Pir Vilayat Inayat Khan

  1916-2004

 

par Marc-Alain Descamps *

 

Les soufis qui sont les mystiques de l’Islam, ont été souvent persécutés par les Califes et les pouvoirs en place. (voir le numéro 67, mai 2008 d’Infos Yoga). Nous présentons ici la voie du Soufisme Universel qui ne demande de conversion préalable à l’Islam. Il est très proche du Yoga, tout en insistant sur le sentiment de la Présence divine.

 

 

Son Père PIR O MURSCHID HAZRAT INAYAT KHAN 1882-1927 est né à Baroda dans le Gujerat (Inde). C’était un musicien virtuose en Vina et chant qui travaille pour le Nizam d’Hyderabad. Il a été initié par un Maître Sufi de l’Ordre Chishtia.

En 1910 à 28 ans  il émigre en Occident avec son frère et son cousin et donne des concerts. Précurseur du succès de Ravi Shankar 60 ans avant. Il donne des concerts dans le monde entier (San Francisco, Moscou, Rome, Norvège …

Avec Ora Ray Baker de la Christian science il a quatre enfants : Pir, Noor, Claire, Hidayat.

 En 1920 il reçoit le don d’une colline de Suresnes où il s’établit et pose en 1926 la première pierre du « Temple de l’Universel ».

 Privilégiant le Soufisme sur la musique ; il voyage sans cesse pour fonder les Groupes de l’Ordre Sufi International dans tous les états d’Amérique et d’Europe. Epuisé par ses déplacements mensuels, il rentre en Inde où il meurt d’une pneumonie le 7 février 1927 à 45 ans.

Il a lancé une œuvre immense qui se continue toujours.

 

Pir Vilayat Inayat Khan naît à Londres le 19 juin 1916. Après la mort de son père, il fait ses études à Londres, à Oxford et à Paris avec Piéron en neuropsychologie, puis à l’Ecole normale de musique. Il parle 7 langues dont le Hindi et le Farsi. En 1939 il entre dans la British Royal Navy sur un patrouilleur de mines et sa sœur Noor dans l’Intelligence Service. Il a deux fils Zia et Myrta.

En 1956 il prend la suite du mouvement sufi créé par son père et fonde l’Ordre Sufi Universel. Il n’exige pas de conversion préalable à l’Islam et entreprend d’expérimenter les plus grandes voies de méditation mystique.

 

Je l’ai rencontré vers 1960 lors de conférences qu’il donne dans les grandes salles parisienne : la Domus medica, la salle Gaveau, le Centre Saint-Agnès, la salle de Géographie, etc. Puis je suis venu à Surènes à partir du 1/01/1967 ou il nous a présenté l’angéologie.

Le 4 février 1968 au retour de trois semaines en Iran et au Centre Chichtya d’Adjmer en Inde, il nous fit sentir que la méditation est une prière, puis à nouveau le 3 novembre 1968 au retour d’une visite au tombeau de son père et à l’arbre de Bodh-Gaya où le Bouddha à atteint l’Illumination.

Par la suite Pir  explora les différentes voies de méditation aux Sources  du Gange (Rishikesh, Badrinath, Gangotri), au Mont des Oliviers, au Mont Athos … et fit une retraite chez les Bénédictins de Montserrat en Espagne. A la Kankha de Surènes il conduisait des méditations de plusieurs heures pendant lesquelles il se traduisait parfois alternant une phrase en Anglais, en Allemand et en Français. Il donnait des initiations de Mureed (disciple), de Shérab, des Wassifas. et des pratiques du Zikhr.

Il organisait tous les ans à faire une Rencontre Interreligieuse permettant un dialogue entre représentants des différentes religions et des confrontations avaient lieu entre les spécialistes des sciences « dures » et des représentants de la vie intérieure. Tous les ans également Pir organisait « Le Camp des Aigles » une rencontre de plusieurs semaines en altitude à Chamonix d’abord, au Château-Queyras en 1983,  puis en Suisse dans le Tessin.

On trouve ses enseignements dans : L’Eveil dans la vie (1996),  A la poursuite du Sublime

(1998),  Rencontre entre Bouddhisme et Soufisme (1999), La Spiritualité de l’Avenir (2003)

 

Pir Vilayat Inayat Khan est décédé le 17 juin 2004. Le 20 juin plus de 300 personnnes étaient rassemblées dans les jardins de Fazal Manzil, « la Maison des Bénédictions » à Surènes, où depuis  un hommage lui est rendu à cette date anniversaire au Temple de l’Universel.

 

ZIA Inayat Khan, son fils ainé, qui a travaillé au Mind and Life du Dalaï-Lama, est nommé Pir en Février 2000 à l’occasion de l’Urs de son grand-père Hazrat à Delhi,  continue son enseignement. Après des études aux USA il a eu un Doctorat en histoire des religions à l’Université de Duke. Il a fondé l’Académie Suluk et s’intéresse à l’écologie planétaire.

 

De Hazrat Inayat Khan j’ai retenu ces enseignements :

« Faites de Dieu une réalité et il fera de vous sa vérité »

« Vous découvrirez en vous la même forme qui met les étoiles en mouvement »

« Ya Azim, (salutation de deux Sufis) : Combien glorieusement Dieu se manifeste à moi à travers vous.

 

Pir Vilayat Inayat Khan a toujours refusé de laisser figer son enseignement dans un texte définitif.

« D’abord il faut changer son point de mire personnel, sa perspective, son regard sur le monde, en modulant sa conscience .Retrouver le regard neuf de l’enfant qui découvre le monde pour la première fois.

Pour cela commencer par prendre le point de vue antipodal. Celui du partenaire ou de l’adversaire, en se mettant à sa place avec son âge, son sexe, son poids, sa santé, son éducation …

Se déphaser, saisir le monde de l’ailleurs ; de l’au-delà, de l’horizon, du pèlerin de la nostalgie.

Discerner l’enjeu, comprendre ce qui se joue. S’entourer d’une zone de silence .Avoir un idéal et la nostalgie de la liberté.

Voir ce que vous seriez si vous étiez devenu ce que vous auriez du être.

Saisir l’émotion derrière les mots. Ne pas voir la matière morte et inerte, mais les vibrations, les ondes,  les interférences. Avoir la conscience de rêve.

La dimension cosmique est le point de vue de l’ange ou l’Eveil. Sortir de sa prison en se demandant comment ai-je pu me laisser enfermer ? Engendrer sa vastitude, transférer le sens de son identité, vers une dimension impersonnelle puis cosmique de son être.

La seconde dimension est transcendantale, remonter de la plante vers la graine jusqu’à atteindre le prototype, l’Archétype. Voir celui qui vous pense et qui vous a créé. Se sentir pensé plutôt que pensant, et contemplé comme un objet d’art. L’Aube de notre conscience est une pure étincelle du soleil.

Méditer c’est pénétrer dans le Sacré, se laisser pénétrer par la Gloire divine, la Splendeur, la Glorification ».

 

Lectures

Pir Vilayat L’éveil au quotidien, éd Vivez Soleil, 2001

Pir Vilayat Voir derrière les apparences, éd Les 3 monts, 2004

Pir Vilayat, A la recherche du trésor caché, éd. Le courrier du livre, 2011

Majriti Olivier, Rencontres avec un maître soufi, éd. Lanore, 2008

 

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