LES FANTASMES ET LES SPORTS
Dans la psychologie du sport la psychanalyse jusqu’à maintenant
n’a pas été utilisée. Et l’on peut comprendre
pourquoi. Elle se fonde sur l’inconscient, or l’inconscient
est le sens d’un discours qui n’a pas été dit,
puisque c’est le discours de l’Autre. C’est cette partie
du discours concret qui fait défaut à la disposition du sujet
pour rétablir la continuité de son discours conscient. “L’inconscient
est ce chapitre de mon histoire occupé par un blanc ou censuré
par un mensonge” (Lacan, 1966).
D’un coté les sportifs vont se dire heurtés par un langage
difficile et de plus ils parlent très difficilement de ce qu’ils
vivent. Dans le domaine sportif tous les enquêteurs et les psychologues
se sont heurtés à l’obstacle du mur du silence. Et ils
reconnaissent souvent leur impuissance les sportifs parlent volontiers de
leurs performances, mais restent inexorablement muets sur leur vécu.
Nous avons rencontré par ailleurs cette difficulté en étudiant
les nudistes, les culturistes, les tatoués, les groupes de relaxation
et les motards (Descamps 1984, 1986, 1988, 1992). Pour franchir cet obstacle,
il nous a fallu dépasser le niveau conscient en utilisant les techniques
projectives et le divan. Mais on ne s’improvise pas psychanalyste
et cette formation pratique supplémentaire n’est pas automatiquement
incluse dans le titre de psychologue.
Cependant un groupe de psychanalyse du sport s’est enfin constitué
en France et commence à publier (Labridy 1988, Carrier 1989, Lollini
1990). Les différents acquis de la psychanalyse arrivent donc à
s’intégrer dans la recherche scientifique sportive. La problématique
de l’identité sexuelle, le jeu de la libido, des instances
de la psyché et des mécanismes de défense, les phénomènes
de relations transférentiels... ont été les premiers
reconnus. L’ensemble se fonde de plus en plus sur une pratique authentique
et non plus sur la simple transposition d’une grille de lecture.
Parmi les notions qui interférent celle de fantasme nous a paru d’importance
primordiale. Notre pratique, qui est celle du Rêve-éveillé
analytique, permet au patient de réaliser sur le divan des rêves
sans dormir puisqu’il les raconte à voix basse. C’est
une facilitation pour l’émergence des fantasmes et leur métabolisation
pendant la suite de la cure.
LE FANTASME
Les fantasmes sont les axes d’organisation de
l’imaginaire. Ils se présentent sous formes d’images
envoûtantes avec une charge émotive intense souvent
liées à un comportement. Freud a distingué
les fantasmes qui se forment dans le système conscient et sont
soumis aux élaborations des processus secondaires, de ceux qui,
par le refoulement, vont entrer dans le système inconscient
où ils seront soumis aux processus primaires. Ils sont des
satisfactions de désirs, issus de la privation et de la
nostalgie. Ils sont aussi les noyaux des rêves du sommeil, se
trouvent à l’origine des symptômes
hystériques par conversion somatique et à la source de
l’art. L’artiste excelle à rendre son fantasme
visible en atténuant au moyen de changements et de voiles son
caractère égoïste pour le parer de tous les
prestiges de l’art afin de procurer un plaisir esthétique
partageable.
Ses successeurs ont mis l’accent sur le caractère décevant
et trompeur de cette satisfaction illusoire par l’image. On peut alors
définir le fantasme comme un anticorps qui peut devenir un poison.
Son aspect positif est dans cette satisfaction imagée qui élimine
certaines angoisses en favorisant la décharge instinctuelle. Mais
cette satisfaction reste décevant car non-réelle et se découvre
finalement comme illusoire. On construit un système qui cherche à
combler le manque, toujours en vain. Le fantasme est en effet imbibé
de compulsion de répétition, il revient de lui-même
par sa propre force et se reproduit exactement semblable à lui-même.
Le sujet lui est donc soumis dans un phénomène de dépendance
similaire à l’addiction à la drogue.
Le fantasme tire sa force extraordinaire de l’accumulation dc la libido
à travers les frustrations. Le sujet finit un jour par découvrir
que cette mise en image de ce qui l’accable inconsciemment devient
un parasite qui le possède. On a pu voir dans le fantasme le correspondant
imagé de l’engramme. Poursuivant son existence dans l’inconscient,
il y prolifère, s’y organise et se complique. Cette image envoûtante
finit par acquérir un embryon de vie autonome et dans certains évolue
selon sa propre vie comme une personnalité seconde. Par la satisfaction
hallucinatoire qu’il exige, il devient donc le poison du sujet qu’il
habite.
Nous nous sommes intéressé aux fantasmes collectifs qui agitent
l’humanité et que nous avons nommés eidolons. Ce sont
les forces les plus considérables qui nous guident sans que nous
nous en rendions compte. Nous les avons rencontrés à l’origine
des modes. On a décrit la mode comme une contagion imitative, mais
derrière les modes vestimentaires nous avons découvert ces
fantasmes collectifs du corps qui instaurent un standart-type social. Après
ceux de l’oeuf ou de la guêpe nous vivons celui de l’araignée,
de longs membres minces sur un corps fluide. Les fantasmes individuels peuvent
s’ancrer sur ces eidolons pour en avoir plus de force. Ce qui fait
que nos modes de vie relèvent d’une fantasmatique inconsciente.
Faut-il donc aller chercher le choix d’une pratique sportive dans
l’inconscient ? Nous pensons que si l’on n’est pas arrivé
àdécouvrir la personnalité-type du sportif de haut
niveau, ni la typologie des différentes spécialités
sportives, c’est parce qu’elle se situe au-dessous du dicible
dans cet immense réservoir de nos activités qu’est l’inconscient,
Pour pouvoir y répondre on peut commencer par consulter les fantasmes
qui s’expriment dans ces scénarios imaginaires libres que sont
les rêves-éveillés des analysants tout au long d’une
cure. Ce sont d’eux, et d’eux seuls, dont nous parlerons. Nous
n’étudions pas ici les fantasmes des sportifs, mais ceux d’analysants
qui ont situé électivement leurs rêve-éveillés
dans des lieux où se déroulent des pratiques sportives. Ils
nous ont parus se répartir selon différentes problématiques
ou structures inconscientes et pouvoir par ailleurs fournir un éclairage
sur ces pratiques.
LA FANTASMISATION SPORTIVE
1. DU COTE DE MA MERE.
Le monde de la mère est celui des images aquatiques et les jeux de
mots sont tels entre la mer et la mère que bien souvent on ne sait
plus ce que l’on doit entendre. Un des premiers rêve-éveillés
est souvent la promenade sous la mer après avoir dépassé
les algues et les poissons, on finit toujours par arriver au bateau englouti,
dans lequel se trouve le coffre au trésor, c’est alors que
surgit l’inévitable pieuvre contre laquelle il faudrait mener
le combat. Elle représente l’être doucement captateur;
se laisser dévorer par qui vous aime tant et mourir entre ses bras
est une bien douce tentation. Il y a bien des façons de ne pas s’être
libéré de l’image de la mère régression,
fixation ou non-naissance. Certains dans leur inconscient ne sont pas toujours
nés, par peur de sortir dans ce monde extérieur si bruyant,
pour réaliser le voeu secret de leur mère qui n’a jamais
coupé le cordon ombilical, par fatigue ou amour du paradis... D’autres
lui sont toujours identifiés ou ne se sentent pas un être différent,
L’eau reste toujours le symbole du milieu utérin où
nous avons grandi dans la quiétude.
Dans tous ces scénarios imagés, on retrouve l’amour
de la plongée, la pêche, la chasse, ou l’archéologie
sous-marines. Tout ce qui peut correspondre au vertige des grands fonds
de la mer bleue et qui si bien été mis en image dans le film
Le grand bleu ou qui fait le succès des séries T.V. du Commandant
Cousteau. On ne peut pas aimer la plongée sous-marine si l’on
éprouve pas cette nostalgie de la mère.
La fixation à la mère peut être plus tardive et se colorer
sur le versant oedipien de tout le désir sexuel. Il est vraiment
dur d’admettre de ne pas pouvoir posséder l’être
que l’on aime le plus au monde, de toutes les manières et sur
toutes les dimensions. Le grand interdit reste la vue du sexe de la mère
et la fascination qu’il exerce vient de ce qu’il est aussi le
pays d’où je viens, On peut alors en commencer l’exploration
avec la pénétration dans le vagin de la terre et l’aventure
de la spéléologie. Notre-Dame de la Grotte résonne
toujours étrangement en nous, car elle subsiste depuis le paléolithique.
Avec les hommes préhistoriques, on progresse dans les longs couloirs
sinueux, les boyaux resserrés et les fentes étroites qui aboutissent
à des salles vastes comme des cathédrales. Ceux qui ne se
sont pas enlisés dans les marécages ou déchiquetés
sur des rochers aigus comme des dents, peuvent alors apercevoir les oeufs
qui reposent doucement sur le sable.
2. A LA GLOIRE DE MON PERE.
La montagne représente le père plus que la mère, surtout
lorsqu’il s’agit de sommets escarpés et de pics. L’ascension
d’une montagne peut signifier la victoire sur le père et la
domination. Aimer les hauteurs, au moms imaginairement, va avec une haute
image de soi. Ceux qui détestent une vie horizontale ont un élan
de verticalité qui les dresse vers les sommets. Ils aiment les images
de la montée et de l’ascension et y ressentent une purification
avec une victoire sur le vertige. Le climat d’altitude imaginaire
fait tendre toutes ses forces dans un dépassement de soi vers la
sublimation tonique et salutaire. L’exaltation du père se fait
dans les divinités qui ont toujours habités les sommets de
l’Olympe ou d’ailleurs. Le psychisme des hauteurs est plus une
transmutation qu’une translation. Mais l’escalade et l’alpinisme
montrent que cela ne se fait pas sans accident. Le combat contre le père
est toujours un affrontement du complexe de castration. Et bien des prises
de risque inconsidérées peuvent avoir une origine psychologique.
Rien ne symbolise mieux la lutte contre le père que le combat contre
un dragon ou un taureau. Le culte du taureau s’est retrouvé
dans toutes les religions anciennes de Crète, de Mithra ou des Indes
avec Durga... L’image du taureau surgit souvent dans les rêve-éveillés
pour représenter la victoire sur le complexe de castration et peut
mener à toutes les fascinations de la corrida, cette dernière
célébration laïque de l’ancienne religion oubliée.
On peut comprendre ainsi ce qui fascine dans les spectacles de rodéo
des cow-boys, dont sont encore friands les Américains.
3. LA FRATERNITE ET LA SORORITE.
Les expériences familiales enfantines mélangent des sentiments
de ressemblance, de proximité et de complicité avec des images
de compétition et de rivalité. Avoir des frères et/ou
des soeurs réels est le sort de tous ceux qui sont pas des enfants
uniques, mais on n’échappe pas à la fratrie qui reste
sinon du domaine du rêve et de l’imaginaire. En est issue la
célèbre relation fraternelle et le besoin de fraternité
qui s’exprime dans la devise de la République française.
On les retrouve dans tous les sports d’équipe qui sont doublement
sexualisés. Dans les sports de balle ou de ballon il s’agit
de bien viser les buts ou d’enfiler un panier. Mais de plus football
et rugby sont réservés aux hommes alors que les équipes
féminines se constituent dans le basket, le volley-ball et à
la rigueur le hand-ball. Devant la sexualisation de ce concept, les féministes
ont voulu marquer la différence de la relation entre soeurs avec
le concept nouveau de sororité. Certaines ont même voulu imposer
des équipes de football féminines. Ce qui a posé une
fois de plus le problème de la féminité, la société
dans son ensemble ayant été plus réticente que pour
la pratique féminine du tennis.
4. L’HOMOPHILIE.
Les fantasmes des homosexuels tournent souvent autour de la lutte et des
corps-à-corps crispés. La publicité des parfums pour
hommes n’a pas manqué de les reprendre (Montana). La lutte
gréco-romaine, le catch ou le judo au sol permettent d’assouvir
ces pulsions latentes d’homophilie chez bien des hommes opposés
à toute homosexualité.
D’autres ont besoin de prendre plus de distance et de ne combattre
que de loin. La célèbre bagarre américaine, si virile,
que tous les réalisateurs de films se croient obligés de nous
imposer, rend souvent manifeste une homosexualité latente entre les
deux partenaires, qui, après avoir réglé leurs comptes,
nouent une amitié solide pour la vie.
On pourrait comprendre ainsi l’accusation d’homosexualité
sans cesse rapportée à l’égard des culturistes,
qui en sont pourtant fort loin et ne rêvent que de conquêtes
féminines, mais qui travaillent tellement pour embellir le corps
masculin.
5. LE SADISME.
L’assouvissement de la pulsion sadique engendre des rêves de
destruction et de lutte à mort. On les retrouve dans les combats
de gladiateurs où se sont complus les Romains avec tous les jeux
(?) du cirque. Le pancrace grec était aussi un combat brutal provoquant
les mutilations et la mort. Les derniers vestiges s’en retrouvent
dans la boxe, le karaté et la boxe française. Mais ces deux
derniers ont donné lieu à une organisation sportive de type
symbolique d’où tout risque a été exclu. Par
contre la boxe anglaise, réputée moins dangereuse, se révèle
un spectacle auquel on ne peut se complaire sans de solides tendances, alors
que ce spectacle de boucherie répugne à bien d’autres.
Les femmes, en particulier, demandent plus de distanciation. Peu nombreuses
à suivre les combats de boxe, elles apprécient mieux les spectacles
de catch où elles peuvent, sans risque, laisser leur tendances s’exprimer
librement. La pratique, si virile, du football américain relève
de cette catégorie par son éloignement, sa mise en scène
et sa mise à distance du spectateur.
6. L’AGRESSIVITE.
L’agressivité est considérée par la psychanalyse
comme une pulsion endogène inhérente à l’être
humain, qui semble en être mieux pourvu que bien des animaux. Quand
elle n’est pas retournée sur soi-même, elle vise à
provoquer un dommage à autrui et comporte toujours un aspect destructeur.
C’est donc une tendance à causer des nuisances, alors que le
sadisme se complait dans le plaisir de la souffrance. Elle peut donc se
manifester dans la violence, qui en est la forme explosive en application
de l’adage “la force crée le droit”.
La violence sans retenue s’exprimait autrefois dans le pancrace, les
tournois et même la soule... Le processus de civilisation a constamment
réduit la part de violence physique, puis l’a rendue ludique
et a fini par la codifier dans les limites strictes du fair play. Ainsi
une agressivité contenue circule sous la contrainte des codifications
et règlements (Pfister 1989)
La pulsion de meurtre se mue, même dans les rêve-éveillés,
en plaisir de la chasse ou dans le tir au fusil. Pour un psychanalyste,
rien n’est plus agressif que le tir à l’arc et il l’explore
avec le thème des trois flèches où elle peut tranquillement
s’assouvir dans le silence, l’attente et la détente.
La ritualisation est encore plus grande dans l’escrime et se décline
du bâton et de la canne, au sabre, à l’épée
puis au fleuret moucheté. On pourrait en dire autant de tous les
lancers de balle. Le killing instinct des champions de tennis s’édulcore
dans le ping-pong pour ne plus pouvoir qu’être difficilement
reconnu chez les joueurs de pétanque. Mais on parvient encore à
le faire s’exprimer dans les jeux de quille et le bowling, dont on
peut toujours se demander pourquoi la chute des quilles fait tellement éclater
de rire les enfants. La même édulcoration s’institue
du champion de golf au joueur de croquet, sans parler des championnats du
monde des échecs. Un inhibiteur supplémentaire peut être
installé lorsqu’on l’on partage le même terrain
que son adversaire d’où l’on lance la balle sur le mur,
à main nue ou avec les palettes et les gants de la chistera.
7. LE NARCISSISME.
On comprend donc que son opposé, le narcissisme ou amour de soi,
joue plus dans la danse que dans les sports. Il s’agit moins du narcissisme
primaire, où l’enfant se prend d’abord comme objet d’amour
avant de choisir des objets extérieurs, que du narcissisme secondaire
où la libido retourne dans le moi en désinvestissant des objets.
On peut le lier au déni de la castration, au fantasme d’auto-engendrement
et aux idées mégalomaniaques de type infantile qui se retrouve
dans la “prévalence d’une pensée magique”
(Carrier 1990).
La meilleure forme de déni de la castration se trouve dans l’affirmation
de la possession du phallus. De façon symbolique on peut choisir
électivement entre plusieurs situations. Le culturiste est celui
qui fait de son corps tout entier un gigantesque phallus toujours en érection,
figé dans la contemplation de sa pose artistique dans le miroir.
Le cavalier (et la cavalière) sentent la présence de cet immense
phallus vivant coincé entre leurs jambes, comme bien des rêves
nous l’ont montré crûment. L’on pourrait en dire
autant du motard, mais ce n’est sans doute pas le principal facteur.
8. LA CONJURATION DE LA MORT.
L’angoisse de mort peut être tellement grande chez certaines
personnes que, ne pouvant plus tenir à la refouler, elles se sentent
obligées de donner à la mort sa chance, pour mieux la conjurer.
Tout est donc dans le degré de prise de risque, pour bien se différencier
d’une pulsion suicidaire. Lors d’une psychothérapie bien
des passages à l’acte de ce type sont parfaitement prévisibles
s’ils n’en sont pas désamorçables pour autant.
Celui qui participe à une course de motos ou à un rallye sait
qu’il met sa vie en jeu à chaque instant, comme un trapéziste
de cirque. Les cascadeurs professionnels insistent beaucoup sur la prise
de risque parfaitement calculée de leurs numéros, ce qui n’empêche
pas leurs nombreux accidents. Lorsqu’on s’installe dans une
voiture de course on a bien l’impression d’entrer dans son cercueil,
tout en espérant pouvoir s’en extraire à la fin pour
grimper sur le podium. Nous avons pu avoir les confidences d’un plongeur
de haut vol qui se préparait à sa performance annuelle comme
à un sacrifice. Seule la répétition induit une banalisation
dans le saut à ski ou la corrida.
9. LE DEFENSEUR DE LA LOI.
La structure psychique du justicier a été moins étudiée,
mais elle semble prototypique de tout défenseur de la loi. Encore
qu’il y ait des différences entre celui qui la dit (le juge),
celui qui la défend (le procureur) et celui qui demande que l’on
l’applique (l’avocat). Nous sommes en tout cas dans le domaine
d’application du surmoi et de son voeu d’une régle imprescriptible.
Cette dernière est constitutive du sport en le différenciant
du jeu libre. Le règlement sportif institue les conditions de la
compétition et veille à l’égalité des
chances, encore faut-il qu’il soit respecté.
Et c’est là qu’intervient l’arbitre dont le rôle
est fort divers selon les sports, du tennis au football. Il n’est
pas un juge, au sens où il certifie l’existence d’un
fait comme le juge de touche, ou à celui où il décerne
la victoire par une quotation de points comme dans le patinage artistique
ou la boxe. Dans une optique minimaliste on a pu dire qu’il ne servait
qu’à la réduction de l’arbitraire, il reste à
déterminer les composantes d’une vocation d’arbitre,
dans la mesure où ils sont pas d’anciens joueurs blessés.
Elles sont fort complexes pour un arbitre de football et il convient d’y
faire entrer le désintéressement et sans doute aussi un certain
masochisme. La passion de la loi doit être bien forte pour leur faire
accepter avec abnégation tout ce qu’ils doivent endurer pour
réduire la part des injustices.
10. LES ETATS DE CONSCIENCE TRANSPERSONNELS.
Pour mémoire signalons que tout dans le sport ne relève pas
que de l’inconscient et qu’il peut provoquer aussi des transformation
d’états de conscience de type ENOC ou expansions de conscience.
Nous les avons décrits dans les activités physiques à
but non-compétitif (courses en altitude, surf, descentes d’éboulis,
parapente, trekking, plongée profonde, descentes de rapides...) et
dans les sports de l’extrême (Descamps 1990, 1991). Il s’agit
d’états pour lesquels on ne disposait autrefois que des termes
de transe ou d’extase et que l’on peut décrire maintenant
comme hyper-lucides. Par un dédoublement de conscience le sportif
“lâche prise” et laisse son corps agir tout seul, tout
en assistant au déroulement de l’impossible comme non-concerné
dans un hyper-contrôle. Le temps semble se démultiplier dès
que cesse le processus mental ordinaire de production des idées et
l’esprit se situe dans une autre dimension de conscience. Les forces
paroxystiques du corps, qui se sont libérées devant le danger,
remplacent les décisions du moi et l’observateur contemple
cela dans un état de joie, de calme et de détachement. Certains
ont voulu assimiler ces états à“l’état
idéal de performance” (Le Scanff 1990).
Reste maintenant la question pourquoi choisit-on de pratiquer tel sport
plutôt que tel autre ? Les enquêtes que nous avons pu réaliser
nous montrent la diversité des niveaux de réponses possibles
qu’il convient de catégoriser. L’occasion et la facilité
peuvent être dominantes chacun pratique les sports de sa classe sociale,
de sa région, de ses équipements de proximité, de son
âge et de son sexe, selon les exemples et les influences de la famille
ou des amis... Les rationalisations sont plus rares sports de compensation
ou sur prescription médicale... On peut invoquer aussi l’exemple
et la beauté lors d’une démonstration ou d’un
reportage de presse ou télévisuel. Le corps joue beaucoup
dans la persévérance on continue les pratiques dans lesquelles
on réussit ou qui vous font du bien et l’on abandonne les autres,
essayées sur un coup de tête. Il reste maintenant à
vérifier s’il existe une corrélation entre la fantasmisation
inconsciente et le choix de la pratique sportive.
Marc-Alain DESCAMPS
Université de Paris V.
REFERENCES
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