LE PROGRES

 

TABLE DES MATIERES


 

Présentation

  1. La négation du Progrès

  1. L’invention du progrès
    1. La Querelle des Anciens et des Modernes
    2. L’Aufklarung et le siècle des Lumières
    3. Le dix-huitième siècle
    4. La religion du Progrès
    5. Le Progrès dans la science et les techniques
  1. La récusation du progrès
    1. Les guerres cassent le progrès
    2. L’ère du soupçon
    3. Les maladies du progrès
    4. Les récusations
    5. La polémique
  1. Le progrès moral
    1. Histoire du cannibalisme
    2. La lutte contre l’inceste
    3. Le viol et l’émancipation des femmes
    4. La diminution de la vengeance
    5. Le dépassement de la cruauté
    6. Le devoir de colonisation
    7. Les croyances et les religions

  1. la vie

 

Présentation

 

L’idée de progrès est-elle un progrès ?

Tout le problème est là et le drame du progrès aussi.

Car le progrès a été et reste un drame pour l’humanité.

Il y a eu une religion du progrès et le progrès a voulu remplacer les religions.

On a cru fidèlement au progrès.

Il devait être absolu, total et apporter le bonheur définitif pour l’humanité.

Hélas, cela c’est fait au prix d’une révolution et finalement d’une Terreur.

Puis il nous a déçu : ce gigantesque progrès économique et matériel a amené les guerres mondiales.

Et ces guerres, grâce au progrès, ont été plus cruelles et plus destructrices,

 jusqu’au vertige.

Au vertige de la destruction totale de l’humanité avec l’arme atomique et les bombes nucléaires.

Mais qu’est-ce que le Progrès ?

Le Progrès tend à se confondre avec l’histoire de l’humanité.

Pour y répondre il faut faire l’histoire du progrès

et étudier son évolution au fil des siècles.

Chaque siècle à apporté sa contribution à son invention.

 

D’où cinq parties :

  1. La négation du Progrès, l’immobilisme, le primitivisme, le Paradis ou le glorieux Age d’Or.
  2. La croyance au Progrès : de son espoir à sa religion
  3. La Récusation du Progrès, la Restauration et la Décadence.
  4. Le vrai Progrès : le Progrès moral.
  5. La Vie

 

Première Partie : LA NEGATION DU PROGRES

    

Il vaudrait mieux dire son absence, car il n’est pas nié, il n’a pas encore été inventé et il n’est pas pensé. On est dans l’éternel présent de la Tradition. 

A.LES GRECS. 

Les Grecs situaient au début l’AGE D’OR. Selon Hésiode (Théogonie, Les travaux et les hommes) quatre âges s’étaient succédés : l’âge d’or, d’argent, d’airain et de fer. Sous le règne de Kronos  avec l’âge d’Or l’agriculture n’existait pas car la terre produisait à profusion. Il n’y avait pas de saisons avec un printemps éternel, pas de carnivores, pas de vieillesse, les hommes étaient vertueux et amis, ils mourraient en dormant.

Les Hindous situent aussi au début un âge d’Or (Satya Yuga, âge de vérité) et maintenant nous sommes dans le Kali Yuga, âge de la Déesse Kali ou du feu et de la guerre. 

B.LES HEBREUX ET LA BIBLE. 

Dans la Bible on ne trouve pas plus de progrès, mais au contraire la CHUTE, la décadence, la catastrophe. L’âge d’Or a un autre nom : le Jardin d’Eden ou le Paradis. L’Ecclésiaste conclût avec logique et pessimisme :

« Qu’est-ce qui a été ? Ce qui sera.

Qu’est-ce qui s’est fait ? Ce qui se fera encore.

Rien de nouveau sous le soleil »

Il n’y a aucune place pour le Progrès, c’est l’Identique, la Répétition. Ce qui est un progrès par rapport à la Décadence, la Catastrophe, car tout se terminera dans l’Apocalypse.

 

C.    LES EVANGILES.

 
Mais il est recouvert par la Fin du Monde, l’Apocalypse décrite par Saint Jean.

« Cette génération ne passera pas avant que tout ceci se réalise ».

C’est l’Eschatologie pessimiste avec  l’Agamédon, la grande guerre décrite dans un texte de Qumran « La guerre des Fils de la Lumière contre les Fils des Ténèbres ».

D.LES ROMAINS 

Comme les Grecs les Romains sont les partisans de la décadence depuis l’Age d’Or.

Ainsi Horace est d’un absolu pessimiste lorsqu’il écrit :

 « Une génération plus perverse que celle dont elle a vu le jour,

a engendré en nous une race pire qu’elle-même,

et de cette race naîtra une postérité encore plus corrompue ».

 

E.L’ANCIEN REGIME ET LA PERIODE CLASSIQUE.
 

Faut-il croire Victor Hugo quand il écrit : « L’homme a eu pour les chercheurs un Caucase de haine » ? Résume-t-il l’antiquité ?

On était dans un monde stable à la recherche de l’identique et du toujours pareil. D’où à la fin du Moyen-âge, les scandales dans l’élargissement de la vision cosmique avec Giordano Bruno, Copernic, Galilée … en attendant la réparation de Newton.

F.LE MYTHE DU BON SAUVAGE.

 Le mythe du Bon Sauvage est l’oubli par les civilisés de la sauvagerie des sauvages quand ils trouvent.

Marc-Aurèle décrit le Paysan du Danube qui aurait fait un discours surprenant au Sénat romain, repris dans une Fable de La Fontaine.

En Polynésie on n’a vu que le bon coté.  Mais avant c’était des guerres incessantes, des tueries, des tortures, du cannibalisme.  Il en est de même en Australie et Tasmanie avec les Aborigènes et en Amazonie ou en Nouvelle-Guinée. L’insécurité permanente, des guerres incessantes, des expéditions punitives, les vengeances, la règle de la vendetta sans fin, des coutumes cruelles …

Quand Cortez a pénétré au Mexique des Atzèques, il a été outré par leur incessant cannibalisme et le rite central de leur religion : ouvrir la poitrine avec un couteau d’obsidienne, arracher le cœur et offrir son sang au soleil pour qu’il ait la force de se lever demain.

Puis les colonisateurs ont imposé la paix et ont tout oublié de l’état dans lesquels ils les ont trouvés pour ne retenir que les bons cotés : leur sagesse, leur chamanisme, leur insertion écologique. Ainsi continue sans cesse  le mythe du Bon Sauvage. Le chamanisme a beaucoup de succès et remplace les religions officielles car il n’impose pas une morale.

 

2ième partie L’INVENTION DU PROGRES.

 

L’invention du progrès s’est faite progressivement, très prudemment et très lentement au début. Curieusement elle a commencé dans les Lettres et les livres.

A.LA QUERELLE DES MODERNES ET DES ANCIENS.

L’idée de Progrès commence avec l’illustration des écrivains contemporains par rapport aux Classiques.

1)      chez les Grecs. Ils ont l’idée de s’affranchir de l’admiration d’Homère, des Achéens, des Doriens ou des Spartiates. Particulièrement Eschyle dans son Prométhée enchainé note que les anciens vivaient dans des grottes, car incapables de construire des maisons, des temples et des monuments. Ils ignoraient le travail de la pierre et du bois. Ils étaient avant la science, sans recourir à la raison. L’antiquité est grossie par l’éloignement. Ancien et donc par conséquent beau et vrai, voilà ce qui est contesté.
 

2)      chez les Romains. Au siècle d’Auguste la querelle va recommencer pour s’affranchir de la

     totale admiration des Grecs. Cicéron, Horace, Ovide, Plutarque, Properce, Suétone, Tite-

     Live, Virgile … rivalisent en latin avec les chef-d’oeuvres grecs. On compare les poètes Anacréon avec Virgile ou les historiens Hérodote avec Tite-Live. Dans son célèbre livre Plutarque surtout soutient la comparaison avec Les Vies parallèles des hommes illustres selon 50 portraits comparés d’un Grec et d’un Romain : Alexandre le Grand et César, Démosthène et Cicéron, Solon et Publicole, etc.

       3) la Renaissance. La Renaissance commence en Italie au Quatorzième siècle, le Quatrocento. Le progrès en Italie est donc apparu d’abord dans la peinture.

   En 1605, Francis Bacon fait paraître The Advancement of Learning, traduit en français en 1624. Il renouvelle le prométhéisme en avançant que l’augmentation des  connaissances entraine forcément un accroissement du pouvoir de l’humanité sur la nature. Tout le progrès est là : dans cette conviction inébranlable que l’accumulation des sciences provoquera le bonheur de l’humanité, par l’intermédiaire des techniques. L’homme peut autant qu’il sait (knowledge is power,   ipsa scientia potestas est). x

     Cette accumulation de la puissance humaine est promesse de bonheur.
 

4).le siècle de Louis XIV. Cela a débuté lors de la mémorable séance de l’Académie française du 27 janvier 1687 où Charles Perrault lit Le siècle de Louis XIV et où Boileau quitte la séance, incapable de supporter plus longtemps l’apologie du progrès.          Cela commence avec une boutade « c’est nous qui sommes les véritables Anciens ». La vieillesse du monde nous la vivons, les Grecs étaient dans sa jeunesse. « La vérité est fille du temps , Veritas filia temporis» dit Francis Bacon, or le temps ne souffre aucune discontinuité, l’écoulement ne s’arrête jamais. « Il n’est rien  que le temps ne perfectionne tous les jours ».

   En 1687 Fontenelle publie Digression sur les Anciens et les Modernes où il penche vers une nécessité du Progrès par accumulation des innovations, « Il y a un ordre qui règle nos progrès ». Cette idée de la nécessité inéluctable du Progrès va avoir une grande fortune jusque dans la religion du Progrès. Il proteste contre notre lâcheté et notre excessive admiration de l’Antiquité, contre « ce faux et lâche respect que les hommes portent aux anciens ». Tous ces anciens philosophes, avec Platon et Aristote, étaient soumis à leur imagination, ignorants et crédules, ils croyaient aux Fables et aux mythes.

Descartes va, à partir et des horloges et des automates, introduire le renversement du mécanisme et le progrès en philosophie avec la disqualification d’Aristote et surtout de l’aristotélisme de son époque. Et par là nous sommes « comme maîtres et possesseurs de la Nature ». Descartes revient  souvent sur cette domination de la nature : vaincre, domestiquer, soumettre, assujettir … on croirait  entendre du Lucrèce.

Pascal légitime l’histoire avec son  image du nain sur les épaules d’un géant qui voit plus loin (et a raison) du simple fait qu’il lui est postérieur. L’histoire a toujours raison, grâce au progrès. « L’homme est dans l’ignorance au premier âge de sa vie, mais il s’instruit sans cesse dans son progrès ». « Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants » cette sentence de Bernard de Châtres, rapportée par Jean de Salisbury, est reprise par tous les partisans du progrès.

                                                              B.L’AULKLARUNG et LE SIECLE DES LUMIERES.
 

Ce mouvement européen  (enlightment, Illuminismo, les Lumières …) commence en Allemagne.    Emmanuel Kant fait paraître en 1784 Was ist Aufklärung ? Qu’est l’Eclairement ? et il répond c’est devenir un adulte, penser par soi-même et non répéter la tradition comme un petit enfant mineur.
Le terme allemand pour progrès Fortschritt  signifie déjà amélioration. Comme dit Benjamin Constant, on échappe à la fois à un présent sans avenir et à une vie sans espérance.
Leibniz avec son optimisme et son espoir du meilleur  des mondes possible, fait avancer l’idée de Progrès : « un progrès perpétuel et absolument illimité de l’univers, de sorte qu’il marche toujours vers une plus grande perfection ».
Puis va venir le pré-romantisme de Jean-Jacques Rousseau. Le premier progrès est le contrat social qui nous  fait sortir de l’homme naturel et aussi de la sauvagerie selon Hobbes dans le De Cive. L’état est né d’un progrès de la raison. Mais Rousseau emploie le mot « perfectibilité » et non progrès, c’est la faculté qui a fait sortir l’homme de son état primitif, sa condition originaire : l’état naturel. Et c’est irréversible, 

  1. LE DIX-HUITIEME SIECLE 

 En France c’est au dix-huitième siècle que le progrès devint politique avec l’idée que les paysans étaient volontairement tenus dans l’ignorance pour être mieux exploités et de manière générale tout le « Tiers-état » est exploité avec les artisans, les commerçants, les soldats mercenaires… D’où le projet de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : propager les savoirs techniques en brisant les corporations et les secrets de métier. Condorcet ajoute que pour améliorer l’humanité il faut accélérer le progrès des Lumières, malheureusement il sera tué en 1793 par cette Révolution qu’il avait tant appelé de ses voeux. Le progrès tue et l’on commence à peine à comprendre qu’il peut être dangereux.
Turgot dans son discours qu’il prononce le 11 décembre 1750 à la Sorbonne sur « Les progrès successifs de l’esprit humain » garde cette vision optimiste de l’histoire, hélas démentie par la Révolution

   Le 18ème siécle découvre l’opposition à la religion chrétienne. L’origine du Progrès est dans les hérétiques précédents : Giordano Bruno, Tomaso Campanella, Fauste Soccin, le moine Pélage … La pluralité des mondes, la négation du pêché originel, de la chute, du péché, de la déchéance, de la prédestination, de l’Enfer … sont des préalables pour oser inventer la notion de progrès grâce aux efforts des hommes. Un enfer éternel est le contraire du Progrès : de pessimiste l’humanité entre soudain dans un inébranlable  optimisme. x

   Voltaire publie l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations en 1756 pour s’opposer au monde établi avec l’histoire du peuple élu (les juifs) ou les exemples de Providence. La direction de l’histoire par Dieu était la bête noire de Voltaire qui a tenté de la discréditer avec le tremblement de terre de Lisbonne ou son livre Candide. Et Voltaire conclut en 1767 « la Raison a fait plus de progrès en 20 ans que le fanatisme n’en avait fait en 150 ans »

  Le dix-huitième siècle sera une période idéaliste et généreuse où  culmine la religion du Progrès. On va rêver d’une rétribution en fonction des mérites et non plus en fonction des rangs et de la hiérarchie. Le Progrès semble exiger une société égalitaire. Il y a dans l’apparition de l’idée de Progrès des liaisons avec les thèmes de la Nature, du Bonheur, de l’Egalité et finalement un recours à l’Utopie « ce gouvernement imaginaire où tout est parfaitement pour le bonheur de tous ».

    La notion d’humanité et de bienfaisance semble s’établir avec l’abbé de Saint-Pierre et elle va remplacer la charité chrétienne qui est discrédité comme discriminatoire. «La vertu est bienfaisance envers le prochain » prêche Voltaire. Fénelon utilise le terme de philanthropie qui va avoir un tel succès aux siècles suivants. Cela a commencé avec Bentham et l’utilitarisme anglo-saxon qui va donner le groupe des physiocrates.

 Ce que le XVIIIème siècle avait rêvé le XIXième siècle tente de le réaliser.  Cela nous semble commencer avec Claude Henry de Rouvroy de Saint-Simon (1760-1825) qui propose le Nouveau Christianisme par « l’amélioration du sort des pauvres. Le devoir des industriels et philanthropes est d’œuvrer à l’élévation matérielle et morales des prolétaires ». Mais ce qui est nouveau est qu’il espère le faire par l’industrie. Il croit au progrès des sciences et de l’industrie : « l’industrialisation va devenir le moteur du progrès social ». Il va y avoir résorption du politique dans l’économie jusqu’à l’abolition de l’Etat : « il faut remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses ». En 1813 dans son célèbre Mémoire sur la science de l’homme il oppose les Abeilles ou producteurs (les artistes, savants et industriels) aux frelons (nobles, prêtres, militaires, propriétaires non-cultivateurs). Et les industriels disent aux savants « nous voulons bien vous loger et vous nourrir à condition que vos travaux contribuent à l’utilité sociale ».

 

  1. LA RELIGION DU PROGRES 

Il y a un progrès de la notion de progrès.

   D’abord on parle du progrès par métaphore et analogies comme si l’on ne savait pas très bien ce que c’est. Il y a eu l’image du temps et de son écoulement. Par là on compare le progrès à un fleuve, qui subsiste bien que son eau s’écoule. Puis est venu l’image de la route qui est de plus en plus sure, plus on la pratique. L’argument de la vie humaine a eu beaucoup de succès : on compare l’histoire de l’humanité à une vie. Et forcément il y a un progrès de l’enfant à l’adulte, aucun adulte ne peut le nier à l’époque (sauf Rousseau, peut-être). Cela a été l’argument suprême : les Anciens étaient des enfants, car ils étaient dans l’enfance de l’humanité.

  
 
Une fois reconnue la nécessité du Progrès en découle son caractère perpétuel. Il n’est pas cyclique, mais perpétuel et même pour certains progressif, c’est-à-dire qu’il s’accroit : il y aura de plus en plus de progrès.
 L’abbé de Saint-Pierre en donne la raison qui fait la différence entre les bêtes et l’homme : l’éducation où se transmet tout le savoir accumulé. Les bêtes ne se transmettent rien alors que les hommes se copient, rivalisent et s’enrichissent. Le Progrès est ce qui nous sort de l’état de nature et de la quasi-bestialité.

    La Religion du Progrès se développe et l’on répète sans cesse «  le Progrès veut que … », « Il ne faut pas aller contre le Progrès », « le Progrès exige ». Enfin apparaît la nouvelle définition du Progrès « l’infini du toujours mieux ». L’idée de progrès est un progrès. Le savoir et y  travailler voilà le vrai progrès. Le progrès pour l’homme est ce qui fait de lui un homme. Pas seulement un changement, mais une amélioration. L’idée de Progrès, son mythe, va avec l’Histoire. Le progrès est le moteur secret de l’histoire ; depuis que certains hommes ont pris leur destin en main, on les imite et de plus en  plus collaborent, l’humanité est en marche vers un futur d’égalité. Fini l’éternel retour ou la fin du monde, l’Apocalypse. Alors règne le Progrès qui est cumulatif, continu, linéaire, nécessaire, irréversible et illimité.
 La religion du Progrès c’est la croyance à l’humanité comme un seul homme en marche vers la Perfection.

Raymond Aron parle de « religion  séculière » à propos de la croyance au Progrès qui a remplacé le christianisme et sa doctrine du salut collectif par le sacrifice d’un homme-dieu.

La croyance au Progrès sur terre est l’inverse de la croyance à l’Enfer éternel après la mort.

   Le Progrès est global et universel : né dans la littérature, il s’étend aux Beaux-arts, soutenu par la science et les techniques. Pendant longtemps, selon Kuhn, la peinture a été considérée comme le domaine cumulatif dans sa recherche de la ressemblance et de la perspective.

   La gloire du Progrès va éclater au dix-neuvième siècle dans les Expositions Universelles qui se succèdent : 1867, 1887, 1900 …

    Et sa conséquence est la Colonisation : les peuples de progrès (tous de race blanche) doivent partager et faire profiter les peuples de la tradition des bienfaits du Progrès.

   Une autre conséquence est l’eugénisme. Charles Darwin n’était pas eugéniste car il mettait l’esprit de fraternité humaine au-dessus de la science, mais son fils Léonard Darwin et son  cousin Francis Galton ont fondé l’eugénisme et  l’hygiène raciale. Leur argument suprême était pourquoi ce que nous faisons avec succès sur les animaux et les plantes serait-il interdit à l’homme ? On doit distinguer l’eugénisme positif qui favorise la reproduction des bonnes souches et l’eugénisme négatif qui organise la stérilisation des handicapés, des trisomiques aux aveugles de naissance. Spencer voulait laisser faire la sélection naturelle qui élimine les moins adaptés (les couches les plus pauvres avec leur tuberculose, leur syphilis et leur alcoolisme). S’ajoute aussi la question de l’immigration, particulièrement aux USA, car les races inférieures altèrent la pureté de la race. Il faut se délivrer des « grands tarés » par l’installation du haras humain selon la psychologie des dégénérés.  L’anthropogénie aidera à constituer une élite de surdoués. Rien ne peut sauver l’humanité, si ce n’est la religion eugéniste, qui est la forme complète du Progrès. Le féminisme s’est très tôt opposé à  l’eugénisme qui entendait cantonner les femmes à leur fonction reproductive, leur « devoir naturel le plus glorieux ».

 

 

  1. LE PROGRES DANS LA SCIENCE ET LES TECHNIQUES

  

   Dans la préhistoire le premier progrès notable a été la découverte et la maitrise du feu, vers moins 500.000 ans. Il a permis de se défendre des animaux, de cuire les aliments et d’éclairer la nuit. Dans les outils on distingue le paléolithique avec les premiers silex taillés et le néolithique avec les armes à distance : arc, javelot, boomerang. Entre les deux périodes on situe le mésolithique avec les micro-outils et l’aiguille. Il y a – 60.000 ans commence les dessins sur les parois des cavernes.

Et soudain le progrès s’accélère vers – 10.000 ans et commence la révolution de l’agriculture et de la domestication des animaux. Alors tout s’invente à la fois : l’irrigation, les bateaux et la marine, les villes et les monuments, l’astrologie et l’astronomie, l’écriture et l’alphabet, les religions patriarcales, la géométrie et les sciences …
Se diffuse à la fin de la culture de la pierre, le culte des morts avec les grandes pierres dressées (menhirs, dolmens, cromlechs) Carnac et Stonehenge.
Puis l’humanité entre dans l’ère du métal. D’abord la culture du cuivre, le chalcolithique, à partir de Chypre (Kuprus, le cuivre), puis la civilisation du bronze, avec un mélange d’étain. La métallurgie s’étend avec le fer, l’or et l’argent … Le fer avec le carbone se change en acier. 

 En France comme en Europe l’ancienne religion des Druides est supplantée par la religion chrétienne avec ses monastères et ses ordres religieux (Bénédictins, Cisterciens, Chartreux …) qui vont défricher les forêts et assécher les marais. Puis contre les grandes invasions va s’installer la féodalité.

On entre alors dans le Moyen-Age avec en Occident la religion chrétienne qui pour installer la moralité réprime la sexualité et développe la culpabilité avec la menace d’un enfer éternel. Le résultat d’une absence de sexualité c’est le refoulement et l’hystérie qui se répandent dans toute l’Europe jusqu’à Charcot et Freud.

 Dès que l’on est sorti du cadre étroit de la répétition on a compris que c’était une Renaissance, un Risorgimento au Quatrocento (1450-1500). Les premières percées sont Copernic, Galilée, Giordano Bruno, Léonard de Vinci, Marsile Ficin … Et c’est la fin du Moyen-Age, des Danses de Mort (Toddanz) et de la peur de l’Enfer. Le monde s’élargit et l’on découvre l’Amérique, l’Australie, toute la Terre qui est ronde. Le carcan de fer de la religion chrétienne se desserre avec plus d’un siècle de guerre de religion entre les Protestants et les Catholiques. 

L’on n’en finirait pas de noter le début de la révolution technologique. Dès le quatorzième siècle on comprend enfin que le cheval a des épaules et l’on invente son collier qui lui permet de donner toute sa force, sans s’étrangler comme autrefois. Les moulins rendent la vie plus facile avec les moulins à eau et puis les moulins à vent. Le meunier devient le personnage important de la commune.

Après le drakkar des Vikings, notons la Caravelle, ce bateau révolutionnaire qui rassemble des nouveautés (gouvernail d’étambot, coque haute, faible tirant d’eau, voiles triangulaires …) ce qui a permis aux navigateurs portugais d’affronter les grandes vagues de l’Atlantique avec Diaz et Mendonça. Colomb découvre l’Amérique en 1492, Vasco de Gama prouve que la terre est ronde puisqu’on peut en faire le tour.

Dès que s’estompent les interdits bibliques et la honte de la nudité du corps humain les médecins acquièrent le droit d’étudier scientifiquement le corps humain et commencent les dissections. En France Ambroise Paré étudie les cadavres et Charles Estienne fait paraître en 1540 un livre d’anatomie avec des gravures. André Vésale révolutionne l’Europe en publiant à Bâle en 1543 De humani corporis fabrica, le premier atlas du corps humain avec trois cent planches dessinées par Calcar, élève du Titien. Michel Servet découvre en 1550 la circulation pulmonaire et Harvey en 1628 la circulation du sang. Rembrandt en 1632 le glorifie dans son tableau La leçon d’anatomie du Dr. Tulp. Aussi les progrès médicaux sont indubitables et indéniables : l’on fait disparaître les épidémies de choléra, la tuberculose, la malaria … En 1873 le norvégien Hansen découvre le bacille responsable de la lèpre, pour combattre cette horreur qui a tellement épouvanté l’humanité. En 1885 Louis Pasteur met au point un vaccin contre la rage et en 1894 découvre le bacille de la peste.

Dans ce cadre la science se transforme avec Descartes, Leibnitz …

Bacon publie le Novum Organum et Locke essaie de rendre la religion raisonnable. Thomas More publie Utopia, le non-lieu de Nulle-part, qui aura une fortune extraordinaire en devenant un nom commun de toutes les utopies. Le progrès est donc envoyé aux Calendres grecques c'est-à-dire nulle part sur la terre, cela reste un idéal irréalisable au début. Le Progrès tend vers la perfection et débouche sur l’utopie. Il y a comme une confusion entre Améliorer et « Société parfaite ». Quand ? Dans l’Uchronie. Au lieu de penser « la société a avancé, avance et avancera » on décrit la perfection dans les utopies.

Tout est plus clair, les vitres de verre remplacent les papiers huilés des anciennes fenêtres. Les miroirs s’agrandissent jusqu’à donner les psychés où l’on pouvait enfin se voir en entier, car Narcisse n’avait que l’eau d’une source. Que l’on songe à la surprise des invités en entrant dans la Grande Galerie des Glaces de Versailles où l’on voyait enfin l’absolue nouveauté de l’humanité marchant dans la lumière  et se reflétant à la surprise dans la confusion des images et reflets.

Et enfin en 1800 c’est la découverte de la machine à vapeur utilisée dans les mines, dans les locomotives, dans les bateaux, dans les voitures, etc. Dans les bateaux c’est une révolution : avec la marine à voile on risquait un naufrage à chaque tempête, avec la vapeur la navigation devient plus sure. Une des conséquences c’est l’invention des plages sur lesquelles il fait bon se promener alors qu’avant l’on ne s’y hasardait pas, ne supportant pas de rencontrer le matin un cadavre verdi d’un noyé naufragé.

Ces progrès engendrent une vision technicienne du monde et qui est forcément optimiste. L’homme est libre, il n’est plus le jouet de forces obscures. Il s’est libéré, il est devenu adulte comme l’écrit Kant. Il a l’audace et la jeunesse de ceux qui n’ont peur de rien, car le destin implacable a été aboli. Les dieux n’obéissent plus à Anankè la Nécessité comme le faisaient les dieux grecs.

  

3ème partie LA RECUSATION DU PROGRES

 

A.    Les guerres cassent le Progrès.

 L’ère des Lumières a été pressée d’installer ce progrès si espéré et elle n’a pas attendu. Elle en a fait toute une Révolution qui a débuté avec le progrès de la destruction de la Bastille le 14 juillet 1789. Mais elle n’a pas su arrêter cette révolution qui a débouché sur la Terreur de 1793. Et la soif du sang s’est amplifiée dès les morts du roi Louis XVI, de la reine Marie-Antoinette et de Louis XVII. Le progrès, devenu anthropophage,  a dévoré ses propres artisans du progrès et de la révolution : Danton, Saint-Just, Chénier, Robespierre … Le dix-huitième siècle va être animé par des passions sociales et la préparation de la Révolution de 1789. Elle a été commencée par amour de l’humanité avec la passion de l’égalité. Mais elle se continuera dans le sang avec la tuerie des Girondins et la guerre de Vendée et de Bretagne. Puis elle se finira avec la Terreur ou les révolutionnaires s’entretueront Marat, Danton, Camille Desmoulins … et dans un second temps Robespierre, Saint-Just, Fouquier-Tinville … Même les femmes ne seront pas épargnées : elles n’ont toujours pas le droit de vote, mais elles ont le droit d’être guillotinées comme Marie-Antoinette le 16 octobre 1793, Madame Rolland le 8 novembre 1793, Olympe de Gouges le 3 novembre 1793 pour avoir déposé au bureau de la Convention une Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, Françoise Hébert et Lucile Desmoulins ensemble le 13 avril 1794. Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, l’Amazone rouge, a eu droit place de la Concorde à une fessée républicaine qui l’a rendu folle et fait interner à la Salpétrière pendant 23 ans jusqu’à sa mort.

 La révolution une fois découverte, les Français s’y sont habitués et les ont répétées : 1830, 1848, 1871 … La guerre de 1870, suivie de la guerre civile de 1871 à Paris avec les Communards a laissé de profondes traces. On s’est aperçu que le progrès matériel n’allait pas de pair avec le progrès des mœurs et de la morale.

Le siècle des Lumières croyait que les guerres venaient de la famine et de la pauvreté et que le progrès donnant la prospérité, ce serait la fin des guerres. En 1914 les français sont partis avec Béranger la fleur au fusil reprendre notre Alsace-Lorraine et ils ont découvert que les instruments de progrès étaient des instruments de mort : les mitrailleuses allemandes, les canons avec la Grande Bertha, les tanks, les avions, les mines et bombes à fragmentation, l’Ypérite et les gaz de combat, etc. Le pire a été l’acharnement et les généraux avec leurs offensives criminelles et stupides.

Le choc et la désillusion ont été tellement grands que l’on a découvert que les civilisations pouvaient être mortelles. Alors en  Suisse, pays neutre par excellence, en février 1916 à Zurich est né le mouvement Dada avec Tristan Tzara, Jean Arp, Picabia, Eric Satie … Pour eux, on ne pouvait pas faire pire que la guerre, donc ils étaient en droit de casser l’Art et le progrès en peinture ou en musique. Même les criminels et serial-killers comme le Dr. Petiot ou Désiré Landru proclament leur innocence à coté des criminels de guerre décorés. Par la suite le mouvement Surréaliste d’André Breton justifie par avance tous les excès en se réfugiant dans le rêve et l’inconscient. Et les artistes cultivent l’extravagance, l’humour et la dérision en stoppant le progrès dans l’histoire de l’art. 

                                                                                                         B. L’ère du soupçon.
 

Et soudain le progrès, immense espoir de la société, est attaqué de toute part par un dévoilement des ressorts cachés de cette société.

 A.L’Eugénisme de Thomas Malthus (1766-1834).

Le progrès était idéaliste et confinait à  l’Utopie, Malthus est réaliste, cynique et anti-progrès. Il annonce une paupérisation croissante selon sa loi de croissance. Il a le génie de lui donner une forme « scientifique » : les ressources augmentent arithmétiquement alors que la population croît géométriquement. Mais ce n’est qu’une formule, cette « loi » pseudo-scientifique, fondée sur aucune étude, n’est qu’une allégorie traduisant l’égoïsme et le pessimisme de Malthus. Elle a malheureusement inspiré de nombreux essais d’eugénisme pour réserver les ressources aux « meilleurs de la race élue » avec les Nazis.

B.Le struggle for life de Charles Darwin (1809-1882). Darwin a fait triompher l’idée d’évolution des êtres vivants contre le fixisme et le créationnisme des chrétiens croyant littéralement la Bible. Et la science future lui a donné raison,  mais il a coloré ses idées d’un malthusianisme noir. L’Origine des espèces qui parait en 1859, refuse l’idée d’entraide, et écrit que les mutations des gènes se produisent au hasard et que la loi du plus fort sélectionne l’espèce la plus adaptée. C’est ce malthusianisme qui a fait son succès. Ses lecteurs y ont vu une justification de la loi du plus fort (struggle for life) qui régnait alors en Angleterre lors de l’installation de l’industrialisation et de la concurrence économique libre et sauvage. Son cousin Dalton a été un fervent partisan de l’eugénisme et son disciple, Spencer du « darwinisme social ». Ils sont à l’origine de la colonisation par eugénisme : les races « les aptes » ont été sélectionnées dans la lutte pour la vie, maintenant elles doivent répandre le Progrès et ses bienfaits. L’Origine des espèces a été traduite en Français en 1862 avec une longue préface de la traductrice Mlle. Royer. Son éloge d’un libéralisme économique sans limite était si outrancier qu’il a été désavoué même par Darwin. En bonne eugéniste, elle s’opposait à la charité chrétienne envers les faibles, les infirmes, les disgraciés de la nature et « tous les êtres vicieux et  malingres ».

C.Carl Marx (1818-1883) a une lecture opposée de cette même période libérale. Il fait paraître en 1867 Le Capital et en 1871 La guerre civile en France où il lance au monde le soupçon d’exploitation universelle. Les dirigeants protègent les exploiteurs et surtout les religions qui sont « l’opium du peuple ». Il transforme la dialectique hégélienne du Maitre et de l’esclave en rapport dominant/dominé. Et cette suspicion ne disparaîtra plus jamais : tout le monde se pose la question « Qui est en train de m’exploiter ? », sauf les Communistes qui croient toujours « aux lendemains qui chantent » sans se rendre compte qu’ils sont exploités par la Nomenklatura.

D.Sigmund Freud (1856-1939) révèle en 1895 à l’humanité ébahie et incrédule qu’elle est le jouet de son inconscient et de sa libido qui est sexuelle. La moralisation chrétienne, qui a produit la société puritaine, se paie au prix du refoulement, des névroses et de l’hystérie. Freud a découvert l’envers du décor et brisé le tabou de la sexualité. «  L’orgueil humain a reçu trois grands démentis : Copernic lui a montré que la terre n’était pas au centre de l’univers, Darwin que l’homme était un animal parmi d’autres et maintenant la psychanalyse fait apparaître que le moi n’est pas maître chez lui ». Le rêve en est la preuve.

E.Friedrich Nietzche (1844-1900) annonce en 1886 dans Généalogie de la morale que Dieu est mort, ce qui veut dire tout simplement que la société ne sera plus bâtie sur des valeurs chrétiennes, la morale des faibles, espérant leur justice au Ciel après la mort. C’est l’Umwertung, le retournement des valeurs, selon la morale des forts, les surhommes, la Wille zur Macht la volonté de puissance. Dans l’Antéchrist il est péremptoire : « Le Progrès n’est qu’une idée moderne, donc une idée fausse. Les Anglais, (Bacon, Darwin, Spencer, Galton …) par leur profonde médiocrité, ont été cause d’un abaissement de l’esprit européen. La vulgarité européenne, la bassesse plébéienne des idées modernes est l’œuvre de l’Angleterre. Avancer pas à pas dans la décadence, c’est ma définition de l’esprit moderne ». 

L’ère du soupçon nous mène à la post-modernité. Après avoir tout détruit, tout est à reconstruire.

Il y a eu des essais malheureux. Les héritiers de Marx, Lénine et Staline, ont voulu construire cette société sans Dieu, idéale et utopique en Russie sur le système des soviets bolchéviques. Lénine a bien écrit : « Quand le communisme sera installé dans le monde, les rues seront pavées d’or ». Hélas à la place ils ont eu le rationnement, les tickets, les queues et surtout le Goulag avec ses 85 millions de morts. Les exploiteurs avaient changé, ils étaient devenus les délégués syndicaux : la Nomenklatura. En 1989, deux cents ans après la Révolution française, on a renversé le Mur de Berlin et le système soviétique s’est écroulé dans un fiasco généralisé. Et après cette parenthèse 1917-1989, les seuls états communistes sont Cuba et la Corée du Nord, dont tout le monde veut partir !

                                                                                                          C. Les maladies du progrès

L’hypertélie est le développement exagéré d’un caractère secondaire qui au début est un avantage pour l’individu et puis finit par provoquer la disparition de l’espèce. Elle a été étudiée par Lucien Cuénot et René Jeanmel.  Dans la préhistoire a existé le tigre à dents de sabre qui avait des dents tellement longues qu’ils ne pouvaient plus mordre et l’élan irlandais a disparu, victime de la grandeur de ses bois qui le gênaient.

L’automobile est un exemple d’hypertélie sociale.

Et l’on pourrait faire le même bilan avec le tabac, l’alcool, les drogues, etc. Le progrès devient négatif et se change en nuisance. 

Semblablement l’accélération du progrès a eu des effets négatifs. La croissance devient exponentielle et un modèle chasse l’autre. On n’a pas le temps d’amortir ses investissements ou ses emprunts et déjà sort un nouveau modèle.

L’argent ou le capital est dans son rapport.

Au point que certains parlent de contradictions internes du libéralisme et du capitalisme. Ils en voient des preuves dans les crises du système. La loi du marché annule la valeur de base et la valeur du travail ajouté, pour n’en rester qu’au prix de l’offre et la demande. Si l’offre surpasse la demande le produit acquiert une valeur négative de par la surproduction. Semblablement on arrive aux kraks comme celui de 1930 qui fut mondial ou la crise de 2010. Se sont installés des marchés aux actions et obligations, les Bourses qui sont les temples de la spéculation. Maintenant un bateau de matière première ou d’aliments est toutes les heures de son trajet l’objet de paris et de spéculations.

En 2010 l’euro, la monnaie unique de l’Europe, a traversé une crise, car certains pays ont des dettes souveraines : l’Irlande, la Grèce, l’Italie, l’Espagne … N’est pas réglé le rapport entre les Etats et les banques ou par derrière la Finance internationale. L’humanité est incapable de régler le problème de la Bourse, des spéculateurs, des traders, des paradis fiscaux, etc. D’où les luttes sociales, les grèves, les émeutes, les révolutions et les guerres.

Nous vivons dans des villes construites avec les progrès et qui sont polluées de partout : bruits incessants, air irrespirable, nourriture cancérigène, amiante mortelle, les déchets  et leurs décharges …

La pollution enlaidit et assourdit. Le progrès diminue la vie et menace la Terre d’épuisement ; il tue et fait disparaître les espèces animales les unes après les autres. L’industrialisation se retourne complètement : elle est née dans la religion du bonheur, pour renouveler la surface de la terre et elle est convaincue de tous les maux, la fumée, le bruit, la pollution de la nature, de l’eau de l’air, de la ville et de la campagne, la destruction des forêts régénératrices, la destruction du climat, le CO2, l’exploitation de l’homme par l’homme …

De plus nous vivons avec une menace permanente d’autodestruction, avec en plus la menace d’une guerre nucléaire, d’une catastrophe atomique, d’une collision d’astéroïde, de la fin du monde …

Plus on est civilisé plus il y a d’inégalités. Dans les pays hautement industrialisés des milliardaires côtoient des millions de pauvres (chômeurs, SDF, homeless …). Le contraste et l’arrogance des nouveaux riches rendent les rencontres plus conflictuelles. Surtout les riches n’ont pas acquis leurs richesses par leur travail et par une activité partagée et utile à tous, mais par des chansons, de la danse, du football, du sport, des vedettes de cinéma, des jeux, des loteries, ou de la spéculation … Par le progrès le travail n’est plus la source de la fortune. En 2014 la plus grande fortune de la terre (Bill Gates) a été acquise par le virtuel et les ordinateurs.

 

D. Les récusations du progrès.

 Elles sont très nombreuses et se multiplient.
On les fait remonter à Jean-Jacques Rousseau avec le thème de l’enfant innocent et de la société corruptrice. Et la veine rousseauiste ira s’amplifiant et s’agrégera avec tous les retours à la nature : les naturistes, les Amish aux USA, les écolos et les Verts …
Puis viennent les critiques des traditionnalistes, des catholiques et des réactionnaires.
Dès 1835 Théophile Gautier dans sa préface à Mademoiselle de Maupin s’élève contre l’idée de progrès.

Baudelaire écrit  un texte violent contre le progrès : « Il y a une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l’enfer. Je veux parler de l’idée de Progrès. Ce fanal obscur du philosophisme actuel jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance. Où est, je vous prie, la garantie du Progrès pour le lendemain ? Les disciples des philosophes de la vapeur et des allumettes chimiques l’entendent ainsi : le Progrès ne leur apparaît que sous la forme d’une série indéfinie. Où est cette garantie ? Elle n’existe, dis-je, que dans votre fatuité et votre crédulité ».

Edgard Poe est tout aussi violent contre le Progrès « cette extase de gobe-mouches, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne ». Et il fulmine contre le progrès « cette grande barbarie éclairée au gaz ».

Flaubert est aussi vindicatif contre le Progrès «  éternelle horloge de bêtise », car l’humanité à mesure qu’elle se fait autolâtre devient stupide. Il fait du progrès, réduit au confort, le synonyme de l’esprit bourgeois tant critiqué par lui.

Disraeli écrit : on ne parle de progrès que parce qu’on a confondu confort et civilisation.

Brunetière parle dès 1880 de banqueroute de la science, et Renouvier écrit «  le Progrès fatal est une illusion et une sottise ».

Nicolle propose le retour à l’âge d’or.

Aldous Huxley stigmatise les conquêtes du progrès « d’une vulgarité et bassesse remarquables »

Duhamel critique le machinisme de Ford et de Taylor. Il accuse la guerre d’avoir ruiné l’idée de progrès « le progrès en même temps spirituel et temporel était à l’apogée quand il fut assailli par la guerre ».

Charlie Chaplin par ses films fait beaucoup en ridiculisant le machinisme et le progrès.

Charles Péguy multiplie ses critiques : « la conception automatique du progrès par accumulation est une idée capitaliste, une mystique de l’épargne, la généralisation cosmique du prêt à intérêt bourgeois ». La théorie du progrès « cette théorie de caisse d’épargne », alors que l’histoire de la science montre les avancées et les reculs, les erreurs, les guerres de doctrines et non pas un escalier où l’on grimpe marche après marche.

Dominique Parodi argumente son opposition au Progrès. S’il est nécessaire et inéluctable, il encourage la paresse, puisqu’il se fera « avec ou sans moi ». C’est un fatalisme immoral qui rachète finalement tous les sacrifices de l’histoire. Les Anciens, quel injuste malheur et les derniers descendants, quel injuste bonheur !

Et c’est Berdiaeff qui comprend sa dimension religieuse. La croyance au Progrès absolu et inéluctable est la transposition scientifique de l’Apocalypse, du retour du Christ à la fin des temps, pour juger tous les hommes après avoir fait régner mille ans de justice, de liberté et de vérité. La religion du Progrès est à la fois immorale et trompeuse ; elle excuse par avance toute guerre et toute oppression. Cette croyance au paradis sur terre des « hommes de progrès » est grotesque et appartient aux bêtises endimanchées des Scientistes solennels. Satan reste le singe de Dieu et le culte du progrès est devenu un culte satanique, surtout après les usages eugénistes des Nazis en Allemagne.

Le triomphe de l’esprit moderne dans le matérialisme s’accompagne de l’exploitation par l’argent, le nouveau dieu du progrès.

S’allient à leur cause les irrationalistes et tous les occultistes par exemple Louis Pauwels publie en 1960 Le matin des magiciens et devant son succès les revues Planète  et Question de.

On a fait commencer les critiques avec Max Weber Die Entzaubérung der Welt et 1905 L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Après il ne cesse de protester contre l’utilitarisme de la techno-science et la rationalisation croissante. Le technocosme va devenir la cage de fer du progrès.

Lévi-Strauss donne une nouvelle conception du progrès : « le progrès n’est ni nécessaire, ni continu », il procède par bonds ou par mutations. Comme avait dit J.J. Rousseau « Tout ce qu’on gagne d’un coté, on le perd de l’autre » et Lévi-Strauss le répète en faisant intervenir le hasard et l’incertitude.

Bertrand de Jouvenel écrit « Civiliser la civilisation » contre la rationalité barbare.

   Georges Sorel publie en 1908  Les illusions du Progrès qui ne sont que l’idéologie des vainqueurs. Le dogme du progrès n’est que la justification de la bourgeoisie comme classe montante. Ce dogme charlatanesque n’est qu’une escroquerie à l’espérance.

Marcel Gaucher Le désenchantement du monde, 1985 expose que la religion chrétienne ne structure plus la société car elle n’en est plus la légitimité.

Jean Staune au contraire tient que le progrès n’est complet qu’avec la religion chrétienne. Il critique l’explication par le hasard et réintroduit du sens dans l’univers. Le progrès a un sens.

Drewermann, Le progrès meurtrier 1993. L’avenir n’inspire plus confiance, il évoque inquiétude, incertitude et insécurité. La menace atomique a terni notre confiance d’Hiroshima à Tchernobyl.

Bernard Stiegler propose de Réenchanter le monde en 2006 et Michel Maffessoli, Le réenchantement du monde,  en 2007 à condition de réintroduire l’éthique dans  la notion de progrès.

La technoscience a privilégié les machines et les robots, son revers est l’éradication des espèces vivantes. Non seulement des espèces végétales et animales ont été exterminées, mais les groupes humains proches de la nature ont été asservis et ont disparus. L’écologie est devenue le nouveau mythe qui succède à celui du progrès. Les écolos ont conclu qu’il fallait arrêter le progrès, tout figer et stopper la croissance : growth zero

Le futur est aussi sombre. En témoigne la science-fiction qui ne rêve que de catastrophes : la révolte des robots, King-Kong et la guerre des singes, 1984, Stargates, Harry Potter, le seigneur de l’anneau … Les superhéros ( Ironmen, Hulk, Spiderman …) combattent dans des mondes impossibles et invivables pour les hommes ordinaires. Dans la série Charmed, les trois sœurs combattent sans fin des démons sans cesse renaissants. Ce qui est grave c’est que les hommes ne rêvent plus d’utopies ni de rédempteur.

 

E. La polémique sur le progrès : quel est le vrai progrès ?

 

La polémique qui se continue après sa récusation a porté sur la notion de progrès : quel est le vrai progrès ? Finalement on avait une vue trop simpliste du progrès. Il fallait commencer par une analyse de l’idée avant de discuter de sa réalité dans les faits. Et l’on a du distinguer  le progrès physique et le progrès mental.

A. Le progrès physique.

Il est incontestable, nous avons obtenu un bien-être et du confort, mais nous devons en payer la rançon.
Nous ne pouvons plus nous passer de ce progrès, que l’on songe à ce qui se passe lors d’une panne ou d’une grève d’électricité ou de connexion informatique. Notre progrès a accru nos dépendances

B. Le progrès moral

Nous distinguons le progrès intellectuel, artistique et moral.

1.Intellectuel. Nous nous considérons supérieurs à ceux qui ne savent ni lire ni écrire. Mais nous ne sommes pas plus libres. Nous sommes conditionnés par les mass-média. La T.V. a remplacé les prônes des curés. Nous sommes conditionnés par la propagande et nous n’avons plus de liberté de pensée.

2. Artistique. Trop d’art a détruit l’art. L’art n’est devenu que vulgarité, snobisme et stupidité. Nos artistes ont répudiés les peintures égyptiennes et les statues grecques. La peinture est devenue un immense marché où les riches et les banquiers font des fortunes avec les œuvres de peintres qui sont morts de faim pour n’avoir pas réussi à vendre une seule œuvre de leur vivant. Le scandale a remplacé la beauté et le happening le chef d’oeuvre.

3. Moral. Notre moralité dont nous sommes si fiers, n’est qu’un vernis superficiel de la civilisation. Notre politesse n’est que de la ruse et au fond nous sommes aussi mauvais et  méchants, dit-on. En témoignent le retour de la violence et de la délinquance. Il n’y a eu jamais autant de viols, de crimes et d’incestes. Même nous avons eu un retour de la barbarie dans les guerres et une diffusion de la torture.

 

4ème partie LE PROGRES MORAL

 
Il y a un progrès technique incontestable, mais le vrai progrès est dans les mœurs.

C’est une chose qui passe inaperçue et qui mérite d’être soulignée. Ce livre a cette originalité de le souligner et de le développer.

Le véritable progrès est dans la disparition du cannibalisme, la lutte contre l’inceste, le viol et la défense des femmes, la fin de la vengeance et la montée du sentiment de tolérance et d’unité de l’espèce humaine.

A.  L’histoire du cannibalisme.

 
Le cannibalisme est maintenant l’horreur absolue, un vertige qui donne le vertige.
Donc il appartient plus au mythe qu’à l’histoire.
Il y a une impossibilité à le prouver car il y a une difficulté à le penser.
Où et quand a-t-il existé ?
Autrefois c’était la pratique de tous les sauvages et maintenant c’est réservé aux fous. 

A. LES ORIGINES

 Dans la préhistoire le débat recule et l’évidence s’impose effrayante : nos ancêtres ont pratiqué le cannibalisme partout et à toutes les époques. A Monaco dans la grotte de Grimaldi on a en effet trouvé un coprolithe de l’époque des Gaulois contenant de la chair humaine (un coprolithe est un excrément humain devenu pierre). C’est une preuve indubitable dont on ne parle jamais en préférant l’oublier.
Les Grecs nous parlent sans cesse d’anthropophagie.
Par la suite cette accusation a été portée contre les Irlandais, les Bretons, les Corses. Les Druides pratiquaient des sacrifices humains sur leurs menhirs dans des formes d’allélophagie, pour des sous-groupes, puis qu’avec les ennemis.
Dans les mythes nous retrouvons sans cesse le cannibalisme, les contes de fées sont plein d’ogres qui croquent les enfants à belles dents comme dans le Petit Poucet. Et Saint Nicolas sort du saloir les morceaux de corps d’enfants où ils étaient préparés pour l’hiver.
Dans la Bible on nous parle sans cesse d’anthropophagie, non seulement dans les lamentations de Jérémie mais partout : Deutéronome 28, 47,  Rois II 26 …

 Puis ce sont les grands chocs de la découverte de pratiques cannibales lors de la colonisation.

Christophe Colomb découvre l’ile d’Hispaniola et les peuples de l’est de cette ile sont les Caniba ou Cariba et comme ils pratiquent l’anthropophagie ainsi que dans tout l’archipel des Caraïbes le nom de cette tribu est devenu le plus souvent utilisé pour manger de la chair humaine. Cela a stupéfié et scandalisés tous les Espagnols qui avaient oublié qu’ils avaient eu autrefois cette pratique comme partout en Europe.

De même quand Lopez a découvert le Mexique avec les cultures Aztèques, Toltèques et Mayas où la cuisine était constamment anthropophage. Les Espagnols se sont scandalisés et ont tenu un concile pour décider si ces Indiens avaient une âme et si c’était vraiment des êtres humains.
Puis au fur et à mesure des progrès de la colonisation nous découvrons que le cannibalisme a été pratiqué partout sur toute la terre.

2. Les variétés du cannibalisme. 

C’est une pratique tellement répandue que l’on a pu en étudier les causes et l’on a parlé de la faim, de l’amour ou de la haine.
La haine est beaucoup plus répandue. Les Dayaks de Bornéo gardent au dessus de leur foyer les cranes de leurs ennemis qu’ils ont mangés. Les Guaranis d’Amazonie font de même et les Jivaros fabriquent des Tzanzas, qui sont têtes humaines désossées pour avoir la taille de noix.
Dans les Indiens des plaines, les Iroquois mangent le corps de leurs ennemis pour incorporer leurs dons et leur force. En plus ils croient asservir leur âme pour l’éternité en les scalpant et en gardant dans leur tente des esclaves d’outre-tombe asservis à leur scalp.

En Afrique des crimes rituels et du cannibalisme étaient pratiqués dans les sociétés secrètes des Hommes-Lions, des Hommes-Panthères, des Hommes-Léopards, des Hommes-Crocodiles … dans toute l’Afrique du Gabon au Congo, du Nigéria à la Sierra Léone, du Katanga au Tanganika.

Le royaume du cannibalisme était l’île de Nouvelle-Guinée, ou IRIAN-JAYA partagée entre l’Indonésie et la Papouasie. Comme en Australie il y a plus de 60.000 ans des hommes préhistoriques ont pénétré ces territoires, avec 250 langues en Australie et 800 en Nouvelle-Guinée.

Ils pratiquaient le cannibalisme puisqu’ils étaient « paranoïaques », tous leurs voisins étaient leurs ennemis et ils étaient en guerre perpétuelle.

Maintenant dans une société post-industrielle, le cannibalisme reste pathologique. La répulsion et l’horreur sont telles que le cannibale est rejeté comme un fou. De plus en plus c’est une preuve de folie, sans arguments et sans discussion. Des cas historiques soulèvent l’indignation universelle avec des procès retentissants. Mais une certaine fascination morbide subsiste dans des films comme Délicatessen.

 L’horreur du cannibalisme se retrouve dans les divisions et les guerres de religions. Les querelles entre les protestants et les catholiques ont ensanglanté l’Europe et fait des milliers de morts dans tous les  pays de la Suède à l’Allemagne, sans oublier la Tchéquie et la Bohème de Huss. Tout cela sur l’accusation de cannibalisme par les protestants pour la communion des catholiques. Luther en pleurait de rage et de honte.

Il en reste une tentation ou obsession particulièrement auprès des jeunes, c’est celle des buveurs de sang ou vampires. Certains jeunes sont obsédés par la mort et se partagent entre les Zombis (fantômes ou revenants revenus avec un corps) et les Vampires (ou mordeurs comme les enragés).

 

B. La lutte contre l’inceste.

 
L’inceste est encore actuellement un vertige total qui donne le vertige.

     L’inceste bouleverse totalement l’ordre des générations : le père est aussi le frère et l’oncle le père ou la grand-mère la sœur.

L'inceste originaire. L'inceste n'est pas nouveau, il est premier. Il est originaire et se situe à l'origine de l'humanité. L'inceste est aussi à l'origine de tous les dieux : toutes les cosmogonies commencent par l'inceste. De façon logique lorsque l'Unité primordiale se divise en deux, elle doit s'autoféconder, pour passer à trois et pouvoir se multiplier à l'infini.

Lorsque le Paraclet procède du Père et du Fils (Pater Filioque), comment faut-il nommer cet engendrement uniquement masculin ?

L'histoire mythique.  Dans la Bible l'inceste reste tacite ou caché dans la famille d'Adam et d'Eve, car désormais l'inceste relève toujours du secret. Par contre les deux filles de Lot couchèrent avec leur père après lui avoir fait boire du vin (Genèse, 19) et la Bible n'a pas un mot d'indignation et il n'y a pas de punition.

Avec les Grecs l'inceste commence à devenir corrupteur et pestiférant. Oedipe a résolu l'énigme de la Sphinge, évitant d'être dévoré par elle, donc en récompense il doit épouser la reine Jocaste, qui est sa vraie mère. Par cet inceste involontaire, il pollue son environnement et son peuple et répand l'épidémie de la peste. Il ne réparera qu'en se crevant les yeux avec la broche métallique de sa mère, qui se pendra. Et désormais aveugle, il parcourra le monde guidé par sa fille Antigone, dans l'incestuel, ou inceste de quatrième génération jamais consommé.

L'inceste silencieux. Puis dans toute l'histoire, on ne parle pratiquement plus d'inceste. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas, simplement il est tellement horrible que l'on ne veut pas le voir, alors on fait comme s'il n'existait pas. Ce qui se produit encore dans le silence et la honte des familles, était à cette époque, répandu dans toute la société.
L'inceste de seconde génération, père-fille, est on ne peut plus clair dans Peau d'Ane et se lit encore très bien dans la Belle et la Bête et Cendrillon.

Une perversion psychopathologique. L'inceste ne resurgit qu'au dix-neuvième siècle lors de l'étude, qui se veut scientifique, des perversions.
Le Code Pénal napoléonien de 1810 ignore encore l'inceste, il ne connaît que "l'outrage public à la pudeur" et "l'atteinte aux bonnes mœurs", ce qui semblait clair et précis à l'époque, mais a laissé la place à bien des équivoques.

L'universalisation par la psychanalyse. Freud en 1905 va faire sauter le verrou de la sexualité. De plus il va scandaliser le monde en montrant que les perversions sont universelles. Elles ne sont pas réservées à une classe sociale particulière : si tout le monde ne la pratique pas, pratiquement tout le monde en rêve.

L'apport de l'ethnologie, de l'anthropologie et de l'éthologie. Dürckheim fait paraître dès 1898 son travail sur la prohibition de l'inceste et Bronislav Malinowski en 1929 le résultat de ses recherches sur La vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie (Iles Trobriand). La prohibition de l'inceste est même parfois beaucoup plus large que chez nous puisqu'elle est souvent étendue à tout le clan totémique.
Mais il faut attendre les travaux de Claude Lévi-Strauss (Le cru et le cuit 1954, Les structures élémentaires de la parenté 1967) pour que l'on saisisse bien le caractère fondateur et indispensable des deux interdits majeurs du cannibalisme et de l'inceste dans l'établissement de toute société humaine.

La définition de l'inceste. Si l'inceste est un acte sexuel accompli dans la famille, il convient d'abord de se mettre d'accord sur ces deux notions "d'acte sexuel" et de "famille" pour savoir ce dont il s'agit.
L'acte sexuel s'est élargi. Même sans contact corporel, a été définie la notion de viol visuel par un exhibitionniste et donc d'inceste visuel dans la famille.
La famille est une notion toute aussi élargie, nous sommes soudain passé de la famille biologique à la famille sociale. A quoi il faut ajouter les "quasi-familles" que peuvent être les communautés éducatives, les écoles, les églises, les sectes, les mouvements de jeunesse ou d'éducation populaire … En fait toute personne qui a une relation d'autorité (médecin, enseignant, infirmière, psychologue, coach, éducateur, entraîneur, formateur, prêtre …) risque de se retrouver en situation incestueuse.

Enfin est apparu un inceste de quatrième génération : l'incestuel initié par Racamier et développé par la suite. Il s'agit d'un climat incestueux sans aucun passage à l'acte. On évoque l'inceste, on le banalise, on le justifie et l'on laisse croire qu'il est possible. Bien des situations ont été évoquées comme des salles de bain ou des w.c. sans serrure, taper sur les fesses de ses enfants, donner des fessées, laisser traîner des revues pornos, ne pas fermer la porte de la chambre des parents, éducation sexuelle donnée par le parent de sexe opposé, embrasser sur la bouche, etc.

La libération sociale de la sexualité.
Il faut donc comprendre (individuellement et socialement) qu'il existe deux sortes d'amour, familial et extra-familial. L'amour extra-familial s'accompagne de désir et de relations sexuelles et parfois reproductives. L'amour familial, qui est peut être le plus grand, exclut les rapports sexuels, sinon ce n'est pas de l'amour. Car l'acte sexuel incestueux est bien une infection et une pollution.

La découverte de l'inceste. Dans cette universelle permissivité et dans ce déferlement de la pornographie, un seul obstacle a subsisté dans l'inconscient collectif : l'enfant. On ne peut pas tout faire avec un enfant, il a aussi des droits. Donc dès les années 1990 sont apparus trois crimes : le viol, l'inceste et la pédophilie. Et pour tous les trois dès qu'on les a nommés, on les a vus et trouvés partout de plus en plus souvent. Ce n'est pas qu'il y en ait de plus en plus, au contraire il y en a de moins en moins depuis qu'on les repère tous et n'en laisse plus passer aucun, alors qu'au Moyen-Age ils étaient invisibles car ils étaient tolérés et considérés comme normaux.

De plus récemment est apparu une forme supplémentaire de l'inceste, l'inceste-spectacle filmé dans un réseau pédophile.

 

C.Le viol et l’émancipation des femmes

 
Dans la préhistoire le règne des femmes s’adressait surtout à la mère dont on a retrouvé plus de 250 statues sous le nom de Vénus aurignaciennes toujours enceintes. La sexualité était restée plutôt animale. Avec la révolution agricole les chasseurs sont devenus des  soldats et avec la domestication et l’élevage, on a découvert le rôle des males. La société est devenue patriarcale et polygame.

Pour les femmes cela a été une lutte séculaire pour leur émancipation.

Il est vrai que la situation des femmes a du beaucoup au progrès avec les hôpitaux et les maternités qui ont rendus les accouchements moins dangereux, autrefois une femme sur deux mourrait en couches. Puis le changement important a été la maîtrise de la conception avec la diffusion des moyens anticonceptifs : stérilets, pilules de première génération ou de cinquième génération … Cela a fait disparaître leur peur atavique de tomber enceinte. Il ne reste plus que la contagion du Sida et des MST. Le progrès essentiel est de délivrer l’humanité du Destin et de la culpabilité en séparant le plaisir et la reproduction dans l’amour. Les enfants ne sont plus remis au hasard et envoyés par Dieu ou la cigogne.

 Un changement important a été la reconnaissance du viol marital. Avant, il n’existait pas : le devoir conjugal exigeait que la femme soit à la disposition du mari chaque fois qu’il avait envie, comme tous les soirs la femme musulmane est censée demander à son mari s’il veut se servir d’elle et de son corps.

 

D. La diminution de la vengeance et de la Vendetta.

 a) Les débuts chez les sauvages. Ce que nous avons constaté que les sauvages pratiquaient tous la chasse aux têtes, de la Nouvelle-Guinée aux Philippines en passant par  l’Amazonie. Cela fait suspecter une structure paranoïde. Les paranoïaques sont caractérisés par la défiance et la méfiance. Ils sont menacés  de mort et tous ceux qu’ils rencontrent sont leurs ennemis. Donc les peuples sauvages sont en état de guerre permanente. Il y a toujours une victime de sa tribu à venger ou une femme qui a été enlevée.

  Les préhistoriens distinguent plusieurs périodes. Il y a d’abord l’errance, la dispersion de l’humanité hors de l’Afrique, par petites hordes de chasseurs néanderthaliens. Ils vivaient plutôt dans la crainte et s’évitaient. Puis la population humaine augmentant, est arrivée la révolution de l’agriculture. Pour obtenir les récoltes plusieurs mois après, les chasseurs sont devenus des surveillants puis des soldats, d’où la domination des  hommes avec la possessivité.

  Peu après apparait le premier code moral celui d’Hammourabi, vers moins 1750 ; il est celui de la vengeance « œil pour œil, dent pour dents ». Mais en réalité il institue un énorme progrès : la découverte de la proportionnalité : pas les deux yeux et pas toutes les dents. Et les jugements d’Hammourabi s’appliquent dans tout l’empire et sont connus de tous.

   Finalement les anciens Hébreux avec leur Bible n’ont pas fait beaucoup de progrès et en restent à la loi du talion.

   Le vainqueur ce sera la nouvelle religion chrétienne, qui va tout supplanter et recouvrir la terre entière. Fondée sur l’histoire de Jésus, devenu le Christ, elle est conservée dans les Evangiles. Ce qu’annonce la bonne nouvelle c’est que l’humanité a été rachetée. La Loi aussi a été changée à la place du Talion on a l’Amour et le Pardon. Le sermon sur les Béatitudes bouleverse tout. Tous les hommes sont capables de cette générosité, ils ont été rachetés ; maintenant la voie morale s’ouvre à eux et ils doivent en devenir les héros. Bien entendu pendant 1.500 ans ils sont soutenus par la peur de l’Enfer, jusqu’à ce qu’on n’y croît plus et que l’on continue à faire le Bien, parce que c’est le Bien.

b)  L’expansion de la notion de pardon. En France les mœurs se sont adoucies sans que nous en rendions bien compte. L’immense progrès de civilisation a été la soudaine diffusion de la religion chrétienne. Elle a fait évoluer l’humanité sur tous les plans. D’abord le rachat de la sauvagerie et bestialité à tous les points de vue : sexuel, vengeance, tortures, peines criminelles … Des progrès dans l’égalité des femmes et des hommes, des pardons pour les abandons, les trahisons et toutes les humiliations.

Comment a-t-on pu vivre si longtemps avec la vendetta ? En France en 2015 seuls les peuples à l’inconscient arriéré croient à la vendetta: les Basques (ETA) et les Corses.  En Méditerranée et plus particulièrement en Italie, il reste les Mafia : la mafia sicilienne et la mafia calabraise. En Albanie aussi il y a des vestiges d’une domination d’une famille sur les autres, par le crime, les enlèvements et la vengeance. Et chaque fois que le pouvoir central faiblit, comme au Liban et au Mexique, resurgit l’ancienne coutume de la vendetta et des mafias.

 

D.Le dépassement de la cruauté.

 Le message du pardon a été soutenu par le dépassement de la cruauté. Les enfants sont naïvement cruels, car ils sont dans l’impossibilité de ressentir la souffrance d’autrui. Ce n’est pas du tout du sadisme, c’est de l’innocence. Et cela est amplifié par le cinéma et les jeux, dans la réalité après avoir mis un copain par terre, ils lui disent « Relève-toi », alors qu’il en est incapable ; ils n’imaginent pas la mort.

Toute l’Europe à la suite des Romains  a caché sa cruauté sous le couvert  de la justice. Le système américain est le plus expéditif : il suffit de déclarer le coupable « Hors la Loi, outlaw » et l’on peut faire confiance à la méchanceté naturelle de chaque citoyen, pour économiser prison, torture et mise à mort.

Comme l’écrit Gandhi « œil pour œil et le monde sera aveugle ».

Les coutumes cruelles comme la chasse sont de plus en plus réglementées, avec les espèces menacées d’extinction. La chasse à courre des cerfs et des renards n’est plus qu’une survivance. Il existe un mouvement pour interdire de chasser les Primates (Gorilles, Chimpanzés, Orang-Outans). La sensibilité des civilisés se marque aussi dans la SPA, Société Protectrice des Animaux et ses campagnes contre les abandons d’animaux de compagnie. L’abattage dans les abattoirs est aussi strictement réglementé pour faire souffrir les animaux le moins possible. Les jeunes ont une sensibilité écologique et  réparent les dégats et les pollutions causés par leurs parents.

Le sport aussi s’est assagi et est devenu progressivement moins violent ; du temps des Grecs aux Jeux Olympiques existait le pancrace-boxe qui faisait couler le sang. Les Anglais qui ont inventé le sport au dix-neuvième siècle l’ont  fait avec « le fair plait » de l’esprit sportif non-violent.

L’interdiction de l’esclavage s’est fait progressivement à partir de l’action de Victor Schoelcher en 1848 et des Amis des Noirs.

E.Le devoir de colonisation.

 

 Le devoir des peuples éclairés est d’aider tous les autres peuples à les rattraper et à gravir les échelons de la civilisation. Tous les peuples civilisés ont pratiqué la colonisation : Sumer, Egypte, Chine …

Mais la colonisation moderne commence avec les caravelles qui ont fait le tour de la terre et découvert le nouveau monde, pour le bien des Espagnols et des Portugais, puis des Anglais, des Hollandais et des Français.

Et le drame s’est amplifié, car la colonisation est un drame. Et ce drame ce sont les colons et leur colonialisme. Partis avec de nobles idéaux, cela s’est terminé par l’extermination.

Il y avait quatre colonisateurs,

-          le prêtre missionnaire qui brandissait sa croix en convertissant à sa vraie religion

-          le commerçant qui échangeait sa pacotille contre l’or et les épices

-          le soldat qui prenait possession de la terre pour son Roi et changeait son nom.

-          Les fermiers qui après cultivaient leurs terres en toute bonne conscience.

Et on leur a donné des routes, un réseau de chemin de fer, des ports et une marine, des aéroports et une aviation, des hôpitaux, dispensaires et maternités, des écoles, collèges et lycées et la lutte contre les épidémies de peste, de lèpre et de malaria … Mais tout ceci a moins été donné que arraché dans les luttes de la décolonisation contre les exploiteurs car les colons se nommaient eux-mêmes « exploitation ». Donc il n’y a aucune reconnaissance de la colonisation et de l’œuvre civilisatrice accomplie dans la violation d’une souveraineté, les guerres et massacres, l’aliénation d’une culture et l’humiliation d’une population entière. La colonisation a été finalement un immense gâchis. Peut-on dire qu’elle est actuellement rachetée par l’aide humanitaire, la solidarité et la réciprocité ?

 

F.les croyances et les religions.

 

Il y a eu un progrès dans les croyances de l’humanité. Tout ce que l’homme ne trouvait pas sur terre il l’a projeté au ciel, dans l’idéal et attribué à Dieu. Peu à peu ses idées sur Dieu ont changé et progressé. Au début les sauvages n’admettaient pas un dieu créateur et le divin était diffus, répandu dans tout l’univers, c’était l’animisme, le totémisme et le fétichisme. Et ce qui remplaçait la religion était le chamanisme, comme on le voit dans les cavernes préhistoriques. Puis les animaux et leur totem ont été adorés comme des dieux dans la religion égyptienne. Après  les hommes ont conçu des dieux au dessus des Esprits et les esprits des montagnes sont devenus des dieux : Zeus, le dieu de la foudre était adoré au mont Olympe, Shiva au mont Kaïlash, Jéhovah au mont Sinaï … Alors les dieux étaient méchants et redoutables (Dieu des volcans et des tremblements de terre), puis, les hommes s’améliorant, ils ont inventé « le bon dieu ». Et cela a demandé beaucoup de temps pour passer du paganisme et du polythéisme au monothéisme. Cela s’est fait avec l’invention des premiers empires remplaçant les rois. La religion juive d’un dieu jaloux et vengeur a été remplacée par la religion chrétienne du pardon et de l’amour universel. Et cela a pris 2.000 ans pour que cela entre dans les mœurs. (voir Descamps, Histoire des idées des hommes sur Dieu, éditions de la Hutte). C’est la preuve du caractère sacré de l’amour partout en Europe avant que n’arrive l’invasion du christianisme. Ce qui n’était encore au premier siècle qu’une petite secte juive, va donc s’imposer en discréditant et disqualifiant le substrat européen : la grande religion des druides.

De même les croyances ont évoluées, nous avons mis du temps à adopter celles de l’Orient : karma, maya, réincarnation, avatar … Alors est venue la connaissance puis la diffusion de la religion bouddhiste avec ses trois formes Hinayana, Mahayana et Vajrayana. Et cela a continué avec la découverte de l’univers : les galaxies, les nébuleuses, les quasars, les naines blanches, les trous noirs … Au fur et à mesure notre idée du divin a évoluée.

5ème partie LA VIE 

1.      Histoire de la vie

 
Le Progrès à un modèle, la Vie.

Les hommes ne font que continuer l’exemple que leur donne la vie sur Terre.

 Apparition de la vie

Si nous reprenons son histoire, la Terre date de 4,5 milliards d’années. La vie y est apparue un milliard d’années après, et il semble qu’à ce jour la Terre soit la seule planète vivante de notre système solaire.

Des molécules primitives au monde vivant

Au fil du temps, la matière organique  constituée d’unités simples va se complexifier ; des molécules primitives vont s’associer et interagir entre elles. Les chaines d’acides aminés vont se replier sur elles-mêmes et donner les premières protéines

Puis, le monde vivant a poursuivi son évolution avec l’apparition des eucaryotes, cellules plus grandes et plus complexes.

L’Homme est donc un eucaryote métazoaire composé de milliards de cellules provenant d’une seule cellule initiale, la cellule œuf.

Stratégies de la vie pour assurer sa pérennité

La caractéristique essentielle d’un organisme vivant est de se reproduire et de transmettre ainsi la vie.

Avec la vie apparaît l’intelligence

La vie va, au fil du temps, faire trois essais pour produire une espèce intelligente : les insectes sociaux, les lémuriens et marsupiaux, enfin les mammifères.

a.      Les insectes sociaux : fourmis, termites, abeilles. Ils apparaissent aux Dévonien et se développent au Jurassique. Ils ont une intelligence collective et une bonne organisation en remplissant les fonctions d’alimentation, de reproduction et de production. Les fourmis sont les seules à se faire la guerre. Mais elles n’ont pas réussi à développer  une civilisation.

b.      Les marsupiaux. Ils apparaissent au Crétacé il y a 120 millions d’années ; c’est une première tentative de la vie pour créer la conscience. Il y a déjà toutes les espèces avec singes ou lémuriens et des prédateurs équivalents aux pumas ou léopards. Les marsupiaux sont caractérisés par une poche ventrale des femelles où grimpe instinctivement la larve qui sort de l’utérus à la naissance et qui tête une mamelle qui grossit et la fixe. Ils sont donc beaucoup plus vulnérables que les mammifères. 

c.       Les mammifères. Ils apparaissent au Carbonifère il y a 220 millions d’années et sont donc au début en concurrences avec les marsupiaux, avant de les supplanter. Pour cela la vie (doit) va inventer le placenta des mammifères pour que l’embryon reste plus longtemps dans l’utérus. Le placenta a de nombreuses fonctions : il nourrit, respire, élimine et protège par ses hormones et son système immunitaire. Et dans les glandes sudoripares certaines se spécialisent dans la production de lait et deviennent des mamelles.
Les mammifères vont grandir, se diversifier et dominer la Terre. Et parmi les primates une espèce va se redresser et courir pour chasser, c’est celle qui donnera les  australopithèques puis les humains. Les néanderthaliens disparaîtront, remplacés par les hommes de Cro-magnon ou Homo Sapiens.

Alors, que les animaux éliminent plus ou moins rapidement leurs congénères difformes et handicapés, les humains les gardent et les aident en étant fraternels et solidaires. Et ils ont pris la direction de la terre, pour laquelle ils ont de sérieux progrès à faire.

 

Conclusion

 L’idée de Progrès et celle de Dieu ont évolué ensemble et elles continueront à changer et à se préciser. Il ne suffit pas de changer, il faut aussi s’améliorer : finalement c’est cela le progrès. L’humanité visiblement y contribue mais elle ne l’a pas inventé, la Vie progressait déjà sur Terre, et sans doute dans l’Univers entier. Mais cela l’humanité ne l’a pas encore découvert. Les progrès de la cosmologie avec les télescopes et les satellites laissent espérer plus de précision.

Le vrai progrès c’est le progrès moral dans la continuité de la vie. Le progrès technique n’en est que la conséquence. Il y a confusion si l’on en reste au progrès matériel, car il est fluctuant et contesté. Il a une double face, positive et négative.

Le vrai progrès est dans l’amour et la concorde, le rassemblement de tous les hommes permis par la disparition de la sauvagerie, de la vengeance, du cannibalisme, de l’inceste, du viol, de l’insécurité …

Il y donc un progrès du progrès et de l’idée de progrès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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