HUMANISME

 

1. Définition. Position, mouvement, doctrine, ou système philosophique qui fait de l'homme la valeur suprême. 
Il le conçoit comme un absolu, sans lien de parenté avec la nature comme avec dieu. 
Donc l'humanisme s'oppose au naturalisme et au théologisme.

 

2. Sortes. Mais avec une définition aussi vague, chacun peut appeler son système "un humanisme" pour faire bien. Voici quelques uns des plus célèbres :

1. Humanisme grec de Protagoras : "L'homme est la mesure de toutes choses". Protagoras étant le plus célèbre des sophistes, son système aboutit au relativisme (chacun est la mesure de toute chose et peut faire ce qu'il veut) et a été violemment critiqué par Platon.

2. L'humanisme de la Renaissance. Mouvement de retour à la culture gréco-romaine. Propagé par les humanistes (Pétrarque, Erasme, Budé, Rabelais, Montaigne ...), il voulait relever la dignité de l'esprit humain et le mettre en valeur, en fondant la culture moderne sur la culture antique. Donc en sautant par dessus le moyen-âge et la scolastique, il tendait à supprimer le phénomène chrétien. Il fonde toujours l'enseignement des "humanités", (français-latin-grec de la 6° à la 1°) et s'oppose à la classe de "philosophie" comme Protagoras à Platon.

3. Tentative d'Auguste Comte de fonder une "Religion de l'humanité" encore pratiquée au Brésil

4. Doctrine de Schiller qui est un pragmatisme, Hermant, More etc.

5. Il existe aussi des humanismes esthétique, économique, politique (qui s'oppose à l'étatisme), etc. La psychologie humaniste veut restaurer la dignité de l'homme, face au behaviorisme et à la psychanalyse, et libérer le potentiel entravé qui est en lui.

6. Querelle entre les existentialistes sur la possibilité de l'humanisme athée et de l'humanisme chrétien. L'humanisme athée est défendu par Sartre dans son livre L'existentialisme est un humanisme car l'homme se choisit librement une morale.

L'existentialisme chrétien de Jaspers, Gabriel Marcel, Berdiaef est défendu par de Lubac dans Le drame de l'humanisme athée.

7. La grande presse n'a jamais choisi entre toutes ces positions et prudemment n'a jamais cherché à définir son humanisme ce qui évite toute polémique, chacun pouvant entendre ce qu'il veut par ce mot et y projeter son idéal personnel.

 

3. Problèmatique. Le premier problème de l'humanisme est dans les phrases : "L'homme est la mesure de toutes choses, un absolu ou le fondement de tout, etc." quel est le sens du mot "homme" ? De quel homme s'agit-il ?

- De l'individu, de chacun. Alors on aboutit au relativisme. Chacun peut faire ce qu'il veut et pratiquer sa morale, son esthétique, son économie, son éducation, etc.

- de "l'homme" en général, selon une catégorie abstraite ayant une valeur universelle. Alors il nous faut dire quel est cet "homme" et de quel droit on le définit ainsi. Et l'on devient aussi dogmatique que le théologisme. L'on semble actuellement admettre que "la mort de Dieu" est très vite suivie de "la mort de l'homme". Si ce n'est jamais Dieu qui a dit "il faut pratiquer telle morale", mais des hommes qui disent ce que Dieu a dit, de même "l'homme" ne dit jamais rien, mais des hommes disent que "l'homme, la nature humaine ou l'humanisme" implique ceci et non cela.

Il y a beaucoup de chance que cet homme abstrait et universel soit en fait "un mâle, adulte, blanc, sain, intelligent et riche", normal quoi. C'est ce qu'il en a été pour les humanistes de la Renaissance. Pour certains, cet humanisme est le fondement du colonialisme et de l'oppression des femmes, enfants, malades, handicapés, fous, primitifs, pauvres, nomades, colonisés ...  (les Untermensch ou sous-hommes)

 

Un second problème est dans un retour inattendu du naturalisme, sous la forme de l'écologie. Si l'homme est la valeur suprême, les animaux n'ont aucun droit et la nature non plus (plantes, paysages, océans, terre, cosmos ). Il reste donc à définir un nouvel humanisme écologique et à dire jusqu'où il va dans sa limitation des droits de l'homme. Et au nom de quoi on peut limiter les droits de l'homme. Si la nature a des droits, l'homme n'est plus la seule valeur.