Histoire du Yoga en Occident,
par Marc-Alain DESCAMPS
1. LA SCIENCE DU YOGA
En tant que philosophie, il apparaît
comme un des six darçanas (points de vue) classiques de l’Inde, en particulier
avec les Yoga-Sutra de Patanjali.
Mais le Yoga est surtout un immense
corpus théorique qui comprend une philosophie, une psychologie, une théorie des
corps, des inconscients, de la sexualité, de la gnose, de l’extase, de
l’action, du service, de l’amour, de la dévotion, du temps, du sommeil et du
rêve, un rituel, une mystique, une thérapeutique, une hygiène, une diététique,
une épistémologie, une cosmologie, une anthropologie, une théologie, une
morale, une gymnastique, un entraînement respiratoire, une ascèse, une
relaxation, un éveil des énergies, etc.
L’histoire de la connaissance de la
théorie du Yoga en Occident n’a pas à être faite, car elle a déjà été étudiée
avec soin dans différents livres comme ceux d'Alain Daniélou, Jean Varenne,
Maurice Maupilier, Jean Biès, Silvia Ceccomori et surtout Jean-Paul Droit (L’Oubli de l’Inde ou Le Culte du Néant). Nous nous bornons à
résumer l’indispensable, pour arriver à la pratique.
L’Occident n’a jamais ignoré
l’Orient et en a toujours parlé. N’oublions pas que ce sont les mêmes Aryens,
parlant la même langue Indo-européenne, qui ont peuplé à la fois la Grèce,
l’Iran et le nord de l’Inde. La religion des Druides est apparentée à celle de
l'Inde : des dieux des Gaulois sont à trois têtes comme Brahma et souvent en
posture assise de Yoga, jambes repliées. 4000 ans avant notre ère Dionysos (le
Dieu de Nysa) va en Inde et ramène en Grèce les transes, les kirtans, le vin,
les panthères, les thyrses ou Caducée (canne avec deux serpents enlacés)
transmis à Hermès, aux Hérauts, à Hippocrate et par là à tout le corps médical.
Quinze générations plus tard Hercule aurait laissée une fille aux Indes la
reine Pandée, couverte de perles. En moins 517 Skylas de Karyandre explore les
bouches de l’Indus et en parle, Ctésias aussi en moins 416. Socrate (-470-399)
aurait étudié la philosophie avec un sage indien, selon Aristoxène. Puis en
moins 326 Alexandre le Grand va jusqu’en Inde, y rencontre des Yogis (XI,7
Dandamos et Spinès) qu’il nomme gymnosophes (ou sages nus) et en ramène en
Perse (Kalanos), comme Arrien le décrit en détail. Mégasthènes, ambassadeur en
Inde en moins
A Alexandrie, où 120 bateaux par an
allaient aux Indes, Pantène, Clément, Origène parlent avec révérence de la
philosophie des Brahmanes de l’Inde. Et Porphyre raconte le départ du
philosophe Plotin pour les Indes. Et Lucien, Apulée, Tertulien, Jamblique et
surtout le gnostique Bardesane parlent des Yoguis.
A Rome Saint Hippolyte au IIIème
siècle en sait autant sur les Brahmines que l’Encyclopédie de Diderot.
Al Birûni, mort en
Au Xème siècle, Siméon le
Métaphraste raconte la vie du Bouddha dans son livre sur Barlaam.
Au XIème siècle, Galianos traduit en
grec la Bhagavad-Gita. Et l’on peut se demander si l’Hésychasme grec, ou prière
du cœur, n’est pas déjà une première occidentalisation du yoga, comme la
Kabbale d’Abulafia en 1275.
Dans le Livre des Merveilles écrit en français en 1295 Marco Polo donne une
description très exacte des Yogis (appelés Cuiguis), qui vivent tout nus, et
même de la posture en équilibre sur la tête, sous le nom de Skiapodes (ceux qui
vivent à l’ombre de leurs pieds, comme le disait déjà Apollonios de Tyane).
En 1307 l’Histoire des pays orientaux de Haiton l’Arménien contient des
récits de voyages et bien d’autres suivront (de Plan, Rubrouck, Pordenone,
Cora, Marignolli, Balbi …)
Les Portugais parlent des "
iogues " (Albuquerque 1510, Castanheda 1553 dans son Histoire de l’Inde …)
Les Hollandais décrivent l’Inde et
le yoga (Houtman 1598, Shoutten 1617, Dopper 1681, Graaf 1719 …..),
Les Français aussi (Martin de Vitré
1609, Mocquet 1616, François Bernier 1668, Tavernier 1678 …)
1723 à Amsterdam le livre de Bernard
Picart est illustré de gravures de " Jogiis " avec des postures et
des exercices spectaculaires.
1731 les pères Calmette et Pons
ramènent quelques pages des Védas qu’il ont pu se procurer. Bien d’autres
missionnaires et voyageurs rapportent des renseignements sur les " Jogiis
" (Robert de Nobili, Abraham Roger, Joseph de Guignes, Poussines , Kirker,
Raynal …). L’abbé Dubois a vécu 32 ans à Mysore (1791-1823)
1739 la Bibliothèque royale ajoute à
son catalogue de 287 pièces une copie du Rig-Véda et un dictionnaire sanskrit.
Le premier ouvrage traduit est la
Bhagavad-Gîtâ en 1785 en anglais à Londres par Wilkins, puis en français en
1787 par l’abbé Parraud.
En 1785 est fondée à Calcuta la Royal Asiatic Society of Bengal pour
sauver, publier et étudier les textes de l’Inde. Suivra la célèbre collection
" Sacred Books of the Hindus
"
1801-1802 à Paris sous Napoléon,
Anquetil-Duperron (parti aux Indes en 1754) traduit du persan en latin 50
Upanishads, (Oupnek’hat).
C’est le coup de foudre en Occident.
1805 à Calcutta Colebrooke résume
des textes du Véda, toujours tenus cachés jusque là par les Brahmanes. Alors
tous les Occidentaux se ruent sur les textes hindous, c’est la frénésie.
1828 Victor Cousin déclare en cours
"la vraie sainteté c'est l'Ioga"
1842, Edgard Quinet décrit l’Inde
comme " le premier matin du monde ".
En 1870 Victor Hugo reprend la Kéna
Upanishad dans son poème Suprématie.
En
Allemagne. 1808
Frédéric Schlegel écrit " Sur la langue et la sagesse des Indiens "
et conclut : " nous devons puiser en Orient "
1823 première traduction allemande
de la Bhagavad-Gîtâ
1846 première traduction du Râmayana
par A.W. Schlegel
1897, 50 Upanishads par Paul Deussen
…
Tous les philosophes sont
enthousiastes : Hegel (1770-1831), Schelling (1775-1854), Schopenhauer
(1788-1860), Nietzsche (1788-1860), Feuerbach (1804-1872) … et par la suite
Herman Keyserling, Carl-Gustav Jung, etc.
En France.
1795, fondation de l’Ecole des
Langues Orientales
1815 la première chaire de sanskrit
en France est ouverte au Collège de France pour M. de Chezy
1848-1851 première traduction du
Rîg-Véda par Langlois
1852 Barthélémy Saint-Hilaire
traduit la Sâmkhya-kârikâ
1861, traduction française de la
Bhagavad-Gîtâ directement du sanscrit par Emile Burnouf
1867 le Mahâ-Bhârata par Hippolyte
Fauche
1891 l’Atharva-Véda par Victor Henri
1900, Emile Sénart traite de
"Bouddhisme et Yoga"
1903 " De l’entrainement
physique dans les sectes yoguistes " Revue Anthropologique, sous le nom de
"Murial Alex", pseudo d'Alexandra David-Neel (de connaissance que
livresque)
Puis viennent les traducteurs :
Bergaigne, Sylvain-Lévi, La Vallée-Poussin, Emile Sénart, Burnouf, Grousset,
Masson-Oursel, Louis Renou, A-M. Esnoul, Olivier Lacombe, Jean Marquès-Rivière,
Alain Daniélou, Lilian Silburn, Tara Michael, André Padoux, Alain Porte, Jean
Papin, Michel Hulin …
D’autres font connaître les Yogis
contemporains comme Romain Rolland, René Guénon, Jean Herbert … En particulier
Jean Herbert (1897-1980), dès
Les premiers livres sur le Yoga
paraissent en 1907 Bosc, 1915 Michel Sage, 1936 Mircéa Eliade, 1935
Chakraborty,
Enfin paraissent les textes
fondateurs du Yoga et du Hatha-Yoga :
Yoga-Sutra (Wood 1914 en anglais / en
français 1953, Michel Sage 1915, Taimni 1961, Varenne 1981),
Hatha-Yoga
Pradipika (1893/1974), Ghéranda-Samhita (1980 /1992), Shiva-Samhita (1942/),
Shivayogaratna 1975, Kundaliniyoga 1979, les Upanishads du Yoga 1971, Sept
Upanishads 1981 …
En
anglais.
Les Anglais, de par leur domination
coloniale sur l’Inde et leurs maisons d’édition en Inde et en Angleterre, puis
aux USA, en Australie et dans le monde entier, sont bien placés pour être les
premiers à faire connaître le Yoga. Hatha-Yoga d’Atkinson en 1904.
" The serpent power "
d’Avalon est de 1918.
De même l’action des Américains va
être considérable. En 1893 Vivekananda (1863-1902) fait sensation au "
Parlement Mondial des Religions " de Chicago et installe des Missions
Ramkrishna dans bien des pays dont Paris et Genève. Swami Yogananda s’installe
en Californie en 1920 et il connaissait les postures de Yoga. Théos Bernard, au
retour des Indes, a soutenu un des premières thèses sur l’action des postures
en 1943 à l’Université de Columbia.
Mais l’élan a été brouillé par les
premières vulgarisations qui mélangent tout : Yoga, Hindouisme, Bouddhisme,
Occultisme, Esotérisme et pensées personnelles de leurs auteurs (Blavatski,
Besant, Bailey). Et les falsifications vont continuer en Angleterre avec les
livres à succès du journaliste " Rampa ".
Les
attaques. De plus à
peine on présente le Yoga en Occident qu’il est l’objet d’attaques violentes où
l’on mélange tout Hindouisme, Bouddhisme, Tantrisme …
En 1813 c’est Goethe qui se déchaîne
au nom de l’idéal classique contre " ces absurdes idoles, philosophies abstruses
et religions follement monstrueuses ".
1829 Victor Cousin fait au collège
de France les premiers cours sur l’hindouisme en critiquant le Yoga.
1895 Barthélémy Saint-Hilaire,
ministre des Affaires Etrangères, fait paraître trois articles dans la Revue
des Deux-Mondes contre le Yoga, l’hindouisme et le bouddhisme qui perturbent la
société. Puis vont venir les livres d’opposition au Yoga comme " Non, au yoga " de M. Ray 1977,
Hummel 1984, etc.
2. LA PRATIQUE DU HATHA-YOGA EN FRANCE
Depuis que le Yoga est mieux connu,
on découvre qu’il vaut mieux dire les Yogas, car ils sont nombreux : Advaïta,
Amrita, Bahkti, Chakra, Dhyani, Hatha, Jnana, Karma, Kundalini, Laya, Mandala,
Mantra, Nada, Nidra, Purna, Raja, Sahaja, Shabda, Spanda, Tantra …
Dans cette recherche ici par Yoga
pratique (Hatha-Yoga) nous entendons les postures (asanas), la respiration
(pranayama) et la méditation (assise silencieuse immobile). Il existe bien
d’autres pratiques corporelles : mudras (positions des mains), mantras (vocalisations),
shat karmas (six techniques de purification), kriyas (éveils de l’énergie),
yantras (dessins symboliques), mandalas (dessins centrés), etc. (Pour plus de
détails voir Corps et extase). Mais
elles sont bien plus rarement enseignées que les trois principales. Donc ce que
nous cherchons, c’est pourquoi ce Yoga (postures-respirations-méditation) dont
on parle depuis des siècles, les Occidentaux ont mis tellement de temps à le
pratiquer.
Quand a-t-il commencé à se diffuser
en Occident ? Par qui ? Et dans quel but ?
Il est vraisemblable qu’il y ait eu
une première connaissance des postures au dix-neuvième siècle à Londres et aux
USA. Les Sikhs, reconnaissables à leur turban et à leur barbe, ont été les
premiers à vivre en Occident. Il y a de fortes chances pour qu’ils aient
enseigné des postures à différentes occasions. Mais ils n’ont pas fondé
d’écoles. Des danseuses pouvaient montrer des postures, comme Gypsy Rhouma-ji,
ou Nyota Onyoka de Pondichéry, qui réunissait dans son appartement, Porte
d’Auteuil à Paris, un groupe d’études de la Bhagavad Gita dès 1932.
Grangier, médecin des Messageries
maritimes dès 1893, parle sans cesse des Indes et de l’Orient. Dès 1910
Alexandra David-Néel était aux Indes où elle assistait à des cours de
Hatha-Yoga (L’Inde, p.163), mais elle ne l’a jamais enseigné en Europe. Gurdjieff,
arrivé en 1922 à Paris, connaissait les postures de hatha-yoga qu’il critique. Dès
1928 Mircéa Elliade est aux Indes et étudie avec Shivananda, Jean
Marquès-Rivière aussi. Avant 1939, bien
des voyageurs (comme Jean Chevalier à Bénarès) avaient aussi assisté, dans un
hôtel ou sur une place, au spectacle du charmeur de serpent, du cracheur de feu
et du yogi contorsionniste. Mais des acrobates il y en avait aussi en Europe
depuis les Egyptiens et ce n’était pas du Yoga. Jean Manlhiot aurait reçu des
cours de postures en 1942 par un Formosan et Marcelle Auclair aussi au Chili.
A. Les Débuts.
La période favorable où la pratique
du Hatha-Yoga a pu enfin s’implanter en France se situe entre 1930 et 1935. C’est
du essentiellement à la rencontre de trois personnes remarquables, Maryse
Choisy, Cajzoran Ali et Kerneiz, qui ont collaboré à son éclosion.
A. MARYSE
CHOISY (1903-1979)
Maryse descend des empereurs de
Byzance par sa grand-mère qui était une Paléologue. Après une enfance dans son
château de Saint-Jean-de-Luz elle passe son Bac à 15 ans et lit Platon en Grec.
En 1919 elle part à Londres, elle est admise à 16 ans à l'Université de
Cambridge pour des études de philosophie et de sanskrit au Girton College où
elle apprend le Yoga. En 1921 elle obtient sa licence de philosophie et prépare
une thèse sur la philosophie Samkhya. En 1922 elle part aux Indes et se fiance
avec un maharadja, Koumar. A 19 ans c’est le rêve du grand amour qui se
réalise. Malheureusement le destin est là qui veille. Koumar a une Rolls et se
tue la veille de son mariage dans un accident de voiture. Elle séjourne dans
l’ashram de Rabindranath Tagore et est initiée au yoga.
En 1926 à 23 ans, elle est
Docteur ès Lettres avec une thèse sur "Les systèmes de philosophie Védânta
et Sâmkhya", soutenue à la Sorbonne. A cause de ses intérêts pour l'Inde
et le Yoga elle rate la carrière universitaire qu'elle envisageait et devient
romancière, journaliste et éditrice. Elle
multiplie les revues : 1927 La Chirologie, Votre Destin, Votre Bonheur,
1935 Consolation … Elle y publie dès 1935 des photos de danseuses ou de
Cajzoran Ali dans des postures de hatha-yoga ainsi que des articles de Kerneiz
et de Cajzoran.
Je l’ai rencontré vers 1953, puis
je suis allé la voir chez elle, dans son duplex du 40 rue Lauriston dans le
seizième arrondissement, il se situait dans un de ces ateliers d'artistes bâtis
de part et d'autre d'une voie intérieure bordés de jardins. Et il est vrai
qu'en plein Paris on entrait dans un havre provincial de calme et de silence.
Le nom de cette rue était pourtant célèbre pour avoir été pendant la guerre le
nom de la maison de la Kommandatur où au 95 les SS torturaient les français. Sa
maison était décorée de tous ses souvenirs ramenés de ses voyages. On était
saisi en arrivant chez elle par un étrange tableau « vu en rêve » qui
trônait derrière son bureau. Il était impressionnant avec ses nuances bleues et
l’on ne pouvait plus le quitter des yeux. Il avait été peint par elle-même
d'après une vision qu'elle avait eu avant-guerre. Et quand elle est allée en
1952 à Rishikesh, elle s'est promenée sur la rive droite du Gange et elle s'est
arrêtée soudain devant l'ashram Swarg (le monastère céleste), le Gîta-Bhavan et
le Param-arth-niketan et soudain elle a enfin vu son tableau. C’était
exactement ce qu’elle avait peint sur son tableau dans sa vision prémonitoire,
comme j’ai pu le vérifier. Et ce ne fût pas la seule de sa vie. « Les
mythes sont plus vrais que l’histoire, car ce sont des nœuds d’énergie »
me disait-elle souvent.
J'ai participé aux cours de yoga
et méditations qu'elle dirigeait le mercredi. Elle avait un extraordinaire
trône tibétain avec une peau de Yack, qu’elle rejoignait en descendant
lentement l’escalier de son duplex. Sa méthode de méditation était fondée sur
la vision de la lumière intérieure étincelante où elle cherchait à entrer.
Cette lumière intérieure et extérieure lui avait été donnée par son maître
Kirpal Singh. Elle m'a beaucoup apporté. Il faut dire qu'elle était la seule en
France (à ma connaissance) à pratiquer et faire pratiquer une méditation Yoga.
Tous les autres "professeurs" de yoga reniaient soigneusement la
méditation alors qu'il s'agit des quatre membres supérieurs du Yoga de
Patanjali (ashtanga-Yoga des Yoga-Sutras). Donc ceux qui voulaient quand même
pratiquer la méditation étaient obligés de lui adjoindre une pratique externe :
le Zazen avec Déshimaru.
Depuis je pense avoir suivi
l'enseignement de Maryse Choisy en terminant toujours le cours de Yoga par une
longue assise silencieuse et en considérant que le cours avec postures et
respirations n'en sont qu'une
préparation. C’est un retournement complet de la compréhension du yoga :
non plus les postures pour elles-mêmes avec un peu de respiration, mais les
postures et le souffle comme une préparation au ralentissement des distractions
du mental et à l’ouverture de l’intériorité profonde.
B. CAJZORAN ALI (1903-1975).
Malgré son nom oriental, elle serait
née à Memphis, état de Tennessee aux USA le 13 décembre 1903. Mais elle naît
dans la souffrance et la maladie, condamnée par tous les médecins, le coté
droit entièrement paralysé. « J’ai traversé treize fois la mort, car j’ai
subi treize opérations. J’en suis sortie plus forte et plus triomphante que
jamais. J’ai été sauvée uniquement par la respiration, la volonté et la
foi ». C’est-à-dire par le Yoga. Même son nom pose bien des
interrogations : Ali étant le prénom, est-ce un nom iranien ou plutôt
arménien, ou tout simplement un nom de plume ?
En 1928 à 25 ans
elle publie un livre anglais sur « DIVINE POSTURE, influence upon
endocrine glands », New-York City USA (Les postures divines, leur
influence sur les glandes endocrines). Elle décrit 48 postures classiques de
hatha-yoga. Elle les illustre de photos d’elle-même, nue avec un deux pièces
assez large, ce qui se faisait assez peu à cette époque. Et elle présente les
postures classiques ( l’arbre, paschimottasana, sarvangasana, charrue,
cobra, lotus noué … ) en les décrivant sans jamais donner un seul nom, sanskrit
ou occidental. Puis dans une seconde partie, elle décrit les sept chakras de
bas en haut, en les liant aux glandes hormonales, aux planètes et à la Bible …
Dans ce livre, elle demande de ressentir le contact avec le
Christ vivant, selon le petit livre de l’apôtre Jean et termine ainsi « Au
nom d’Allah, le Bienfaisant, le Miséricordieux, que la Paix soit avec
vous ». Ce qui témoigne d’un oecuménisme certain.
Puis nous la
retrouvons en France où elle parle et écrit parfaitement le français. A Paris
elle donne une initiation à Maryse Choisy et publie dans ses revues Votre
destin, puis Votre Bonheur, Consolation, l’hebdomadaire des
sciences merveilleuses et enfin Votre bonheur et destin … des
articles de Hatha-Yoga et illustre par ses photos les articles de Fernand
Divoire sur le yoga (par exemple : Votre bonheur et destin n° 2 du 5 avril
1935). Dans Consolation elle écrit toute une série d’articles sur
« les clefs du yoga et de l’Apocalypse par les glandes endocrines et la
respiration ». Mais elle ne s’entendait pas avec l’autre professeur de
yoga, Kerneïz, qui présentait dans ces mêmes revues un yoga pour l’occident,
beaucoup moins ésotérique.
Elle arrive le
23 novembre 1938 au Jardin des Plantes de Montpellier sous le nom secret de Zorah « grande
initiée zoroastrienne » créant un cercle de douze disciples, tous
masculins avec Pierre Teilhard de Chardin, un évêque gnostique, un alchimiste
italien, Lefebvre mathématicien français de géométrie sacrée, François Brousse
(1913-1995) poète-professeur de philosophie, etc. Elle apparaît vêtue d’un sari
hindou azur et or, avec ses grands cheveux noirs dans le dos et le point rouge
de Shiva sur le front. Puis elle reconnaît François Brousse, pour avoir déjà
vécus ensemble dans une précédente vie à l’époque de l’empereur Moghol Akbar
(1542-1605). Repartie en train à Paris, elle revient la semaine suivante à
Béziers pour lui donner l’initiation suprême. Elle porte une valise avec des
timbres des Indes et de Californie et pendant un mois selon les livres secrets
du Mazdéisme, « elle révéla quarante-huit exercices d’une beauté
surprenante et d’une efficacité sans pareille ». Puis elle enseigne des
Upanishads, les 24 Tarots de l’Inde, qui correspondent aux 24 Sages immortels
(en réalité les 24 Tirthankara ou sages de la religion Jaïn). Son yoga est
formé des six figures (Serpent, Lion, Taureau, Aigle, Ange, Etoile), des
dix-huit types de respirations, des sept organes subtils, des cinq rayons du
soleil des mages et de l’entrée dans les sept chakras, qu’elle nomme des sceaux
et relie à des glandes hormonales. Elles sont les forces conscientes et
transcendantes qui organisent l’Univers et ses postures sont donc divines. Ce
yoga est décrit par François Brousse dans La trinosophie de l’étoile polaire,
éd. La Licorne Ailé, 1990 et dans Jean-Pierre Wenger François Brousse,
l’enlumineur des mondes éd. Danicel productions, 2005.
Elle raconte avoir
eu son initiation la nuit de Wésak 1934, première lune de mai, dans l’Himalaya,
après une semaine de jeûne, où elle a eu la révélation de l’Infini, l’Absolu,
l’Eternel. En se fondant dans le ciel étoilé et en recevant le nom de l’étoile
polaire, Zorah, elle devient la fille du Souffle Sidéral. Même si cela ne s’est
pas passé exactement comme elle le décrit, il est vraisemblable qu’elle a été
aux Indes et a eu une montée de kundalini. Ce qui ne l’empêchait pas de se dire
« originator and true exponent of divine posture », alors que ces
postures sont celles que Shiva a montré à sa Shakti Parvati, transmises par
la suite par la lignée des yogis de l’Inde !
Après le 3
septembre 1939, c’est l’entrée de la France dans la guerre et devant cet
ouragan européen, on perd totalement la trace de Cajzoran Ali. Elle apparaîtra
à Brousse et Gilberte Durand en 1975, à sa mort pensent-ils. Elle a
enseigné du yoga, postures et respirations, à des groupes du Midi et un des ses
élèves m’en a montré en 1943 dans le Sud-Ouest.
Il reste son livre qui va avoir un destin singulier. Gilberte Durand en
publie une première traduction française à Prades (66500) en 1982. Une nouvelle
édition est faite par La licorne ailée en 1994. André Van Lysebeth le
redécouvre un jour dans sa bibliothèque ;
très intrigué puis complètement fasciné par sa beauté, il le traduit en
français et le publie dans sa revue Yoga en 1984 et enfin il le réédite
par souscription comme livre en 1995. Sa revue, lue dans le monde entier, fait
connaître ce livre, sans droits d’auteur, qui est copié et ressort de
partout : Allemagne, Danemark, Espagne, Grèce, Hollande, Inde, Italie,
Suisse, USA … Il a du être numérisé et est publié le 24 janvier 2003 par Kessinger Publishing,
UK, imprimé à la demande. Il est traduit en Grec en 1999 : Oi Theis
staseis … et diffusé dans toute la dispora grecque. Une édition spiralée
est faite par Cape Coral en Floride et on le retrouve dans bien des états
américains avec le Mind Control, Breath Culture, Yogi exercice … Diverses
personnes enseigneraient ce yoga à partir du livre, dont Zinit à Casablanca et
dans tous les forums d’Internet on en parle de plus en plus … Voilà, vous en savez autant que nous, mais
tout reste encore à découvrir sur l’énigme des Postures divines de Cajzoran Ali
et son fameux code secret.
C. Constant Kerneiz (1880-1960) Jusqu’à preuve du contraire, il semble
que la première école de Yoga en France
ait été celle de Constant Kerneiz (1880-1960). De son vrai nom Félix
Guyot, il avait pris comme nom de plume, celui de sa mère, qui était bretonne.
Il avait été professeur de philosophie dans des collèges privés et journaliste
à Nantes, à Londres et à Paris. En 1928, il s’installe à Londres où un Indien
(Hindou ou Sikh ?) lui enseigne les postures et les respirations du Yoga. Il
n’en parlait pas plus, ce devait être un commerçant assez jeune, car il ne
l’appelait jamais ni maître ni gourou. La théorie il l’avait apprise dans les
livres anglais de l’époque, en particulier la collection " The Sacred
Books of the Hindus " de G. Bühler. Il publie en 1933 Yoga for the West (Rieder, London). En 1936, il déménage à Paris rue
Victor-Considérant avec sa femme Anaïs et sa sœur Sylvie, puis il donne les
premiers cours dans son appartement au premier étage du 12 rue Mouton-Duvernet
dans le 14ème arrondissement. Il publie Le Hatha-Yoga chez
Tallendier, des articles sur le Yoga dans Le Journal de la Femme où il tenait
la chronique astrologique, puis dans la revue Le Lotus bleu, et surtout Elle. Recherché par les Allemands, il doit se
cacher pendant l’Occupation. Et il reprend ses cours à la Libération en 1945.
Parmi ses élèves les plus connus il y a Richardeau, Philippe Torrès, Philippe
de Méric et Lucien Ferrer. Avec la publication en 1949 de son livre Le Yoga
de l’Occident il devient célèbre et arrivent de nouveaux élèves :
Elvire Popesco, Mouloudji, Marcelle Auclair … Après avoir lu et pratiqué son
livre en 1943, j’ai pu prendre avec lui un premier cours en 1946, on rangeait
les fauteuils du salon pour pouvoir pratiquer. Puis je suis devenu son élève
régulier en 1953 jusqu’à sa mort. Les postures étaient montrés par une jeune
monitrice, vendeuse à la librairie Véga, boulevard Saint-Germain, Madame
Demange qui continuera après sa mort à enseigner sa méthode 16 square d’Alboni,
Paris 16ème. La fille de Kerneiz, Esther Guyot, fera de même à
Rennes. Sa nièce Mme. Etendart a appris avec lui mais n’a jamais enseigné. Il
terminait la séance par une relaxation allongée et non pas par une méditation
assise comme Maryse Choisy.
J’essaie aussi de transmettre l’essentiel de
ce Yoga " l’appel de l’Absolu ", selon ce que Kerneiz enseignait et
a écrit dans une de ses préfaces : " Ce livre s’adresse à celui qui, en
désaccord fondamental avec son milieu, douloureusement insatisfait de la vie
tant dans ce qu’elle lui donne de bon que dans ce qu’elle lui donne de mauvais,
a ressenti l’appel de l’Absolu ". L’appel de l’Absolu m’a toujours paru le
secret du yoga.
B. Les successeurs
En 1938 Lanza del Vasto (1901-1981)
rentre des Indes et fait partout son récit de voyage qui paraîtra en 1943 sous
le titre " Pèlerinage aux sources ", avec un succès énorme. Dans ses
conférences, il prêche la non-violence (ahimsa) et la force du vrai
(satyagraha) de Gandhi et fonde son Ashram, la communauté de l’Arche, où il a
enseigné du hatha-yoga, selon J.B. Libouban, son successeur.
En 1935 Thérèse Brosse, jeune
cardiologue, avec l’aide du Dr. Laubry obtient une mission d’études aux Indes
pour mesurer des Yogis à l’électrocardiomètre, au pneumographe, etc. elle y
revient en 1952, (avec Maryse Choisy) et 1958.
Nil Hahoutof (Youri 1900-1982) m’a
dit avoir fait d'abord de la danse puis du cirque et rencontré un Hindou (Hyran
Moy Chandra Gosh) qui lui aurait appris le yoga dès 1925 et il aurait enseigné
pendant la guerre dans une école privée pour enfants handicapés près de
Montpellier.
En 1947 Shri Ghatradyal Mahésh
(1924-2007) , venu travailler à l’Ecole Nationale des Sports au bois de
Vincennes, ouvre un cours de Hatha-Yoga, 50 rue Vanneau Paris 7ème, sous
l’égide du Dr. Filliozat, Professeur au Collège de France, du Professeur Creff
... J’ai participé aux premières séances où il enseignait la Salutation au
soleil, puis j’y suis revenu plus tard avec le Dr. Frédéric Leboyer, Arnaud
Desjardins, Marie-Madeleine Davy, Xavier Emmanuelli, etc.
Le 26 février 1950 il donne une
conférence sur le Yoga dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, présenté par
le Dr. Dolto et Françoise Dolto (ses parents adoptifs) et Swami Siddeswarananda
du Centre de Gretz de l’Ordre de Ramakhrisna et il fonde le CRCFI (Centre de
Relations Culturelles Franco-Indien).
En 1949 le Dr. Bex présente le Yoga
dans la Revue de Kinésithérapie.
En novembre 1950 deux Indiens, le
Dr. Goswami et son élève Pr. Pramanick de l’Institut de Stockholm, viennent à
Paris donner une Conférence-démonstration à la Sorbonne, puis formèrent Liliane
Siégel.
Vers 1950 aussi le Hatha-Yoga est
enseigné à Zurich et Genève en Suisse par un jeune hindou Selvarajan Yésudian.
Il écrit avec Mme Haich un livre à succès " Sport et Yoga " avec des
photos de postures.
En 1950 Lucien Ferrer
(1901-1964), élève de Kerneiz, ouvre 24 rue Feydeau en 1948, puis 21 rue
d’Uzès, l’Académie occidentale de Yoga, où je suis les cours jusqu’à sa mort en
1964. Ayant jusqu’à 500 élèves, bien des cours étaient assurés par des
moniteurs dont Yvonne Millerand, Huguette Pinson, Roger Clerc et quelques
autres. Ferrer fait connaître le yoga par des conférences et des
démonstrations. Une des premières fit sensation, le 3/12/1950 Salle de
Géographie bd St-Germain, car il monte sur la table se met en équilibre sur la
tête et fait sa conférence pendant une heure sans perdre son équilibre et sans
se fatiguer à parler la tête en bas. En
tant que Catalan né à Banyuls, il fera exactement pareil à Perpignan le 28 mai
1954, invité par François Brousse. Mais c’était d’abord un guérisseur qui avait
un don et qui n’est venu au yoga que secondairement pour se recharger en
énergie. Lui parlait de Yoga tibétain, mais semblait avoir appris l’essentiel
dans le livre de Evans-Wents … Après sa mort l’Académie sera dissoute et son
enseignement continué par sa fille Jacqueline Bignon et surtout par Roger Clerc
(1908-1998) sous le nom en 1978 de " Yoga de l’Energie " avec les
succès et les développements que l’on connaît, parmi ses élèves M . et
Mme. Laffez, Boris Tatzky …
En 1953 Philippe de Méric
(1914-1991), élève de Kerneiz, ouvre un cours Yoga par correspondance, le
Dynam-Institut. C’est un peu comme si l’on voulait enseigner la boxe par
correspondance, mais malgré tout, cela a eu beaucoup de succès et a rendu le
Yoga célèbre. Puis ceux qui en voulaient plus sont passés par la suite dans des
cours avec un professeur de yoga.
En 1956 Louis Frédéric fait paraître
Yoga-Asanas avec des photos des postures de Vishnoudévananda à Rishikesh. Et le
Père Déchanet (1906-1992), moine bénédictin, pratique du yoga nudiste, publie
" La voie du silence " en
1956 et fonde un groupe de " yoga chrétien " dans l’Isère en 1964.
A partir des années 60 c’est
l’explosion des livres, revues, cours et publicités. Les clubs de yoga
fleurissent à tous les coins de rue. Eva Ruchpaul et Georges Coulon entraînent
l’équipe française de ski. Pousson et Huard rendent compte de recherches
physiologiques sur le Yoga dans le Concours médical du 04/01/1960. Leurs
recherches sont continuées par Henrotte, Etévenon, Lonsdorfer, Gastaut, etc. En
1963 André Van Lysebeth (1919-2004), de retour à Bruxelles de chez Swami
Sivananda de Rishikesh, lance sa revue " Yoga " et des cours dans
toute l’Europe.
C . Les voyages aux Indes.
Alors commencent les voyages aux
Indes pour se former à la source. Tout le monde se met en chasse pour " sauver le précieux héritage ". Dans
les années 1950, il semble que tout l’enseignement du Hatha-Yoga remonte
principalement à deux sources, l’une au nord l’autre au sud. Bien entendu il y
avait quantité de Saddhus, Sannyasins, Sikhs, Avadhutas, Jaïns qui pratiquaient
aussi du Hatha-Yoga, mais ils ne voulaient pas l’enseigner, ni même le
reconnaître. La principale source se trouve à Rishikesh, là où le Gange sort
des gorges de l’Himalaya. Dans cette ville sainte Swami Sivanada Sarasvati
(1887-1963) vient en 1924 de fonder un ashram (Yoga Vedanta Forest Academy) et la Divine Life Society après
avoir fait sa carrière comme docteur à Malacca. Il réunit autour de lui une
vingtaine de Swamis (Krishnananda, Nadabrahmananda, Venkateshananda …) qui vont
après essaimer partout dans le monde. Swami Chidananda (1916-2008), le saint
estimé de tous, garde la direction de l’ashram après la mort de Sivanada.
Satchitanada, après bien des voyages, s’installera aux USA en Virginie.
Shankarananda fondera un ashram en Afrique du Sud. Satyananda (1923-2009), avec
une mère tibétaine, est influencé par le Bouddhisme et rassemble partout des
techniques tantriques, ce qui donnera un enseignement un peu particulier
(Yoga-nidra, Mauna, Chidakhasha dharana, les 70 kriyas ). Puis en 1963 il fonde
une université du yoga à Monghyr dans le Bihar (Bihar Yoga Bharati) avec ses disciples Yogamudrananda,
Yoganidrananda et Niranjanananda. Swami Hridayananda était une doctoresse
indienne ophtalmologue qui dirigeait le dispensaire gratuit. Les deux
spécialistes des postures étaient Vishnou Dévananda (1927-1993) et Râj Bua. Le
premier sera le modèle unique du livre Yoga-Asanas, puis il fondera des ashrams
à Valmorin au Canada, aux Bahamas, aux USA, au Kérala, au nombre de vingt-cinq
et lance une campagne mondiale pour la paix en 1970. Subramanya Râj Bua (le Roi
des Anges) n’était pas swami car il avait eu une femme et trois enfants. Tenu
pour mort à 8 ans, son corps avait été donné à un saddhu de passage qui l’avait
réanimé par le Yoga. Je l’ai reçu à Paris, travaillé avec lui et mesuré ses
progrès de 70 à 90 ans par des photographies et il a continué à faire des
postures parfaites jusqu’à 104 ans. Combien d’Européens sont allés se former à
Rishikesh comme André Van Lysebeth, Maryse Choisy, Robert et Suzanne Chauvel,
Eveline Grieder, Guy Despinardes…
L’enseignant du Sud est Tirumalaï
Krishnamâcharya (1888-1989), professeur de Yoga du Maharaja de Mysore, alors
établi à Madras. Il a eu comme élèves Pattabhi Joïs, Indra Dévi, Thérèse
Brosse, Jean Klein, Gérard Blitz, Yvonne Millerand … Le frère de sa femme
B.K.S. Iyengar a commencé à enseigner le Yoga à Poona en 1937 à 19 ans. Puis
ses deux fils enseigneront à leur tour T.K.Sribhashyam à Nice et T.K.V.
Désikachar en Europe avec le Viniyoga, puis le Khyf.
Certes, il y avait d’autres
enseignants comme Pattabhi Joïs à Mysore, Dhirendra Brahmachari (1925-1994) à
Delhi, Satchidananda le Muni de Madras (1910-2006), Kumara swamiji, Swami
Chinmayananda, etc. Mais la plupart des enseignants européens se sont d’abord
formés à Rishikesh ou à Madras. Certains cependant ont eu aussi des contacts
avec l’Institut de recherches scientifique du Yoga (Kaivalyadhama) fondé à
Lonavla par Kuvalayananda de 1924 à 1934 avec sa revue Yoga-Mimamsa, puis qui
s’est continué après sa mort avec Digambarji et le Dr. Bhole. Le célèbre Swami
Muktananda (1908-1983) n’a été connu mondialement qu’en 1974 par la prise
spontanée de postures lors de la montée de la Shakti en donnant Shaktipat.
Après dix voyages aux Indes j’ai pu
décider à venir en France en 1981 le représentant de la lignée du Kriya-Yoga de
Yogananda, Swami Hariharananda Giri du Karar-Ashram de Puri en Orissa avec ses
disciples. Et il a pu donner les initiations védiques de la lumière (Jyotir),
du son (Nada) et de la vibration (Spanda).
Le Sivaïsme non-duel du Kashmir a
été introduit en France par Lilian Silburn (1908-1993) qui a traduit et publié
de nombreux textes dont le Vijnana Bhairava Tantra en 1961 et La Kundalini en
1983.
D. Les Fédérations
La crise qui va éclater a plusieurs causes.
La concurrence commence à se faire plus dure et certains veulent se préserver
un marché national. Commence à apparaître l’idée que l’on peut former des
professeurs de yoga à la pelle. On veut inventer un " yoga occidental
" bien différent de celui de l’Inde. D’autres parlent d’une reconnaissance
étatique ou d’un contrôle gouvernemental et rêvent d’une exclusivité et d’une
hégémonie suprême, ou s’en accusent les uns les autres. La lutte va démarrer
essentiellement sur des procès d’intention et un manque de confiance. Et il va
arriver au yoga européen, ce qui est arrivé au christianisme : l’explosion en
une multitude d’églises, de chapelles et de groupes, mais cependant sans les
guerres de religion.
Les
Fédérations.
L’union fait la force, d’où les fédérations. Elles se succèdent et se
multiplient en durant plus ou moins longtemps. La première est la "
Fédération française de Yoga sous contrôle médical " parue au J.O. du 12
janvier 1967. La " Fédération française de Yoga " le 14 juillet 1967
devient le 8 janvier 1968 la " Fédération Nationale des Professeurs de
Yoga ". La " Fédération française de Hatha-Yoga et disciplines
associées " est fondée à la même époque par le Dr. Creff et Shri Mahesh.
La " Fédération culturelle de Yoga " est fondée par Jean Rousseau,
directeur de l’Institut de Yoga intégral. Puis vient la FIDY (Fédération
Inter-enseignements de Hatha-Yoga) en 1980, etc.
Les fédérations fondées, il reste à
obtenir l’exclusivité de la formation, comme c’est de règle en France pour une
seule Fédération sportive. En attendant on peut obtenir un agrément d’un
ministère, ce qui semble être un premier pas. La Fédération Mahesh est la
première à avoir un agrément le 24 décembre 1969. L’Institut Eva Ruchpaul
obtient le sien peu après et la FNPY le 6 février 1970.
Puis vient un énorme canular. Le
Secrétaire d'état à la Jeunesse et aux Sports sollicité dit ne pas savoir ce
qu’est le Yoga et nomme en 1972 une Commission pour en faire une étude
scientifique. Puis il l’oublie et la Commission autour du Dr Bourlière continue
ses réunions par plaisir, à la grande fureur des professeurs de yoga qui en
sont tous exclus pour ne pas faire de jaloux. Dès le début j’ai fait partie de
cette commission, dont le seul résultat a été un rapport mis dans un tiroir et
finalement le livre écrit par un autre de ses membres le Dr. Bernard Auriol de
Toulouse. Les professeurs de yoga occidental réclamaient une reconnaissance et
un statut. Puis une fédération a créé " l’Union européenne de Yoga "
et l’autre a suscité la création d’une Confédération des fédérations. J’ai
longtemps fait partie des deux fédérations pour essayer de garder un lien et de
les unir et en plus j’ai longtemps participé aux activités de la Confédération
présidée par Mme. Maud Forget (1908-2004) du Cercle du Védanta, puis de l’Ecole
normale de Yoga de Boulogne-Billancourt. Son travail le plus efficace a été la
création du Programme minimum européen, finalement adopté sans trop de
variations par toutes les autres Fédérations.
A coté de ces Fédérations sont
apparus des mini-fédérations ou Groupes : Centre européen de yoga de Rishi,
Université nationale de Yoga d’Alaphilippe, de B.K.S. Iyengar, Viniyoga de
Désikachar et Claude Maréchal, de Satyananda (DEPS de Swami Devatmananda), de
Babacar Khane, Soleil d’Or d’Ajit Sarkar en 1977, RYE (Recherche sur le Yoga
dans l’Education), la maison du Yoga (Mathieu), le Centre Tapovan de Kiran
Vyas, de Shri Chinmoy (dès 1964), Arnaud Desjardins, Maurice Daubard, René
Bouanchaud, Nils Daum, la Maison Amrita…
Puis est apparue la Fédération des
Yogas Traditionnels et sa revue " Linga ". Avec Christian
Tikhomiroff, elle a grandi jusqu’à rencontrer les mêmes problèmes que les
grosses fédérations. Puis pour les éviter, elle est revenue, avec André Riehl,
à une structure légère et souple, comme la Confédération.
Ces fédérations ont créé leurs
écoles de formation des professeurs dans chaque région de France, de une à une
douzaine par fédération. Ainsi pendant plus de 15 ans ces écoles ont produit
(selon mon évaluation) environ 500 professeurs de yoga par an, sans aucune
concertation, en saturant complètement le marché.
Finalement la reconnaissance du
statut de professeur de yoga a été obtenue de fait 20 ans après et de façon
catastrophique, par l’obligation d’un impôt de TVA sur chaque cours ou leçon de
yoga. Ceci a fait disparaître la moitié des enseignants, car même les cours
bénévoles étaient taxés. Bien des écoles de formation de professeurs de yoga
ont du fermer et les autres ont vu leurs effectifs sérieusement diminuer. La
mode du Yoga en France a donc duré 20 ans de 1965 à 1985. Puis elle a été
remplacée par d’autres modes (Taï-chi, Sophrologie, Taoïsme, Chamanisme,
Stretching, Aérobic, Fitness et surtout Reiki, etc.). Maintenant les opposants
du Yoga disent partout (même à la T.V.) que si le yoga n’est pas une secte, il
est l’antichambre des sectes.
Le dernier avatar de cette invention
du " yoga occidental " est dans sa forme américaine de
capitalisation, commercialisation et mondialisation. Depuis la Californie ou
les USA sont déposés (registered) tous les ans de nouveaux systèmes de
gymnastique occidentale, mélangés ou non de bribes de yoga, sous des noms
protégés comme " power-yoga
", " sphurana-yoga ",
"Ashtanga-Yoga",
« Bikram-Yoga », « Swasthya-yoga » etc. Il
est désormais interdit dans le monde entier d’enseigner ces systèmes sans avoir
été longuement et chèrement formés par le fondateur américain, sans porter son
uniforme et sans lui reverser de grosses royalties, etc. Mais il existe aussi
des Confédérations en Afrique, Inde, Asie, un Conseil mondial du Yoga (1970) et
depuis 1987 une Fédération internationale de Yoga.
Les causes
de la discorde. Il
n’est pas aisé de discerner les raisons de ces divisions, car les causes sont
dissimulées et enchevêtrées dans un ensemble assez complexe. Certains vont
parler de retour dans l’égo, de personnalités narcissiques, de querelles
religieuses d’un autre âge, etc. On pourrait dire aussi qu’il s’agit de
l’invention d’un " yoga occidental " en opposition à celui de l’Inde.
(Mais il n’y a pas eu cette lutte entre un judo européen contre le judo
japonais). Les différences sont souvent ténues, il s’agit d’un état d’esprit
avec beaucoup de procès d’intention. Certains enseignants européens ont refusé
la prééminence de l’Inde et tout contrôle médical. Ils ont développé le coté
scientifique en ajoutant dans leurs écoles beaucoup d’anatomie et un peu de
psychologie. Ils ont surtout été allergiques à la présence des Swamis se
moquant de leurs travers (supposés ou réels). Ils n’ont pas pu admettre la
spiritualité du Yoga et la sainteté des Etres réalisés de l’Inde. Ils ont beau
jeu de critiquer les quelques excès d’ashrams devenus des sectes (dont celui de
Rajnesh à Poona ou de Hamsananda à Castellane). Et les autres peuvent critiquer
la diffusion universelle du nouveau " gnagna-yoga
", gymnastique douce pour riches dames désoeuvrées luttant contre la
cellulite et l’ennui. Pour les uns c’est la place de la religion chrétienne qui
fait problème : le yoga ne serait qu’un adjuvant à la prière, en remplaçant le
prie-Dieu. Alors que pour les autres il s’agit de TAT, Cela, le Transpersonnel,
antérieur à tous les dieux personnels et à toutes les guerres des religions
hégémoniques. Finalement les uns ne voient dans l’Inde que ses défauts (et ils
sont nombreux) alors que les autres l’aiment quand même ou aiment encore plus Mother India. Pour les uns ceci recouvre
la persistance de la mentalité colonialiste raciste contre les Indiens, alors
que pour d’autres il s’agit par dessous d’une guerre de religions (12 millions
d’Indiens convertis par les missionnaires chrétiens contre moins de 10
européens devenus Hindous) …
Ceci avec parfois des retournements
de situation. Des Occidentaux invitent des Yogis et des Swamis en Europe. André
Van Lysebeth ouvre en 1965 puis les 8 et 9 décembre 1967 à Bruxelles les
Premières Journées internationales du Yoga avec Swami Satchitananda et Dev
Murti, etc. Son élève Jean-Pierre Radhu veut faire mieux en organisant en mai
1972 la première Foire du Yoga à Saint-Symphorien près de Mons Belgique, dans
l’immense parc de Mme. De Priches. Ce fut une rencontre extraordinaire,
inoubliable avec tous les grands enseignants de Yoga venus des Indes et du
monde entier, mais il n’y eut pas de seconde rencontre. Gérard Blitz
(1912-1990), fondateur du Club Méditerranée puis Secrétaire de " l’Union
européenne de yoga ", organise du 2 au 9 septembre 1973 une semaine à
Zinal en Suisse consacrée au Yoga où il invite les grands conférenciers du
moment et quelques Swamis et Hindous. Ils instauraient une ambiance sacrée bien
différente des frivolités occidentales. J’ai participé aux dix premières
années, puis j’ai présidé en 1991 le dernier Zinal au Club Méditerranée,
consacré à " L’Ame et le corps " avec Swami Yogamudrananda. Là plus
qu’ailleurs se sentait le clivage entre les amoureux de l’Inde et du Yoga
spirituel et traditionnel face à leurs opposants.
Finalement il semble pour le moment
que le Yoga ait échappé au piège de l’hégémonie, du pouvoir étatique et de
l’enseignement officiel dans l’unique école nationale. Il a gardé sa liberté,
sa diversité et sa multiplicité. Chacun finit par trouver en son temps la forme
de Yoga qu’il cherche et qui convient à son degré d’évolution du moment ou
niveau de sadhana. Et c’est très bien ainsi. Encore faut-il avoir une vue des
différentes possibilités.
E. Les méthodes d’enseignement du Hatha-Yoga.
Un autre sujet de surprise et parfois d’opposition est la différence des différentes méthodes d’enseignement du Yoga. Curieusement rien n’a encore été écrit à leur sujet. Je ne vois pour ma part aucune opposition dans cette multiplicité. Il y a bien des voies et des chemins d’accès. Le monde du Yoga est immense, colossal et tout ne peut être donné à la fois. L’essentiel est le but que l’on se propose, en se centrant sur le principal. Mais en général il n’est pas explicite ni même conscient chez les fondateurs des méthodes. Pourtant il peut être déduit clairement des préceptes et des pratiques. Les différences peuvent porter sur :
- les cours collectifs ou
individuels,
·
le fait que l'enseignant montre la posture ou non,
· parle pendant le cours ou non,
· touche ou non les élèves,
· instaure une progression dans les postures de la séance avec
pose/contre-pose ou non,
· ne fait faire que des postures immobiles ou au contraire des
mouvements/enchainements,
· apprend les postures ou fait pratiquer le yoga,
· insiste sur le corps ou sur l'âme (Atman), sur le corps
grossier (Stula-Yoga) ou sur le corps subtil (Sukshma-Yoga) …
Par exemple, en voici quelques unes,
telles que j’ai cru les comprendre au moment où elles sont apparues et où je
les ai rencontrées vers 1960 (et non pas telles qu’elles sont maintenant). Je
note quelques différences mais certainement chaque méthode ne se limite pas à
cela. Et à mon avis elles ne sont pas opposées mais complémentaires, comme les
peintres, les musiciens ou les fleurs dans un jardin.
Le
Sahaja-Yoga de Amrit Désaï. Etant connecté avec la Buddhi, il s’allonge un instant et change
rapidement d’état de conscience. Alors la Shakti est présente et devient
sensible pour tous. C’est elle qui engendre les postures les unes après les
autres ; leur enchaînement n’est pas pensé ni aucune posture prévue à l’avance,
un peu comme dans du somnambulisme. L’effet est saisissant même sur les
spectateurs, sauf sur quelques disciples qui copient par écrit la liste des
postures, pour pouvoir après les reproduire dans le même ordre, montrant qu’ils
n’ont rien compris au travail spontané de leur maître. Après son départ, ses
élèves ont développé le Kripalu yoga.
Le
Sutra-Yoga de Shri Mahesh. On apprend une série classique de postures, que l’on répète toujours
pareilles dans le même ordre. Ce qui libère l’esprit pour ressentir l’esprit du
Yoga (sutra, le fil du collier des postures). Ce qui se rapproche de la méthode
précédente. Donc il ne faut pas alterner pose et contre-pose et l’on tient
chaque posture le temps d’un cycle respiratoire ou d’une rétention.
La méthode
Eva Ruchpaul. Elle
préconise une certaine spontanéité dans l’apparition des postures et semble
plus adaptée à des corps minces et souples.
La méthode
Nil Hahoutoff.
Comme il le disait lui-même, c’est une méthode de pré-yoga. Elle est issue du
travail du cirque : on assouplit le corps par un long échauffement et
effectivement il est capable après de pouvoir faire ce dont qu’il était
incapable auparavant. On peut travailler à deux et utiliser des cordes ou
courroies. Il faudrait combattre la bosse, en créant un creux au niveau des
omoplates. Il a formé Françoise Gaboriau, Jacqueline Heinz, Patrick Tomatis, Philippe
de Fallois …
La méthode
Iyengar. Méthode
structurée et très exigeante pour construire une posture physique avec
précision et beaucoup de rigueur, s'aidant parfois d'instruments (comme
Hahoutoff). Les enseignants semblent aussi rigoureusement contrôlés par des
examens réguliers.
La méthode
André Van Lysebeth.
Méthode de base, assez classique, plutôt d’esprit sportif, même s’il a changé
dans sa manière d’enseigner au cours de sa vie. Elle est continuée par sa
famille et ses élèves.
La méthode
de Babacar Khan,
assez proche, insiste sur l’isotonie, le yoga irano-égyptien et le soufisme.
Le
Viniyoga insiste
sur bhâvana, la concentration sur une partie du corps ou sur un thème, car on
ne peut pas tout faire à la fois dans la tenue d’une posture. Il préconise
l’alternance pose/contre-pose et une progression en montée/descente lors de la
séance (Vinyâsa). Il est présidé par Claude Maréchal.
Le Khyf Yoga pour la santé de
TKV Désikachar et son fils Hausthub s’est séparé du Viniyoga pour insister sur
le coté individuel et thérapeutique.
Le Yoga de
l’Energie de Roger Clerc. Il est issu de la méthode Lucien Ferrer. Il s’agit de ressentir
l’énergie Ha circulant dans Ida et l’énergie Tha circulant dans Pingala. Il se
dit tibétain et développe pas mal de mouvements (phrases et les 18 mouvements
préliminaires). C’est une méthode assez complète qui devrait élever jusqu’aux
niveaux supérieurs de contact avec les Sources, dont Tchan-Ré-zing. Il est
parfois choisi par les corps défavorisés incapables de pratiquer les méthodes
précédentes.
L'Extatic-Yoga de Marc-Alain Descamps. Le yoga est la prière naturelle du corps dans un temps
sacré. En silence, les yeux fermés, les postures sont tenues immobiles avec
joie et amour. Dans la respiration de la Victoire avec mula-bandha, à chaque
cycle respiratoire la rotation de la Lumière-énergie monte et descend les sept
chakras (Shakti-chalana). Pour obtenir le son cosmique (Nada) dans les
oreilles, la Lumière (Jyotir) derrière les paupières fermées et la vibration
(Spanda) dans tout le corps, on finit le cours par la posture silencieuse
immobile.
Le Yoga des Sikhs blancs, depuis Yogi Bhajan en 1969, est
appelé kundalini-yoga et n’insiste pas sur l’immobilité mais sur les mouvements
des exercices ou krias.
La méthode
Brahmachari
demandait, avant de commencer les postures, de se purifier par les techniques
de purification (les shat-karma : nauli, dhauti, neti, basti …)
La méthode
Satyananda comprend le travail classique des postures et des
respirations, puis développe des exercices tantriques de préparation à la
méditation comme yoga-nidra, antar-mauna, chidakasha dharana, prana vidhya,
antar trataka, ajapa japa et les 70 kriyas …
Le Yoga-Nidra est un yoga de
l’énergie dans un état de conscience particulier (état crépusculaire,
twilightstate) avec des exercices d’imagination lors d’une relaxation profonde.
Il semble se développer dans diverses écoles de formation hors du hatha-yoga,
avec swami Devatmananda, Bhaktananda, et maintenant Claude Mathieu …
Le Yoga
traditionnel se
centre, comme aux Indes, sur la " transmission " du Yoga et non son
enseignement, c’est-à-dire pendant douze ans sur tout ce qui passe directement
de l’enseignant à son disciple (acharya-chela).
Le yoga
occidental. Dans
des " Ecoles pour devenir professeur de yoga " on apprend le yoga
plus qu’on n’en fait : on étudie les postures avec détail et finesse, mais en
bavardant. On se centre sur la belle posture, de plus en plus acrobatique et on
oublie pourquoi on la prend (pour accumuler de l’énergie pour pouvoir stopper
le mental dans l’assise silencieuse immobile). On oppose un " état
méditatif " aux longues méditations assises en fin de cours.
Des méthodes américaines se diffusent dans le monde, sans
posture immobile mais parfois avec un accompagnement de musique jazz, avec un
nom protégé (registered) et donc des redevances permanentes … Ainsi Patanjali
dans les Yoga-Sutra nomme Ashtanga-Yoga sa méthode du Yoga aux 8 membres en
consacrant aux postures une ligne sur 196.
L’Ashtanga-yoga se réclame de Sri Pattabhi Joïs
(1915-2009) avec 6 séries de 75 asanas selon un esprit vigoureux et athlétique.
Le Power-yoga
se réclame de Krishnamâcharya (1888-1989) selon le Vinyasa-yoga et semble être une
méthode américaine sportive, exigeante et fatigante.
Le Sphurana-yoga
développé en 1980 par Sabetti est un yoga de l’énergie qui se pratique en
flexion (de type Sumo) pour développer « Sphurana, un tremblement ».
Mais est-ce « Spanda, la vibration » ? S’y ajoute le transfert
d’énergie par Shinkido.
Le Bikram-Yoga lancé par Bikram Choudhury en
Californie se fait à 40° (chaleur de l’Inde) par une série de 26 asanas
enchaînés très dynamique pour transpirer.
Le Swasthya-yoga lancé depuis le Brésil par Maître
DeRose sous le nom de Yoga antique insiste sur les enchainements de postures
acrobatiques parfois en couple pouvant constituer un spectacle,
Plus le Shadow Yoga, le Yogalate, l’Airyoga,
etc.
Pour être complet ce yoga du corps
s’insère dans un ensemble. Le Raja-Yoga ou yoga royal est dit comprendre quatre
pieds :
Le Hatha-Yoga ou yoga du corps, des
postures et des énergies
le Bhakti-Yoga ou yoga de l’Amour,
de la Dévotion,
le Karma-Yoga ou yoga de l’action,
du Service, de l’aide désintéressée
le Jnana-Yoga ou yoga de l’étude, de
la philosophie, des textes sacrés.
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