'amour c'est la névrose. « Si tu m'aimes, tu dois m'accepter et supporter mon mauvais caractère et ma névrose. » C'est ce que l'on fait avec son chien. Quand on n'a plus d'être humain qui vous aime, on trouve toujours un chien à aimer, bien obligé de vous supporter.  De toute manière, cet amour égoïste ou intéressé est un amour­ centripète. C'est l'amour qui prend et non celui qui donne. Acca­parant, exclusif, intéressé, cherchant à tirer profit, tournant tout à son avantage, sans rendre et sans aucune forme d'échange, cet amour est le contraire de l'amour. « Aimer, c'est avoir besoin » écri­vit Helvetius, à quoi il faut répondre « au royaume des amours, l'amour s'envole ». Il n'est pas si facile d'aimer. Il y a l'amour­ passion de Tristan et Yseult qui ne peut mener qu'a la mort. L'amour romantique triste et désespéré devant ce torrent dévasta­teur. L'amour-fou de Breton et des surréalistes qui reste très patho­logique etc.

    Heureusement il y a encore l'Amour qui nous emporte sur ses ailes, au-delà de ces amours. « L'amour c'est beaucoup plus que l'amour » écrit Jean Chardonne. Comment donc purifier ces amours ? II y a bien longtemps que l'on songe à purifier l'amour. Pla­ton s'en est occupé dans le Banquet. Il expose comment saisir les valeurs dans les titres et comment passer du sensible à l'intelligi­ble pour aboutir au soleil des Formes, l'Idée de Bien, car, en fait, tout amour est amour du bien. Comme, pour lui, nul ne peut vouloir le mal, il suffit d'enlever les voiles de l'ignorance. On y arrive par la victoire de la raison grâce à l'amour des sciences puri­ficatrices : les mathématiques, l'astronomie, la musique et la phi­losophie. Mais plus subtilement dans cette longue ascèse, il pré­cise l'action du Beau et du Vrai et donne l'exemple de Socrate qui a échappé aux amours pédérastes et aux séductions d'Alcibiade pour le convertir à l'amour de la sagesse. Il faut dire qu'il était aidé par la pratique de l'étude, de la réflexion, de la méditation et par l'écoute d'une voix intérieure divine qui lui indiquait toujours ce qu’il ne devait pas faire. C’est l’origine du mythe de l’amour platonique, qui est pratiqué parfois par certaines femmes. Elles aiment un homme (ou une femme) secrètement sans jamais le lui dire.

    Pour atteindre le vrai amour, il faut le purifier de tous ses masques et perversions.

 

 

7.  L’AMOUR EN PSYCHANALYSE

 

L’amour est un moteur essentiel de la transpsychanalyse, mais à condition qu’il soit purifié et devienne vrai.

A.    La Libido à la place de l’amour

 

 

1.      Chez Freud sa place est assez réduite. Il n’a aucun amour de Dieu, puisqu’il se dit athée.

Il n’a aucun amour de la religion puisqu’il en fait une névrose collective, dont le seul mérite est d’éviter l’obligation de s’inventer une névrose individuelle.

Il n’a aucun amour de l’enfant, aucune estime et aucun respect, puisqu’il en fait un « pervers sexuel polymorphe », un petit sauvage qui doit être dressé.

Il n’a pas d’amour de la spiritualité, puisqu’il renie même « le sentiment océanique » que lui présentait Romain Rolland. Et après une longue polémique, au lieu de voir le sens de l’Infini et de l’Eternel qui y est inclus, il le réduit au souvenir obscur du vécu utérin avant l’accouchement.

Il n’a aucun amour du prochain installé par les Chrétiens dans la civilisation. « Prochain » signifie pour lui coreligionnaire juif et les autres risquent d’être des Goy « pourceaux ». Il a polémiqué plusieurs fois sur l’amour du prochain qui lui paraît invivable et finalement assez malsain. Surtout ce qui paraît le scandaliser est l’amour de ses ennemis et l’universel pardon. Dans Malaise dans la civilisation il explique longuement qu’il ne peut aimer que les humains qui le méritent. « En revanche, s’il m’est inconnu, il m’est bien difficile d’avoir pour lui de l’affection », il serait en effet injuste d’accorder à un étranger la même faveur qu’envers les miens. « Mais il est un second commandement qui me paraît plus inconcevable et déchaîne en  moi une révolte plus vive encore « Aime tes ennemis », nous dit-il ». Et Freud s’en tire par une pirouette en citant Heine qui dit qu’il pourra pardonner à ses ennemis, mais après qu’ils aient été pendus. (p. 63). Et il cite la devise latine Homo homini lupus, l’homme est un loup pour l’homme. Quel total manque de générosité !

De fait le livre de Krajzman « la place de l’amour en psychanalyse » ne traite que de libido, de sexe et de jouissance. Mais il reprend les attaques de Freud contre l’amour chrétien. « On pensera ici au commandement chrétien ‘Aime ton prochain comme toi-même ‘, qui a été, pour Freud, une source d’étonnement et de scandale, sinon d’horreur. Sans doute y a-t-il lieu de s’étonner de ce commandement, dont l’une des conséquences serait d’aimer ses ennemis » (p.13). Evidemment, c’est fait pour cela et c’est son mérite : éteindre la vengeance et le devoir de mémoire. Mais Freud scandalisé cite Heine « certes on doit pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu’ils soient pendus ». Ce développement freudien laisse deviner que la haine chemine à l’ombre de l’amour du prochain, ajoute Krajzman. Et c’est deux mille ans de perdus dans l’histoire de l’humanité avec cette impossibilité maladive du pardon généreux pour les fidèles de cette ancienne religion.

L’intrusion du sexe dans l’amour se marque dans la transposition « aime ta prochaine comme toi-même ». Bien entendu on l’aimera, quand il s’agit d’un amour généreux (agapé) le genre ne compte pas, ce n’est plus un amour de désir. On peut avoir autant de compassion d’une femme que d’un homme, pour une femme comme pour un homme.

Mais les psychanalystes freudiens ne peuvent entendre que pour aimer les autres, il faut d’abord s’aimer soi-même, car ils réduisent toujours cela à l’amour narcissique. Or il y a une juste estime de soi qui évite de tomber dans le mépris et l’abaissement si valorisé dans les siècles précédents.                                         

 

                                                           B. L’amour de transfert

 

L’amour est une question centrale dans le champ analytique parce qu’il n’y a pas de transfert sans amour et pas d’analyse sans transfert. Le parfum de l’amour flotte sur la psychanalyse et pourtant Freud avertit que l’amour est un amour de transfert. Ce qui veut dire que l’analyste paie de sa personne, étant engagé dans une expérience dont il essaie sans cesse de se dégager. Dans chaque cure se revit donc la castration qui est le passage obligé vers l’amour, car toujours « je te désire, même si je ne sais pas ». (Lacan, Séminaire X).

Une imposture est inscrite au centre du champ de la relation de transfert, il y a méprise, leurre, trompe-l’œil, bouche-trou, « je ne suis pas celui que vous voyez ». La déchirure est dans l’écart entre ce qui est demandé et ce qui doit être donné. En effet prendre la demande à la lettre serait éffectuer une descente vers la mort. Dans la faille de cet écart se trouve l’amour. Puisque tout transfert est incestueux, le sujet de l’inconscient dit bien que ce n’est pas çà l’amour. L’amour véritable de l’analyste est de résister au désir.

     Ce serait l’occasion pour que l’amour se transforme en haine en un instant, car la haine chemine à l’ombre de l’amour, comme c’est patent et criant dans les divorces conflictuels. Pour Lacan il s’agit d’une seule réalité, pour laquelle il a construit un seul mot « hainamoration ». L’amour de transfert est toujours équivoque et ambivalent, dans le régime de la douche écossaise. Il se désagrège en fin de cure par « le désamour » où l’on cesse de désirer l’inceste, sans haïr pour autant. L’analyste doit résister à la séduction réciproque au sens analytique, qui après un début démagogique, entraîne une aggravation sensible des troubles. La séduction mène au mépris et au projet d’emprise. Et derrière tout ceci se trouve la méprise fondamentale du transfert, qui doit être analysée. Sinon on risque de s’installer la névrose de contre-transfert, qui met en prison et installe la cure à vie.

       Pour s’en sortir Lacan doit faire appel au Fin’ Amor occitan. Il note que les allemands ont deux mots : « liebe » pour les amours humaines alors que pour Dieu c’est « Minne » des Minnesänger, les chanteurs d’amour ou troubadours. De même Robert Desoille s’est toujours situé dès le début dans un amour sublimé, amour de bienveillance. Cet amour oblatif qui veut délivrer des fantasmes névrotiques, pervers ou psychotiques est volonté de promotion. Il se marque mieux dans ce que nous nommons dans la transpsychanalyse l’accordage, ou accord de cœur à cœur, qui va avec le pur amour.

 

C. Amour de soi et narcissisme

 

Les états-limites et des états narcissiques interrogent profondément la psychanalyse spiritualiste.

1. Les narcissiques actuels.  Paul Näcke, après Ellis, fait en 1899 du narcissisme une perversion. De quel narcissisme parle-t-on ? On reconnaît en général un narcissique à son impossibilité à supporter la plus petite critique ou la moindre réserve. Là où toute personne normale ne verrait qu’un bon conseil ou une pique insignifiante, le narcissique vit « une blessure narcissique », ce qui veut dire que son auteur est devenu en une seconde l’ennemi mortel pour toujours et qu’il ne  pardonnera jamais de sa vie. Par contre, tout bon narcissique saisit peu les compliments hyperboliques ou les exagérations ironiques, c’est le corbeau gobant toutes les flatteries du renard et en redemandant.

   Le narcissique est encore dans la mégalomanie infantile du nourrisson. Toujours aux prises avec son omnipotence archaïque, il ne supporte pas qu’on lui résiste.

   Le narcissique de plus a un rapport perturbé au temps. Il est bloqué par ses processus cognitifs de pensée magique. Il vit dans l’immédiateté, l’impatience, il ne supporte pas d’attendre et condamne son entourage à vivre à un rythme effréné. Il faut le satisfaire séance tenante. A l’opposé toute offense est éternelle, que le dommage soit réel ou supposé. La rage narcissique, qui vient de la blessure narcissique, se marque par la disproportion entre l’incident et la réaction, le manque de toute compassion et la ténacité.

 

  

2.  La cure des narcissiques et états limites.   L’expérimentation et la théorie du narcissisme primaire ont été faites par Heinz Kohut (1913-1981) sur les Américains de Chicago à partir de 1945. Effectivement il y avait une totale différence entre leurs structures inconscientes et celles des névrosés oedipiens de Vienne en 1890. Kohut a du tout inventer pour les soigner ce qui change complètement la cure « analytique ».

·         L’interprétation est inutile, car inopérante et toujours refusée par le « patient », donc elle est abandonnée ou remisée au second plan.

·         L’analyste, réduit au silence et à l’impuissance, doit renoncer à toute guérison ou tout résultat thérapeutique et se contente d’éviter le clivage bon objet/mauvais objet (c’est-à-dire mauvais analyste/bon patient ou très rarement bon analyste/mauvais patient)

·         L’analyste se présente comme un objet réparateur face à un sujet abîmé. Le besoin narcissique est au premier plan, le self blessé doit être restauré.

·         Par conséquent l’analyste ne pratique plus « la neutralité bienveillante », mais l’empathie (Einfühlung), se mettre à la place de, vivre avec, partager. Il donne de lui et accepte qu’on lui prenne des éléments sains pour réparer le moi carencé. Il sait qu’il n’y a pas de cure objective et d’observation objective du patient, l’observateur fait partie de ce qu’il observe et modifie en même temps.

·         Les transferts narcissiques (ou selfobjectal) sont complexes et divers. 1. Le transfert idéalisant situe l’analyste en position d’objet tout-puissant. Le patient au lieu d’être aidé par l’amour de l’analyste le vit comme un contrôle, puis une mise en esclavage. « Tu es parfait et je fais partie de toi, mais alors je suis vide et nul ». 2. Le transfert en miroir au contraire implique une remobilisation du soi grandiose du patient, l’analyste n’étant là que pour en être témoin et le certifier. « Je suis parfait et j’ai besoin de toi pour me le confirmer ». 3. Mais il existe aussi des transferts fusionnels se traduisant par un contrôle tyrannique et omnipotent sur l’analyste. 3. Le  transfert en jumelage ou en alter ego implique un meilleur niveau de séparation d’un jumeau qui n’est pas soi.

4. Narcissisme de mort et sado-maso.  Chez bien des narcissiques pervers, leur moi est sidéré par ce qu’ils ont été capables de faire et affligé du désastre provoqué par leur sadisme. Les objets aimés sont dans un état de désintégration totale qui les submerge de remords, d’anxiété et de désespoir. Quelque chose d’irréparable leur semble avoir été commis et le chaos qui en résulte en eux leur paraît dangereux. Sur le plan archaïque inconscient ils sont sidérés par la scène primitive parentale et leur incapacité de stopper le dangereux coït des parents intériorisé dans leur corps (ou dans leur âme). L’incapacité d’inter-réagir avec des objets totaux les maintient sans fin dans leur souffrance dépressive.

On trouve le même désespoir sans fin chez des filles persuadées d’avoir fait succomber leur père à leur séduction, passant sans cesse d’une dimension narcissique à la version mélancolique. Ceci peut les mener à des actes d’auto-mutilation et à des conduites sacrificielles expiatrices.

D’autres cherchent à encapsuler ces objets partiels opacifiés. La structure de la bulle permet de séparer le désir de la réalité selon Lacan. On donne souvent une figuration onirique à ces sphères transparentes. L’approche des autistes et des anorexiques permet parfois de côtoyer ces parages originaires où le moi n’existe pas encore. Un surmoi archaïque, sadique et obscène englue jusqu’à l’étouffer la sphère fantasmatique. Avec la bulle d’air, le salut se laisse voir dans la possibilité de « rêver ».

Au contraire l’athée est un individu jaloux de dieu, qui veut prendre sa place, selon la mégalomanie omnipotente du nourrisson. Le mystique lui a complètement renoncé à tous les désirs égoïstes et narcissiques, pour se soumettre totalement à la volonté de dieu ou de son Supérieur.  On invoque l’idéal du moi, mais celui de l’athée est le plus grand possible puisqu’il veut prendre la place de dieu.

 

                                                        D. La psychanalyse spiritualiste

 

La psychanalyse spiritualiste, ou transpsychanalyse, propose un autre amour. Il est ce qui a été visé à travers Agapé et le Pneuma. Il est très exactement cet amour qu’ont rencontré les mystiques et pour lequel ils n’ont jamais trouvé les mots convenables, ce qui les a conduit à écrire des livres et des livres. L’amour ce sont d’abord des pensées et pour cela il faut nettoyer son âme et son inconscient. Mais l’amour c’est surtout un sentiment que traditionnellement on sent dans son cœur. Physiquement le cœur se charge d’énergie et l’on ressent successivement une chaleur, un gonflement, une dilatation, des vibrations. Après une déchirure, on entre dans la phase des larmes, des douces larmes de joie. Le cœur est désormais ouvert et la compassion de cœur à cœur est possible. Bien entendu c’est tout autre chose que « la neutralité bienveillante » de bien des freudiens et leur indifférence polie. Alors on offre « la positivité bienfaisante ». Mais quiconque erre loin des sentiers de l’amour est plus lamentable qu’un cadavre (Hadewijch d’Anvers).

Alors l’amour coule en vous comme un long fleuve de vie. Le mépris de l’amour spirituel conduit au mépris de l’homme, qui est réduit à sa seule fonction érotique et rabaissé au niveau de l’animal ou plus bas. Le retrait du divin de la nature est la source de nos névroses. Le desséchement du cœur de l’homme est la preuve de l’éloignement du divin. En voulant tuer Dieu, c’est l’homme qu’on a tué. Il subsiste un lien organique entre la femme et la nature. Ce sont les femmes qui à chaque siècle ont poussé les hommes à aimer. Au fond, actuellement la seule image divine qu’adorent les chrétiens est celle d’une femme aimant son enfant dans ses bras. L’amour se mérite et la voie vers le Divin passe par la terre et le cosmos. L’avenir (ou même la survie) de l’homme sur la terre dépend des forces spirituelles. « Si la terre n’est rien, je ne suis rien non plus. Je me sens plus près du divin en me rapprochant de la terre. En me prosternant sur la terre, je prends conscience de tout ce que je lui dois » écrit Gandhi pour nous tous. Alors l’humanité peut-elle muter vers un amour pur, le vrai amour ?

 

 

 

 

 

8. LA SYNTHESE DE LA TRANSPSYCHANALYSE

 

 

    1. Les quatre ajouts

 

Selon ce dessin il y a lieu d’admettre :

1.      Quatre niveaux de conscience (inconscient, subconscient, conscient, surconscient)

2.      Les Attracteurs en plus des pulsions.

3.      Le Pôle de Réalisation

4.      Le sens des Valeurs

 

 

L’inconscient, conscient et surconscient. L’inconscient n’est pas conçu seulement comme le dépotoir de tout le négatif et l’infrahumain. Il n’est pas irrémédiablement perturbé par la névrose. Une fois que dans la cure ont été rendus conscient les traumas, les complexes et les fantasmes, l’inconscient devient thérapeutique et créatif. Ce concept est entier et complet en lui même, inutile de lui ajouter la notion d’ombre.

L’analyse est la prise de conscience de ce qui était inconscient. Elle ne fait qu’aider et accentuer la tâche de transformation de l’être humain par laquelle tout ce qui était inconscient devient conscient et tout ce qui est conscient devient surconscient (Wo Es war, soll Ich werden). Ce surconscient (que d’autres ont appelé superconscient, supraconscient …) est la découverte des états supérieurs de conscience, avec l’Eveil, la Méditation. Nous en donnons l’exemple le plus facilement compréhensible par les psychanalystes avec le Rêve Lucide, qui est la possibilité de changer sa conscience de rêve et de rêver consciemment en sachant que l’on rêve. Dès que l’on a introduit la conscience dans ses rêves, suivent la mémoire, l’attention, la volonté et la liberté. La tâche du XXIème siècle est d’explorer ce surconscient comme celle du XXème siècle à été de faire admettre l’inconscient.

 

Les  Attracteurs. Ceci commence avec la tentative d’expliquer l’homme par l’action des  attracteurs plus que par celle des pulsions. La théorie des attracteurs est scientifique : elle a été présentée vers 1970 par le mathématicien René Thom et se lie à la théorie des états instables d’Ilya Prigogine, à la découverte des fractales de Benoît Mandelbrot, à la théorie des catastrophes et à celle du chaos. (Ce que n’ont pu connaître ni Jung, ni Freud). Une psychanalyse des attracteurs est maintenant possible et remplace un manque de liberté devant nos pulsions. « L’attirance de l’avenir est plus forte que la poussée du passé » écrit le mathématicien Léonhard Euler. Nous appartenons plus aux aurores de demain qu’aux crépuscules du passé. Les attracteurs jouent dans le cosmos, pour les satellites comme pour les galaxies ou nébuleuses, dans les corps vivants, comme dans le moi et les inconscients.

 

Le pôle de réalisation. Le pôle de réalisation est une valeur qui oriente tous les efforts des hommes, comme le pôle magnétique de la terre oriente toutes les boussoles. Il s’agit d’éviter les reproches des freudiens qui ne voient dans le Soi jungien qu’un idéal du moi. Le Pôle de réalisation ne refoule rien car il agit uniquement par attirance, comme la beauté ou le pôle magnétique.

Il fonctionne par un processus de réalisation qui est la progressive maturation ou sortie de la mégalomanie infantile, de son égocentrisme, puis de l’égoïsme universel, pour accepter le dévouement aux Valeurs. Pour cela il faut renoncer aux besoins et désirs du moi et de l’égo. Mais il est bien certain qu’il faut longuement construire un moi fort, par toutes les techniques des psychothérapies, pour pouvoir y renoncer dans l’expérience de tous les mystiques de toutes les religions. Après les étapes de la désidentification de la mère, puis de la socialisation, il faut bien en arriver à « l’identification à l’Absolu non-duel ». C’est cela le processus de réalisation (Satori, Nirvana, Samâdhi, extase, Eveil, illumination, expérience mystique, entrée dans le Royaume …).

Le processus d’individuation de Jung est conforté par les analyses de Jacques Lacan sur le mirage et la duperie du moi. Le moi est un mensonge permanent qui commence par une erreur : l’identification imaginaire à l’image du corps dans le miroir. Puis on se prend pour un nom, un titre, une déformation professionnelle, une histoire de vie, un corps … Il y a certainement, comme le dit Lacan, une fonction de voile dans le moi. Le moi, et encore plus l’égo cette maladie du moi, ont par essence un statut narcissique, dont on sort par « le moi, c’est l’autre », « Je est un autre », « celui qui parle n’est pas celui dont on parle », « la maya, ou illusion individuelle », etc. Toute la réalisation ultime est dans la progressive compréhension d’une vie (et d’une sadhana) que je ne suis pas mon corps, ni mon nom, ni mes titres, ni mon histoire … Personne ne peut me réduire à cela.

Le processus de réalisation n’est pas le processus d’individuation, comme le pôle de réalisation n’est pas le soi jungien, ce sont des notions nouvelles de la Transpsychanalyse.

 

 

Le Surmoi, les Valeurs et l’Ethique. En 1958 Hesnard a détaillé dans son livre L’univers morbide de la faute les méfaits de la culpabilisation, du « mea culpa », l’obsession de la faute et du péché, etc. L’homme était coupable par nature, par essence, avant sa naissance dès sa conception, surtout si dans la scène primitive il y a eu du plaisir. Saint Augustin pour imposer cette présence du péché, du mal et de la faute dans l’homme a du inventer le péché originel. Le summum a été atteint dans le jansénisme pour lequel Jésus n’est venu pour sauver qu’un tout petit nombre d’élites. Le résultat a été l’organisation de deux mille ans d’oppression et d’interdiction de toute joie dans cette « vallée de larmes ». Encore de nos jours nos patients sont les victimes d’un surmoi sévère et cruel, hérité inconsciemment de celui de leurs parents.

Par contre ceci n’est pas la fin de toute morale, au contraire c’est le début de la morale qui est par là rendue possible. Rien n’est moral dans un système sadomasochiste fondé sur la peur de l’enfer et des cauchemars. Nul besoin pour cela de mettre le mal dans Dieu et de parler de l’ombre de Dieu. Individuellement, socialement et historiquement l’humanité est libérée lorsqu’elle échappe au monde de la peur et de la cruauté. La psychanalyse spiritualiste, inspirée de Freud et de Lacan, est authentiquement inspirée par l’amour du Bien et non plus par la peur du châtiment. La valorisation est ce moment de la cure où le patient (névrosé ou narcissique) voue sa vie aux valeurs les plus hautes et par là devient lui aussi un thérapeute. En se délivrant de son Ego, il va pouvoir échapper à l’égoïsme, l’orgueil et la colère.

Il convient de souligner combien est nouveau ce passage de la morale à l’éthique. La morale n’a plus besoin d’être confondue avec la volonté supposée d’un dieu, connue uniquement par un ancien livre, appelé révélation. L’éthique est ce que les hommes, raisonnablement et après étude et concertation, choisissent librement de suivre. Avec les tâtonnements inévitables, l’humanité est toute entière orientée vers le Bien. Ceci se fait en accord avec la signification, qui est l’opération individuelle de la découverte du sens. Un double sens, car je ne peux admettre que ma vie a un sens, si je ne sors pas de mon égo en comprenant que l’univers entier a un sens et n’est pas le fruit absurde du hasard et de la nécessité.

 

B. Les conséquences

 

L’enfant d’En-Haut. Comme pour le Surmoi, il existe bien un enfant d’en-bas décrit par Freud, dont le plaisir suprême est de téter le sein, puis qui a le plaisir d’évacuer, qui a un complexe d’Œdipe envers ses parents (inceste avec la mère et meurtre du père) et une cruauté instinctive et égoïste. A quoi il faut ajouter tout ce qu’a découvert Mélanie Klein : les objets partiels et leur destruction culpabilisante avec l’envie et la haine.

     Mais la transpsychanalyse fait reconnaître d’enfant d’En-Haut, pur et innocent, assoiffé d’amour, vital pour lui, né dans la vérité et devant apprendre le scandale du mensonge des adultes, réclamant la justice, avec le besoin inné du beau, etc. Désormais il faut apprendre à reconnaître l’ange qui existe chez beaucoup de nouveau-nés avant d’être pervertis.

 

Les images-forces et la mythanalyse. Le rêve-éveillé analytique est la technique souveraine pour obtenir des rêves hors du sommeil dans un état de conscience proche du surconscient. A condition de ne pas le confondre avec son opposé « les rêveries imaginatives », « rêveries compensatoires », « promenades guidées », « guided dream », « méditations sophrologiques », etc.  Dans le spontané les images apparues sont d’abord souvent verbales. Puis lorsque l’on peut échapper aux pièges des mots, on tombe dans le mental et ses idées. Il faut accepter un jour de ne plus penser pour se laisser penser. Cela arrive lorsqu’on accepte de dire n’importe quoi, sans contrôle et sans vigilance. Alors on entre dans l’imaginaire, personnel d’abord, puis non-personnel. Et parfois émergent soudain des images fortes issues de l’inconscient. A coté des images de souffrances et des images pathologiques peuvent apparaître des images-forces, qui viennent plusieurs fois puis reviennent avec d’autres formes. Elles constituent des processus de guérison. Parfois elles correspondent à des fantasmes, mais les fantasmes sont des images envoûtantes, alors que les images-forces sont une aide. Nous considérons pour cela ne pas avoir besoin de faire appel à la notion jungienne d’archétype, qui pose plus des problèmes ontologiques.

La fonction mythique n’est pas figée dans les temps anciens et continue constamment à fonctionner. Et elle le fait souvent avec ces images-forces. Les mythes primordiaux n’ont été inventés par personne et sont les produits de l’inconscient collectif d’un peuple, au même titre que l’invention de son langage. Mais la psychanalyse spiritualiste semble avoir montré que les patients en cure peuvent recourir au mythe et plus spécialement les images du rêve-éveillé analytique favorisent et induisent la constitution d’une mythologie personnelle. Il y a mythe lorsque l’histoire qui se raconte est non-biographique et anhistorique mais touche au fondement de l’être (Arké). Le mythe devient le récit fondateur autour duquel tout s’articule.

 

Hormé et Mat.   Hormé est l’élan de départ. Pour les Grecs, il est l’élan dans le combat. La hormé est l’impulsion, l’énergie, la force, nous dirions aujourd’hui l’énergie cinétique. Pour Platon la hormé est aussi dans le corps : elle se trouve au plexus solaire entre le Thumos ou courage du cœur et les Epithumia ou désirs du ventre (Parménide 130b).

   Aristote développe le coté psychologique et à l’impulsion il ajoute les notions d’ardeur et de zèle. Puis les aspects de la hormé dans l’âme sont précisés par les Stoïciens qui y voient l’impulsion des sens, l’ensemble des instincts de vie, opposés à la libre volonté soumise à la raison. Donc ce que certains nomment la libido. Cicéron parlait aussi de nisus, l’appétit, l’élan.

   Hormone vient de là, les hormones sont les sécrétions des glandes endocrines qui engendrent des élans et des désirs. Et l’harmonie fait se demander si ce qui hormonique est aussi harmonique ? L’harmonie est un assemblage cohérent et parfaitement réussi, ainsi qu’un accord de notes musicales.

   Tous les êtres vivants naissent avec une hormé, un élan vital, une force de réalisation, une pulsion de réussite. Cette force de vie se sent dans la poussée des plantes, le bourgeonnement, leur envahissement lent et insidieux. La hormé du chiendent, des ronces et des orties est prodigieuse, chacune de ces espèces, si elle était laissée libre, couvrirait le terre en quatre ans. Chez l’homme nous la nommerons volonté de réussite, ambition, rage de vaincre. Elle correspond parfaitement à ce que Carl Rogers a analysé sous le nom de Growth, la force de croissance qui anime tous les enfants et qui est sensible dans leur élan. Elle est ce qui permet au bébé de se tenir debout et de marcher puis de quitter sa mère pour explorer le vaste monde.

 

   Mat est  la force de sabotage et le complexe d’échec. Le mot « mat » signifie la mort en persan ou en arabe. Echec et mat se dit « Shâh mat », le roi est mort. Dans son deuxième sens « mat » signifie ce qui est terne, sans éclat, sombre, abattu, affligé, sans résonance, comme un bruit mat. Il existe chez tous les êtres humains une force opposée souvent égale à la hormé, comme l’endroit et l’envers d’une pièce de monnaie. Autant on a une force de réussite, autant on a une force obscure d’échec et de sabotage, avec une peur de réussir. Cette force noire de désespoir est acharnée à la destruction et cherche à tout démolir. Après avoir monté si patiemment une pile de verres ou un château de cartes, un seul geste maladroit met tout par terre. Cette peur de la réussite pour ne pas éveiller la jalousie des dieux était célébrée dans bien des mythes grecs (ne quod nimis, rien qui dépasse). Il se rapproche de la notion grecque d’Anangké le destin qu’il ne faut pas provoquer. On attribue cette Némésis à tous les « Scorpions » en astrologie. C’est le vertige des déconstructeurs qui veulent revenir à la vie inorganique.

   Ce complexe d’échec se voit dans les obstacles, les dommages, les malheurs, les revers, déboires, déception, déconvenues, les naufrages, les faillites, les avortements … Il est présent dans chacune des psychothérapies. C’est ce que l’on peut nommer la castration ou l’entropie. Aussi est-il important de travailler dès le début de la cure sur une juste estime de soi.

    MAT a bien des degrés. D’abord c’est le Farceur qui nous joue des tours. Les anglo-saxons parlent de Twister ce joker facétieux. C’est une force interne de sabotage qui nous fait des croche-pieds quand nous nous élançons et s’ingénie à nous susciter des obstacles. Freud dans son étude sur les présages et actes manqués a évoqué la coutume de porter dans ses bras la mariée pour lui faire franchir le seuil de la porte de peur qu’elle ne trébuche ce qui serait un mauvais présage.

Puis on va parler du Surmoi (UberIch) issu de la conscience morale qui châtie les fautes et les manquements aux règles morales. Quand on n’a pas sa conscience tranquille les châtiments arrivent que l’on s’inflige à soi-même.

Les accidents corporels méritent une place à part, car certains y sont plus prédisposés que d’autres. C’est la somatisation bien connue dans certaines structures comme l’hystérie. On en fait une maladie, « on se retourne le sang », « cela me donne des boutons », ceux des exémas et prurits.

Au delà va arriver notre Ombre, bien plus inquiétante. L’Ombre c’est tout ce que je refuse en moi, tout ce que je ne veux pas reconnaître, comment me décrivent mes adversaires, ma caricature. C’est aussi ce que je traîne après moi, « l’immense queue de saurien » qui vient de la préhistoire.

Enfin pour certains Mat c’est l’Adversaire, l’Opposant, la méchanceté, la volonté de faire souffrir, le Mal. Et le mal incarné a été vu autrefois comme le démoniaque, le Diable en nous. Il arrive que dans les névroses de perversité et surtout dans les psychoses des hôpitaux psychiatriques on en arrive à penser à des phénomènes de possession par des entités étrangères et étranges. Les délires de persécution, ou d’influence et surtout les délires suicidaires méritent leur nom de MAT, qui en espagnol signifie la Mort.

 

 

La sublimation et la rencontre du sublime. Freud et Jung se sont donné beaucoup de mal pour rendre compte de la sublimation sans jamais pouvoir y parvenir totalement. On n’est pas en droit de nommer « sublimée » une libido seulement désexualisée. On ne peut quand même pas dériver le sublime hors du sexuel et tout expliquer « par l’illusion d’une pulsion leurrée ». La déception d’une passion amoureuse ne prédispose pas à un véritable amour généreux de Dieu.

    En réalité la sublimation est la rencontre du sublime lorsqu’on est en présence authentique d’un sentiment d’amour (du Bien, de la beauté ou de la vérité) qui nous dépasse totalement par sa générosité absolue. Il y a une conversion aux valeurs qui a été parfaitement décrite par Desoille dans ses cures rêve-éveillé. Seule la puissance de l’amour permet d’éviter ce refoulement du sublime qui suit l’expérience mutative. Tout est faussé si l'on en reste à une conception négative pour laquelle la sublimation n'est que de la libido désexualisée par détournement de but et d'objet vers de l'artistique ou de l'intellectuel. Alors qu'il s'agit au contraire de la rencontre directe du sublime qui peut seul combler le vide que nous portons tous en nous. Le sublime porte en lui cet infini de dépassement qui transporte l'homme au-dessus de lui-même, tandis que le beau reste dans le simple humain. La sublimation joint à la notion de transformation purificatrice (empruntée à la chimie), celles de très grande élévation et de dynamisme.

    Par contre la rencontre du sublime lors d'une expérience mutative n'est pas anodine. Tout le monde n'est pas prêt au contact avec le sacré. Tout changement profond d'état de conscience surprend de prime abord. De plus les conséquences d'une conversion ne sont pas insignifiantes et menacent de bouleverser parfois toute la manière de vivre ordinaire. Surtout, face au divin, apparaît le sentiment d'indignité et, si l'on n'a pas assez d'humilité et de confiance, on recule. Se met alors en place ce que l'on nomme le refoulement du sublime, qui a été noté par tous ceux qui se sont occupés de spiritualité (Desoille, Roberto Assagioli, Maslow). La personne, qui a commencé à s'ouvrir, fait machine arrière, nie ce qu'elle a vécu, le minimise et décide que, tout compte fait, ce n'est pas pour elle : c'est prématuré, non préparé, trop fort, trop soudain, trop beau. Cette expérience de désaveu, de rupture et de perte engendre une crise de profond désespoir.

 

 

L’expérience mutative. La sublimation s’opère assez souvent au cours d’une séance particulière sous forme d’image venue du surconscient ou d’états de réalisation. Là se situait pour Robert Desoille le principal apport du RE et le but de la cure. Il se faisait classiquement par la découverte de la lumière blanche et Desoille le comparait aux visions des mystiques. Mais il peut être tout aussi bien vécu sans aucune image visuelle, juste dans un sentiment de complétude, d'accomplissement, de joie, d'amour universel, de grande paix, de rencontre du Sublime ... L'expérience mutative en nous mettant en contact avec un infini, permet de tout combler (les frustrations, la perte, le manque, le vide, le trou, la fente, la refente et la béance). Elle est le don qui va permettre le pardon en renonçant à une vie de haine et de ressentiment. Cette expérience bouleversante dans un RE est un état d'être qui reconstitue et met en relation. Elle fait échapper à l'égoïsme de l'égo et oriente vers une reconnaissance des Valeurs.

Nous sommes là à la source de l’expérience muta­tive : l’expérience de l’infini. Quelle que soit d’ailleurs la forme de cet infini, celui de l’espace, de la lumière, de la Joie ou de l’Amour ... Seule la rencontre avec l’in­fini peut combler le manque inhérent à la nature humaine le temps qui rend tout fragmentaire et la mort qui rend tout inachevé. C’est par delà la mort que l’homme ren­contre son propre infini, mais dès cette vie il peut en avoir bien des approches par la méditation, la spiritua­lité ou des techniques psychothérapiques.

 On trouve chez Jung la même découverte: dès que l’homme réalise une jonction réus­sie avec la notion de sacré en lui, les forces de vie prennent le pas sur celles de la névrose et de la maladie. Et il en donne la raison : “seule mérite d’être vécue une vie qui nous déborde. L’existence qui n’a en vue que le moi est étouffante”. Il faut se sortir de l’égoïsme pour accé­der à une vie qui ait du sens. Le processus d’individua­tion prend de la valeur lors de la rencontre avec l’expé­rience du Sacré au fond de soi.

 

Les accordages. Un accord est d'abord en musique l'union de plusieurs sons entendus à la fois et qui font harmonie. Cela marque aussi le type de relation secrète qui s'établit dans une psychanalyse spiritualiste entre l'analyste et son patient. Bien entendu, ce qui est fondamental est le transfert, ainsi que les transferts. L’amour en psychanalyse prend le nom de transfert, sa puissance est fulgurante et rien ne peut être fait sans lui. Sans transfert, pas de rencontre, pas d’écoute, pas d’interprétation (ou c’est de la psychanalyse sauvage), pas de rêve-éveillé, pas de résorption des résistances … Mais le maniement du transfert est fort délicat et le psychanalyste doit être constamment vigilant sur son contre-transfert, sinon il sera rapidement liquidé et devra chercher un autre métier.

Mais parfois (et même assez souvent) le patient est compris de l'intérieur dans son cheminement essentiel et, quoiqu'il fasse, l'alliance ne se dément pas. Un accord profond a été scellé. Et entre deux êtres humains un accord se fait de coeur à coeur. Ce dévouement et cet attachement indéfectible se font à un niveau supérieur de conscience, sans toutes les ambiguïtés et les ambivalences qui existent dans toutes les amours humains ordinaires.

Dans l’accordage nous accédons à une autre dimension, celle de la spiritualité et du surconscient. Beaucoup peut venir de l’analyste à condition qu’il respecte scrupuleusement toutes les règles analytiques, car le moindre manquement mène rapidement à une catastrophe. Freud a beaucoup reproché à Jung ses implications, en particulier avec la troublante Sabina Spielrein.

L’accordage est triple : l’accordage de cœur à cœur avec le thérapeute permet l’essentiel qui est l’accordage avec le meilleur de soi-même et par là l’accordage avec le monde et une reconnaissance de son caractère infini, mystérieux et sacré.

     C'est cet accord des coeurs qui permet finalement que se réalise l'accordage. Il s'installe après la réparation grâce à l'expérience mutative, par une adhésion à l'ordre du monde. Auparavant avec les plaintes, les récriminations et les revendications, le patient s'était mis dans l'incapacité de sentir, penser ou dire "la vie est belle". Et un jour l'on entend enfin : "finalement le monde est beau". Le monde n'a évidemment pas changé, c'est le ressentiment, la colère et la révolte du patient qui ont disparus. Et il peut en être de même sur le fait de ne plus se déclarer athée ou maudit et de reconnaître l'aide providentielle des forces du Bien agissant dans le monde. Il ne reste plus qu'à faire alliance avec elles, ce qui est la valorisation.

 

 

9. LE PSYCHOSPIRITUEL ET LA PSYCHANALYSE DES HAUTEURS

 

 

L’originalité de la transpsychanalyse est dans l’exploration de thèmes nouveaux, la construction d’outils et de concepts permettant d’explorer de nouveaux domaines, en particulier ceux des problèmes psycho-spirituels et de la psychanalyse des hauteurs.

 

A.    Du personnel au psychospirituel

 

Freud a reproché à Jung de ne pas reconnaître ses problèmes personnels et de les transposer  immédiatement dans de l’impersonnel, du type des anciens mythes, de l’alchimie, du Yi king … Les désirs incestueux envers le parent du sexe opposé sont transposés dans des histoires d’Œdipe ou de Jocaste. La lutte contre ses fantasmes est remplacée par des rêveries sur la lutte de Zeus contre les Titans. Dans les diverses contradictions que Jung trouvait dans la religion (l’esprit et la lettre, le fond et la forme, la nature et la grâce, l’amour et la haine …) Freud reconnaissait les problèmes personnels de Jung. Mais il faut dire que Jung fait le même reproche : dans les dogmes freudiens de la sexualité, de l’enfant comme « pervers sexuel polymorphe », il retrouvait l’athéisme freudien et sa négation de la pureté originelle de l’être humain.

Au fond, plus que sur la religion, la divergence ne portait-elle pas sur la nature et la place de la névrose ? On a pu reprocher à certains jungiens de ne jamais guérir les névroses mais de les garder en les dissimulant sous un archétype. Et de fait Jung a bien écrit : ce qu’il « doit apprendre, ce n’est pas comment on se débarrasse d’une névrose, mais comment on l’assume et la supporte » ( la guérison psychologique p. 206) . Trouver la cause, n’éloignerait pas les revenants du marécage. Il vaudrait mieux reconnaître le contenu positif de la névrose. On pourrait purifier l’âme de ses souvenirs obsédants en la remplissant de la sagesse universelle des mythes. On aboutirait alors comme l’écrit Clara Thomson à « la contemplation de l’universel » ; ce serait se contenter de rendre les images moins angoissantes en leur enlevant tout caractère individuel. Winnicott a commencé une interprétation freudienne de Jung.

Par la suite la confrontation sur le terrain entre les freudiens et les jungiens a certainement permis d’atténuer les plus grosses divergences. Tout un courant de jungiens a compris qu’il fallait d’abord nettoyer les écuries d’Augias (faire du freudien pendant les deux premiers tiers de la cure) au lieu de bâtir une splendide cathédrale sur du sable ou dans les marais pestilentiels d’une névrose. De même tout un courant de psychanalystes ne sont plus systématiquement athées et reconnaissent, sous différents noms, dans l’homme une dimension supérieure qui transcende l’homme. Par exemple, tout n’est pas ramené à la lutte entre Eros et Thanatos, mais l’humanité pourrait atteindre Philia (le lien social) ou même Agapé (l’amour généreux inconditionnel).

 

Après avoir réparé, il convient de lever la tête et de regarder au loin, vers notre but le plus lointain. L’homme est en être en devenir, un pont entre le singe et l’ange. Il doit s’extraire de l’égoïsme primitif, de l’orgueil et de la colère (les trois poisons du Bouddhisme).

« Nous savons aujourd’hui qu’il existe dans l’âme des opérations de métamorphose conditionnées spirituellement et qui sont, entre autres, à la base des initiations bien connues dans la psychologie des primitifs ou les états engendrés par le Yoga. Mais nous n’avons pas encore réussi à définir les lois singulières auxquelles elles obéissent. Nous savons seulement que la majorité des névroses tient à la perturbation de ces processus … Le Yoga nous apprend que seule mérite d’être vécue une vie qui nous déborde. L’existence qui n’a en vue que le Moi est étouffante. Alors que celui qui a intégré le Soi est un pôle de réalisation » écrit Jung. Et par la suite la grande découverte de Robert Desoille dans le Rêve Eveillé est exposée dans son livre de 1938 : il y a une coïncidence troublante entre les récits de Rêve Eveillés et les récits des expériences mystiques. Après avoir exploré les strates les plus profondes de l’inconscient jusqu’à atteindre les images archaïques, il convient de s’élever vers les niveaux les plus élevés. A la psychologie des profondeurs succède la psychologie des Hauteurs.

Elle est un besoin actuel avec les problèmes psycho-spirituels : la perte de la foi ou la conversion à une nouvelle religion ; l’intensification de l’adhésion aux croyances et pratiques de sa propre foi, les maladies physiques terminales, les expériences mystiques intenses, les crises d’émergence spirituelle, la pratique de la méditation. Dans notre pratique, nous avons rencontré des  problèmes de sectes, de gourous, d’expériences de mort imminente, de sortie de comas, d’écoute de voix, d’hallucinose, chamanisme ou transe, de sorts, de maraboutage, de possession, etc.

A ces nouvelles pratiques s’ajoutent tout ce qui provient de la transposition des techniques orientales du Yoga, Zen, Taoïsme. Particulièrement dans le Yoga se situe l’éveil de la Kundalini, qui est le sommet et l’achèvement. Lors d’une expérience profonde une énergie s’éveille et remonte le long de la colonne vertébrale, qui fait ressentir le divin présent dans son corps. Elle s’accompagne du détachement de l’Ego et du sentiment d’élargissement du moi vers le divin, selon ce que nous ont décrit en détail dans leurs livres les Mystiques des différentes cultures. Cette découverte fait vivre corporellement la Guérison d’où le Caducée que nous avons gardé et attribué à tout le corps médical. Le processus peut s’expliquer par les Transactions (ou actions Trans).

 

 

B.     Les Transactions.

 

      Elles correspondent à ce que l'on peut appeler les processus évolutifs supérieurs.

Freud n'a eu le temps que de s'occuper de ce qu'il rencontrait d'abord : l'élémentaire. Et c'est vrai qu'on lui parlait plus facilement de sa sexualité que de sa spiritualité. Il en est de même pour bien de ses successeurs, et lorsqu'on le fait ils ne l'entendent pas ou n'y font pas attention. Mais on ne peut plus en rester à une "psychanalyse" qui consisterait seulement à réduire le surmoi et à libérer le Désir.

     Dans la pratique, il y a donc à apprendre et à acquérir une technologie des processus évolutifs supérieurs. Voici les neuf constituants essentiels.

 

1. La réalisation. Tout être tend naturellement à se développer dans son être. C'est un processus biologique fondamental qui existe chez tous les êtres vivants. On voit cette poussée de la vie jusque dans les formes les plus primitives des algues ou des lichens et leur processus de croissance. Dans l'homme la base de cette attirance à son complet développement est en grande partie inconsciente. Il faut donc distinguer l'attracteur, le processus et le Pôle. Cette partie inconsciente, instinctoïde et biologique est l'attracteur de réalisation (correspondant à ce que d'autres nommeraient une pulsion de réalisation). Freud parlait aussi des forces de vie qu'il opposait à la pulsion de mort. Dans l'homme cette force de réalisation émerge à la conscience et enclenche un processus tout au long de la vie. Le désir puis la volonté de réalisation vont constamment lutter contre les forces d'autodestruction (complexe d'échec ou de castration, aliénation, raptus suicidaire ...). Le découragement, la résignation, le sabotage sont l'opposition inconsciente à cet effort de réalisation et d'épanouissement de soi. Le Pôle de Réalisation est l'attracteur de toute une vie. Comme un aimant ou un pôle, il attire, sans rien exiger. Il ne provoque donc pas de refoulement. Sur le plan conscient, l'individu s'en fait une image à laquelle il se confronte de temps en temps pour mesurer les progrès accomplis. Il est l'allié le plus important du psychanalyste tout au long d'une cure où il va être question de se relier à ce que l'on a de plus haut.

2. L'orientation. Ce processus de réalisation peut être dévié, bloqué, ou perverti. Il est dévié dans la névrose et bloqué dans la normose, où l'on s'enlise dans les obligations professionnelles et sociales. S'orienter, c'est se tourner vers l'Orient, le lieu d'où vient la lumière. Et l'Orient intérieur est justement ce que vise la spiritualité. Son opposé, la désorientation, est la perte de son Orient intérieur : le Pôle de réalisation ou le meilleur de soi-même. On chute alors dans les attracteurs secondaires (l'argent, le pouvoir ...), les valeurs de l'oubli (l'alcool, la drogue, le jeu ...) ou les valeurs destructives (l'absurde, le désespoir, le suicide, la délinquance et la violence ...). L'appel de la lumière nous fait nous élever par plus d'exigence, mais on ne peut accéder à une plus grande clarté qu'après avoir exploré son ombre et ses zones d'obscurité.

3. La métanoïa. Métanoïa signifie "conversion", ce qui correspond, selon nous, à un changement d'attracteur. Ce qui avait échappé à la force gravitationnelle d'une planète entre dans le champ d'attraction d'une autre. Et le premier attracteur dans notre société occidentale est l'intellect ou le mental ("nous" en grec, "manas" en sanskrit, « mind » en anglais). Cette adulation de la simple logique a conduit au monde inhumain du machinisme industriel, de la bureaucratie tatillonne, des ordinateurs insensibles et des robots pré programmés. La métanoïa est le dépassement du pur intellectuel, du pur rationnel qui veut toujours avoir raison. D'abord il faut retrouver le second attracteur de la psyché (psuké), c'est-à-dire tout le vécu, l'affectif et l'émotionnel. La première psychanalyse l'avait découvert avec l'importance du trauma et de l'affect, mais cela avait été vite re-intellectualisé, surtout avec "lalangue" lacanienne. Il a fallu tout le travail des psychothérapies émotionnelles, des thérapies primales et la découverte du langage corporel et du corps thérapeutique dans les nouvelles thérapies, pour faire de l'amour un instrument de connaissance et comprendre que le cerveau seul est mutilé sans l'intelligence du coeur.

La seconde conversion a lieu lorsque joue l'attracteur du spirituel (le "pneuma" grec). Alors le patient se sent attiré par la perfection, l'infini, la Transcendance et le divin. Il peut transformer son Eros en Agapé et passer du désir érotique au véritable amour qui est toujours désintéressé et généreux. Le but de l'humain est son dépassement dans une Transcendance. Et c'est alors que se réalise la véritable complétude de son être.

4. La transmutation. Mais la conversion n'implique qu'un retournement, alors qu'il s'agit d'une complète transformation. Elle se produit lors d'un processus mutatif. Il est provoqué par un don ; le patient pendant une séance de sa cure fait soudain l'expérience d'une force qui le dépasse et qui comble tous ses désirs. Il prend contact avec l'illimité, la beauté, la perfection, le divin qu'il cherchait depuis si longtemps. Assez souvent cela se fait sous forme d'une vision de lumière, d'où le nom d'illumination. Cette lumière, d'où rayonne l'amour, est une rencontre inoubliable qui fait basculer une vie.

Et, très certainement, il ne faut pas moins que la rencontre de l'infini pour calmer tous les manques, panser toutes les blessures, combler tous les trous et compenser toutes les frustrations dont nous sommes accablés. Ce type d'expérience est un don de certains analystes, qui aidés par une méthode de type transpersonnel, en sont seuls capables. Robert Desoille dans sa pratique du rêve-éveillé a fort bien décrit ce type de rêve-éveillé mutatif, qui, par une charge d'énergie colossale, à la fois répare et transforme, alors que certains simples psychanalystes passifs, enfermés dans leur silence et leur neutralité bienveillante, s'interdisent de faire le moindre apport.

5. La crise d'émergence spirituelle (C.E.S.). De façon générale la spiritualité, qui n'est pas préparée et encadrée par une voie traditionnelle, se manifeste habituellement sous forme d'une crise. Particulièrement dans ce que l'on nomme les expériences transpersonnelles (peak-experience) ou les mystiques sauvages, la rencontre peut se révéler assez troublante. C'est d'ailleurs assez souvent une des raison d'entreprendre une psychanalyse ou une psychothérapie analytique. Mais certaines méthodes ("holistiques, magiques, tantriques, chamaniques, kabbalistes, spagyriques, d'éveil de kundalini ...") peuvent, après un choc préalable, aboutir à la même demande ou à un besoin de prise en charge. La crise d'émergence spirituelle est une période de trouble qui se produit après toute rencontre avec le Sacré. Son aspect déstabilisateur doit être surmonté sans trop d'inquiétude, car il est indispensable pour une remise à plat de sa vie et l'engagement dans un nouveau départ. Elle est souvent la porte d'entrée dans un nouveau mode de vie où l'on est relié à une autre dimension de l'univers dans sa totalité. Dans une voie initiatique traditionnelle la crise est soit évitée soit réduite.

6. La signification. La signification est la découverte du sens de sa vie. Une vie qui n'a pas de sens et se traîne lamentablement dans l'absurde ne peut que mener à la névrose. Une cure n'est pas terminée tant qu'elle n'a pas permis au sujet de trouver un sens à sa vie et au monde car les deux vont ensemble. En comprenant les conséquences de ses actes, on se réinsère dans le grand courant de la vie, de l'évolution et de la civilisation. On se sent un avec le monde et responsable de sa réussite. En renonçant aux vues étriquées de l'égoïsme individuel, on entre dans la nouvelle dimension du Holisme ou de la globalité. Se sentir solidaire, c'est s'insérer dans l'Univers avec la solidarité écologique et la conscience terrienne qui fait que les problèmes deviennent planétaires. Cet élargissement relativise les problèmes individuels et permet de les sublimer. On admet enfin que l'on ne peut plus passer toute sa vie à pleurer son biberon. Trouver un sens à sa vie, c'est se rendre utile et servir à quelque chose. L'altruisme est libérateur en ce qu'il nous fait sortir de notre petite personne et nous ouvre aux enjeux essentiels.

7. La progression. La progression ne s'oppose pas à la régression, elle en est le complément indispensable. Dans un premier temps il faut régresser pour remonter jusqu'aux origines de son être, puis il convient dans un second temps de regarder devant soi et de ne plus avancer en reculant. Se réinsérer dans le grand courant de vie de l'univers fait découvrir que l'on a un avenir. Il est désormais possible de se projeter dans le futur et d'avoir des projets. On passe donc de la rétrospective à la prospective, avec tout ce que cela peut représenter d'ouverture et d'espoir. On ne peut pas sublimer si l'on n'a aucun avenir ou si l'on se contente de vivre au jour le jour. L'être humain est déterminé par son passé et libéré par son futur. La formulation de projets concrets et valables d'avenir est un signal de fin de cure.

8. La valorisation. La valorisation est la reconnaissance des Valeurs et la mise à leur service. Les Valeurs sont ce pour quoi on est prêt à risquer sa vie. Elles sont innées et on les apporte avec soi en naissant. L'enfant ne peut pas vivre sans amour et a un sens très précoce de la justice (même si au début c'est à son profit). Le sens des Valeurs nous accompagne toute notre vie. Il ne faut pas le confondre avec le surmoi décrit par Freud, qui est une construction partiale et déformante, un censeur rigide et souvent sadique, hérité du surmoi des parents. Il existe très réellement et bien des patients en sont les victimes, mais justement par ses déformations il ne correspond pas du tout au sens éthique et au sens des Valeurs. Tout être humain a un jugement incessant au nom du bien et du mal, comme il en a selon le vrai ou le faux ou selon le beau et le laid. Ce qui ne veut pas dire qu'il le respecte toujours en ce qui le concerne. Justement tout patient au début de sa cure rejette la faute sur les autres et se vit toujours comme une victime. Il est en révolte et par vengeance pour tout le mal qu'on lui a fait, il juge avoir droit à ne pas respecter le bien. D'ailleurs, pour lui, le monde est si laid avec un dieu qui n'existe pas, qu'il n'y rien à respecter à part son propre désir (et encore). Et lors de l'accordage, il découvre les Valeurs et se met à leur service, avec toujours une préférée : la liberté, l'égalité, la franchise, l'innocence ou la compassion ... Puis, sans obéissance à des codes moraux préétablis, il suit une éthique, qui est une libre exigence morale intérieure.

9. La métamorphose. La métamorphose est un changement d'identification. Au début nous sommes tous dans l'égo. Ce n'est ni le moi, ni le soi, ni la personne, ni la personnalité. L'égo c'est l'égoïsme, l'orgueil et la colère. L'amour de soi, le sens de sa personne, la susceptibilité, le fait de se vexer facilement parce qu'on nous a manqué de respect, l'infatuation sont les marques de l'égo. Ce petit moi hypertrophié correspond à peu près à ce que Lagache décrit du Moi-Idéal, modèle idéal de toute-puissance narcissique, fondé sur la mégalomanie infantile du nourrisson et que l'on retrouve dans la volonté de domination et l'intolérance de bien des adultes. Le moi sublime (ou le "gorille  cosmique") est une des forme de l'égo, qui se croît déjà arrivé au bout d'un chemin dans lequel il n'est pas encore entré. Dans les cures on trouve assez souvent la juxtaposition de prétentions grandioses et d'une très profonde dépréciation de soi. Cette grandiosité ne sert qu'à masquer le manque de confiance et le mépris de soi. Aussi les premiers temps d'une cure ne servent qu'à restaurer une image dépréciée de soi et à renforcer le moi en rehaussant l'estime de soi. Ce travail de réparation est indispensable, car on ne peut renoncer qu'à ce qu'on a et dépasser que ce que l'on a atteint.

Au départ, on s'est identifié à la mère, au père, à la nourrice, à un grand-parent. Puis on a pris comme modèle un enseignant, une star, un champion sportif, un héros de l'actualité. Mais surtout on s'est identifié à son enfance, à ses peurs, ses manques, ses pertes et ses traumatismes. Finalement on ne sait plus très bien qui l'on est. On a pu rester le désir d'un autre ou de l'Autre et s'être construit un faux self. Il faut donc retrouver son vrai moi avant de pouvoir s'en libérer.

On parle de métamorphose car nous sommes encore dans un état de larve par rapport à ce que nous pouvons retrouver. La crise d'émergence spirituelle peut correspondre à la réorganisation qui va se produire dans la chrysalide. C'est à travers ces différentes mues larvaires, nymphales ou imaginales que s'opère le processus de retour à l'imago d'origine. D’abord  doit se produire la lyse, ou la complète désagrégation de ce qui constituait la chenille avant que se reconstitue selon un tout autre plan le papillon et son envol.

La mort de l'égo n'est que celle de la chenille devenue papillon ; le changement complet de forme est la continuité d'un être. Pour l'homme elle est un épanouissement total, un état élatif où l'on prend toutes ses dimensions dans l'élargissement de l'espace intérieur. C'est la découverte de sa vraie nature, la fin du temporel et de l'impermanent. Mais cette nature n'est plus individuelle, elle est une libération complète de la notion de moi, d'individu ou de personne. L'entrée dans un état transpersonnel permet d'assumer l'ensemble par une intégration plus large. C'est ce que l'on a nommé l'identification à la conscience cosmique, l'entrée dans le Royaume ou l'éveil à la nature réelle de l'esprit. Et c'est cela l’analyse intégrale comprend la sortie de l'illusion. Une thérapie n'est complète que si elle guérit aussi de la condition humaine, vers un transhumain ou transpersonnel.

 

 

 

CONCLUSION

 

La transpsychanalyse peut rattraper ce qui a été perdu dans cette déchirure du 25 mars 1909, mais avec l’aide et l’expérience d’un siècle de pratique qui permet de voir plus loin. Une réconciliation est possible et la psychanalyse n’est pas condamnée à rester toujours matérialiste.

La guérison complète n’est pas uniquement celle du corps physique et de l’inconscient, c’est aussi la guérison de l’âme. Et celle-ci n’est pas possible que dans un cadre global. Trouver le sens de sa vie exige que la vie ait un sens et le monde aussi. Dans une vision spiritualiste tout est interdépendant, rien n’est isolé et à part.

Avant de s’ouvrir à ses dimensions mutatives, il faut s’assainir et pour cela explorer ses plaies et ses frustrations. Il faut sonder l’abîme que l’on porte en soi jusqu’à en avoir le vertige. Une fois la cicatrisation opérée, il faut traverser la zone sombre de l’égo avant de pouvoir accéder à la lumière et à la complète mutation. C’est en soulageant la souffrance rencontrée que l’on peut parvenir à l’Eveil. Notre position est de tenir à la fois les deux extrêmes, le bas et le haut, l’inconscient et le surconscient, sans en négliger aucun.

C’est bien ce qu’a découvert Robert Desoille qui a expliqué en 1938 qu’on ne pouvait comprendre les problèmes psycho-spirituels et la psychanalyse des Hauteurs qu’en prenant la suite de la psychologie des mystiques. Par contre le temps s’accélère et nous sommes dans l’urgence. Le monde est en crise, et il faut remplacer les religions entrées dans la sphère privée ainsi que le passage de la morale publique à l’éthique.

La véritable psychanalyse, la psychanalyse intégrale ou superpsychanalyse, ne se contente pas de guérir l’individu de ses névroses, elle est l’entrée dans une vision cosmique de l’esprit et de la société. C’est la sortie de l’Illusion (maya) et l’entrée dans le monde de l’Ultime Réalité, selon les enseignements de l’Inde (Yoga, Tantra, Védanta, Bouddhisme …).

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

        ANDREAS-SALOME, (Lou) Correspondance avec Freud, Gallimard, 1970

        ARENES, (Jacques) La recherche de soi, Desclée de Brouwer, 2000

        BAKAN (David), Freud et la tradition mystique juive, Paris, Payot, 2000

       BERTIN, (Célia) La dernière Bonaparte, Perrin, 1982

       BLANTON, (Smiley) Journal de mon analyse avec Freud, PUF, 1973

        Courtine et col., Du Sublime, Paris, Belin, 1989

        Dalbiez (Roland), La Méthode psychanalytique et la doctrine freudienne, Paris, Desclée de Brouwer, 1949.

      DAMASIO A. Spinoza avait raison, Odile Jacob 2003

       Davy (Marie-Madeleine), La Connaissance de soi, Paris, PUF, 1994, nelle éd., 2004

      DESCAMPS, (Marc-Alain)  , Le Rêve-Eveillé, Bernet-Danilo, 1999

      DESCAMPS (Marc-Alain), La psychanalyse spiritualiste, Desclée de Brouwer, 2004

      DESCAMPS, (Marc-Alain,) Psychanalyse et spiritualité, éd. Trismégiste, 2007

Desoille (Robert), Entretiens, Paris, Payot, 1973.

Desoille (Robert), Exploration de l’affectivité subconsciente par la méthode du rêve éveillé, d’Artrey, 1938.

Desoille (Robert), Le Rêve éveillé dirigé, Toulouse, Érès, 2000

Desoille (Robert), Théorie et pratique du rêve éveillé dirigé, Mont-Blanc éd. Genève, 1961.

      DOODLITEL, (Hilda)  Visage de Freud, Denoel, 1977

Durckheim (K.), L’Expérience de la transcendance, Paris, Le Cerf, 1987.

      ECCLES J.C. Comment la conscience contrôle le cerveau, Fayard, 1997

       Frankl (Victor), Le Dieu inconscient, Paris, Le Centurion, 1950.

      FREUD, (Martin) Freud, mon père, Denoel, 1975

      FREUD (Sigmund) Œuvres, PUF 2003, (Gesammelte Werke Standard Edition London)

       Fromm (Erich), Psychanalyse et Religion, Paris, Épi, 1968

     GARDINER, L’homme aux loups, Gallimard, 1984

     GOLDMAN, (Emma) Epopée d’une anarchiste, Hachette, 1979

     GLUSCKMANN, (André) La troisième mort de Dieu, Nil éd. 2000

     GRANOFF (Wladimir), L’occulte, objet de la pensée freudienne, Paris, PUF, 1983

      Green (André), Le Discours vivant, Paris, PUF, 1973.

     Gusdorf (G.), La Découverte de soi, Paris, PUF, 1948.

Hesnard (Angelo-Louis), L’Univers morbide de la faute, Paris, PUF, 1958.

Hulin (Michel), La Mystique sauvage, Paris, PUF, 1993.

Huxley (Aldous), Les Portes de la perception, Paris, Éditions du Rocher, 1979.

Jankélévitch (Vladimir), « L’innocence », in Traité des vertus, Paris, Bordas, 1972.

Jankélévitch (Vladimir), Le Pardon, Paris, Le Seuil, 1983.

JUNG (Carl Gustav), Gesammelte Werke, Walter Verlag AG, XVIII vol. 1971-1981

JUNG (Carl Gustav), Ma vie, Gallimard 1979

JUNG (Carl Gustav), L’âme et la vie, Buchet/Chastel,  1963

JUNG (Carl Gustav), Métamorphoses de l’âme, Genève Georg,  1973

JUNG (Carl Gustav), Synchronicité et Paracelsica, Albin Michel,  1988

     KARDINER (Abram) Mon analyse avec Freud, Belfond, 1978

KHAN (Masud), Le Soi caché, Paris Gallimard, 1976.

Klein (Melanie), Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968

Kohut (Heinz), Analyse et Guérison, Paris, PUF, 1991.

Kohut (Heinz), Le Soi, Paris, PUF, 1974.

Lacan (Jacques), Écrits, Paris, Le Seuil, 1966.

Lacan (Jacques), L’Éthique de la psychanalyse – 1959-1960, Paris, Le Seuil, 1986.

Lacan (Jacques), Le Mythe individuel du névrosé, Séminaire, 1953

Lacan (Jacques), Quelques Réflexions sur l’Ego, Le Coq-Héron, n° 78, p. 4.

Laplanche (Jean), Problématiques 3, « La sublimation », Paris, PUF, 1980.

LENOIR (Frédéric) Les métamorphoses de Dieu, Plon, 2003

MOREAU (Christian), Freud et l’occultisme, Toulouse, Privat, 1976

Nasio (Jean-Daniel), Enseignement, les sept concepts cruciaux de la psychanalyse, Paris, Rivages, 1988

      NEWBERG, D’AQUILI, Pourquoi « Dieu » ne disparaîtra pas, Sully, 2003

Neyraut (Michel), Le Transfert, Paris, PUF, 1974.

NOEL (Jean-François), Le point aveugle, Paris, Cerf, 2000

NOEL (Jean-François), Le bigot et le pélerin, Paris, Cerf, 2000

Plé (Albert), Freud et la religion, Paris, Cerf, 1968.

      POMMIER (Gérard) Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse, Flammarion, 2004

Silburn (Lilian), Le Vide, Hermès, Éditions Les Deux Océans, 1981.

SIX (Jean-François), La véritable enfance de Thérèse de Lisieux, névrose et sainteté, Seuil, 1972

      SPIELREIN (Sabina)  Entre Freud et Jung, Aubier/Montaigne, 1981

STEIN D. Lecture psychanalytique de la Bible, Paris, Cerf, 1985

Stewart (Jan), Les Mathématiques du chaos, Paris, Flammarion, 1992.

Tart (C.), States of Consciouness, New York, Dutton, 1975.

Thom (René), Apologie du Logos, Paris, Hachette, 1990.

Thom (René), Paraboles et Catastrophes, Paris, Flammarion, 1989.

THURSTON (Herbert), Les phénomènes physiques du mysticisme, Rocher, 1986

Tristani (Jean-Louis), Le Stade du respir, Paris, Éditions de Minuit, 1978

Urtubey (Luisa de), Freud et le diable, Paris, PUF, 1983.

Varenne (Jean), Sept Upanishads, Paris, Le Seuil, 1981.

VASSE (Denis), La chair envisagée, Seuil, 1988

VERGOTE (Antoine), La psychanalyse à l’épreuve de la sublimation, Paris, Le cerf, 1997

Vigne (Jacques), Éléments de psychologie spirituelle, Paris, Albin Michel, 1993.

Vigne (Jacques), Le Maître et le Thérapeute, Paris, Albin Michel, 1991.

Vigne (Jacques), Méditation et Psychologie, Paris, Albin Michel, 1996.

VON FRANZ (Marie-Louise) L’interprétation des contes de fées, La Fontaine de pierre, 1978

Walsh et Vaughan, Au-delà de l’ego, Paris, La Table ronde, 1980.

Watzlawick (Paul), Comment réussir à échouer, Paris, Le Seuil, 1988.

Watzlawick (Paul), Faites vous-même votre malheur, Paris, Le Seuil, 1984.

Whyte (L.), L’Inconscient avant Freud, Paris, Payot, 1971.

      WILBER, (K). Un modèle évolutif de la conscience, in WALSH et VAUGHAN, Au-delà de l’Ego, La Table ronde, 1980.

 


 

 

(MOTS CLES

Psychothérapie, Psychanalyse, Valeurs

 

ABSTRACT

Spiritualist Psychoanalyse is a new word for integral science of human soul. It study at the same time the roots of our personality and the the connexions with values, ideal, divinity or spirituality.

We need of new tools and new paradigm to solve psycho-spirituals problems.)

 

TABLE DES MATIERES

 

Présentation

  1. Réparer l’opposition Freud et Jung
    1. La rencontre
    2. La rupture

                  C. les oppositions

 

2.    Le dépassement

                 A.

                 B. La spiritualité

 

3. La prise en compte des concepts orientaux

A.    Karma

B.     Samsara/Réincarnation

C.     Moksha/Nirvana

D.    Mayas

E.     Avatar

F.      Koshas

G.    Kundalini

H.    Kleshas

 

4. Desoille et le Rêve Eveillé

                  A . L’invention

                  B.   Les quatre dimensions de la cure Rêve Eveillé

        

5. Les Images

                  D. Les sortes de RE

 

6. Les fantasmes

 

 

 

7.La synthèse de la Transpsychanalyse

I.        Les quatre ajouts

J.       Les conséquences : Les Transactions

 

8. Le psychospirituel et la psychanalyse des Hauteurs

-          Du personnel au psychospirituel

-           

 

Jacques LACAN

      A. le moi

      B. l’inconscient

      C. le nœud borroméen

      D. L’amour de lacan

      E. le Transpersonnel

 

4. CARL-GUSTAV  JUNG

A.    la persona

B.     Ombre

C.     Inconscient collectif

D.    Archétypes

E.     Anima/Animus

F.      SOI

G.    Synchronicité

H.    Jung et le Yoga

 

 

 

  1. La Purification de l’Amour

-          L’Amour-Cannibale

-          L’Amour-prison

-          L’amour sado-masochiste

-          L’Amour oedipien

-          L’Amour égoïste

 

  1. L’amour  en psychanalyse

-          La Libido à la place de l’amour

-          L’amour de Transfert

-          L’amour de soi et le narcissisme

-          La psychanalyse spiritualiste

 
Conclusion

Bibliographie
Table des Matières