Peut-on se moquer de la MODE ?
par Marc-Alain Descamps
C’est ce que veulent faire les MODES DE DERISION. On ne peut comprendre la mode actuelle qu’en saisissant cette continuelle imbrication entre la production de la Haute-Couture, des stylistes du prêt-à-porter et les productions spontanées des groupes contestataires. La mode est partagée entre sa double fonction d’élan et de critique. Par un côté, la mode exprime l’élan créateur qui soulève un groupe et l’enthousiasme. Pendant longtemps elle a été inspirée par la religion et l’armée. Nos costumes devaient respecter la décence et la pudeur.et s’inspiraient des modèles religieux (la mode des chapeaux dits « capotes » se comprend par celle de la coiffe bretonne kitchenotte, qui signifie kiss me not, ne m’embrassez pas avec cette cornette). Les femmes ont sans cesse rendu hommage aux armées des vainqueurs en s’inspirant de leurs uniformes (toutes les modes venues des hussards comme les dolmans et brandebourgs...).
Mais par
un phénomène de contradiction, tout ceci se renverse, et ce qui était pudique
apparaît comme piquant (le vertugadin ne garde plus la vertu et devient
érotique, comme les premiers caleçons féminins...). Ainsi se rejoint l’autre
fonction, qui est la critique du système social et des institutions. La mode a
toujours été gardée par le public et n’a jamais pu être régie et
institutionnalisée. Par là, elle exprime souvent l’esprit de fronde et de
révolte. Avec les chansons, la mode est un des derniers secteurs libres où la
base peut manifester sa moquerie et l’on aboutit aux modes de dérision.
La dérision est une moquerie
méprisante par laquelle on cherche à déconsidérer et à rendre ridicule. La
satire, en attaquant vigoureusement, reconnaît l’importance de ce qu’elle
critique. La dérision utilise le sarcasme et l’insulte, mais surtout par une
contrefaçon cherche à en faire la risée. Il y a eu des entreprises célèbres
de dérisions contre la noblesse puis la bourgeoisie. Le Don Quichotte de
Cervantés est une oeuvre de dérision inspirée par l’esprit bourgeois, qui
cherche à déconsidérer les paladins et les chevaliers errants, redresseurs de
torts et d’injustice. Puis les bourgeois eux-mêmes ont été violemment tournés
en dérision avec le Bouvard et Péruchet de Flaubert, qui est un recueil
de leurs sottises, ou avec les Avocats et Médecins de Daumier.
Il y a eu bien des modes de dérision dans l’histoire. Elles se camouflent souvent sous le réalisme. Une des premières est née en Egypte avec l’art de Tell-el-Amarna, inspirée par le pharaon Akh-en-Aton, où les artistes se moquent de ses habits et font une déformation caricaturale de son corps, avec son gros ventre et son prognathisme. Bien des modes vénitiennes, à la fin de la République, sont des modes de dérision, lorsque la cité, ayant perdu sa force navale et commerciale, sombre dans les plaisirs et les carnavals avec ses masques et ses prostituées. On peut aussi considérer les Merveilleuses et les Incroyables sous le Consulat, comme les modes de dérision des nobles. Particulièrement la mode des coiffures à la chien du Directoire se moque des têtes tondues des cî-devants, en les parodiant. Le Bain de Courbet, avec ses solides « percheronnes» a été vécu comme une oeuvre de dérision, alors qu’on peut y voir la naissance d’un art populaire et l’exaltation du paupérisme que l’on ressent dans Zola. Après la frénésie romantique, le mouvement des Incohérents de 1882 et le futurisme de Marinetti en 1909, le mouvement actuel de dérision et de démolition de l’ancienne société a commencé avec le mouvement Dada de Tristan Tzara en 1917, et s’est continué avec le surréalisme d’André Breton en 1927. Ils ont choisi délibérément l’expression du refoulé et vont utiliser tous les moyens pour y parvenir : écriture automatique, sommeil provoqué, rencontres de mots au hasard, déambulation sans but... Toute découverte changeant la nature ou la destination d’un objet est un fait surréaliste. D’où ces cuillères en fourrures, ces souliers soudés par le bout, chapeaux en formes de souliers, cravates en cheveux de femmes, fers à repasser à clous... S’y ajouteront toutes les provocations vestimentaires de type androgyne, nécrophile, sadique, à grand renfort de cagoules, de clous, de fouet et de poupées à quatre jambes (Bellmer).
Une nouvelle source de modes de dérision apparaît avec le mouvement hippy. Il est né en 1964 en Californie en unissant des mouvements de lutte contre la ségrégation raciale, puis contre la guerre au Viet-nam, la glorification des drogues légères, la provocation nudiste, l’amour de la nature et l’idéologie, la musique folk, pop et soul, celle de Joan Baez et de Bob Dylan, l’influence de la psychologie et des religions orientales. De cet amalgame est née la culture psychédélique et le Flower Power avec l’espoir d’installer une contre-culture fondée sur la non-violence, l’amour, la gentillesse, le respect de la nature, l’expérience spirituelle intérieure, les communautés. Extérieurement, cela se manifeste par le port des cheveux longs pour tous et de la barbe pour les hommes à l’imitation de Che Guévara et de Fidel Castro.
Puis s’invente un nouveau style vestimentaire
fait de liberté, d’originalité et de provocation. Son inspiration se trouve
dans les costumes de tous les peuples opprimés du monde : les Indiens
peaux-rouges des U.S.A., ponchos mexicains, pantalons viet-congs, gandhourahs
arabes, boubous africains, pelisses afghanes... Ils les ont hérités du run
away des beatniks et de Kérouac en 1950. S’y mélangent de nombreuses modes de
provocation et de dérision : Jerry Rubin se rend aux convocations du Congrès et
des tribunaux, d’abord en uniforme de volontaire de la guerre d’Indépendance
de 1776, puis on 1968 avec un béret noir, un pantalon de soie Viet-Kong, un
serre-tête d’Indien, une cartouchière à la Pancho Villa avec trois cents balles
réelles, et un fusil-jouet M-16 en plastique, et enfin avec un costume de Père
Noël tout rouge. A son imitation, on voit beaucoup d’éléments d’uniformes
militaires portés par des filles avec les insignes de grades à l’envers, ou
des pièces de costumes religieux avec une grande surcharge de bijoux (colliers
de pacotille et bagues à chaque doigt) et des peintures corporelles à motifs
floraux. Le mouvement hippy est le dernier sursaut de la jeunesse pour
s’opposer à la guerre et fonder la civilisation dans l’amour, le partage, la
solidarité avec tous les peuples opprimés. Son espoir se dilue et s’éteint dans
les années 1970 avec la répression contre les drogues.
Le
mouvement Punk, qui naît on Angleterre on 1970, se veut uniquement critique,
sans espoir no future for you. Il n’y a pas d’avenir. Il se contente
d’exagérer ce que nous sommes, et présente donc une image caricaturale de la
société. Punk signifie pourri, paumé, minable. Pour être punk, il faut être
jeune et pauvre, n’avoir connu que du lait à l’insecticide et des poulets au
pétrole. Cette dernière protestation de la jeunesse est donc l’antithèse des
hippies. Dans leur logique absurde, ils réclament exactement ce qu’ils
réprouvent. C’est le nihilisme individualiste poussé à l’extrême dans la
provocation violente, sordide et cruelle. Ce sont les rats d’égout de la ville
(Boomtowns Rats) qui n’aiment que
le béton (voir du vert et des vaches, cela me rend malade) et la nuit (je
déteste le jour et porte des lunettes noires en permanences). Leur cause étant
perdue d’avance, ils haïssent le rock et la musique planante et cherchent à déstructurer
la musique en jouant le plus fort possible des morceaux simples et percutants.
Ils ont remplacé la drogue par la bière en boîte et des sandwichs sous plastique
du Mac Donald. La provocation leur fait porter les croix gammées et les
insignes fascistes. La dérision des bijoux de prix des bourgeois ou de
pacotille des hippies leur met l’épingle à nourrice ou la lame de rasoir à
l’oreille ou à la joue. Si les garçons traînent derrière eux une fille avec une
chaîne et un collier de chien autour du cou, c’est pour montrer combien la
femme est réduite au seul rôle d’animal de compagnie. Le vêtement a pour le
punk une importance primordiale, car c’est l’objet culturel inutile par
excellence. Ce vêtement-déguisement est trouvé aux Puces, aux stocks de l’Armée
du Salut ou fait par eux-mêmes : pantalons de vinyle, blousons de skaï, fourrure
de panthère synthétique, combinaisons R.A.F., cuissardes, rangers, baskets usagés...
Des couleurs qui jurent (rose vif et jaune citron) de grosses rayures, du
strass scintillant et clinquant sur des tee-shirts tachés et troués. Des costumes
trop larges ou trop petits, des vêtements militaires lacérés, des fripes
sorties de poubelles. Il faut avoir l’air plouc avec sa chemise à l’envers et
un pantalon court serré en bas à gros carreaux écossais. Les hippies refusaient
les cheveux courts des soldats, les punks au contraire, en refusant les cheveux
longs des hippies, singent les militaires. Mais ils les ridiculisent par leurs
plaques teintées en rose, vert ou bleu. Leur maquillage est outrancier, et les
filles montrent leurs bas et leurs porte-jartelles. Les bijoux veulent fétichiser
les objets dérisoires : épingles, lames de rasoir, trombones, chaînes,
menottes, lunettes noires des stars. Leur danse inspirée du pogo est un
spectacle effrayant en reflet de la désorganisation sociale : rigide, violente,
désarticulée, pleine de tics nerveux. L’ensemble subversif et décadent cherche
à transformer le corps on un produit d’usine. Dévalorisant l’amour et
l’affection, l’individu est vide comme une boîte de conserve.
Bien
entendu les Punks sont les héritiers des Mods et des Rockers des
années 50,
mais aussi des Nozems et Provos d’Amsterdam on 1960. Ils
apparaissent pour
pousser dans le vide leurs aînés, babas-cools,
soixante-huitards. Tout le
monde prédit leur mort, mais ils se perpétuent. Une
accalmie après ces
premières productions punks, puis apparaît
l’after-punk vers 1977. Avec une serpillière
autour du cou, des capotes anglaises aux oreilles, se produisent les
Iroquois.
Ils sont tondus à l’exception d’une frange verticale
qui tient dressée en
l’air, grâce à de l’eau sucrée.
L’on a à peine le temps de prédire leur
disparition
qu’en 1981-82 renaît le look-punk. Ceux-ci que l’on
qualifie de suiveurs
attardés, se nomment eux-mêmes en verlan des keupans
ou des zarbi (bizarres).
Ce sont les bouffons aux dessins et chansons pornos, ils sont
hard-core ou
punk-surfers. Leur seul idéal est de faire tout, tout seul et de
ne dépendre
que de soi.
Bien des
éléments punks sont rétros, mais les modes rétros sont bien plus larges et plus
complexes. Un parfait exemple de mode rétro de dérision est le zoot suit. C’est
un costume très large et trop long, la veste a cinq pointures au-dessus, le
pantalon remonte jusqu’aux seins, les poches sont immenses, la chaîne de montre
triple descend aux genoux, la pochette est une fleur gigantesque. Ce baroque
exubérant fut porté on Californie en 1942-1943 par les Mexicains pour se moquer
du costume étriqué des Gringos. Cette mode rétro est réapparue en 1979 chez les
conducteurs de low-riders (vieilles voitures trafiquées pour rouler en frisant
le sol ou pour sauter sur place).
Dès 1965,
aussi bien à Paris qu’à Londres, les jeunes inventent l’anti-mode on
s’habillant avec le Rétro des habits des grands-parents retrouvés dans les greniers ou
aux Puces. Ce fut une réaction spontanée contre la mode préfabriquée et chère
des magasins. Il n’est pas facile de déterminer le sens de ce goût des robes de
grand-mère, des vieux jupons, des chemises à Papa, des chapeaux
d’avant-guerre. On y a vu d’abord de la dérision et de la moquerie. Pour les
parents, c’est presque un sacrilège. On brouille toutes les distinctions, on
profane le sacré et sacralise le profane. Les jeunes ressemblent à des vieux
avec les grosses lunettes rondes des Granny Glasses. Les urbains se
donnent une apparence rurale avec les sabots suédois. Des analphabètes se
disent sur leur tee-shirt membres des plus grandes universités, alors que les
vrais étudiants portent des débardeurs, des pulls de marin, des salopettes ou
combinaisons d’ouvriers. Et bien sûr, les femmes n’ont qu’une idée ressembler
aux hommes avec des cheveux courts ou tondus à la nuque et aux pattes, des
cravates, des casquettes et des costumes d’hommes. Et la dérision se continue
avec tous les badges et les impressions sur les tee-shirts du genre Einstein
tirant la langue, ou « kiss-me ». Ainsi ces enfants faisaient
l’éloge de tout ce qui avait été méprisé par leurs parents modernistes. Mais
l’on peut penser aussi que, plus subtilement les jeunes s’identifiaient à ceux
qui avaient l’autorité sur leurs parents d’aujourd’hui les bons grands-parents.
Ceci a engendré toute une nostalgie pour le bon vieux temps. Ainsi est né le mythe de la Belle Epoque et de la douceur de vivre (qui n’a existé que pour une poignée de privilégiés). Et derrière la dérision il y a donc tout un encensement. Ce que l’on critique ce n’est pas tellement le passé, mais beaucoup plus le rythme accéléré de la vie moderne, les conflits et tensions permanents, l’insécurité croissante des villes et la laideur des banlieues. Ainsi dans les modes de dérision, ce qu’il convient de distinguer, c’est le plus profond désespoir. Il n’y a de mode rétro que lorsque l’avenir est bouché et que la jeunesse ne peut pas se projeter dans le futur. Les modes rétros sont celles de périodes de crise et de décadence. Dans l’attente de la prochaine guerre, on a la sensation d’achèvement d’une période de facilité. D’ailleurs les modes rétros font le jeu de toutes les politiques conservatrices, qui ont toujours favorisé tous les admirateurs du passé. Sans compter qu’il s’agit d’une bonne opération commerciale. Une multitude d’objets, qui n’avaient pas disparu et traînaient chez les chiffonniers et brocanteurs, entrent désormais chez les antiquaires, on décuplant leur prix le style 1950 va rejoindre le style 1920 et le style 1900.
Puis
la contestation est devenue mondiale. Elle tourne autour des pantalons
taille basse qui dévoilent le nombril et les reins. Mais aussi
les filles portent des jupes sur les pantalons jeans et les
garçons des pantalons trop grands et trop longs qui trainent sur
les pieds et le sol.
Ceci est
le début de la récupération, car les modes de dérision finissent par être
récupérées par le système. Elles on sont même la principale source
d’inspiration. C’est dans l’opposition que se fait la plus importante innovation,
que l’an va pouvoir désormais exploiter longuement dans toutes ses variantes.
Jusqu’aux hippies, le système vit des idées surréalistes. Le mannequin planté
de clous de l’exposition surréaliste de 1938 est copié avec beaucoup plus de
clous par Balenciaga pour sa vitrine d’après-guerre, avant de se retrouver
partout. Le chapeau en forme de soulier sera repris par Schiaparelli. Et Dali
fera une baignoire poilue garnie d’astrakan pour Macy’s, le grand magasin de la
Cinquième avenue de New York, etc.. Mais c’est surtout dans le domaine de la
publicité et de l’affiche que la révolution va être la plus profonde.
L’absurde et l’irrationnel, mélangés à l’érotisme, plus qu’une source
d’inspiration, vont être une occasion de complet renouvellement. Le pneu
Michelin Bibendum, Garap on 1953, Aspro... en furent des créations. Et l’on vit
des affiches copier Magritte (Financial Time), Dali (Corydrane), Picasso
(wagon-bar), Ernst (Lenica), Chirico (Ambre solaire), Delvaux (Grèce)... Depuis
l’affiche reste toujours marquée par des éléments de rêve, d’humour, et de
sexe. Surtout le surréalisme permettait de présenter la même idée simultanément
sous plusieurs aspects, ce qui donne la possibilité désormais à la publicité de
montrer à la fois un produit et ses effets, sur le même dessin. Savignac et
Georges Him ne s’en privèrent plus et l’on vit même des affiches en trois
dimensions sous forme de voitures-aspirateurs ou de voitures-lampes
électriques. Le théâtre et ses décors vont reprendre ces procédés surréalistes
avec Cocteau et Cassandre.
Puis
arrivent les hippies et toute la mode va en porter la marque avec les tissus à
fleurs et à composition psychédélique. La publicité en retire le procédé du
chevauchement des motifs remplissant toute l’image avec un unique point de
fuite central. Cette surcharge permet des oeuvres faciles et brillantes, car
elles font appel aux sens plutôt qu’à la raison, et proposent de les goûter et
de se laisser envahir par elles. Le procédé des personnages en contre-jour ou
de leur découpe couverte de motifs géométriques est aussi resté un classique,
ainsi que des objets (brosses, tubes de dentifrice...) recouverts de parties de
corps humain.
Les
punks
viennent à point pour relayer le rétro. Les
féroces contestataires punks sont
très vite récupérés par le système.
Cela commence avec les orchestres comme
les Sex Pistols ou Dévo et les chanteuses comme Nina Hagen ou
Blondie, et la
contre-musique rejoint le disco on entrant dans le
star-système. Les
professions de la mode sont toujours en quête
d’idées originales, surtout lorsqu’elles
sont soutenues par un mouvement populaire d’inspiration et
de scandale. Il a
donc été possible de lancer plusieurs modes successives
de pantalons ringards,
puis de pantalons-clochards. La coiffure a très vite
récupéré les cheveux
courts sur le sommet et longs derrière. La haute-couture
s’empare du vêtement
punk. Et l’on voit apparaître dans les boutiques de
Saint-Germain-des-Prés ou
de Carnaby Street, puis de King’s Road, des robes
déchirées, des épingles à nourrice en or,
des combinaisons de cuir à des prix inabordables. Ce sont
surtout les
couturiers japonais installés on France qui
développent ce thème avec des
costumes déchiquetés en serpillière, en jute
ou en toile de sac.
Et il y a bien lieu de réfléchir sur ce que signifie cette récupérations des modes de dérision. Comme le montre La Psychosociologie de la Mode, il y avait trois sources principales d’inspiration : le paupérisme, l’unisexe et le sport. Les hippies ont voulu manifester leur solidarité avec les peuples du monde opprimés en portant leurs vêtements, qu’ils avaient rapportés de leurs voyages. Mais ils tombent dans le vêtement folklorique et la veine d’inspiration des guérillas révolutionnaires n’est pas très grande.
C’est à
un mouvement d’une toute autre ampleur que nous assistons maintenant. Ce que
nous disent ces nouvelles modes de la déchirure, c’est la perte de confiance
envers les valeurs de la civilisation occidentale, la persuasion qu’elle ne
pourra pas surmonter la crise due à la guerre économique du pétrole et que les
Blancs sont on pleine décadence. Alors se comprend mieux le réveil du tiers-monde
et surtout du quart-monde. Ces déchirures sont le drapeau de la révolte de
toute la misère du monde. No future traduit le fait que l’avenir
est stoppé par la peur du réchauffement climatique qui prend la place de la
peur nucléaire. La société reprend l’image du punk qui est celle du condamné,
de la victime sacrifiée de la civilisation. Il n’a plus rien à attendre et
reste figé dans cette attitude par le nihilisme car comme l’écrit Heidegger “le
nihilisme est le mouvement universel des peuples de la terre engloutis dans la
sphère de puissance des temps modernes ».
Leurs audaces ont été le véritable ferment des modes nouvelles qui les ont exploitées à fond pendant des décennies, tout en les édulcorant.
Non, on ne peut pas se moquer de la mode. Quand on le fait, on l'aide, car elle récupère tout.
La mode, on peut être pour ou contre, mais pas dehors.
Toute anti-mode est une mode. La mode est insubversible.
Elle retourne tout, puisqu’elle ne veut rien, c’est un jeu gratuit et une fois lancée, on ne peut plus l’arrêter (comme l’argent).
C’est en se révoltant contre la mode qu’on lui obéit le mieux, puisque la logique de son système est le renouvellement perpétuel.
Elle vit de la contestation et s’enrichit des « modes de dérision ».
Biblio in La Psychosociologie
de la mode. Marc-Alain Descamps. 1979. PUF.