COMMENT SE LIBERER PAR  LE YOGA ?

Par Marc-Alain DESCAMPS *

 

Tous, au début, nous ne nous sentons pas libre. Et les sciences nous confortent en déterminant de multiples conditionnements géographiques, historiques, héréditaires, corporels, psychologiques, etc. Ce faisant elles nous libèrent, car dès qu’un déterminisme est connu, l’homme a le moyen pour s’en libérer. C’est ainsi qu’il s’est libéré ainsi des grandes épidémies de peste, choléra, lèpre … La psychanalyse a révélé que nous étions soumis à nos complexes et névroses et par là-même donné le moyen de s’en délivrer. Elle nous révèle pourquoi nous refusons la liberté : par peur de la responsabilité. Heureusement il y a des aides pour se libérer et la première c’est le yoga.

 

Le yoga nous libère

 

Le yoga est la voie privilégiée de libération. Il commence par libérer notre corps de ses blocages et de ses raideurs grâce aux postures sélectionnées depuis cinq mille ans aux Indes. De plus il nous fait ressentir que nous n’avons pas qu’un corps physique, mais aussi un corps d’énergie et de sensibilité. Par là il nous apprend l’équilibre, qui commence par l’équilibre corporel avec la posture de  l’arbre (vrikasana), puis par la suite l’équilibre psychologique, en nous délivrant des désorientations. Il nous apprend aussi à respirer avec le pranayama.

Le yoga a une voie spéciale pour avoir un bon sommeil : c’est Yoga-Nidra, intermédiaire entre les postures et la méditation. Spécialement adaptée pour ceux qui ne peuvent pas prendre les postures acrobatiques des nouvelles méthodes américaines, ni rester une heure immobile dans la posture de méditation (padmasana). Il s’agit de libérer notre esprit de ses obsessions, qui font le dialogue intérieur ou Slam. « Le brouillard  incessant de la pensée cérébrale nous masque le divin » écrit Alain Danièlou (Le yoga p.9)*.

Le Yoga-Nidra a été popularisé en France vers 1968 par swami Satyananda (1923-2009), qui a rassemblé des techniques tantriques pour nous délivrer des insomnies et des cauchemars.

En plus le Yoga-Nidra opère une libération considérable : il nous délivre de la peur de la mort. En prenant la position du cadavre (shavasana) et en la tenant sans bouger pendant une heure, les yeux fermés, on a le courage d’affronter la mort et d’en ressortir transformé en se délivrant de cette racine de toute peur. Les répétitions sont  efficaces même si nous ne le sentons pas sur le moment.

 

 

La grande Libération

 

Dans la voie de la progression spirituelle, les multiples libérations quotidiennes mènent à la Grande Libération (Moksha). Hors de tous les raisonnements et de toutes les discussions, c’est une expérience très profonde à vivre personnellement. Elle peut se déclencher soudain ou à la suite d’une longue préparation ; elle peut survenir à l’improviste lors d’une claire réalisation. En tout cas, elle se fait hors cadre espace-temps et parfois peut mener à l’extase.

   Elle a été particulièrement présentée par Krishnamurti (1895-1986)  dans ses livres et conférences (La vie libérée, La première et dernière liberté 1954) « Mon seul souci est de rendre les hommes, libres absolument et sans condition … Le pays de la Liberté est un pays sans chemin. ». Et toute sa vie, en refaisant cette expérience devant un public de conférence toujours nouveau, il n’a cessé de demander d’en faire autant, en même temps que lui. Et beaucoup ont profité de cette opportunité pour se libérer.

   Cette révélation est précédée et préparée par bien des libérations. Se libérer de la conscience de son corps et de ses douleurs et pouvoir rester de plus en plus de temps immobile, sans sentir son corps et sans y penser. Par là, on se libère en même temps du monde, puisqu’il n’existe pour nous que par l’intermédiaire de nos sens corporels. Puis un jour on se libère de sa pensée, de son bavardage mental, de son courant de conscience, de ses soucis et l’on entre donc dans l’état de Vide (Shunyata, Samadhi, Satori, Nirvana). Dès qu’on découvre le vide de la conscience, on aperçoit son espace et son infinité, or la révélation de cette immensité intérieure ne peut pas se faire sans l’expérience de la suprême liberté et cela sans la reconnaissance de sa responsabilité.

  

La reconnaissance de sa liberté originelle

 

C’est une explosion soudaine et une véritable évidence. Oui, tout l’univers oscille sur ma base et je suis responsable de tout. Tout l’Univers n’est que l’extériorisation de la Conscience. La conscience individuelle s’unit à l’Esprit universel dans son activité vivante et libre. L’émanation de l’univers est égale au surgissement libre de la conscience. L’acte pur de la conscience est celui d’une liberté absolue. Son premier frémissement est comme une clarté sans ombre. La liberté innée, spontanée se manifeste dans toute expression de l’énergie vibrante primordiale. L’élation, ou élargissement infini, de ma conscience la fait se fondre dans la Conscience universelle et c’est cela qui est la Délivrance. On participe à l’acte créateur de l’Energie perpétuellement surgissante et spontanément libre. La découverte de sa propre liberté infinie est la mise en résonance avec la gratuité du don divin. La vraie liberté saisit l’existence sous le sceau de l’unité (Advaïta). Alors elle surgit dans la conscience comme un jaillissement de tous les instants et comme une source d’être et de vie.

   La liberté originelle ne peut pas être subjuguée. La découverte de cette infinie liberté est une expérience mutative et cette transformation est définitive et irréversible. Une fois qu’on a découvert sa liberté intérieure, on ne peut plus y renoncer et redevenir un esclave. Au fond de moi réside la suprême liberté.

 

 

 

 

Marc-Alain Descamps pratique du yoga depuis 1943,

d’abord en France avec les professeurs du moment,

 puis aux Indes où il a reçu des initiations en 1971.

Il est l’auteur de vidéos sur YOUTUBE et de livres :

2011. Histoire du  hatha-yoga en France, édit. Almora

2013. Douze femmes remarquables, édit. Regard&Voir

2014. L’éveil de la Kundalini, édit. Grancher

2014. La Méditation, édit. Accarias-L’Originel

2015. Yoga-Nidra et Rêve Eveillé. édit. Accarias-L’Originel

www.descamps.org/marc-alain