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LA PSYCHANALYSE SPIRITUALISTE

par Marc-Alain DESCAMPS

Université de Paris V.

La psychanalyse spiritualiste est une psychanalyse ouverte et intégrale, qui s'adresse à tous les niveaux de l'être (des plus bas aux plus élevés) et à tous les systèmes de croyance, matérialistes comme spiritualistes.

Elle est ouverte, car l'analyste accueille les analysants dans toute la diversité de leurs structures (physiques, cognitives, conscientes et inconscientes, systèmes de croyances ...). Il est respectueux du système de croyances du patient qui se présente à lui, qu'il ait des croyances athées, matérialistes, agnostiques ou spiritualiste.

Par conséquent il ne se sent pas obligé de reprendre toute la partie doctrinaire athée et matérialiste que certains psychanalystes voient en Freud, ce qui les amène à y réduire toute autre croyance. Parallèlement ces mêmes "psychanalystes" nient tout idéal, le qualifient d'idéalisme, de moralisme ou d'irrationalisme et opèrent durant toutes leurs "cures analytiques" des processus réducteurs.

Alors que la psychanalyse spiritualiste respecte toutes les croyances. Il est donc bien évident que si on vient le voir en disant "Je ne veux pas divorcer, ou perdre ma foi dans telle religion" il acceptera un tel contrat et le respectera. Alors que justement un psychanalyste matérialiste (scientiste ou "rationaliste") y verra d'emblée la plus grande des résistances ou même le noyau de la névrose et fera tous ses efforts pour l'analyser et la réduire.

En fait, au lieu d'avoir une vision étroite et sectaire, il adopte une position ouverte et non-interventioniste dans le domaine des croyances. Finalement il a réalisé que ce qui mène la cure ce n'est ni lui, ni le patient, mais l'inconscient thérapeutique du patient. Il finit par se manifester à un moment de la cure et alors, si on le respecte et l'écoute, c'est lui qui accomplit l'évolution selon sa logique propre et le travail possible à ce moment-là.

C'est une psychanalyse intégrale, car elle reprend tout ce qui a déjà découvert par Freud et ses différents successeurs, comme Mélanie Klein, Jacques Lacan, Winnicott, Desoille, etc. Mais elle y ajoute tout ce qui résulte de l'expérimentation ultérieure. C'est ainsi que la psychanalyse acquiert son véritable statut scientifique en devenant la science de l'inconscient. Elle n'est plus le Freudisme, de même que la géométrie ne se réduit pas à Euclide. La science est évolutive, progressive et intégrative. Elle intégre tout les acquis du passé dans une seule science du présent qui permet et prépare celle de l'avenir. En science, on ne peut pas en rester au texte du fondateur, si brillant ait-il été. Chaque progrès se fait en intégrant le système précédent comme un cas particulier du nouveau système. Ainsi la géométrie euclidienne n'est pas fausse, mais elle n'est valable que dans le cas d'un espace plat, sans aucune courbure. La distinction entre la psychanalyse et le freudisme avait été faite dès 1949 par Dalbiez (Roland Dalbiez, La méthode psychanalytique et la doctrine freudienne, Desclée de Brouwer, 1949). Après un siècle, la psychanalyse, en tant que science évolutive, n'est plus liée aux convictions religieuses et philosophiques de son inventeur.

Il convient maintenant d'étudier les apports que fournit cette approche plus large et moins sectaire.

- Les inconscients. Freud distinguait déjà l'inconscient refoulé qui est le dépotoir où s'entasse le non-perçu, l'oublié et le refoulé dont une partie émergera lors de la psychanalyse et l'inconscient primitif (Grund-Unbewuste) ou noyau de l'inconscient, qui est ce que l'enfant apporte avec lui avant tout refoulement. Dans l'inconscient primitif, la pratique des cures nous amène à reconnaître trois parties : l'inconscient archaïque qui correspond à tous les fantasmes originaires que existent bien avant l'Oedipe, l'inconscient créatif source méconnue d'innovation et de progrès non-rationnel pour l'humanité et l'inconscient thérapeutique qui est la partie de l'inconscient qui collabore à la cure et enregistre les améliorations dans les rêves éveillés et même les rêves du sommeil. L'émergence de l'inconscient thérapeutique va avec la collaboration que demande la psychanalyse spiritualiste : dans la première partie de la cure on explore surtout l'inconscient refoulé du patient, en attendant qu'émerge cet inconscient thérapeutique, qui dans une seconde partie va faire de lui un analysant, collaborant dans toutes ses dimensions à son auto-guérison. Sa mise en évidence a pu être faite à partir de l'instauration de séries de rêves qui lèvent progressivement le refoulement.

- La relation analyste-patient. Tout ce que la psychanalyse a élucidé sur le transfert et le contre-transfert s'applique mais avec d'importantes particularités. Le transfert n'est plus le pivot de la cure. La présence d'un troisième pôle ouvre la relation. Le nombre moins grand des séances par semaine empêche d'installer une névrose de transfert. Le contre-transfert n'est pas que la tache aveugle et la réaction au transfert du patient, il peut être retourné comme le transfert qui du plus grand obstacle à l'analyse peut devenir son plus puissant outil. Le contre-transfert non-réprimé et surveillé peut être utilisé comme outil de compréhension directe de l'inconscient du patient.

Par contre nous proposons la notion, non encore étudiée, de névrose de contre-transfert. Elle est présente sous bien des formes, en particulier chez les analystes qui investissent trop sur leurs patients et ont besoin d'eux. Des déceptions successives les ont amenés à renoncer à toute autre insertion (conjugale, familiale, politique, artistique, religieuse, sportive, etc.). Ils ne sont bien que dans l'amour de transfert de leurs patients, qu'ils prennent pour un amour réel et ils cultivent chez eux des névroses de transfert. D'autres formes de névroses de contre-transfert peuvent parfois provenir des fantasmes archaïques de l'analyste.

La positivité bienfaisante marque la participation et l'implication de l'analyste, qui est plus empathique et plus chaleureux que le psychanalyste classique et sa stricte "neutralité bienveillante". Elle se différencie nettement de la "psychanalyse passive", attitude de quelques psychanalystes minoritaires qui, par peur d'avoir le moindre désir de guérir et le moindre projet pour leur patient, ne font strictement rien, n'interviennent pas, ne dirigent plus la cure et laissent le patient, réduit à ses propres forces, se complaire sans fin dans l'interminable récit de la banalité de son ennui quotidien.

La bonne distance est l'attitude juste à trouver dans la relation psychanalyste-patient, ni trop loin ni trop près, entre les deux extrêmes de la sécheresse affective glaciale de type schizoïde et la fusion collante de type hystéroïde. Un des types de transfert les plus difficiles à vivre est le transfert de type intrusif du patient qui fait une identification et, ne respectant plus la règle d'abstinence, pénètre à toute occasion dans la vie privée de l'analyste.

La position allongée. Le setting analytique nous parait s'imposer pour une cure. Après les trois ou quatre séances de présentation de lui-même, le patient s'allonge jusqu'aux deux ou trois dernière séances de la cure. Ce n'est pas pour rien que cette position classique s'est perpétuée, elle présente au moins quatre avantages principaux. En sortant de la position de face-à-face, évocatrice des conversations et discussions, le patient échappe à tous ses mécanismes habituels de défense, superficialité et résistances. La position allongée facilite la détente, le changement d'état de conscience, l'émergence des produits de l'inconscient et la pratique de l'association libre. L'analyste n'étant plus regardé, les projections transférentielles du patient peuvent mieux le recouvrir. Par contre lui n'est plus obligé de contrôler ses gestes, ses mimiques, ses regards et ses expressions en réaction aux productions du patient et par conséquent il peut commencer à pratiquer l'attention flottante.

La compréhension thérapeutique désigne la situation où un patient est saisi et compris dans l'essentiel de sa structure. Ce concept dépasse celui "d'alliance thérapeutique" qui ne peut être que fluctuante et labile, selon que le patient écoute son Je rationnel qui veut changer ou son moi névrosé qui entend perdurer et contaminer. Dans la compréhension thérapeutique, il peut y avoir des étapes, des conflits, des passages à l'acte, la sécurité est telle par cette saisie intérieure de l'essentiel que l'analyste est en terrain connu. A l'inverse certains patients partent satisfaits après une cure assez longue sans que l'analyste n'ait jamais compris l'essentiel de leur fonctionnement.

L'accordage au thérapeute est la décision par laquelle le patient se résout un jour à prendre une part active à son analyse et à collaborer avec le travail de son analyste. Cela est indépendant de la compréhension thérapeutique et du passage à l'analysant, mais peut être concomitant. L'accordage du patient à l'analyste est certes facilité par la compréhension thérapeutique, mais ce n'est pas indispensable. De même ce moment d'accord, peut être précédé ou suivi de l'appropriation de l'interprétation par le patient qui le transforme en analysant. L'accordage est donc un accord différent de tout affect transférentiel.

- Les images-forces. Parmi les images qui émergent lors d'une analyse, certaines se font repérer parce qu'elles sont singulières, insolites, d'une inquiétante étrangeté, très nettes et colorées, accompagnées d'une grande charge affective et d'une très grande force, etc. Nous les nommons des images-forces. Elles peuvent correspondre à des images envoûtantes ou à des fantasmes. Elles sont des images évolutives, car elles se répètent telles quelles, puis elles changent et évoluent. La désintrication de l'image fixe fascinante s'opère d'un coté par sa mise en mouvement dans des scénarios imaginaires et de l'autre par la constante et progressive prise de conscience de ses signifiants. Nous distinguons dans ses étapes : l'image de départ est l'image inquiétante et fascinante, chargée de sens et surdéterminée, qui, non comprise, se répète indéfiniment identique à elle-même, l'image transformée change progressivement en se rapprochant du signifiant-clé qu'elle représente, l'image-carrefour s'enrichit de la découverte de tous ses signifiants associés selon ses différents domaines, axes et dimensions, l'image mutative est la nouvelle image qui vient à sa place, comme dans un feu d'artifice une fusée bleue succède à une rouge, l'image prospective nous engage dans une nouvelle dynamique en orientant vers l'avenir et témoigne d'une première résolution du conflit. Le problème pour l'analyste est de savoir reconnaître que cette nouvelle image, qui ne ressemble pas la précédente, est pourtant la même en ce qu'elle traduit une évolution du problème qu'elle représente. Ce travail sur les images, au fil des séances, est un apport supplémentaire pour la résolution des difficultés. On imagine ce qu'aurait pu donner, par ce travail sur les images, l'image fixe de l'Homme aux loups (sur un arbre sec cinq loups blancs qui regardent ).

- L'expérience mutative. Ce qui caractérise essenteillement la psychanalyse spiritualiste est l'existence d'expériences mutatives durant certaines séances. Elles ont des formes et des occasions variées selon les méthodes utilisées. Dans l'analyse par le rêve éveillé, il y a la possibilité d'accéder à un niveau résolutoire et sublimatoire. Là se situait pour Robert Desoille le principal apport de l'imaginaire et le but de la cure. Il se faisait classiquement par la découverte de la lumière blanche et Desoille le comparait aux visions des mystiques. Mais il peut être tout aussi bien vécu sans aucune image visuelle, juste dans un sentiment de complétude, d'accomplissement, de joie, d'amour universel, de grande paix, de rencontre du Sublime ... L'expérience mutative en nous mettant en contact avec un infini, permet de tout combler (les frustrations, la perte, le manque, le vide, le trou, la fente, la refente et la béance). Elle est le don qui va permettre le pardon en renonçant à une vie de haine et de ressentiment. Cette expérience bouleversante dans un RE est un état d'être qui reconstitue et met en relation. Elle fait échapper à l'égoïsme de l'égo et oriente vers une reconnaissance des Valeurs.

- Les Transactions. Elles correspondent à ce que l'on peut appeler les processus évolutifs supérieurs. Freud n'a eu le temps que de s'occuper de ce qu'il rencontrait d'abord : l'élémentaire. Et c'est vrai qu'on lui parlait plus facilement de sa sexualité que de sa spiritualité. Il en est de même pour bien de ses successeurs, et lorsqu'on le fait ils ne l'entendent pas ou n'y font pas attention. Mais on ne peut plus en rester à une "psychanalyse" qui consisterait seulement à réduire le surmoi et à libérer le Désir. Dans la pratique, il y a donc à apprendre et à acquérir une technologie des processus évolutifs supérieurs. Voici quelques-uns de ces constituants essentiels.

1. La réalisation. Tout être tend naturellement à se développer dans son être. C'est un processus biologique fondamental qui existe chez tous les êtres vivants. On voit cette poussée de la vie jusque dans les formes les plus primitives des algues ou des lichens et leur processus de croissance. Dans l'homme la base de cette attirance à son complet développement est en grande partie inconsciente. Il faut donc distinguer l'attracteur, le processus et le Pôle. Cette partie inconsciente, instinctoïde et biologique est l'attracteur de réalisation (correspondant à ce que d'autres nommeraient une pulsion de réalisation). Freud parlait aussi des forces de vie qu'il opposait à la pulsion de mort. Dans l'homme cette force de réalisation émerge à la conscience et enclenche un processus tout au long de la vie. Le désir puis la volonté de réalisation vont constamment lutter contre les forces d'autodestruction (complexe d'échec ou de castration, aliénation, raptus suicidaire ...). Le découragement, la résignation, le sabotage sont l'opposition inconsciente à cet effort de réalisation et d'épanouissement de soi.

Le Pôle de Réalisation est l'attracteur de toute une vie. Comme un aimant ou un pôle, il attire, sans rien exiger. Il ne provoque donc pas de refoulement. Sur le plan conscient, l'individu s'en fait une image à laquelle il se confronte de temps en temps pour mesurer les progrès accomplis. Il est l'allié le plus important du psychanalyste tout au long d'une cure où il va être question de se relier à ce que l'on a de plus haut.

2. L'orientation. Ce processus de réalisation peut être dévié, bloqué, ou perverti. Il est dévié dans la névrose et bloqué dans la normose, où l'on s'enlise dans les obligations professionnelles et sociales. S'orienter, c'est se tourner vers l'Orient, le lieu d'où vient la lumière. Et l'Orient intérieur est justement ce que vise la spiritualité. Son opposé, la désorientation, est la perte de son Orient intérieur : le Pôle de réalisation ou le meilleur de soi-même. On chute alors dans les attracteurs secondaires (l'argent, le pouvoir ...), les valeurs de l'oubli (l'alcool, la drogue, le jeu ...) ou les valeurs destructives (l'absurde, le désespoir, le suicide, la délinquance et la violence ...). L'appel de la lumière nous fait nous élever par plus d'exigence, mais on ne peut accéder à une plus grande clarté qu'après avoir exploré son ombre et ses zones d'obscurité.

3. La métanoïa. Métanoïa signifie "conversion", ce qui correspond, selon nous, à un changement d'attracteur. Ce qui avait échappé à la force gravitationnelle d'une planète entre dans le champ d'attraction d'une autre. Et le premier attracteur dans notre société occidentale est l'intellect ou le mental ("nous" en grec et "manas" en sanskrit). Cette adulation de la simple logique a conduit au monde inhumain du machinisme industriel, de la bureaucratie tatillonne, des ordinateurs insensibles et des robots pré programmés. La métanoïa est le dépassement du pur intellectuel, du pur rationnel qui veut toujours avoir raison. D'abord il faut retrouver le second attracteur de la psyché (psuké), c'est-à-dire tout le vécu, l'affectif et l'émotionnel. La première psychanalyse l'avait découvert avec l'importance du trauma et de l'affect, mais cela avait été vite re-intellectualisé, surtout avec "lalangue" lacanienne. Il a fallu tout le travail des psychothérapies émotionnelles, des thérapies primales et la découverte du langage corporel et du corps thérapeutique dans les nouvelles thérapies, pour faire de l'amour un instrument de connaissance et comprendre que le cerveau seul est mutilé sans l'intelligence du coeur.

La seconde conversion a lieu lorsque joue l'attracteur du spirituel (le "pneuma" grec). Alors le patient se sent attiré par la perfection, l'infini, la Transcendance et le divin. Il peut transformer son Eros en Agapé et passer du désir érotique au véritable amour qui est toujours désintéressé et généreux. Le but de l'humain est son dépassement dans une Transcendance. Et c'est alors que se réalise la véritable complétude de son être.

4. La transmutation. Mais la conversion n'implique qu'un retournement, alors qu'il s'agit d'une complète transformation. Elle se produit lors d'un processus mutatif. Il est provoqué par un don ; le patient pendant une séance de sa cure fait soudain l'expérience d'une force qui le dépasse et qui comble tous ses désirs. Il prend contact avec l'illimité, la beauté, la perfection, le divin qu'il cherchait depuis si longtemps. Assez souvent cela se fait sous forme d'une vision de lumière, d'où le nom d'illumination. Cette lumière, d'où rayonne l'amour, est une rencontre inoubliable qui fait basculer une vie.

Et, très certainement, il ne faut pas moins que la rencontre de l'infini pour calmer tous les manques, panser toutes les blessures, combler tous les trous et compenser toutes les frustrations dont nous sommes accablés. Ce type d'expérience est un don de certains analystes, qui aidés par une méthode de type transpersonnel, en sont seuls capables. Robert Desoille dans sa pratique du rêve-éveillé a fort bien décrit ce type de rêve-éveillé mutatif, qui, par une charge d'énergie colossale, à la fois répare et transforme, alors que certains simples psychanalystes passifs, enfermés dans leur silence et leur neutralité bienveillante, s'interdisent de faire le moindre apport.

5. La sublimation. Dans le domaine des processus évolutifs supérieurs on ne parle partout que de sublimation, mais d'une façon inexacte. La sublimation est l'orientation vers le sublime, en réponse à un appel du sublime. Tout est faussé si l'on en reste à une conception négative pour laquelle la sublimation n'est que de la libido désexualisée par détournement de but et d'objet vers de l'artistique ou de l'intellectuel. Alors qu'il s'agit au contraire de la rencontre directe du sublime qui peut seul combler le vide que nous portons tous en nous. Le sublime porte en lui cet infini de dépassement qui transporte l'homme au-dessus de lui-même, tandis que le beau reste dans le simple humain. La sublimation joint à la notion de transformation purificatrice (empruntée à la chimie), celles de très grande élévation et de dynamisme.

Par contre la rencontre du sublime lors d'une expérience mutative n'est pas anodine. Tout le monde n'est pas prêt au contact avec le sacré. Tout changement profond d'état de conscience surprend de prime abord. De plus les conséquences d'une conversion ne sont pas insignifiantes et menacent de bouleverser parfois toute la manière de vivre ordinaire. Surtout, face au divin, apparaît le sentiment d'indignité et, si l'on n'a pas assez d'humilité et de confiance, on recule. Se met alors en place ce que l'on nomme le refoulement du sublime, qui a été noté par tous ceux qui se sont occupés de spiritualité. La personne, qui a commencé à s'ouvrir, fait machine arrière, nie ce qu'elle a vécu, le minimise et décide que, tout compte fait, ce n'est pas pour elle : c'est prématuré, non préparé, trop fort, trop soudain, trop beau. Cette expérience de désaveu, de rupture et de perte engendre une crise de profond désespoir.

6. La crise d'émergence spirituelle (C.E.M.). De façon générale la spiritualité, qui n'est pas préparée et encadrée par une voie traditionnelle, se manifeste habituellement sous forme d'une crise. Particulièrement dans ce que l'on nomme les expériences transpersonnelles (peak-experience) ou les mystiques sauvages, la rencontre peut se révéler assez troublante. C'est d'ailleurs assez souvent une des raison d'entreprendre une psychanalyse ou une psychothérapie analytique. Mais certaines méthodes ("holistiques, magiques, tantriques, chamaniques, kabbalistes, spagyriques, d'éveil de kundalini ...") peuvent, après un choc préalable, aboutir à la même demande ou à un besoin de prise en charge. La crise d'émergence spirituelle est une période de trouble qui se produit après toute rencontre avec le Sacré. Son aspect déstabilisateur doit être surmonté sans trop d'inquiétude, car il est indispensable pour une remise à plat de sa vie et l'engagement dans un nouveau départ. Elle est souvent la porte d'entrée dans un nouveau mode de vie où l'on est relié à une autre dimension de l'univers dans sa totalité. Dans une voie initiatique traditionnelle la crise est soit évitée soit réduite.

7. L'accordage. Un accord est d'abord en musique l'union de plusieurs sons entendus à la fois et qui font harmonie. Cela marque aussi le type de relation secrète qui s'établit dans une psychanalyse spiritualiste entre l'analyste et son patient. Bien entendu, ce qui est fondamental est le transfert, ainsi que les transferts. Mais parfois (et même assez souvent) le patient est compris de l'intérieur dans son cheminement essentiel et, quoiqu'il fasse, l'alliance ne se dément pas. Un accord profond a été scellé. Et entre deux êtres humains un accord se fait de coeur à coeur. Ce dévouement et cet attachement indéfectible se font à un niveau supérieur de conscience, sans toutes les ambiguïtés et les ambivalences qui existent dans toutes les amours humains ordinaires.

C'est cet accord des coeurs qui permet finalement que se réalise l'accordage. Il s'installe après la réparation grâce à l'expérience mutative, par une adhésion à l'ordre du monde. Auparavant avec les plaintes, les récriminations et les revendications, le patient s'était mis dans l'incapacité de sentir, penser ou dire "la vie est belle". Et un jour l'on entend enfin : "finalement le monde est beau". Le monde n'a évidemment pas changé, c'est le ressentiment, la colère et la révolte du patient qui ont disparus. Et il peut en être de même sur le fait de ne plus se déclarer athée ou maudit et de reconnaître l'aide providentielle des forces du Bien agissant dans le monde. Il ne reste plus qu'à faire alliance avec elles, ce qui est la valorisation.

8. La signification. La signification est la découverte du sens de sa vie. Une vie qui n'a pas de sens et se traîne lamentablement dans l'absurde ne peut que mener à la névrose. Une cure n'est pas terminée tant qu'elle n'a pas permis au sujet de trouver un sens à sa vie et au monde car les deux vont ensemble. En comprenant les conséquences de ses actes, on se réinsère dans le grand courant de la vie, de l'évolution et de la civilisation. On se sent un avec le monde et responsable de sa réussite. En renonçant aux vues étriquées de l'égoïsme individuel, on entre dans la nouvelle dimension du Holisme ou de la globalité. Se sentir solidaire, c'est s'insérer dans l'Univers avec la solidarité écologique et la conscience terrienne qui fait que les problèmes deviennent planétaires. Cet élargissement relativise les problèmes individuels et permet de les sublimer. On admet enfin que l'on ne peut plus passer toute sa vie à pleurer son biberon. Trouver un sens à sa vie, c'est se rendre utile et servir à quelque chose. L'altruisme est libérateur en ce qu'il nous fait sortir de notre petite personne et nous ouvre aux enjeux essentiels.

9. La progression. La progression ne s'oppose pas à la régression, elle en est le complément indispensable. Dans un premier temps il faut régresser pour remonter jusqu'aux origines de son être, puis il convient dans un second temps de regarder devant soi et de ne plus avancer en reculant. Se réinsérer dans le grand courant de vie de l'univers fait découvrir que l'on a un avenir. Il est désormais possible de se projeter dans le futur et d'avoir des projets. On passe donc de la rétrospective à la prospective, avec tout ce que cela peut représenter d'ouverture et d'espoir. On ne peut pas sublimer si l'on n'a aucun avenir ou si l'on se contente de vivre au jour le jour. L'être humain est déterminé par son passé et libéré par son futur. La formulation de projets concrets et valables d'avenir est un signal de fin de cure.

10. La valorisation. La valorisation est la reconnaissance des Valeurs et la mise à leur service. Les Valeurs sont ce pour quoi on est prêt à risquer sa vie. Elles sont innées et on les apporte avec soi en naissant. L'enfant ne peut pas vivre sans amour et a un sens très précoce de la justice (même si au début c'est à son profit). Le sens des Valeurs nous accompagne toute notre vie. Il ne faut pas le confondre avec le surmoi décrit par Freud, qui est une construction partiale et déformante, un censeur rigide et souvent sadique, hérité du surmoi des parents. Il existe très réellement et bien des patients en sont les victimes, mais justement par ses déformations il ne correspond pas du tout au sens éthique et au sens des Valeurs. Tout être humain a un jugement incessant au nom du bien et du mal, comme il en a selon le vrai ou le faux ou selon le beau et le laid. Ce qui ne veut pas dire qu'il le respecte toujours en ce qui le concerne. Justement tout patient au début de sa cure rejette la faute sur les autres et se vit toujours comme une victime. Il est en révolte et par vengeance pour tout le mal qu'on lui a fait, il juge avoir droit à ne pas respecter le bien. D'ailleurs, pour lui, le monde est si laid avec un dieu qui n'existe pas, qu'il n'y rien à respecter à part son propre désir (et encore). Et lors de l'accordage, il découvre les Valeurs et se met à leur service, avec toujours une préférée : la liberté, l'égalité, la franchise, l'innocence ou la compassion ... Puis, sans obéissance à des codes moraux préétablis, il suit une éthique, qui est une libre exigence morale intérieure.

11. La métamorphose. La métamorphose est un changement d'identification. Au début nous sommes tous dans l'égo. Ce n'est ni le moi, ni le soi, ni la personne, ni la personnalité. L'égo c'est l'égoïsme, l'orgueil et la colère. L'amour de soi, le sens de sa personne, la susceptibilité, le fait de se vexer facilement parce qu'on nous a manqué de respect, l'infatuation sont les marques de l'égo. Ce petit moi hypertrophié correspond à peu près à ce que Lagache décrit du Moi-Idéal, modèle idéal de toute-puissance narcissique, fondé sur la mégalomanie infantile du nourrisson et que l'on retrouve dans la volonté de domination et l'intolérance de bien des adultes. Le moi sublime (ou le "gorille cosmique") est une des forme de l'égo, qui se croît déjà arrivé au bout d'un chemin dans lequel il n'est pas encore entré. Dans les cures on trouve assez souvent la juxtaposition de prétentions grandioses et d'une très profonde dépréciation de soi. Cette grandiosité ne sert qu'à masquer le manque de confiance et le mépris de soi. Aussi les premiers temps d'une cure ne servent qu'à restaurer une image dépréciée de soi et à renforcer le moi en rehaussant l'estime de soi. Ce travail de réparation est indispensable, car on ne peut renoncer qu'à ce qu'on a et dépasser que ce que l'on a atteint.

Au départ, on s'est identifié à la mère, au père, à la nourrice, à un grand-parent. Puis on a pris comme modèle un enseignant, une star, un champion sportif, un héros de l'actualité. Mais surtout on s'est identifié à son enfance, à ses peurs, ses manques, ses pertes et ses traumatismes. Finalement on ne sait plus très bien qui l'on est. On a pu rester le désir d'un autre ou de l'Autre et s'être construit un faux self. Il faut donc retrouver son vrai moi avant de pouvoir s'en libérer.

On parle de métamorphose car nous sommes encore dans un état de larve par rapport à ce que nous pouvons retrouver. La crise d'émergence spirituelle peut correspondre à la réorganisation qui va se produire dans la chrysalide. C'est à travers ces différentes mues larvaires, nymphales ou imaginales que s'opère le processus de retour à l'imago d'origine.

La mort de l'égo n'est que celle de la chenille devenue papillon ; le changement complet de forme est la continuité d'un être. Pour l'homme elle est un épanouissement total, un état élatif où l'on prend toutes ses dimensions dans l'élargissement de l'espace intérieur. C'est la découverte de sa vraie nature, la fin du temporel et de l'impermanent. Mais cette nature n'est plus individuelle, elle est une libération complète de la notion de moi, d'individu ou de personne. L'entrée dans un état transpersonnel permet d'assumer l'ensemble par une intégration plus large. C'est ce que l'on a nommé l'identification à la conscience cosmique, l'entrée dans le Royaume ou l'éveil à la nature réelle de l'esprit. Et c'est cela la véritable analyse, la sortie de l'illusion et l'entrée dans le monde de l'Ultime Réalité. Une thérapie n'est complète que si elle guérit aussi de la condition humaine, vers un transhumain ou transpersonnel.

- La Métapsychologie en psychanalyse spiritualiste. Elle reprend celle mise au point par Freud, qui a fait au début de ce siècle les premières découvertes en ce domaine, mais elle les complète grâce à l'apport plus riche des pratiques ultérieures. Le principal apport est d'abandonner les croyances matérialistes pour rester ouvert dans ce domaine à une vision saine et positive de l'appareil psychique. Une vision non-matérialiste ne se croit pas obligée de se calquer sur la mécanique et la science figée du dix-neuvième siècle. Tout dans l'homme n'est pas réductible en terme de pulsions, comme l'Amour n'est pas que le désir sexuel.

L'Attracteur. Une grande partie des prises de position des hommes vient de leurs attirances. La science moderne fonctionne avec des ondes, des vibrations, des champs, des interférences et des états instables. Elle décrit le réel en termes de champs magnétiques, d'états transitionnels, de structures vibratoires, de rayonnements énergétiques, de forces d'attractions (fortes ou faibles). Nous n'en sommes plus comme au temps de Freud à tout expliquer par des poussées de façon matérialiste comme avec des boules de billard. Le psychisme humain se comprend à partir de la théorie des structures dissipatives d'Ilya Prigogine : il se maintient en état d'équilibre instable par une dissipation continue d'énergie mentale. De même, selon René Thom, la morphogénèse se décrit par la disparition des attracteurs initiaux et leur remplacement par capture par des attracteurs représentant des formes plus globales (que ce soient les systèmes fluviaux, l'apparition des super-états, des super-théories, ou une cure analytique). L'attracteur libère l'homme car il le tire vers l'avant, alors que la poussée de la pulsion provoque un refoulement.

Le surconscient. Au siècle dernier Freud a présenté l'appareil psychique comme formé de trois niveaux : l'inconscient, le préconscient et le conscient. Et il a du batailler toute sa vie pour faire admettre l'existence de processus de conscience inconscients. Nous devons en faire autant pour faire reconnaître l'existence d'un quatrième niveau : le surconscient. Il s'agit d'une amplification, ou d'une expansion de conscience que l'on rencontre en différents états : rêve lucide, expérience des sommets, sortie hors du corps, expérience de mort imminente, méditation, etc. C'est dans cet état que se font certains RE dits mutatifs qui ont l'action la plus considérable lors d'une cure. Dans certains vécus c'est la notion de "moi" (ou d'égo) qui disparaît pour laisser place à une conscience participative plus large, la conscience cosmique. Elle nous élève vers l'Absolu et ne doit pas être réduite, comme le fait Freud, à une résurgence du "vécu océanique" de l'embryon.

Le Pôle de Réalisation. De même aux trois instances présentées par Freud, le RE en fait ajouter une quatrième : le Pôle de Réalisation. Il joue son rôle d'attracteur global à travers les trois instances précédentes. Dans l'inconscient il est le besoin de réalisation commun à tous les êtres. Il se lie à la partir positive et saine de l'inconscient primitif, archaïque, créatif et thérapeutique. Tout le long des états préconscients et inconscients, il constitue le processus de réalisation. Certes celui-ci peut être bloqué, inhibé, perverti ou dévoyé ; c'est ce qui passe dans la névrose avec ses perturbations hystériques, narcissiques, sado-masochiques, etc. L'expérience mutative rouvre une orientation vers le Pôle, permettant de se rendre de plus en plus sensible à son aimantation vers la lumière une fois que l'on est sorti du cône d'ombre de l'égo égoïste. Ce processus de réalisation est lié au Sens des Valeurs. Faisant partie de ce Pôle de Réalisation, il échappe au surmoi freudien et constitue le noyau et le ferment de l'éthique. La reconnaissance des Valeurs, et en particulier de la plus importante le Sublime, est ce qui sauve l'homme en l'élevant au-dessus de lui-même vers ce qui le dépasse et l'éclaire : une Transcendance ou le meilleur de lui-même.

   

LA PSYCHANALYSE SPIRITUALISTE
Marc-Alain Descamps - Aux Edition Desclée de Brouwer - 2004

"Voici un défi de ce siècle. Marc-Alain Descamps soutient avec intelligence et compétence cette nécessité d'une psychanalyse qui ouvre grandes portes et fenêtres."
Troisième Millénaire

"Par-delà le génie de Freud. Marc-Alain Descamps pense que nous valons infiniment mieux que nous ne le croyons."
La Libre Belgique

"L'ouvrage qui passe en revue les apports de cette psychanalyse des hauteurs se fonde sur un spiritualisme indépendant de toute religion et libre de toute superstition."
Terre du Ciel

"Quel défi de pouvoir parler ainsi de la psychanalyse des hauteurs. Il en faut des personnes comme vous pour faire évoluer la pensée."
Arsinoé

"Voici un rare livre fondateur d'école. C'est la synthèse de la psychanalyse et du transpersonnel, de la psychologie et de la spiritualité. Cette synthèse est basée sur une immense culture et reflexion du passé et du présent."
Trismégiste

"Il propose de nouveaux concepts pour rendre compte de l'aspiration de l'homme à s'élever vers le meilleur de lui-même. Pourquoi la psychanalyse et la spiritualité seraient-elles forcément incompatibles ?"
Psychologies

"Figure de proue de la psychologie transpersonnelle, Marc-Alain Descamps appelle les thérapeutes à s'ouvrir aux réalités des états de conscience modifiées et aux expériences d'illumination intérieure"
Bio-Info

"Pour Marc-Alain Descamps, on ne peut pas davantage réduire la psychanalyse à Freud qu'on ne peut réduire la géométrie à Euclide. Reprenant une à une toutes les branches psy porteuses de sens depuis un siècle, le praticien propose une déontologie."
Nouvelles Clés

 

MOTS CLES

Psychothérapie, Psychanalyse, Valeurs, Rêve Lucide 

ABSTRACT

Spiritualist Psychoanalyse is a new word for integral science of human soul. It study at the same time the roots of our personality and the the connexions with values, ideal, divinity or spirituality.

We need of new tools and new paradigm to solve psycho-spirituals problems.


www.europsy.org/marc-alain
© marc-alain@descamps.org