QU’EST-CE QUE LA PSYCHO-HISTOIRE ?
par Marc-Alain Descamps
A. DEFINITION. La psycho-histoire est l’éclairage de la science historique par la psychologie en général et la psychanalyse en particulier. Ainsi s’éclaire ce qui était caché ou incompréhensible et s’enrichit notre compréhension de la dynamique du passé grâce à la révélation des mobiles inconscients des individus et des groupes.
Sa diffusion vers 1950 en Europe et en Amérique a transformé l’étude de l’histoire et suscité d’âpres contreverses. Ses apports novateurs étaient nombreux :
B. LES ETAPES. Cela semble commencer avec l’histoire psychanalytique. Freud publie en 1899 les rêves de Descartes, 1907 Délires et rêves dans la Gravida de Jensen, 1910 Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, 19 Totem et Tabou, 1928 Dostoïevski et la mort du père, 1939 Moïse et le monothéisme … Ses disciples continuent : Marie Bonaparte sur Edgar Poe, Sterba sur Beethoven, Laforgue sur Baudelaire, Baudouin sur Victor Hugo, Jones sur Hamlet, Dracoulidès sur Aristophane, Reboul sur Sarazine de Balzac … Chez les hommes d’état, les affects privés se déplacent sur les objets publics. Les grands conquérants appartiennent à un sous-groupe méprisé, le père étant absent leur conviction de toute puissance est boostée par l’ambition effrénée de la mère.
A l’American Historical Association le 29/12/1957 William Langer dans son discours présidentiel propose la psycho-histoire. Eric Erikson a publié ses études sur Luther, Gandhi et Langer a étudié Hitler. Le cas d’Hitler est typique, car bien des auteurs qui ne veulent pas admettre l’interprétation de Copernic, Galilée, Einstein ou Che Guevara sont d’accord pour une psychanalyse d’Hitler. Après l’école germanique des premiers disciples de Freud, un renouvellement est venu de l’école anglaise Mélanie Klein, Guntrip, Winnicott … Le point de vue féminin s’est élargi avec Dolto, Kristeva. Puis l’école de Chicago avec Kohut a étudié l’importance du culte du moi, du narcissisme et de la volonté de puissance. En France Jacques Lacan a montré comment toute la culture pouvait être retrouvée dans l’inconscient. Marcuse a popularisé la notion d’exploitation économique des frustrations sexuelles.
Le structuralisme en particulier avec Claude
Lévi-Strauss dévoile le sens profond caché dans les mythes des analphabètes ou
dans leurs relations de parenté. Le culturalisme est l’équivalant en
anthropologie de la psycho-histoire. Il a connu un grand succès en Amérique de
1930 à 1950. Il est né avec Ralph Linton et Ruth Benedict et s’est continué
avec Margaret Mead. En étudiant le rôle de la culture tribale ils ont mis en
évidence l’existence d’une « personnalité de base » ou psychologie
d’une ethnie et son intégration sociale.
Ceci a été continué en France par l’œuvre de
Georges Devereux. Alain Besançon montre bien que l’histoire est forcément
psychologique puisqu’elle est faite par des hommes, « l’histoire
matérielle » est une fiction matérialiste. Et il retrouve la
psycho-histoire dans Vico, Michelet, Herder, Hegel, Jaspers … Par la suite
Lucien Febvre et Robert Mandrou ont inauguré l’histoire des mentalités. Ce que
nous avons suivi avec l’histoire du corps, de la somatophobie, du naturisme, de
la mort, de l’amour, de la mode, du rêve, des technologies du Sacré … La
psychologie sociale telle que l’a enseigné Jean Stoetzel en est fort proche.
L’inconscient des époques révolues laisse des traces visibles.
En Amérique Llyod de Mause a publié
sur la théorie psychogénétique de l’histoire et sur « l’évolution de
l’enfance » travaillant à la réhabilitation des enfants qui ne sont pas
forcément les « pervers sexuels polymorphes » de Freud.
Une première Association pour le développement de la psycho-histoire, sous l’implusion de Jean-Maurice Bizière à l’université de Toulouse Le Mirail, a organisé dès 1985 des congrès sur Les Objets martyrs ou La révolution et la mort …
Une seconde « Société française de Psychohistoire » avec Liris, Lloyd de Mause et Jerrold Atlas a publié une revue dès 1993 « L’or du temps ».
C. LES THEMES. La psycho-histoire a fait ses preuves dans :
1. les psycho-biographies.
2. étude du caractère national, ou l’esprit d’un peuple. C’est un besoin de comprendre les autres, mais il ne faut pas tomber dans la liste des exo-stéréotypes.
3. l’histoire des mentalités. L’histoire de l’amour ou de la mort est aussi importante que celle des Eglises ou des armées. L’histoire de l’accouchement révèle la condition sociale de la femme et celle des tortures et supplices reflète la compréhension de la justice.
4. l’histoire des croyances et des mythes : le diable, les Fées, les soucoupes volantes, le Yéti, l’Immaculée Conception, la folie et la maladie mentale … Le mythe du Bon Sauvage, de l’Age d’or, de l’Atlantide, de l’Egalité, du Grand soir et des lendemains qui chantent …
REFERENCES
Ariès Philippe, L’enfant et la vie familiale, Plon 1960
Besançon Alain, L’histoire psychanalytique, édit. Mouton, 1974
Besançon Alain, Le tsarévitch immolé, édit. Plon, 1967
Devereux George, Essais d'ethnopsychiatrie générale, Gallimard, 1970
Foucault Histoire de la folie à l’âge classique, Plon, 1961
Mandrou Robert, Magistrats et sorciers, Plon, 1968
Stoetzel Jean La psychologie sociale, Flammarion, 1963
Szaluta Jacques, La psycho-histoire, PUF. 1987