DJALAL UD-DIN RUMI
Le poète de l’Amour mystique
30 septembre 1207-17 décembre 1273
SA VIE. Rûmi est le fils d’un soufi célèbre, mais
quand Ibn Arabi les a rencontré tous les deux il a dit ce qu’il voyait « un
océan qui suit un lac ». Il fait des études de droit et de philosophie,
succède à son père à la chaire de droit de l’université de Konia en Turquie où
devient un orateur célèbre, qui écrit des livres. Alors soudain à 36 ans se produit
sa conversion : un total retournement vers l’amour mystique. Il rencontre enfin
celui qui deviendra son maître, SHAMS de Tabriz. Il aura toujours pour lui la
plus grande dévotion et reconnaissance. Il est vrai qu’il l’a complètement
transformé et lui donnant le sentiment de la proximité divine et l’amour infini
de Dieu. Avec un érudit fier de lui, il a fait un grand mystique et un pôle de
l’humanité. A la mort de Shams, Rûmi restera vêtu de noir jusqu’à sa mort 26
ans après et chantera ses louanges dans 50.000 vers d’amour. Ils sont dédiés à
la fois à son maître et à Dieu, car il n’accédait à Dieu qu’à travers son
maître.
En 1250 il fondera
à Konia l’Ordre des Derviches tourneurs (mevlevis) qui reproduisent la rotation
des planètes autour du soleil (Shams signifie Soleil). Inconsolable, Rûmî
institua aussi le fameux concert spirituel, le sama' comme union liturgique avec
le divin suscitée par l'émotion ou l'ivresse de la musique et de la danse dans
l’amour. Cela reste encore avec le Dhikr la base des pratiques soufies (1).
Rûmi a écrit toute sa vie ; ses chants
et ses poésies se retrouvent dans de
nombreux recueils : les Odes mystiques, le Diwan et surtout
le Mesnevi. Il y développe les principaux thèmes de l’Amour dans toutes
ses composantes : terrestre, cosmique, sacré, divin etc.
Il commence par dévoiler un tableau
vertigineux du devenir cosmique de notre monde, montrant ainsi que dès 1250,
bien avant Darwin, était connue l’évolution des espèces et de l’humanité.
D’abord, tu fus minéral, puis tu
devins plante,
ensuite tu devins animal, comment
l’ignorais-tu ?
Puis tu fus fait homme, doué de
connaissance, de raison et de foi,
Quand tu auras transcendé la
condition d’homme,
Tu deviendras sans nul doute un
ange.
Alors tu en auras fini avec la
terre, ta demeure sera le ciel.
Dépasse même la condition angélique,
Pénètre dans cet océan,
Afin que ta goutte d’eau devienne
l’océan !
Grâce à cela il comprend le grand
secret : l’amour est en réalité l’âme de l’univers qui a été créé par
amour. Il est l’expression de l’amour et c’est lui qui le fait vivre.
La danse des atomes, la giration des
étoiles et des planètes, la montée de la vie vers la conscience,
tout est du à l’amour :
L’amour est un océan infini,
Dont les cieux ne sont qu’un flocon
d’écume
Sache que ce sont les vagues de
l’amour,
Qui font tourner la roue des cieux
Sans amour le monde serait inanimé.
Chaque atome est épris de cette
perfection
Et se hâte vers elle.
A chaque instant retentit de tous
côtés l’appel de l’amour.
Si ce n’avait été par pur amour
Comment aurais-je donné aux cieux
l’existence ?
J’ai élevé cette sublime sphère
céleste
Afin que tu puisses comprendre la
sublimité de l’amour.
Ainsi Rumi est un des ancêtres de
l’écologie. Plus particulièrement on peut le considérer comme le fondateur de
ce que les Anglo-saxons nomment « deep ecology », l’écologie profonde
qui dévoile les racines de notre amour pour la terre vivante. Notre parenté
avec toutes les formes de vie est ainsi établie. Nous faisons partie intégrante
de la planète que nous devons cesser de dégrader.
Alors lui aussi veut devenir amour
et il demande cette grâce :
O Seigneur accordes-moi de t’aimer
Fais que ton amour me soit plus cher
Que mes biens, ma famille ou
moi-même.
Et cela produit de très grandes
transformations qui pour les gens hors de la voie apparaissent comme des
sacrifices. « L’amour est cette flamme, qui, lorsqu’elle s’élève, brûle
tout : Dieu seul reste ». Et comme le précise Attar, l’amour n’y va
pas par quatre chemins, il n’en a que trois : le feu, les larmes et le
sang. Mais pour celui qui est sur la Voie, il n’y a aucun sacrifice, ce ne sont
en réalité que des allégements et des délivrances. « O joie pour celui qui
a échappé au monde des apparences, à ce monde matériel froid et inerte et qui
sait y voir la présence de l’Invisible, de l’Ineffable omniprésent. Il n’est
plus seul. Aux première étincelles de l’amour divin, les choses tombent
d’elle-même sans effort, ni ascèse. »
Ce que l’on parvient un jour à
comprendre, c’est que l’on n’a pas commencé à aimer le premier. C’est Lui qui
nous a aimé le premier.
Souviens-toi,
Jamais une seule main n’a réussi à
applaudir.
Et tu dis que tu m’aimes,
Mais si tu aimes, c’est qu’on
t’aime.
Si tu désires le Paradis,
C’est que le Paradis te désir.
Tu ne me chercherais pas,
Si je ne t’avais pas cherché.
Je suis ta propre âme,
Ton propre cœur.
Pourquoi restes-tu frappé de
stupeur ?
Ce que tu cherches, c’est toi-même,
Ton véritable être
Et ton être le plus profond, c’est
moi.
Je suis toi puisque tu es moi.
Si tu te souviens de moi,
Je me souviendrais de toi.
Puis on va comprendre que cet amour
merveilleux ne vient pas de nous, mais que cet amour divin vient de Dieu lui-même.
Alors l’âme entre dans la vie unitive, ce que le Yoga nomme l’érosion de l’Ego.
Tu disais autrefois
La grande merveille, c’est toi et
moi
Blottis dans le même nid.
Mais tu entends une voix qui dit
Qui est là ?
Si tu réponds : C’est
moi !
Elle se tait à jamais
Répond : C’est Toi !
Alors elle dira :
Entre, entre car ici il n’y a pas de
place pour deux moi.
- Oui Seigneur, il n’y a que Toi
Tu es le seul, l’Unique,
La Lumière du monde
et la somme de tout ce qui existe.
Rien n’est hors de toi
Tu es au-delà du Grand,
l’Omniprésent.
Entre le Soufisme et le Yoga, il n’y
a au sommet aucune différence. Le but est le même que l’on le nomme le Soi ou
le Bien-Aimé. La pratique du Hatha-Yoga mène certains à l’Amour véritable (Bhakti-Yoga).
Alors à la fin de sa vie Rûmi peut
écrire :
L’Amour est venu,
Il est comme le sang dans mes veines
et dans ma peau,
Il m’a anéanti et rempli du
Bien-Aimé.
Le Bien-Aimé a pénétré toutes les
parcelles de mon corps
De moi il ne reste qu’un nom,
Tout le reste est Lui.
Marc-Alain DESCAMPS
(1) pour le Soufisme voir
Infos-Yoga n° 67, mai 2008
Marc-Alain Descamps/ Eva de
Vitray-Meyerovitch, L’amour
transpersonnel, éditions Trismégiste
Djalal od-din Rumi, Le Mesnevi, éd.
Albin Michel « Spiritualité vivante »
www.descamps.org/marc-alain