POUR UNE NONVIOLENCE POSITIVE

 

par Marc-Alain Descamps

 

 

Nous vivons dans la contradiction entre une culture pleine de violences et un besoin accru de nonviolence.

La violence est dans la nature, mais elle est amplifiée par l’homme.

Tout dans l’univers est violent : l’antimatière, les trous noirs, les explosions de supernovae, les naines blanches, les météorites, les vents solaires …  Le passé de chaque astre n’est qu’une suite d’explosions, d’éruptions, de collisions, de mers d’acides … La terre encore maintenant nous offre la violence du vent (ouragans, cyclones), de l’eau (inondations, tsunami, tempêtes), du feu (éclairs, foudre, volcans), sol (tremblement de terre), des animaux (loups, serpents, mygales, scorpions, bacilles, microbes, virus). Et tout ceci est encore amplifié par l’homme (chutes de gratte-ciels, ruptures de barrages, incendies de villes, naufrages, guerres et bombes).

Et d’un autre coté, la civilisation est une montée vers la nonviolence et l’on ne l’a jamais autant demandée. Alors il s’agit de quelle violence ?

 

DEFINITION Tous les humains veulent imposer leur volonté, mais on peut le faire violemment ou doucement.

On définit généralement la violence comme « l’emploi de la force », arriver à ses fins en utilisant la force, passer en force, s’imposer, dominer, intimider, faire peur. La violence est la brutalité qui vient de la brute, la bête, l’animal, la sauvagerie, le cruel. L’extrême violence est la fureur (furor=folie) qui ne se contient plus : déchaîné, enragé, farouche, impérieux, irascible en colère ...

A l’opposé de la violence, existent tous les moyens doux pour imposer sa volonté :

- le raisonnement, dont le modèle est la démonstration mathématique : dès qu’on a compris, on est d’accord pour la vie, parce c’est vrai.

- La séduction, le plaidoyer de l’avocat qui emporte l’adhésion, ou l’artiste qui écrit un roman ou fait un film pour « prouver » qu’il n’y a pas d’amour sur terre. La manipulation.

- La propagande et sa forme moderne la publicité, avec les média écrits, parlés, filmés.

- La ruse : celle du « Corbeau et le renard », qui fait découvrir que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

- La pitié. La mendicité douce s’oppose au racket ou au chantage qui sont des violences

- En politique les régimes démocratiques s’opposent aux tyrannies  ...

 

UNIVERSALISATION. Aussitôt dénoncées, les violences surgissent de partout.

- à l’école. Les crimes et délits sont pratiqués de plus en plus jeunes. Le plus facile est de mettre le feu (à l’école, aux voitures, aux bus et véhicules de pompiers dans les cités, aux copines qui résistent, aux maisons, aux forêts …). Les écoliers jouent maintenant au rêve indien, au foulard, au dauphin, à la savonnette, au happy slapping photographié sur son portable et diffusé sur internet. Et tout le monde admet que l’écolier qui doit tous les jours montrer sa carte d’identité pour prouver qu’il n’est pas un immigré clandestin a raison de mettre le feu à son école.

- La violence retournée contre soi avec les auto-mutilations, les accidents et les suicides

- Dans la famille. Violences conjugales, femmes battues, hommes battus, enfants martyrs, parents martyrs …

- Les viols : on viole tout toujours et partout : les femmes, les enfants, contre nature, les cadavres, les sépultures, les domiciles, les sanctuaires, les promesses, les traités …

- Les zones de non-droit où la police n’ose plus entrer, avec l’économie parallèle, les drogues, le commerce des armes, les enlèvements (des Farcs, de la Mafia)…

- Les violences dans l’armée, aux frontières, le sport avec les hooligans et les supporters, la nouvelle violence routière …

- Violences contre les vieux dans les centres de moyen et longs séjours …

- Les violences envers les animaux : élevage industriel, transports, combats, l’abattage, la chasse école de violence et préparation à la guerre …

- Les violences de la guerre, génocides, purifications ethniques, viols, bombes à retardement, terrains minés … Les violences de l’ETA basque, des séparatistes Corses, des luttes Israélo-palestiniennes, Syro-libanaises, Afghanes, Irakiennes, des Intégristes musulmans et de Al Qu Aïda …

 

JUSTIFICATION DE LA VIOLENCE. La base de toute violence est la conviction absolue que seule la violence peut faire cesser la violence. « Là où règne la violence, il n’est de recours qu’en la violence » a écrit Bertold Brecht. On revient à l’origine à la loi du talion, la vengeance, œil pour œil dent pour dent ou la terreur « pour un œil les deux yeux … ».

La source des violences se trouve dans l’indignation et le sentiment d’injustice. On distingue la mauvaise violence (celle des autres) et la bonne violence, la violence légitime (la sienne). « La violence aux mains du peuple n’est pas la violence, mais la justice ». Cela a été écrit par Eva Perron, mais aurait pu l’être par Marx, Engels, Lénine, Staline, Thorez … C’est la justification de toutes les révolutions. Cela a été le programme de Fidel Castro : chasser la violence de l’argent des USA et faire de Cuba un havre de bonheur. Et il en a été de même dans les autres régimes communistes (Corée du nord, Soudan, Somalie, URSS …). Et tout le monde cherche à quitter ces régimes où il y a encore plus de violences qu’avant, mais avec de si bonnes intentions au départ. Il en sera de même pour la colonisation, débutée pour faire cesser le cannibalisme, l’excision, l’esclavage, les rapts et les pirates, puis pour la décolonisation pour faire cesser les violences coloniales. La décolonisation a été réussie partout, sauf là où il n’y avait plus d’indigènes (Tasmanie, USA, Canada, Australie …).

Georges Sorel (1847-1922) a passé toute sa vie à opposer la grande violence de la bourgeoisie qui domine et tend à la soumission, à la « bonne violence prolétarienne », destructrice de l’état.

Pierre Bourdieu (1930-2002) a, de façon très subtile, dénoncé la « violence symbolique » de la politesse, du bon goût, de l’orthographe, des bonnes manières, des savoirs légitimes … On croit rêver, mais il a publié ses livres depuis le Collège de France, sans jamais penser à se l’appliquer à lui-même et à son emprise totalitaire sur l’enseignement et les idées.

 

LA NONVIOLENCE DE GANDHI. Pouvons-nous admettre qu’il y a une différence entre la manière dont Mohandas Gandhi (1869- 1948) a libéré l’Inde et la façon dont le FLN a libéré l’Algérie des Français ? Il y a eu beaucoup de violences partout, mais on dira qu’elles ont été petites en Inde et grandes en Algérie. Gandhi a déclaré avoir libéré l’Inde de façon « non-violente » en évitant une guerre avec les Anglais.  

Les actions nonviolentes. Gandhi a emprunté à l’américain Henri Thoreau la désobéissance civile aux lois injustes. Ils ont découvert que les états ne pouvaient fonctionner qu’avec la coopération implicite de tous. Dès que cesse cette adhésion, on désorganise tout : marcher au milieu des rues, s’asseoir sur les routes, les quais ou les rails des trains, tirer les sonnettes d’alarme, signaler des bombes éventuelles, arrêter les horloges publiques, se promener nu, grimper dans les arbres des rues, des parcs et des forêts, occuper les églises, envahir les centres d’impôts, les casernes et les ministères, envoyer de la farine ou du sucre dans les lettres, monter sur les toits, baisser un drapeau le remplacer par un autre drapeau, grimper sur les grues, s’enchaîner aux grilles ou aux portes, pénétrer dans les studios de télévision ou de radios, ouvrir les cages des animaux, faire de longues marches à pied …

Enfin son moyen ultime semblait être le jeûne ou la grève de la faim. Et on ne l’a jamais laissé faire jusqu’au bout.

La base philosophique. Derrière ces divers procédés nonviolents ou peu violents, se trouve une double conviction. Gandhi revendique deux concepts du yoga et plus spécialement des Jaïns : Ahimsa et Satyagraha. Ahimsa est la nonviolence, le respect de toute vie. Les religieux jaïns sont végétariens et font attention à ne pas écraser d’insectes en marchant. Mais c’est aussi une prescription de non-avidité, ne pas accaparer, accumuler, amasser. Il y a de la violence jusque dans ceux qui ont plaisir à couper les fleurs et les plantes de la nature ou à détruire les forêts. Satya désigne en sanskrit la Vérité et l’Inde a pris comme devise celle de Gandhi Satyam eva jayate, la Vérité triomphe toujours.  La sagesse orientale nous apprend qu’il y a bien des degrés de la vérité. La conception négative de la vérité en occident, c’est « ne pas mentir », mais au-delà il reste encore à oser dire la Vérité. On commence par être véridique, en ne disant que ce que l’on pense, puis l’on essaie d’être vérace en luttant contre notre mauvaise foi. Ensuite il faudrait être authentique en mettant ses paroles en accord non seulement avec ses pensées, mais surtout avec ses actes. Alors on peut vraiment ETRE vrai, car Satya en sanskrit est la qualité de l’être « l’Etreté, SAT=Etre ». Donc il faut d’abord ETRE nonviolent pour pouvoir pratiquer la nonviolence.

C’est pour cela que, selon Gandhi, la nonviolence ne peut être pratiquée authentiquement que par une communauté nonviolente. Il faut pouvoir renoncer à posséder, à s’enrichir, à agripper, donc mettre tout en communauté, rester pauvres, être végétariens pour éviter les violences envers les animaux, avoir un sentiment de parenté avec toutes les formes de vie, être bienveillant, bienfaisant et bientraitant. Finalement la racine de la nonviolence positive est dans la profonde découverte que rien n’est séparé et qu’en nuisant à autrui c’est moi que j’attaque. « On ne doit pas se contenter de ne pas retirer la vie aux êtres vivants. Celui qui prête ce serment ne devra même pas lever la main sur ceux qu’il croit injustes ; il ne devra pas leur en vouloir, il devra les aimer. Celui qui prête les serments de la Vérité et de l’Ahimsa vaincra le tyran grâce à l’amour » demandait Gandhi. Il travaillait pour la Paix, Shanti, Salam, Shalom.

Les successeurs. Le mouvement lancé par Gandhi ne s’est pas arrêté. Il a continué en Inde avec Vinoba Bhavé et le don de la terre en 1955. Puis partout dans le monde. En France c’est un italien Lanza del Vasto qui fonde la Communauté de l’Arche en 1948, animée maintenant par Jean-Baptiste Libouban. Ils se sont fait connaître par leurs actions pour le Larzac, Rome, l’ONU, les objecteurs de conscience, contre les centrales nucléaires, la guerre en Irak, les OGM, etc. On peut ne pas être d’accord du tout avec certaines de ces actions, mais il faut reconnaître qu’elles ont été menées de façon non-violente.

Il existe d’autres Arches dont celle de Jean Vanier, s’occupant des handicapés mentaux. Le Mouvement pour une Alternative non-violente a été fondé par Jean-Marie Muller. Un autre procédé nonviolent est de circuler nu ; il a été fréquemment employé par les Russes, puis par les Doukhobors au Canada et maintenant par PETA People for Ethical Treatment of Animals « plutôt nue que porter une fourrure » déclare Paméla Anderson. Puis sont apparus des mouvements comme Greenpeace que certains appèlent Greenwar, car leurs actions ne sont pas toujours non-violentes, particulièrement avec leurs bateaux contre l’industrie nucléaire française. Enfin sont venus les Ecowarriors, avec Planet Drum, Earth First, Arne Naess, qui sont encore moins non-violents en cambriolant les hôpitaux pour ouvrir les cages des animaux d’expérimentation, ou en cassant sans cesse les vitrines des fourreurs …

 

Il existe donc une gradation d’actions non-violentes, mais quelles qu’elles soient, reconnaissez-vous qu’il y a une différence avec les actions violentes des guerres, des révolutions et des mouvements extrémistes ?

« Non-violent » signifie « résistance passive » et ce n’est pas la violence de ceux qui envoient des enfants kamikazes et femmes-martyrs bardés d’explosifs commettre le plus de meurtres possibles.

 

TRANSMUER SA VIOLENCE. Nous portons tous de la violence en nous. Mais plus ou moins ; certains humains sont doux comme des agneaux et d’autres dangereux comme des loups et des tigres. Le psychanalyste Balint a étudié la violence fondamentale et René Girard dans « La violence et la sacré » a cherché le rôle de la violence fondatrice et de la victime sacrificielle dans les choses cachées depuis la fondation du monde. Pour lui, on ne peut tromper la violence primitive qu’en lui donnant un exutoire, le sacrifice religieux.

Tous les éléments des civilisations sont faits pour dériver cette violence :

- Les religions ont voulu adoucir les mœurs, en commençant d’abord par leurs coreligionnaires (juifs, chrétiens, Islam)

- Les morales depuis le Code d’Hammourabi ont interdit la violence. Puis, par intériorisation de la morale religieuse, est apparue une morale laïque, devenue après une Ethique scientifique.

- L’école et l’éducation sont faites pour cela avec le rêve du progrès « ouvrir une école, c’est fermer une prison » !

- L’art est une sublimation de la violence par la danse, le chant, la musique qui adoucit les mœurs, le théâtre, les films, le dessin, la peinture et la photo … Le théâtre grec a théorisé sa dérivation de la violence sous le nom célèbre de Catharsis, repris par bien des psychothérapies :l’art-thérapie, le psychodrame, l’émotionnel...

- Le sport, comme l’art, serait une dérivation éducative de la violence. Il est vrai que grâce aux arbitres il y a beaucoup moins de violence dans les sports. Puisque le pancrace et les combats de gladiateurs ont été interdits, la boxe le sera peut-être un jour.

- Les actions caritatives et humanitaires diminuent les violences : Henri Dunant écoeuré par les guerres d’Italie fonde la Croix-Rouge en 1864.

- La psychologie et les psychothérapies, avec leurs centaines de méthodes, sont nées pour comprendre la violence et la transformer en amour, compassion, entre aide. D’abord la psychanalyse, la plus profonde et la plus radicale, va jusque dans les racines inconscientes, chercher et expurger la pulsion de mort, les conduites suicidaires et auto-destructrices. Pour cela il faut les voir, les admettre, les faire remonter, les revivre à fond pour les dissiper et transformer en amour. Il ne suffit pas de nier sa violence ou de la cacher sous un comportement calme et souriant, car cela ne donne que des mensonges vivants et des impostures ambulantes. Et il est difficile de prêcher la non-violence quand inconsciemment on n’est que violence. Certains ont tellement reçu de haine transgénérationnelle dans leur famille depuis plusieurs générations qu’ils ne peuvent que la transmettre à leurs descendants, involontairement. Le Counseling centré sur la personne de Carl Rogers travaille avec sincérité sur l’amour. La Communication non-violente apprend à reconnaître d’abord sa violence en soi, puis à la découvrir dans son « langage chacal » pour passer « au langage girafe » … Les massages calment en principe la violence, ainsi que les rêve-éveillés, etc.

 

VERS UNE SOCIETE NONVIOLENTE. Non, Gandhi n’est pas mort et son œuvre continue, car elle est dans le droit fil de la civilisation. La nonviolence est en marche partout à la fois :

- Les tortures continuent mais elles se cachent et sont honteuses, désavouées par tout le monde, alors qu’avant 1789 « la question préalable » était obligatoire pour que les juges croient à la sincérité des aveux.

- L’abandon de la peine de mort se généralise. Quand on est contre la violence, il faut se l’appliquer à soi-même, et ne pas tuer (même justement) pour avoir tué. Nous n’avons plus besoin des tortures, des châtiments corporels et de la peine de mort comme autrefois. En donnant l’exemple, on civilise. Et les Etats qui renoncent à la peine de mort n’ont jamais eu l’explosion redoutée des crimes et violences, mais au contraire une diminution, puisque l’Etat donne l’exemple.

- La guerre a perdu son pouvoir absolu, car à chaque nouvelle guerre, on juge « des criminels de guerre ». Encore, ils sont toujours chez les vaincus et jamais chez les vainqueurs, mais cela finira par arriver. Il y a maintenant une éthique de la guerre et l’on doit respecter les enfants, ne plus violer les femmes et bombarder les civils. Alors qu’autrefois la guerre était la fin du droit et la raison du plus fort.

 - La fin des génocides, le dernier étant celui des Arméniens en 1917. Ils ont été stoppés et remplacés par la purification ethnique au Kosovo ou au Ruanda …

- La fin des révolutions sanglantes est, à mon avis, la grande victoire  de la nonviolence pour le plus grand profit de l’humanité. Aux USA après les guerres esclavagistes, la conquête des droits civiques par les noirs avec Martin Luther King s’est faite sans guerre. Il en a été de même en Espagne pour la fin du franquisme avec le roi Carlos et pour la fin de l’apartheid en Afrique du sud avec Nelson Mendela et Steve Biko. Les mouvements de 1968 ont commencés en 1965 avec la lutte non-violente des Hippies américains contre la guerre au Viet-nam et ils ont continué, plus ou moins pacifiquement, sur toute la terre. Le 25 avril 1974 le Portugal renverse pacifiquement 48 ans de Salazar avec la « révolution des œillets ».  Lech Walesa en Pologne et Cori Aquino aux Philippines luttent de façon non-violente. En 1989, le mur de Berlin est tombé de lui-même entraînant la fin du colonialisme russocommuniste et la réunification nonviolente de l’Allemagne. En 1989 Vaclav Havel réalise enfin une éclatante «révolution de velours » en Tchéquie. En 2004 en Ukraine débute « la révolution orange » pro-européenne pour se libérer de la révolution socialo-communiste soviétique. Et la lutte non-violente continue pour Aung San Suu Kyi au Myanmar-Birmanie. Souvent ce sont des femmes qui imposent cette nouvelle manière non-violente de lutter.

- Partout la nonviolence est à l’œuvre. L’exigence de l’action diplomatique avant la déclaration de guerre, et la négociation sociale avant les grèves et les manifestations violentes. Les NAP (Non Agression Programs) sont de systématiques actions d’envergure pour désamorcer l’agressivité maladive de certains enfants le plus tôt possible. Prison Smart sont des programmes carcéraux dans plus de tente pays pour responsabiliser les délinquants violents et les extraire du cycle infernal vengeance-répression en favorisant une réinsertion grâce à une transformation intérieure. Le Sudarshan Kriya est un précieux adjuvant contre la violence que s’infligent les toxicomanes, par le pouvoir qu’a la respiration amplifiée de désintoxiquer, d’éliminer et de produire des endorphines naturelles. En écologie d’autres programmes d’actions non-violentes sont sur www.artdevivre.fr.

 

LA NONVIOLENCE POSITIVE. Le contraire de la violence, c’est la douceur. Ce qui est positif est l’amour, mais ce terme a été tellement galvaudé et déformé qu’on n’ose plus l’employer, car souvent il semble obscène. Aussi, bien souvent, on parle plutôt de tendresse, caresse, câlin : la seule manière que l’on a eu pour représenter l’amour divin a été celui de la mère pour son enfant. Un amour généreux est celui qui donne et n’attend rien en retour. Un amour doux n’est pas un amour violent, pas celui de Carmen qui prévient « et si je t’aime, prends garde à toi ». Ce qui est obtenu avec violence, ne peut se conserver qu’avec violence ; Œil pour œil et tout le monde sera aveugle, écrit Gandhi. « La vérité (satya) est totalement intérieure, il ne faut pas la chercher à l’extérieur de nous, ni vouloir la réaliser en luttant avec violence contre des ennemis extérieurs ». Donc pour changer le monde, il faut commencer par se changer soi-même. Car ce que nous faisons aux autres, nous est retourné. La nonviolence n’est donc pas un refus de la violence ou un combat violent contre la violence, c’est la compréhension profonde et vécue de notre totale solidarité et notre absolue  interdépendance. Etre doux envers les autres, c’est commencer à être doux envers soi-même.