PELERINAGE A LA SOURCE DE LA VIE
par Marc-Alain DESCAMPS
Il y a en nous quelque chose qui attend dans le silence. L'important
est de le savoir ; alors on peut se mettre en marche pour le trouver. Son nom
n'a que peu d'importance ; les mots ne sont que des mots, autre est le vécu.
Et il est étrange.
Au fond de nous, il y a quelque chose d'étrange. C'est l'innommable,
parfois l'inexprimable, difficile à décrire. Mais il ne nous est
pas pour autant étranger, au contraire il nous constitue et se trouve
dans notre intimité, Interior intimo mea, comme écrivait St Augustin.
Mais comme tout ce qui appartient à la sphère de l'intime, il
n'est pas facile d'en parler et de le partager. C'est le lieu protégé
par le secret du roi.
Et cela est au fond, dans le fond, tout au fond, Le problème est justement
d'aller jusqu'au fond des choses. En général nous glissons à
la surface des choses, des événements et des êtres, sans
pouvoir rien apprécier. Nous sommes légers et superficiels. Nous
fonctionnons souvent de façon si mentale, si intellectuelle, si verbale
même ! Le fond est loin et bien caché : des couches et des couches
se superposent. Il est recouvert par toutes nos préoccupations, nos distractions
et nos divertissements. Notre attention, hélas, est ailleurs, vers quelque
chose de futile et de bien plus attrayant ou vers nos soucis du jour.
Au fond est un abîme mystérieux qui n'a rien à voir avec
l'espace, les mots, le temps et les idées. Cet abîme mystérieux
du fond est fait de quoi ? Difficile à dire. On sent simplement que là
est sa place, à jamais et pour toujours. C'est l'état non-mental,
la pensée non-duelle. On sent que l'on peut s'y abîmer avec délice,
s'y fondre tout entier dans un océan de béatitude. Le "Je"
s'y noie dans la Joie douce et parfaite, à moins qu'il ne se consume
dans le feu ardent de l'Amour, qui n'est pas autre que la Conscience lumineuse.
Il nous reste alors à engager le pèlerinage intérieur.
LE PELERINAGE VERS LA SOURCE DE LA VIE
L'APPEL - Le premier stade est celui de l'appel. Celui qui
a entendu un appel, une ou plusieurs fois, est attiré par cette voix.
Les plaisirs de ce monde (et même la télévision qui est
faite pour cela) ne lui suffisent plus. Il n'est pas satisfait. Il a comme le
souvenir d'un bien perdu. Il a la nostalgie de la pureté, de l'absolu,
de la vraie vie. La vocation de l'intériorité commence par cet
appel (vocare, c'est donner de la voix). Cela peut être "Où
vas-tu mon fils ? Shaul, Shaul pourquoi me persécutes-tu ? Que fais-tu
de ta vie ?" Désormais l'apparence n'est plus qu'une apparence,
quelque chose est caché derrière et l'on veut absolument le trouver.
L'appel vient de loin et pourtant il est tout proche, plus proche de soi que sa
veine jugulaire. Mais cet appel n'est bien entendu qu'avec son cœur, pas
seulement avec son oreille ou son cerveau, en effet il engage l'homme tout entier.
Alors l'on sait, de science certaine, qu'il existe un autre monde, d'autres
espaces et que l'espace intérieur est plus grand que l'extérieur.
Cette expérience de la vie, beaucoup l'ont faite (en plus ou en moins)
et ont eu l'occasion de m'en parler. Un jour on se sent privé de vie
et l'on accomplit mécaniquement ses activités habituelles. On
est ailleurs. La pression de la vie est tombée et l'on est en pleine
dépression. La vraie vie est à côté, on le sait ou
on le pressent, mais on ne peut pas le vivre. Alors on va voir les autres vivre,
on essaie de hurler avec les loups ou bêler avec les moutons, on fait
semblant. La vie domestique peut paraître routinière, intolérable
et l'on ne s'y résigne plus. Parfois aussi on peut rencontrer un être
d'exception, surabondant de vie, on l'admire, on l'envie et l'on ressent son
appel. Cet appel peut d'ailleurs rester non-verbal : il est un exemple et présente
une manière autre de vivre. Il ne dit rien, mais on le sent autre et
on se sent meilleurs près de lui.
SE LEVER A L'INTERIEUR - Au fond cet appel est toujours le
même : "Lève-toi et marche !". Le résultat est
de se redresser et de se mettre debout. Désormais on est aux aguets :
quelque chose est là et tout devient possible. On ne peut plus rester
planté là. La réponse à l'appel est toujours une
exigence. Le même n'est plus possible. La vraie vie est ailleurs. On est
prêt à la rencontrer et on l'attend. Il ne faut plus s'avachir
et se vautrer comme un animal repus qui n'a d'autre but que digérer ce
qu'il a ingéré. Être debout sur ses deux pattes dans la
position bipède est une position instable, mais qui permet d'avancer.
Lorsqu'on a vocation d'éternité, il est possible d'aller à
la rencontre de soi-même. L'itinéraire du dedans se reconnaît
à sa dimension de profondeur.
"Mon Bien-Aimé m'a appelé et m'a dit : "Lève-toi,
mon amie, ma belle, viens, car voici l'hiver est passé" et l'âme
du Cantique des Cantiques se met debout à l'appel de l'amour. Il faut
retrouver sa verticalité originelle : l'homme est l'être dressé
qui avance sur ses deux pieds dans un état de totale disponibilité.
SE METTRE EN MARCHE - Alors on se met en marche et on avance
sur un itinéraire qui se déroule, au lieu de rester sur place
à végéter comme un légume. Cet ailleurs est un au-delà
qui nous dépasse toujours. L'ailleurs c'est toujours l'étrange,
le tout-autre. Le regard fixé sur cet au-delà fait regarder au
loin. Cet appel du parfait, du stable et de l'éternel risque de mener
loin. Avoir le regard des lointains est ce qui conduit à se dépasser
sans cesse. C'est bien ce que l'on nomme "horizon". L'horizon est
le lieu de l'aurore, mais il se déplace sans cesse. Personne ne peut
atteindre l'horizon, car il avance avec soi. Il y a toujours un autre horizon
là-bas, là où le ciel et la terre se rejoignent. Et il
suffit de regarder au loin pour en créer un autre, nouveau. Seul l'homme
a un horizon, l'animal cherche sa nourriture à ses pieds le regard baissé.
Vers l'ailleurs, l'au-delà, l'horizon, tout déplacement dans l'intériorité
est une transformation. L'homme qui entend l'appel savoure une joie très
secrète et se met en marche vers son amour.
L'ERRANT ET LE VAGABOND - Mais souvent, les premiers temps
de cette recherche ne sont qu'une longue errance. On ne sait où aller
et l'on part à droite et à gauche, en zig-zag, comme une paramécie
dans une goutte d'eau, animée par le seul mouvement brownien. Quand on
ne sait pas où l'on va, on reste soumis aux forces de son inconscient.
On est comme ce fétu d'herbe dans le désert poussé par
un vent impétueux qui ne s'arrête jamais. Certains humains de la
même manière sont poussés par un fantasme intérieur
et ne peuvent pas rester en place. Ils sont toujours persuadés qu'ailleurs
cela ira mieux et ils oublient qu'où ils aillent, ils s'amènent
avec eux et que par conséquent rien ne change. L'errance dans la vie
est une période d'incertitude et de désarroi où l'on est
en plein marasme. On a lâché les rênes et l'on suit, ne sachant
où aller, comme un papillon qui va de fleur en fleur. On est un vagabond
spirituel, le papillon du merveilleux. L'on court de maître en maître
sans jamais s'engager, sans jamais décider, en voulant à la fois
le contraire et son opposé. Pour s'en sortir, il faut passer par le désert.
LE DESERT - La marche vers la terre promise ne peut pas éviter
le désert. Ces quarante ans d'errance dans le désert du Néguev
ont forgé le peuple d'Israël et l'ont purifié de l'Egypte.
Le désert de la vie intérieure est le pays du sec et de l'aride,
le pays brûlant de la soif. Là se ressentent plus péniblement
la monotonie, la banalité du quotidien, la désespérance
et le doute. "Suis-je bien engagé, est-ce que je ne fais pas fausse
route ?". Le désert est le pays du vide, de la nudité et
de la solitude. Perdu dans l'immensité du désert, on se plaint
et gémit : "Où se trouve ma source ? Existe-t-elle quelque
part ? Comment y parvenir ? Où diriger mes pas ?". Le désert
est le monde du sec et de l'aride, le pays brûlant de la soif. Le plus
terrorisant est de découvrir un jour que l'on est déjà
passé par là et donc que l'on tourne en rond : "Je n'avance
pas, je suis la caravane perdue". Combien de pèlerins partis de
bon matin ne sont arrivés nulle part et tournent en rond perdus dans
le désert ! Le désert est aussi le lieu des tentations et la pire
des tentation, après l'orgueil et la peur est celle de l'indignité
: "Je ne suis pas digne d'entrer dans le pays merveilleux de la vraie vie.
Ce n'est pas pour moi, je suis perdu !". D'ailleurs le pèlerin est
toujours seul au début de son voyage. Mais le désert est encore
le monde du silence où l'on entend bien souvent ce qui est subtil et
ténu. Une voix alors se fait entendre, de plus en plus forte, c'est la
vox qui crie dans le désert : "Vox clamans in deserto". Mais
cette voix se fait entendre à l'intérieur de soi, inutile d'aller
avec une agence de tourisme dans un "désert de sable" écouter
un bavard faire ses trois conférences par jour.
LA FORET – Mais tout le monde ne vit pas dans un désert,
certaines âmes vivent dans l'obscurité de la forêt vierge.
Elles ne voient pas le ciel, ni leur chemin. Elles sont encombrées, encombrées
de biens, de gens, de désirs et de liens. Attachées et ligotées,
elles voudraient se déplacer, mais elles ne le peuvent pas. Un chien,
un chat ou un perroquet les retient. Elles sont trop occupées et elles
n'ont plus le temps. Le temps étant perdu, pour elles, elles perdent
leur temps. Les obstacles sont si nombreux qu'elles n'ont plus d'horizon. Perdues
dans la profondeur de la forêt épaisse, elles ne voient même
pas les étoiles et ne peuvent pas trouver leur voie. Il faut qu'elles
commencent par se désencombrer et parfois c'est la vie qui s'en charge.
Le grand vide est une voie de libération.
LA VOIE – Dans le désert, le sentier
est précieux. Soudain des traces de pas apparaissent. D'autres
sont passés par là, s'ils ont réussi pourquoi ne
réussirais-je pas à trouver ma source ? Ils ont
laissé des traces et je n'ai plus qu'à mettre mes pieds
dans les traces de leurs pas. Je ne suis plus seul et perdu dans
l'immensité du désert de la soif. La voie est
tracée et je n'ai plus qu'à la suivre. Mais la route est
longue et je voudrais déjà être au but. Quelle joie
d'entendre la Parole qui dit : "Je suis le chemin et la Voie, celui qui
me parcourt ne tombera pas dans le précipice". Encore faut-il
reconnaître cette Parole. " Lorsque l'homme ordinaire entend
parler de la Voie, il éclate de rire et se moque. Lorsque
l'homme moyen entend parler de la Voie, il l'écoute et puis
l'oublie. Lorsque l'homme supérieur entend parler de la voie, il
la suit et ne la quitte plus. Et s'il n'en était pas ainsi, la
Voie ne serait pas la Voie". Ceci est toujours aussi vrai aujourd'hui
qu'il y a cinq mille ans au temps de Lao-Tseu.
LE GUIDE – Quand on est sur la voie, on finit par rencontrer
un guide. Le guide est celui qui est devant, qui me précède d'un
ou plusieurs mètres. Il est impensable d'entrer dans la forêt vierge
ou le désert sans guide, car l'on risque de n'en jamais sortir. Il en
est de même pour la haute montagne. Grâce à un guide expérimenté
d'alpinisme, il devient possible de faire encorder des ascensions qui seraient
impossibles seul. De même dans la vie spirituelle, on ne chemine pas seul,
ou alors on s'en remet à son ego. Le guide est un frère aîné,
qui est déjà passé par là. Certains peuvent aider
sans même s'en rendre compte, d'autres reviennent sur leurs pas pour aider
les Pèlerins égarés. Dans le domaine de la vie spirituelle
la discrétion est de rigueur et l'on n'apprend pas à méditer
seul. On a besoin d'un accompagnateur, d'un coach comme l'entraîneur sportif.
Parfois le guide peut donner une initiation et faire un bout de chemin, parfois
comme dans la méditation, après l'initiation, il donne la méthode
et surveille les écarts, remettant sans cesse sur le droit chemin. Souvent
il conduit à un autre guide, qui fait franchir une nouvelle étape,
mais le malheur est que le bon guide est discret et ne fait pas de publicité
pour trouver des disciples. Alors la foule est attirée par la foule et
préfère aller dans les grands rassemblements où les célébrités
du moment s'avancent, précédées et entourées de
roulement de tambours comme à la parade de la foire. Mais si un aveugle
guide un autre aveugle, ils finiront par tomber tous les deux dans le précipice.
Combien cela se voit actuellement avec le danger des sectes.
LE PELERIN – Le véritable guide est celui qui
donne le sens du sacré. Alors le vagabond devient un pèlerin.
Autrefois c'était celui qui avançait à travers champs (peregrinus).
Puis vers 1150 celui qui pérégrine a trouvé ses attributs
: le bourdon, la coquille et la pèlerine, cette cape qui protège
de la pluie avec son collet sur les épaules et son capuchon. Et grâce
à elle, il est devenu le pèlerin. Mais la pluie du matin n'effraie
pas le pèlerin et de partout en Europe se sont levés les pèlerins
pour Jérusalem, Rome, Saint Jacques de Compostelle, le Mont Saint-Michel,
Rocamadour, etc… Il en est de même aux Indes pour les sadhous qui
relient les 51 lieux sacrés. Le pèlerin sait où il va et
il a un plan de route. Il accomplit le voyage fabuleux qui le conduit au centre
de lui-même : le sacré n'est pas en un endroit extérieur,
il est en soi, dans le fond le plus abyssal de son être.
La vraie rencontre est dans l'intériorité cachée, dans
les collines, les vallées, le long des torrents et de fleuves cheminent
ceux qui vont dans le secret d'une rencontre. Leur sourire discret cache leur
mystérieux secret, ils sont les pèlerins de l'Absolu. Ce sont
les "hommes de brume" d'Héraclite ou "les nobles voyageurs"
de Milosz, c'est-à-dire les éternels voyageurs de l'immensité
du dedans. Le Yogi aux jambes repliées est le voyageur immobile qui va
le plus loin, jusqu'au bout de lui-même.
L'ESCALADE DE LA MONTAGNE – Régulièrement,
le sentier monte car la Source de Vie se trouve sur une montagne d'accès
difficile. Il faut monter dans la vie pour ne pas descendre et cela demande
un effort. Le plus terrible est que lorsqu'on a réussi à grimper
au sommet de cette montagne, l'on s'aperçoit que ce n'était qu'une
colline. L'horizon s'élargit et l'on découvre qu'il y en a une
autre plus haute par derrière, que la montagne est dure et qu'il et pénible
de monter. Le souffle manque et le vertige gagne. Bientôt les monts deviennent
si hauts que le sommet devient invisible. On risque alors d'oublier le but de
son voyage et de se contenter de sa modeste réussite. Comme au rocher
de Sigirya au Shri Lanka, à chaque pallier des grappes de pèlerins
sont fixées, collées à la paroi, soit par peur, soit parce
qu'ils ne veulent pas regarder plus haut ou bien sont persuadés d'être
arrivés au sommet. Mais le pic suprême, qui se voyait de loin,
et déformait caché par la hauteur précédente. Seul
le bon guide de montagne, qui est allé au sommet t qui peut y revenir
à volonté, est capable de dire à quelle hauteur on se trouve,
puis d'aider à l'ultime effort. Il évite la chute et l'accident,
indique la voie, donne le courage et transmet la force.
LA SOURCE – Alors se dévoile la Source de Vie,
Celle qui a jailli du rocher. La Puissance a changé le roc en source
d'eau, la terre brûlée se transforme en étang et le pays
de la soif devient le domaine de vie. Le désert enfin se désaltère
et reçoit l'eau vive, l'eau vivifiante. La terre brûlante est rafraîchie
par le torrent qui dévale de la montagne. L'eau vive est une eau qui
chante et pas une eau dormante et traîtresse. L'eau vivifiante est une
eau pure et limpide qui donne la vie. C'est aussi une eau "d'une extraordinaire
beauté, aussi claire que si elle avait traversé du cristal"
comme l'a vue Gide dans Les Nourritures Terrestres. Le cristal est l'état
de la matière où les molécules disposées en ordre
avec symétrie, deviennent diaphanes et se laissent traverser par la lumière.
Aussi donne-t-il l'ordre, l'équilibre et l'harmonie. L'eau de roche est
une source inépuisable de vie et la fontaine toujours jaillissante et
intarissable. Le secret est que l'eau qui donne la vie, ne demande rien d'autre,
car "La source a soif d'être bue" comme l'écrivait Irénée
de Lyon. La vie est pur don généreux et la Source de Vie est dans
la vie de la vie. Une source inépuisable de grâce se trouve au
fond de nous et n'attend que d'être découverte.
LA LUMIERE – A cette hauteur, on se retrouve en pleine
lumière. Lorsque le voile est retiré, la lumière monte
vers la lumière et c'est lumière sur lumière. "Ô
! éternel solstice, ô ! Lumière sans déclin"
écrit Bernard de Clairvaux. A cet instant, on entre dans l'Amour pour
ne plus jamais en sortir. La conversion du cœur s'accomplit et le dedans
diffuse une lumière qui transfigure l'être. Mais il faut qu'ait
été gravie la montagne dont le sommet est dans la nuée
lumineuse. Elle se trouve dans le pays de la lumière, là où
il pleut de la lumière, le Nouristan (nour=lumière) et tous les
Lutz-Saint Sauveur. Sur le plan subtil, elle correspond à la Colonne
de Gloire qui s'élève de la terre et où se retrouvent toutes
les parcelles de lumière, emprisonnées dans la matière,
qui remontent à leur source.
Mais elle brille aussi au fond de nous-mêmes avec le Soleil des âmes.
Le choc de l'illumination déclenche l'extase. C'est l'instant merveilleux
où l'être émerge à la lumière de la vision
: ce soleil des esprits est la Lumière de lumière. "Ta lumière
m'environne et elle me donne la vie" écrit Siméon le Nouveau
Théologien.
LA PRESENCE RADIEUSE – Cette lumière est habitée
et elle rayonne de vie. C'est la fin de la solitude. La Présence est
là pour toujours et elle était déjà là de
toute éternité en esprit et en vérité.
La Parole nous dit alors :
"Je suis chemin à toi qui me voyages,
"Je suis porte à toi qui me frappes,
"Je suis miroir à toi qui m'aperçois,
"Je suis Lumière à toi qui me contemples".
Ce voyage est celui de la vie et dure tant qu'il y a de la vie.
Il faut toute une vie pour apprendre à vivre et chacun quitte la vie
avec le sentiment qu'il vient à peine de naître. Les Vivants vivent
dans la jubilation d'être en vie dans la Vie. C'est un immense courant
dont nous faisons partie, même si nous ne nous en rendons pas compte.
Il vient de si loin et il transporte tous les êtres dans ses flots. Alors
on entre en contact avec la Puissance de la vie qui donne la force de vivre.
Tout est renouvelé et comme re-enchanté, la vie retrouve sa saveur
et il fait bon vivre. Il ne sert de rien de demander d'aimer la vie et de la
trouver belle, si on ne lui est pas connecté de l'intérieur. Pour
cela il faut se sortir des mots pour entrer au fond de soi, c'est au plus profond
de son intimité que se situe ce courant de vie.
La vie n'est pas quelque chose de superflu et de superfétatoire.
La vie est ce Grand Courant d'une extraordinaire simplicité, au-delà
des mots, qui coule au fond de nous.
La Source de Vie est à la source de notre être.