LE  SACRE

Par Marc-Alain Descamps

 

 

Lors qu’on fait la rencontre du Divin, dans le fond de son intériorité, on est dépassé par son infinité, cela se traduit par les sentiments de Majesté, de Puissance et de Domination, qui constituent l’essence du sentiment du Sacré.
 

Définition. En 1917 Rudolf Otto fait paraître le Sacré (das Heilige) qu’il définit par le « numineux », en référence au mot latin « numen » qui désigne le religieux. Mais justement le sacré est beaucoup plus large : il est l’extension à tous les cultes et rituels magiques des peuples primitifs.

Il va être étudié par Mircéa Eliade, Roger Caillois et Jung.

Le sacré divise le monde en deux : celui où réside l’Esprit ou les esprits et le monde ordinaire, commun, vulgaire, profane. Le sacré doit être préservé soigneusement pour éviter le mélange et les profanations. Le sacré exige le tabou et est intouchable, sinon c’est un sacrilège ou un blasphème. Donc il exige la protection du lieu et des rituels pour profiter des forces sacrées.

Donc le sacré implique deux mondes, il est la visite ou l’intrusion dans ce monde-ci du monde de l’au-delà. Mais souvent il s’agit du monde de l’après-mort, des visites des ancêtres.

Le sacré est tout ce qui nous dépasse totalement, radicalement, infiniment. Il est d’une autre nature, inconnu, surprenant, d’une force immense. Il engendre en nous le respect, l’amour, la révérence et l’adoration. Il ne supporte pas la familiarité et l’égalité. Il exige un pèlerinage, une neuvaine, un envoutement ... 

La rencontre du sacré exige des précautions car il engendre une paralysie craintive ou une épouvante : le trémendum ou la sacer horror. Il est terrifiant et horripilant dans un premier temps. Il doit être abordé avec précaution car il dégage une énergie dangereuse, qui fait se dresser tous les poils et parfois les cheveux.

Dans un second temps il est mortifère : nul ne peut voir Dieu sans mourir. La Bible en porte témoignage du temps des Hébreux avec le mont Sinaï et l’Arche d’alliance.

 Le Sacré  dans  la Nature. Sur terre il est partout et plus particulièrement en certains endroits. Toute la nature est  sacrée : elle est pleine de dieux. Tout est hiératique

Pieds sur la terre sacrée rassemble les discours des chefs indiens vaincus par les envahisseurs blancs des USA. On estime qu’ils étaient 22 millions et il en est resté deux millions, parqués dans des réserves. L’homme primitif marchait pieds nus sur la terre sacrée pour laisser moins de traces de son passage. Il adorait la nature qu’il considérait comme vivante, habitée par des Esprits.  Les arbres, les rochers, les fleuves, les montagnes … étaient habités. Les hommes préhistoriques ne troublaient pas les lieux où ils passaient. Ils demandaient au Totem de leur désigner les animaux qu’ils allaient chasser et manger. Puis ils remerciaient. On en voit les traces sur les parois des cavernes préhistoriques avec leurs peintures.

Puis comme les hommes se multipliaient vint la révolution de   l’agriculture, de la domestication des animaux et de l’élevage. On a ouvert le flan de la  Terre-Mère avec le soc de la charrue.

Puis avec le feu, vint l’âge du cuivre, du bronze, de l’étain, du fer …

Alors le sacré se restreint aux endroits les moins touchés les forêts, les rochers, les montagnes, les plages, les plus sauvages …

Les vestiges. Le sacré réside encore dans l’océan, le désert, les forêts, les montagnes …

Les FORETS. Les Druides avaient des sanctuaires dans les forêts profondes  à Marseille, à Châtres, à Paris dans Bagatelle dans le Bois de Boulogne. César nous en parle et nous dit qu’il est allé les visiter …

Le DESERT. Dans le Sahara, Egypte, Taklanmaka, Gobi …

L’Océan . L’invention des plages; leur fascination ….

Les Montagnes. L’alpinisme. L’Himalaya. Kaïlash, Olympe, Sinaï, Mont Bégo … Tous ont été profanés par des expéditions d’alpinistes, sauf pour le moment le Mont Kaïlash protégé par le régime chinois.
La Profanation  est organisée par la religion chrétienne et l’industrialisation … 

Le Christianisme. Cette religion a lutté constamment contre les autres, qualifiées de paganisme ou de polythéistes ou de naturalistes, ... L’Eglise a lutté pendant des siècles contre le panthéisme : Giordano Bruno est mort sur un bûcher à Rome en 1600 et Vanina Vanini a eu d’abord la langue coupée à Toulouse en 1619. Puis l’Eglise a combattu la science et l’héliocentrisme avec Copernic et Galilée.

Il y a eu  la construction des empires et avec eux l’arrivée des monothéismes, les 3 religions du Livre, avec un fondateur.

Et ils ont voulu éloigner Dieu pour le rendre plus imposant, le faire trôner au Ciel . Et Jacques Prévert a dit « Notre Père qui êtes aux Cieux, restez-y ». Maintenant les Ecolos veulent dépolluer la Terre en invoquant une douce mère protectrice.

Effectivement après avoir eu des siècles de contreverses doctrinales  sur  la Trinité, l’attention mondiale s’est porté sur la mère de Jésus : elle apparait sur terre dans de plus en plus de pays (Lourdes, Fatima, Medjugorgie …) et de plus en plus d’églises lui sont consacrées. Ce qui est un paradoxe, car Marie n’est qu’une femme, pas une déesse, il est interdit de  l’adorer, elle n’a droit qu’à un culte de dulie (honorer).
 

Sexualité sacrée. La religion chrétienne est celle des femmes de l’époque, en révolte contre la sexualité des Romains et des Grecs. Elle a été la plus intolérante envers les plaisirs sexuels, qualifiés de Faute et de péché mortel, menant à l’Enfer. Le Tantrisme nous en délivre en nous révélant son secret qu’interrompre le plaisir sexuel peut faire monter la lumière avec le Vide.

Le Retour du Sacré. Kabir « Si Dieu est dans les tabernacles et dans l’hostie, qu’est-ce qu’il y a dans le reste du monde ? ».  Gandhi « 

Univers. Les hommes ont toujours adoré les étoiles avec le Zodiaque, mais nous ignorons encore l’univers sacré. Le géocentrisme a été remplacé par l’héliocentrisme avec des procès célèbres (Copernic, Galilée …). Puis nous avons découvert les Galaxies et les Trous noirs. Nous ignorons ce que sont la matière noire et énergie noire, les Quasars,  pulsars,  naines blanches …

Les Exoplanètes ont fait brûler Giodano Bruno,  Vanini …

Quand nous contacterons les autres civilisations, nous serons mieux ce que veulent dire les mots « Dieu » et  « Sacré ».
 

La Mort et l’après-vie. L’autre sacré c’est ce qu’il y a après la mort.
Si nous avons une âme, il y a un Jugement en Egypte avec Osiris, en Grèce avec Minos …

Les Chrétiens ont inventé l’Enfer, où nous irons tous selon les Jansénistes et les « Saints des derniers jours ». Puis ils se sont radoucis et ont inventé le purgatoire, selon Le Goff en l’an 1170.
Maintenant ils disent que l’Enfer existe, mais qu’il n’y a personne dedans.

En 1975 après le livre de Raymond Moody « Life after Life, La vie après la vie » sont des milliers de témoignages de NDE (Near Death Experience) ou EMI (Expériences de Mort Imminente).
Et l’humanité est passée du Dieu de justice au Dieu d’amour. On a retrouvé le Bardo-Thödol, livre tibétain qui révèle qu’après la mort on peut se réveiller d’un rêve, où l’on prend pour des réalités ce qui n’est qu’une projection. Après avoir progressé dans un tunnel, on rencontrera la Lumière-Amour, qui aura une seule question « qu’as-tu fait de bien dans cette vie ? ». Et l’on verra sa vie « à la lumière de l’éternité » et il n’y aura qu’un auto-jugement … Ce qui pose le problème de la culpabilité et de  l’autocritique.