Histoire du Yoga en Occident,

par Marc-Alain DESCAMPS

 

1. LA SCIENCE DU YOGA

 Définissons le Yoga comme la technique psychosomatique de l’extase du subcontinent hindou. Mais on peut aussi le considérer comme un processus accéléré de résorption dans le divin en échappant à l’illusion (maya de l’égo et du monde) et au cycle des réincarnations.

En tant que philosophie, il apparaît comme un des six darçanas (points de vue) classiques de l’Inde, en particulier avec les Yoga-Sutra de Patanjali.

Mais le Yoga est surtout un immense corpus théorique qui comprend une philosophie, une psychologie, une théorie des corps, des inconscients, de la sexualité, de la gnose, de l’extase, de l’action, du service, de l’amour, de la dévotion, du temps, du sommeil et du rêve, un rituel, une mystique, une thérapeutique, une hygiène, une diététique, une épistémologie, une cosmologie, une anthropologie, une théologie, une morale, une gymnastique, un entraînement respiratoire, une ascèse, une relaxation, un éveil des énergies, etc.

L’histoire de la connaissance de la théorie du Yoga en Occident n’a pas à être faite, car elle a déjà été étudiée avec soin dans différents livres comme ceux d'Alain Daniélou, Jean Varenne, Maurice Maupilier, Jean Biès, Silvia Ceccomori et surtout Jean-Paul Droit (L’Oubli de l’Inde ou Le Culte du Néant). Nous nous bornons à résumer l’indispensable, pour arriver à la pratique. 

L’Occident n’a jamais ignoré l’Orient et en a toujours parlé. N’oublions pas que ce sont les mêmes Aryens, parlant la même langue Indo-européenne, qui ont peuplé à la fois la Grèce, l’Iran et le nord de l’Inde. La religion des Druides est apparentée à celle de l'Inde : des dieux des Gaulois sont à trois têtes comme Brahma et souvent en posture assise de Yoga, jambes repliées. 4000 ans avant notre ère Dionysos (le Dieu de Nysa) va en Inde et ramène en Grèce les transes, les kirtans, le vin, les panthères, les thyrses ou Caducée (canne avec deux serpents enlacés) transmis à Hermès, aux Hérauts, à Hippocrate et par là à tout le corps médical. Quinze générations plus tard Hercule aurait laissée une fille aux Indes la reine Pandée, couverte de perles. En moins 517 Skylas de Karyandre explore les bouches de l’Indus et en parle, Ctésias aussi en moins 416. Socrate (-470-399) aurait étudié la philosophie avec un sage indien, selon Aristoxène. Puis en moins 326 Alexandre le Grand va jusqu’en Inde, y rencontre des Yogis (XI,7 Dandamos et Spinès) qu’il nomme gymnosophes (ou sages nus) et en ramène en Perse (Kalanos), comme Arrien le décrit en détail. Mégasthènes, ambassadeur en Inde en moins 297, a écrit quatre livres de renseignements. Zarménochégas (Shramanâ Charya), un autre gymnosophe, pratique le sacrifice suprême par l’incinération à Athènes devant l’empereur Auguste. Peu après, sous l’empereur Domitien, Apollonios de Tyane fait le voyage en Inde rencontre des Yogis et apprend le Yoga qu’il ramène dans tout le bassin méditerranéen, comme le raconte en détail Philostrate dans sa biographie. Et l’on sait qu’il y a eu des relations commerciales constantes entre les Romains et l’Inde ainsi qu’en témoigne la statue hindoue retrouvée à Pompéï et les centaines de monnaies romaines retrouvées près de Pondichéry à Virampatnam. L’empereur Chandragupta en moins 313 a envoyé des ambassades de Bouddhistes dans différents pays de l’Empire romain. L’empereur Açoka en fait de même en moins 230 et un groupe de Bouddhistes a vécu à Alexandrie pendant plusieurs siècles. Le texte des discussions en moins 150 du roi grec Ménandre (Milinda) avec des sages bouddhistes a été conservé et publié. 

A Alexandrie, où 120 bateaux par an allaient aux Indes, Pantène, Clément, Origène parlent avec révérence de la philosophie des Brahmanes de l’Inde. Et Porphyre raconte le départ du philosophe Plotin pour les Indes. Et Lucien, Apulée, Tertulien, Jamblique et surtout le gnostique Bardesane parlent des Yoguis.

A Rome Saint Hippolyte au IIIème siècle en sait autant sur les Brahmines que l’Encyclopédie de Diderot.

Al Birûni, mort en 1048, a traduit en arabe les Yoga-Sutra de Patanjali et écrit que Yoga et Soufisme sont la même chose. A partir de là les Soufis de Perse comme Bistâmi ou Al Ghazali, connaissent les Yogis et les chakras.

Au Xème siècle, Siméon le Métaphraste raconte la vie du Bouddha dans son livre sur Barlaam.
    Au XIème siècle, Galianos traduit en grec la Bhagavad-Gita. Et l’on peut se demander si l’Hésychasme grec, ou prière du cœur, n’est pas déjà une première occidentalisation du yoga, comme la Kabbale d’Abulafia en 1275.
     Dans le Livre des Merveilles écrit en français en 1295 Marco Polo donne une description très exacte des Yogis (appelés Cuiguis), qui vivent tout nus, et même de la posture en équilibre sur la tête, sous le nom de Skiapodes (ceux qui vivent à l’ombre de leurs pieds, comme le disait déjà Apollonios de Tyane).
    En 1307 l’Histoire des pays orientaux de Haiton l’Arménien contient des récits de voyages et bien d’autres suivront (de Plan, Rubrouck, Pordenone, Cora, Marignolli, Balbi …)

Les Portugais parlent des " iogues " (Albuquerque 1510, Castanheda 1553 dans son Histoire de l’Inde …)

Les Hollandais décrivent l’Inde et le yoga (Houtman 1598, Shoutten 1617, Dopper 1681, Graaf 1719 …..),

Les Français aussi (Martin de Vitré 1609, Mocquet 1616, François Bernier 1668, Tavernier 1678 …)

1723 à Amsterdam le livre de Bernard Picart est illustré de gravures de " Jogiis " avec des postures et des exercices spectaculaires.

1731 les pères Calmette et Pons ramènent quelques pages des Védas qu’il ont pu se procurer. Bien d’autres missionnaires et voyageurs rapportent des renseignements sur les " Jogiis " (Robert de Nobili, Abraham Roger, Joseph de Guignes, Poussines , Kirker, Raynal …). L’abbé Dubois a vécu 32 ans à Mysore (1791-1823)
    1739 la Bibliothèque royale ajoute à son catalogue de 287 pièces une copie du Rig-Véda et un dictionnaire sanskrit.
    Le premier ouvrage traduit est la Bhagavad-Gîtâ en 1785 en anglais à Londres par Wilkins, puis en français en 1787 par l’abbé Parraud.
    En 1785 est fondée à Calcuta la Royal Asiatic Society of Bengal pour sauver, publier et étudier les textes de l’Inde. Suivra la célèbre collection " Sacred Books of the Hindus "
    1801-1802 à Paris sous Napoléon, Anquetil-Duperron (parti aux Indes en 1754) traduit du persan en latin 50 Upanishads, (Oupnek’hat).
     C’est le coup de foudre en Occident.
     1805 à Calcutta Colebrooke résume des textes du Véda, toujours tenus cachés jusque là par les Brahmanes. Alors tous les Occidentaux se ruent sur les textes hindous, c’est la frénésie.
     1828 Victor Cousin déclare en cours "la vraie sainteté c'est l'Ioga"
      1842, Edgard Quinet décrit l’Inde comme " le premier matin du monde ".
       En 1870 Victor Hugo reprend la Kéna Upanishad dans son poème Suprématie.

En Allemagne. 1808 Frédéric Schlegel écrit " Sur la langue et la sagesse des Indiens " et conclut : " nous devons puiser en Orient "
     1823 première traduction allemande de la Bhagavad-Gîtâ
     1846 première traduction du Râmayana par A.W. Schlegel
     1897, 50 Upanishads par Paul Deussen …
    Tous les philosophes sont enthousiastes : Hegel (1770-1831), Schelling (1775-1854), Schopenhauer (1788-1860), Nietzsche (1788-1860), Feuerbach (1804-1872) … et par la suite Herman Keyserling, Carl-Gustav Jung, etc. 

En France.

1795, fondation de l’Ecole des Langues Orientales
     1815 la première chaire de sanskrit en France est ouverte au Collège de France pour M. de Chezy
     1848-1851 première traduction du Rîg-Véda par Langlois
      1852 Barthélémy Saint-Hilaire traduit la Sâmkhya-kârikâ
      1861, traduction française de la Bhagavad-Gîtâ directement du sanscrit par Emile Burnouf
      1867 le Mahâ-Bhârata par Hippolyte Fauche
      1891 l’Atharva-Véda par Victor Henri
      1900, Emile Sénart traite de "Bouddhisme et Yoga"
     1903 " De l’entrainement physique dans les sectes yoguistes " Revue Anthropologique, sous le nom de "Murial Alex", pseudo d'Alexandra David-Neel (de connaissance que livresque)

Puis viennent les traducteurs : Bergaigne, Sylvain-Lévi, La Vallée-Poussin, Emile Sénart, Burnouf, Grousset, Masson-Oursel, Louis Renou, A-M. Esnoul, Olivier Lacombe, Jean Marquès-Rivière, Alain Daniélou, Lilian Silburn, Tara Michael, André Padoux, Alain Porte, Jean Papin, Michel Hulin …

D’autres font connaître les Yogis contemporains comme Romain Rolland, René Guénon, Jean Herbert … En particulier Jean Herbert (1897-1980), dès 1935, a fort à faire pour faire admettre que le yoga et l’Hidouisme sont vivants et que leurs éminents représentants peuvent prendre place parmi les phares de l’humanité : Ramakrishna, Vivekananda, Aurobindo, Mère, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi, Ramdas, etc.

Les premiers livres sur le Yoga paraissent en 1907 Bosc, 1915 Michel Sage, 1936 Mircéa Eliade, 1935 Chakraborty, 1951 A. Daniélou, 1953 Revue Les Cahiers du Sud

Enfin paraissent les textes fondateurs du Yoga et du Hatha-Yoga :    
    Yoga-Sutra (Wood 1914 en anglais / en français 1953, Michel Sage 1915, Taimni 1961, Varenne 1981),    
   Hatha-Yoga Pradipika (1893/1974), Ghéranda-Samhita (1980 /1992), Shiva-Samhita (1942/), Shivayogaratna 1975, Kundaliniyoga 1979, les Upanishads du Yoga 1971, Sept Upanishads 1981 …

En anglais.

Les Anglais, de par leur domination coloniale sur l’Inde et leurs maisons d’édition en Inde et en Angleterre, puis aux USA, en Australie et dans le monde entier, sont bien placés pour être les premiers à faire connaître le Yoga. Hatha-Yoga d’Atkinson en 1904. " The serpent power " d’Avalon est de 1918.
     De même l’action des Américains va être considérable. En 1893 Vivekananda (1863-1902) fait sensation au " Parlement Mondial des Religions " de Chicago et installe des Missions Ramkrishna dans bien des pays dont Paris et Genève. Swami Yogananda s’installe en Californie en 1920 et il connaissait les postures de Yoga. Théos Bernard, au retour des Indes, a soutenu un des premières thèses sur l’action des postures en 1943 à l’Université de Columbia.

Mais l’élan a été brouillé par les premières vulgarisations qui mélangent tout : Yoga, Hindouisme, Bouddhisme, Occultisme, Esotérisme et pensées personnelles de leurs auteurs (Blavatski, Besant, Bailey). Et les falsifications vont continuer en Angleterre avec les livres à succès du journaliste " Rampa ".

 

Les attaques. De plus à peine on présente le Yoga en Occident qu’il est l’objet d’attaques violentes où l’on mélange tout Hindouisme, Bouddhisme, Tantrisme …

En 1813 c’est Goethe qui se déchaîne au nom de l’idéal classique contre " ces absurdes idoles, philosophies abstruses et religions follement monstrueuses ".
     1829 Victor Cousin fait au collège de France les premiers cours sur l’hindouisme en critiquant le Yoga.
     1895 Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des Affaires Etrangères, fait paraître trois articles dans la Revue des Deux-Mondes contre le Yoga, l’hindouisme et le bouddhisme qui perturbent la société. Puis vont venir les livres d’opposition au Yoga comme " Non, au yoga " de M. Ray 1977, Hummel 1984, etc.

 

2. LA PRATIQUE DU HATHA-YOGA EN FRANCE

 

Depuis que le Yoga est mieux connu, on découvre qu’il vaut mieux dire les Yogas, car ils sont nombreux : Advaïta, Amrita, Bahkti, Chakra, Dhyani, Hatha, Jnana, Karma, Kundalini, Laya, Mandala, Mantra, Nada, Nidra, Purna, Raja, Sahaja, Shabda, Spanda, Tantra …

Dans cette recherche ici par Yoga pratique (Hatha-Yoga) nous entendons les postures (asanas), la respiration (pranayama) et la méditation (assise silencieuse immobile). Il existe bien d’autres pratiques corporelles : mudras (positions des mains), mantras (vocalisations), shat karmas (six techniques de purification), kriyas (éveils de l’énergie), yantras (dessins symboliques), mandalas (dessins centrés), etc. (Pour plus de détails voir Corps et extase). Mais elles sont bien plus rarement enseignées que les trois principales. Donc ce que nous cherchons, c’est pourquoi ce Yoga (postures-respirations-méditation) dont on parle depuis des siècles, les Occidentaux ont mis tellement de temps à le pratiquer.

Quand a-t-il commencé à se diffuser en Occident ? Par qui ? Et dans quel but ?

Il est vraisemblable qu’il y ait eu une première connaissance des postures au dix-neuvième siècle à Londres et aux USA. Les Sikhs, reconnaissables à leur turban et à leur barbe, ont été les premiers à vivre en Occident. Il y a de fortes chances pour qu’ils aient enseigné des postures à différentes occasions. Mais ils n’ont pas fondé d’écoles. Des danseuses pouvaient montrer des postures, comme Gypsy Rhouma-ji, ou Nyota Onyoka de Pondichéry, qui réunissait dans son appartement, Porte d’Auteuil à Paris, un groupe d’études de la Bhagavad Gita dès 1932.

Grangier, médecin des Messageries maritimes dès 1893, parle sans cesse des Indes et de l’Orient. Dès 1910 Alexandra David-Néel était aux Indes où elle assistait à des cours de Hatha-Yoga (L’Inde, p.163), mais elle ne l’a jamais enseigné en Europe. Gurdjieff, arrivé en 1922 à Paris, connaissait les postures de hatha-yoga qu’il critique. Dès 1928 Mircéa Elliade est aux Indes et étudie avec Shivananda, Jean Marquès-Rivière aussi.  Avant 1939, bien des voyageurs (comme Jean Chevalier à Bénarès) avaient aussi assisté, dans un hôtel ou sur une place, au spectacle du charmeur de serpent, du cracheur de feu et du yogi contorsionniste. Mais des acrobates il y en avait aussi en Europe depuis les Egyptiens et ce n’était pas du Yoga. Jean Manlhiot aurait reçu des cours de postures en 1942 par un Formosan et Marcelle Auclair aussi au Chili.

A.     Les Débuts.

La période favorable où la pratique du Hatha-Yoga a pu enfin s’implanter en France se situe entre 1930 et 1935. C’est du essentiellement à la rencontre de trois personnes remarquables, Maryse Choisy, Cajzoran Ali et Kerneiz, qui ont collaboré à son éclosion.

A. MARYSE CHOISY (1903-1979)

Maryse descend des empereurs de Byzance par sa grand-mère qui était une Paléologue. Après une enfance dans son château de Saint-Jean-de-Luz elle passe son Bac à 15 ans et lit Platon en Grec. En 1919 elle part à Londres, elle est admise à 16 ans à l'Université de Cambridge pour des études de philosophie et de sanskrit au Girton College où elle apprend le Yoga. En 1921 elle obtient sa licence de philosophie et prépare une thèse sur la philosophie Samkhya. En 1922 elle part aux Indes et se fiance avec un maharadja, Koumar. A 19 ans c’est le rêve du grand amour qui se réalise. Malheureusement le destin est là qui veille. Koumar a une Rolls et se tue la veille de son mariage dans un accident de voiture. Elle séjourne dans l’ashram de Rabindranath Tagore et est initiée au yoga.

En 1926 à 23 ans, elle est Docteur ès Lettres avec une thèse sur "Les systèmes de philosophie Védânta et Sâmkhya", soutenue à la Sorbonne. A cause de ses intérêts pour l'Inde et le Yoga elle rate la carrière universitaire qu'elle envisageait et devient romancière,  journaliste et éditrice. Elle multiplie les revues : 1927 La Chirologie, Votre Destin, Votre Bonheur, 1935 Consolation … Elle y publie dès 1935 des photos de danseuses ou de Cajzoran Ali dans des postures de hatha-yoga ainsi que des articles de Kerneiz et de Cajzoran.

Je l’ai rencontré vers 1953, puis je suis allé la voir chez elle, dans son duplex du 40 rue Lauriston dans le seizième arrondissement, il se situait dans un de ces ateliers d'artistes bâtis de part et d'autre d'une voie intérieure bordés de jardins. Et il est vrai qu'en plein Paris on entrait dans un havre provincial de calme et de silence. Le nom de cette rue était pourtant célèbre pour avoir été pendant la guerre le nom de la maison de la Kommandatur où au 95 les SS torturaient les français. Sa maison était décorée de tous ses souvenirs ramenés de ses voyages. On était saisi en arrivant chez elle par un étrange tableau « vu en rêve » qui trônait derrière son bureau. Il était impressionnant avec ses nuances bleues et l’on ne pouvait plus le quitter des yeux. Il avait été peint par elle-même d'après une vision qu'elle avait eu avant-guerre. Et quand elle est allée en 1952 à Rishikesh, elle s'est promenée sur la rive droite du Gange et elle s'est arrêtée soudain devant l'ashram Swarg (le monastère céleste), le Gîta-Bhavan et le Param-arth-niketan et soudain elle a enfin vu son tableau. C’était exactement ce qu’elle avait peint sur son tableau dans sa vision prémonitoire, comme j’ai pu le vérifier. Et ce ne fût pas la seule de sa vie. « Les mythes sont plus vrais que l’histoire, car ce sont des nœuds d’énergie » me disait-elle souvent.

J'ai participé aux cours de yoga et méditations qu'elle dirigeait le mercredi. Elle avait un extraordinaire trône tibétain avec une peau de Yack, qu’elle rejoignait en descendant lentement l’escalier de son duplex. Sa méthode de méditation était fondée sur la vision de la lumière intérieure étincelante où elle cherchait à entrer. Cette lumière intérieure et extérieure lui avait été donnée par son maître Kirpal Singh. Elle m'a beaucoup apporté. Il faut dire qu'elle était la seule en France (à ma connaissance) à pratiquer et faire pratiquer une méditation Yoga. Tous les autres "professeurs" de yoga reniaient soigneusement la méditation alors qu'il s'agit des quatre membres supérieurs du Yoga de Patanjali (ashtanga-Yoga des Yoga-Sutras). Donc ceux qui voulaient quand même pratiquer la méditation étaient obligés de lui adjoindre une pratique externe : le Zazen avec Déshimaru.

Depuis je pense avoir suivi l'enseignement de Maryse Choisy en terminant toujours le cours de Yoga par une longue assise silencieuse et en considérant que le cours avec postures et respirations n'en sont  qu'une préparation. C’est un retournement complet de la compréhension du yoga : non plus les postures pour elles-mêmes avec un peu de respiration, mais les postures et le souffle comme une préparation au ralentissement des distractions du mental et à l’ouverture de l’intériorité profonde.

B.     CAJZORAN ALI (1903-1975). 

Malgré son nom oriental, elle serait née à Memphis, état de Tennessee aux USA le 13 décembre 1903. Mais elle naît dans la souffrance et la maladie, condamnée par tous les médecins, le coté droit entièrement paralysé. « J’ai traversé treize fois la mort, car j’ai subi treize opérations. J’en suis sortie plus forte et plus triomphante que jamais. J’ai été sauvée uniquement par la respiration, la volonté et la foi ». C’est-à-dire par le Yoga. Même son nom pose bien des interrogations : Ali étant le prénom, est-ce un nom iranien ou plutôt arménien, ou tout simplement un nom de plume ?

      En 1928 à 25 ans elle publie un livre anglais sur « DIVINE POSTURE, influence upon endocrine glands », New-York City USA (Les postures divines, leur influence sur les glandes endocrines). Elle décrit 48 postures classiques de hatha-yoga. Elle les illustre de photos d’elle-même, nue avec un deux pièces assez large, ce qui se faisait assez peu à cette époque. Et elle présente les postures classiques ( l’arbre, paschimottasana, sarvangasana, charrue, cobra, lotus noué … ) en les décrivant sans jamais donner un seul nom, sanskrit ou occidental. Puis dans une seconde partie, elle décrit les sept chakras de bas en haut, en les liant aux glandes hormonales, aux planètes et à la Bible …

Dans ce livre, elle demande de ressentir le contact avec le Christ vivant, selon le petit livre de l’apôtre Jean et termine ainsi « Au nom d’Allah, le Bienfaisant, le Miséricordieux, que la Paix soit avec vous ». Ce qui témoigne d’un oecuménisme certain.

     Puis nous la retrouvons en France où elle parle et écrit parfaitement le français. A Paris elle donne une initiation à Maryse Choisy et publie dans ses revues Votre destin, puis Votre Bonheur, Consolation, l’hebdomadaire des sciences merveilleuses et enfin Votre bonheur et destin … des articles de Hatha-Yoga et illustre par ses photos les articles de Fernand Divoire sur le yoga (par exemple : Votre bonheur et destin n° 2 du 5 avril 1935). Dans Consolation elle écrit toute une série d’articles sur « les clefs du yoga et de l’Apocalypse par les glandes endocrines et la respiration ». Mais elle ne s’entendait pas avec l’autre professeur de yoga, Kerneïz, qui présentait dans ces mêmes revues un yoga pour l’occident, beaucoup moins ésotérique.

      Elle arrive le 23 novembre 1938 au Jardin des Plantes de Montpellier  sous le nom secret de Zorah « grande initiée zoroastrienne » créant un cercle de douze disciples, tous masculins avec Pierre Teilhard de Chardin, un évêque gnostique, un alchimiste italien, Lefebvre mathématicien français de géométrie sacrée, François Brousse (1913-1995) poète-professeur de philosophie, etc. Elle apparaît vêtue d’un sari hindou azur et or, avec ses grands cheveux noirs dans le dos et le point rouge de Shiva sur le front. Puis elle reconnaît François Brousse, pour avoir déjà vécus ensemble dans une précédente vie à l’époque de l’empereur Moghol Akbar (1542-1605). Repartie en train à Paris, elle revient la semaine suivante à Béziers pour lui donner l’initiation suprême. Elle porte une valise avec des timbres des Indes et de Californie et pendant un mois selon les livres secrets du Mazdéisme, « elle révéla quarante-huit exercices d’une beauté surprenante et d’une efficacité sans pareille ». Puis elle enseigne des Upanishads, les 24 Tarots de l’Inde, qui correspondent aux 24 Sages immortels (en réalité les 24 Tirthankara ou sages de la religion Jaïn). Son yoga est formé des six figures (Serpent, Lion, Taureau, Aigle, Ange, Etoile), des dix-huit types de respirations, des sept organes subtils, des cinq rayons du soleil des mages et de l’entrée dans les sept chakras, qu’elle nomme des sceaux et relie à des glandes hormonales. Elles sont les forces conscientes et transcendantes qui organisent l’Univers et ses postures sont donc divines. Ce yoga est décrit par François Brousse dans La trinosophie de l’étoile polaire, éd. La Licorne Ailé, 1990 et dans Jean-Pierre Wenger François Brousse, l’enlumineur des mondes éd. Danicel productions, 2005.

   Elle raconte avoir eu son initiation la nuit de Wésak 1934, première lune de mai, dans l’Himalaya, après une semaine de jeûne, où elle a eu la révélation de l’Infini, l’Absolu, l’Eternel. En se fondant dans le ciel étoilé et en recevant le nom de l’étoile polaire, Zorah, elle devient la fille du Souffle Sidéral. Même si cela ne s’est pas passé exactement comme elle le décrit, il est vraisemblable qu’elle a été aux Indes et a eu une montée de kundalini. Ce qui ne l’empêchait pas de se dire « originator and true exponent of divine posture », alors que ces postures sont celles que Shiva a montré à sa Shakti Parvati, transmises par la suite par la lignée des yogis de l’Inde !

   Après le 3 septembre 1939, c’est l’entrée de la France dans la guerre et devant cet ouragan européen, on perd totalement la trace de Cajzoran Ali. Elle apparaîtra à Brousse et Gilberte Durand en 1975, à sa mort pensent-ils. Elle a enseigné du yoga, postures et respirations, à des groupes du Midi et un des ses élèves m’en a montré en 1943 dans le Sud-Ouest.

      Il reste son livre qui va avoir un destin singulier. Gilberte Durand en publie une première traduction française à Prades (66500) en 1982. Une nouvelle édition est faite par La licorne ailée en 1994. André Van Lysebeth le redécouvre un jour dans sa bibliothèque ;  très intrigué puis complètement fasciné par sa beauté, il le traduit en français et le publie dans sa revue Yoga en 1984 et enfin il le réédite par souscription comme livre en 1995. Sa revue, lue dans le monde entier, fait connaître ce livre, sans droits d’auteur, qui est copié et ressort de partout : Allemagne, Danemark, Espagne, Grèce, Hollande, Inde, Italie, Suisse, USA … Il a du être numérisé et est publié  le 24 janvier 2003 par Kessinger Publishing, UK, imprimé à la demande. Il est traduit en Grec en 1999 : Oi Theis staseis … et diffusé dans toute la dispora grecque. Une édition spiralée est faite par Cape Coral en Floride et on le retrouve dans bien des états américains avec le Mind Control, Breath Culture, Yogi exercice … Diverses personnes enseigneraient ce yoga à partir du livre, dont Zinit à Casablanca et dans tous les forums d’Internet on en parle de plus en plus …   Voilà, vous en savez autant que nous, mais tout reste encore à découvrir sur l’énigme des Postures divines de Cajzoran Ali et son fameux code secret.

C.    Constant Kerneiz (1880-1960) Jusqu’à preuve du contraire, il semble que la  première école de Yoga en France ait été celle de Constant Kerneiz (1880-1960). De son vrai nom Félix Guyot, il avait pris comme nom de plume, celui de sa mère, qui était bretonne. Il avait été professeur de philosophie dans des collèges privés et journaliste à Nantes, à Londres et à Paris. En 1928, il s’installe à Londres où un Indien (Hindou ou Sikh ?) lui enseigne les postures et les respirations du Yoga. Il n’en parlait pas plus, ce devait être un commerçant assez jeune, car il ne l’appelait jamais ni maître ni gourou. La théorie il l’avait apprise dans les livres anglais de l’époque, en particulier la collection " The Sacred Books of the Hindus " de G. Bühler. Il publie en 1933 Yoga for the West (Rieder, London). En 1936, il déménage à Paris rue Victor-Considérant avec sa femme Anaïs et sa sœur Sylvie, puis il donne les premiers cours dans son appartement au premier étage du 12 rue Mouton-Duvernet dans le 14ème arrondissement. Il publie Le Hatha-Yoga chez Tallendier, des articles sur le Yoga dans Le Journal de la Femme où il tenait la chronique astrologique, puis dans la revue Le Lotus bleu, et surtout  Elle. Recherché par les Allemands, il doit se cacher pendant l’Occupation. Et il reprend ses cours à la Libération en 1945. Parmi ses élèves les plus connus il y a Richardeau, Philippe Torrès, Philippe de Méric et Lucien Ferrer. Avec la publication en 1949 de son livre Le Yoga de l’Occident il devient célèbre et arrivent de nouveaux élèves : Elvire Popesco, Mouloudji, Marcelle Auclair … Après avoir lu et pratiqué son livre en 1943, j’ai pu prendre avec lui un premier cours en 1946, on rangeait les fauteuils du salon pour pouvoir pratiquer. Puis je suis devenu son élève régulier en 1953 jusqu’à sa mort. Les postures étaient montrés par une jeune monitrice, vendeuse à la librairie Véga, boulevard Saint-Germain, Madame Demange qui continuera après sa mort à enseigner sa méthode 16 square d’Alboni, Paris 16ème. La fille de Kerneiz, Esther Guyot, fera de même à Rennes. Sa nièce Mme. Etendart a appris avec lui mais n’a jamais enseigné. Il terminait la séance par une relaxation allongée et non pas par une méditation assise comme Maryse Choisy.

 J’essaie aussi de transmettre l’essentiel de ce Yoga " l’appel de l’Absolu ", selon ce que Kerneiz enseignait et a écrit dans une de ses préfaces : " Ce livre s’adresse à celui qui, en désaccord fondamental avec son milieu, douloureusement insatisfait de la vie tant dans ce qu’elle lui donne de bon que dans ce qu’elle lui donne de mauvais, a ressenti l’appel de l’Absolu ". L’appel de l’Absolu m’a toujours paru le secret du yoga.

B. Les successeurs

En 1938 Lanza del Vasto (1901-1981) rentre des Indes et fait partout son récit de voyage qui paraîtra en 1943 sous le titre " Pèlerinage aux sources ", avec un succès énorme. Dans ses conférences, il prêche la non-violence (ahimsa) et la force du vrai (satyagraha) de Gandhi et fonde son Ashram, la communauté de l’Arche, où il a enseigné du hatha-yoga, selon J.B. Libouban, son successeur.

En 1935 Thérèse Brosse, jeune cardiologue, avec l’aide du Dr. Laubry obtient une mission d’études aux Indes pour mesurer des Yogis à l’électrocardiomètre, au pneumographe, etc. elle y revient en 1952, (avec Maryse Choisy) et 1958.

Nil Hahoutof (Youri 1900-1982) m’a dit avoir fait d'abord de la danse puis du cirque et rencontré un Hindou (Hyran Moy Chandra Gosh) qui lui aurait appris le yoga dès 1925 et il aurait enseigné pendant la guerre dans une école privée pour enfants handicapés près de Montpellier.

En 1947 Shri Ghatradyal Mahésh (1924-2007) , venu travailler à l’Ecole Nationale des Sports au bois de Vincennes, ouvre un cours de Hatha-Yoga, 50 rue Vanneau Paris 7ème, sous l’égide du Dr. Filliozat, Professeur au Collège de France, du Professeur Creff ... J’ai participé aux premières séances où il enseignait la Salutation au soleil, puis j’y suis revenu plus tard avec le Dr. Frédéric Leboyer, Arnaud Desjardins, Marie-Madeleine Davy, Xavier Emmanuelli, etc.

Le 26 février 1950 il donne une conférence sur le Yoga dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, présenté par le Dr. Dolto et Françoise Dolto (ses parents adoptifs) et Swami Siddeswarananda du Centre de Gretz de l’Ordre de Ramakhrisna et il fonde le CRCFI (Centre de Relations Culturelles Franco-Indien).

En 1949 le Dr. Bex présente le Yoga dans la Revue de Kinésithérapie.

En novembre 1950 deux Indiens, le Dr. Goswami et son élève Pr. Pramanick de l’Institut de Stockholm, viennent à Paris donner une Conférence-démonstration à la Sorbonne, puis formèrent Liliane Siégel.

Vers 1950 aussi le Hatha-Yoga est enseigné à Zurich et Genève en Suisse par un jeune hindou Selvarajan Yésudian. Il écrit avec Mme Haich un livre à succès " Sport et Yoga " avec des photos de postures.

En 1950 Lucien Ferrer (1901-1964), élève de Kerneiz, ouvre 24 rue Feydeau en 1948, puis 21 rue d’Uzès, l’Académie occidentale de Yoga, où je suis les cours jusqu’à sa mort en 1964. Ayant jusqu’à 500 élèves, bien des cours étaient assurés par des moniteurs dont Yvonne Millerand, Huguette Pinson, Roger Clerc et quelques autres. Ferrer fait connaître le yoga par des conférences et des démonstrations. Une des premières fit sensation, le 3/12/1950 Salle de Géographie bd St-Germain, car il monte sur la table se met en équilibre sur la tête et fait sa conférence pendant une heure sans perdre son équilibre et sans se fatiguer à parler la tête en bas.  En tant que Catalan né à Banyuls, il fera exactement pareil à Perpignan le 28 mai 1954, invité par François Brousse. Mais c’était d’abord un guérisseur qui avait un don et qui n’est venu au yoga que secondairement pour se recharger en énergie. Lui parlait de Yoga tibétain, mais semblait avoir appris l’essentiel dans le livre de Evans-Wents … Après sa mort l’Académie sera dissoute et son enseignement continué par sa fille Jacqueline Bignon et surtout par Roger Clerc (1908-1998) sous le nom en 1978 de " Yoga de l’Energie " avec les succès et les développements que l’on connaît, parmi ses élèves M . et Mme. Laffez, Boris Tatzky …

En 1953 Philippe de Méric (1914-1991), élève de Kerneiz, ouvre un cours Yoga par correspondance, le Dynam-Institut. C’est un peu comme si l’on voulait enseigner la boxe par correspondance, mais malgré tout, cela a eu beaucoup de succès et a rendu le Yoga célèbre. Puis ceux qui en voulaient plus sont passés par la suite dans des cours avec un professeur de yoga.

En 1956 Louis Frédéric fait paraître Yoga-Asanas avec des photos des postures de Vishnoudévananda à Rishikesh. Et le Père Déchanet (1906-1992), moine bénédictin, pratique du yoga nudiste, publie " La voie du silence " en 1956 et fonde un groupe de " yoga chrétien " dans l’Isère en 1964.

A partir des années 60 c’est l’explosion des livres, revues, cours et publicités. Les clubs de yoga fleurissent à tous les coins de rue. Eva Ruchpaul et Georges Coulon entraînent l’équipe française de ski. Pousson et Huard rendent compte de recherches physiologiques sur le Yoga dans le Concours médical du 04/01/1960. Leurs recherches sont continuées par Henrotte, Etévenon, Lonsdorfer, Gastaut, etc. En 1963 André Van Lysebeth (1919-2004), de retour à Bruxelles de chez Swami Sivananda de Rishikesh, lance sa revue " Yoga " et des cours dans toute l’Europe.

C . Les voyages aux Indes.
 

Alors commencent les voyages aux Indes pour se former à la source. Tout le monde se met en chasse pour " sauver le précieux héritage ". Dans les années 1950, il semble que tout l’enseignement du Hatha-Yoga remonte principalement à deux sources, l’une au nord l’autre au sud. Bien entendu il y avait quantité de Saddhus, Sannyasins, Sikhs, Avadhutas, Jaïns qui pratiquaient aussi du Hatha-Yoga, mais ils ne voulaient pas l’enseigner, ni même le reconnaître. La principale source se trouve à Rishikesh, là où le Gange sort des gorges de l’Himalaya. Dans cette ville sainte Swami Sivanada Sarasvati (1887-1963) vient en 1924 de fonder un ashram (Yoga Vedanta Forest Academy) et la Divine Life Society après avoir fait sa carrière comme docteur à Malacca. Il réunit autour de lui une vingtaine de Swamis (Krishnananda, Nadabrahmananda, Venkateshananda …) qui vont après essaimer partout dans le monde. Swami Chidananda (1916-2008), le saint estimé de tous, garde la direction de l’ashram après la mort de Sivanada. Satchitanada, après bien des voyages, s’installera aux USA en Virginie. Shankarananda fondera un ashram en Afrique du Sud. Satyananda (1923-2009), avec une mère tibétaine, est influencé par le Bouddhisme et rassemble partout des techniques tantriques, ce qui donnera un enseignement un peu particulier (Yoga-nidra, Mauna, Chidakhasha dharana, les 70 kriyas ). Puis en 1963 il fonde une université du yoga à Monghyr dans le Bihar (Bihar Yoga Bharati) avec ses disciples Yogamudrananda, Yoganidrananda et Niranjanananda. Swami Hridayananda était une doctoresse indienne ophtalmologue qui dirigeait le dispensaire gratuit. Les deux spécialistes des postures étaient Vishnou Dévananda (1927-1993) et Râj Bua. Le premier sera le modèle unique du livre Yoga-Asanas, puis il fondera des ashrams à Valmorin au Canada, aux Bahamas, aux USA, au Kérala, au nombre de vingt-cinq et lance une campagne mondiale pour la paix en 1970. Subramanya Râj Bua (le Roi des Anges) n’était pas swami car il avait eu une femme et trois enfants. Tenu pour mort à 8 ans, son corps avait été donné à un saddhu de passage qui l’avait réanimé par le Yoga. Je l’ai reçu à Paris, travaillé avec lui et mesuré ses progrès de 70 à 90 ans par des photographies et il a continué à faire des postures parfaites jusqu’à 104 ans. Combien d’Européens sont allés se former à Rishikesh comme André Van Lysebeth, Maryse Choisy, Robert et Suzanne Chauvel, Eveline Grieder, Guy Despinardes…

L’enseignant du Sud est Tirumalaï Krishnamâcharya (1888-1989), professeur de Yoga du Maharaja de Mysore, alors établi à Madras. Il a eu comme élèves Pattabhi Joïs, Indra Dévi, Thérèse Brosse, Jean Klein, Gérard Blitz, Yvonne Millerand … Le frère de sa femme B.K.S. Iyengar a commencé à enseigner le Yoga à Poona en 1937 à 19 ans. Puis ses deux fils enseigneront à leur tour T.K.Sribhashyam à Nice et T.K.V. Désikachar en Europe avec le Viniyoga, puis le Khyf.

Certes, il y avait d’autres enseignants comme Pattabhi Joïs à Mysore, Dhirendra Brahmachari (1925-1994) à Delhi, Satchidananda le Muni de Madras (1910-2006), Kumara swamiji, Swami Chinmayananda, etc. Mais la plupart des enseignants européens se sont d’abord formés à Rishikesh ou à Madras. Certains cependant ont eu aussi des contacts avec l’Institut de recherches scientifique du Yoga (Kaivalyadhama) fondé à Lonavla par Kuvalayananda de 1924 à 1934 avec sa revue Yoga-Mimamsa, puis qui s’est continué après sa mort avec Digambarji et le Dr. Bhole. Le célèbre Swami Muktananda (1908-1983) n’a été connu mondialement qu’en 1974 par la prise spontanée de postures lors de la montée de la Shakti en donnant Shaktipat.

Après dix voyages aux Indes j’ai pu décider à venir en France en 1981 le représentant de la lignée du Kriya-Yoga de Yogananda, Swami Hariharananda Giri du Karar-Ashram de Puri en Orissa avec ses disciples. Et il a pu donner les initiations védiques de la lumière (Jyotir), du son (Nada) et de la vibration (Spanda).

Le Sivaïsme non-duel du Kashmir a été introduit en France par Lilian Silburn (1908-1993) qui a traduit et publié de nombreux textes dont le Vijnana Bhairava Tantra en 1961 et La Kundalini en 1983.

D.    Les Fédérations

La crise qui va éclater a plusieurs causes. La concurrence commence à se faire plus dure et certains veulent se préserver un marché national. Commence à apparaître l’idée que l’on peut former des professeurs de yoga à la pelle. On veut inventer un " yoga occidental " bien différent de celui de l’Inde. D’autres parlent d’une reconnaissance étatique ou d’un contrôle gouvernemental et rêvent d’une exclusivité et d’une hégémonie suprême, ou s’en accusent les uns les autres. La lutte va démarrer essentiellement sur des procès d’intention et un manque de confiance. Et il va arriver au yoga européen, ce qui est arrivé au christianisme : l’explosion en une multitude d’églises, de chapelles et de groupes, mais cependant sans les guerres de religion.

Les Fédérations. L’union fait la force, d’où les fédérations. Elles se succèdent et se multiplient en durant plus ou moins longtemps. La première est la " Fédération française de Yoga sous contrôle médical " parue au J.O. du 12 janvier 1967. La " Fédération française de Yoga " le 14 juillet 1967 devient le 8 janvier 1968 la " Fédération Nationale des Professeurs de Yoga ". La " Fédération française de Hatha-Yoga et disciplines associées " est fondée à la même époque par le Dr. Creff et Shri Mahesh. La " Fédération culturelle de Yoga " est fondée par Jean Rousseau, directeur de l’Institut de Yoga intégral. Puis vient la FIDY (Fédération Inter-enseignements de Hatha-Yoga) en 1980, etc.

Les fédérations fondées, il reste à obtenir l’exclusivité de la formation, comme c’est de règle en France pour une seule Fédération sportive. En attendant on peut obtenir un agrément d’un ministère, ce qui semble être un premier pas. La Fédération Mahesh est la première à avoir un agrément le 24 décembre 1969. L’Institut Eva Ruchpaul obtient le sien peu après et la FNPY le 6 février 1970.

Puis vient un énorme canular. Le Secrétaire d'état à la Jeunesse et aux Sports sollicité dit ne pas savoir ce qu’est le Yoga et nomme en 1972 une Commission pour en faire une étude scientifique. Puis il l’oublie et la Commission autour du Dr Bourlière continue ses réunions par plaisir, à la grande fureur des professeurs de yoga qui en sont tous exclus pour ne pas faire de jaloux. Dès le début j’ai fait partie de cette commission, dont le seul résultat a été un rapport mis dans un tiroir et finalement le livre écrit par un autre de ses membres le Dr. Bernard Auriol de Toulouse. Les professeurs de yoga occidental réclamaient une reconnaissance et un statut. Puis une fédération a créé " l’Union européenne de Yoga " et l’autre a suscité la création d’une Confédération des fédérations. J’ai longtemps fait partie des deux fédérations pour essayer de garder un lien et de les unir et en plus j’ai longtemps participé aux activités de la Confédération présidée par Mme. Maud Forget (1908-2004) du Cercle du Védanta, puis de l’Ecole normale de Yoga de Boulogne-Billancourt. Son travail le plus efficace a été la création du Programme minimum européen, finalement adopté sans trop de variations par toutes les autres Fédérations.

A coté de ces Fédérations sont apparus des mini-fédérations ou Groupes : Centre européen de yoga de Rishi, Université nationale de Yoga d’Alaphilippe, de B.K.S. Iyengar, Viniyoga de Désikachar et Claude Maréchal, de Satyananda (DEPS de Swami Devatmananda), de Babacar Khane, Soleil d’Or d’Ajit Sarkar en 1977, RYE (Recherche sur le Yoga dans l’Education), la maison du Yoga (Mathieu), le Centre Tapovan de Kiran Vyas, de Shri Chinmoy (dès 1964), Arnaud Desjardins, Maurice Daubard, René Bouanchaud, Nils Daum, la Maison Amrita…

Puis est apparue la Fédération des Yogas Traditionnels et sa revue " Linga ". Avec Christian Tikhomiroff, elle a grandi jusqu’à rencontrer les mêmes problèmes que les grosses fédérations. Puis pour les éviter, elle est revenue, avec André Riehl, à une structure légère et souple, comme la Confédération.

Ces fédérations ont créé leurs écoles de formation des professeurs dans chaque région de France, de une à une douzaine par fédération. Ainsi pendant plus de 15 ans ces écoles ont produit (selon mon évaluation) environ 500 professeurs de yoga par an, sans aucune concertation, en saturant complètement le marché.

Finalement la reconnaissance du statut de professeur de yoga a été obtenue de fait 20 ans après et de façon catastrophique, par l’obligation d’un impôt de TVA sur chaque cours ou leçon de yoga. Ceci a fait disparaître la moitié des enseignants, car même les cours bénévoles étaient taxés. Bien des écoles de formation de professeurs de yoga ont du fermer et les autres ont vu leurs effectifs sérieusement diminuer. La mode du Yoga en France a donc duré 20 ans de 1965 à 1985. Puis elle a été remplacée par d’autres modes (Taï-chi, Sophrologie, Taoïsme, Chamanisme, Stretching, Aérobic, Fitness et surtout Reiki, etc.). Maintenant les opposants du Yoga disent partout (même à la T.V.) que si le yoga n’est pas une secte, il est l’antichambre des sectes.

Le dernier avatar de cette invention du " yoga occidental " est dans sa forme américaine de capitalisation, commercialisation et mondialisation. Depuis la Californie ou les USA sont déposés (registered) tous les ans de nouveaux systèmes de gymnastique occidentale, mélangés ou non de bribes de yoga, sous des noms protégés comme " power-yoga ", " sphurana-yoga ", "Ashtanga-Yoga", « Bikram-Yoga », « Swasthya-yoga » etc. Il est désormais interdit dans le monde entier d’enseigner ces systèmes sans avoir été longuement et chèrement formés par le fondateur américain, sans porter son uniforme et sans lui reverser de grosses royalties, etc. Mais il existe aussi des Confédérations en Afrique, Inde, Asie, un Conseil mondial du Yoga (1970) et depuis 1987 une Fédération internationale de Yoga.

Les causes de la discorde. Il n’est pas aisé de discerner les raisons de ces divisions, car les causes sont dissimulées et enchevêtrées dans un ensemble assez complexe. Certains vont parler de retour dans l’égo, de personnalités narcissiques, de querelles religieuses d’un autre âge, etc. On pourrait dire aussi qu’il s’agit de l’invention d’un " yoga occidental " en opposition à celui de l’Inde. (Mais il n’y a pas eu cette lutte entre un judo européen contre le judo japonais). Les différences sont souvent ténues, il s’agit d’un état d’esprit avec beaucoup de procès d’intention. Certains enseignants européens ont refusé la prééminence de l’Inde et tout contrôle médical. Ils ont développé le coté scientifique en ajoutant dans leurs écoles beaucoup d’anatomie et un peu de psychologie. Ils ont surtout été allergiques à la présence des Swamis se moquant de leurs travers (supposés ou réels). Ils n’ont pas pu admettre la spiritualité du Yoga et la sainteté des Etres réalisés de l’Inde. Ils ont beau jeu de critiquer les quelques excès d’ashrams devenus des sectes (dont celui de Rajnesh à Poona ou de Hamsananda à Castellane). Et les autres peuvent critiquer la diffusion universelle du nouveau " gnagna-yoga ", gymnastique douce pour riches dames désoeuvrées luttant contre la cellulite et l’ennui. Pour les uns c’est la place de la religion chrétienne qui fait problème : le yoga ne serait qu’un adjuvant à la prière, en remplaçant le prie-Dieu. Alors que pour les autres il s’agit de TAT, Cela, le Transpersonnel, antérieur à tous les dieux personnels et à toutes les guerres des religions hégémoniques. Finalement les uns ne voient dans l’Inde que ses défauts (et ils sont nombreux) alors que les autres l’aiment quand même ou aiment encore plus Mother India. Pour les uns ceci recouvre la persistance de la mentalité colonialiste raciste contre les Indiens, alors que pour d’autres il s’agit par dessous d’une guerre de religions (12 millions d’Indiens convertis par les missionnaires chrétiens contre moins de 10 européens devenus Hindous) …

Ceci avec parfois des retournements de situation. Des Occidentaux invitent des Yogis et des Swamis en Europe. André Van Lysebeth ouvre en 1965 puis les 8 et 9 décembre 1967 à Bruxelles les Premières Journées internationales du Yoga avec Swami Satchitananda et Dev Murti, etc. Son élève Jean-Pierre Radhu veut faire mieux en organisant en mai 1972 la première Foire du Yoga à Saint-Symphorien près de Mons Belgique, dans l’immense parc de Mme. De Priches. Ce fut une rencontre extraordinaire, inoubliable avec tous les grands enseignants de Yoga venus des Indes et du monde entier, mais il n’y eut pas de seconde rencontre. Gérard Blitz (1912-1990), fondateur du Club Méditerranée puis Secrétaire de " l’Union européenne de yoga ", organise du 2 au 9 septembre 1973 une semaine à Zinal en Suisse consacrée au Yoga où il invite les grands conférenciers du moment et quelques Swamis et Hindous. Ils instauraient une ambiance sacrée bien différente des frivolités occidentales. J’ai participé aux dix premières années, puis j’ai présidé en 1991 le dernier Zinal au Club Méditerranée, consacré à " L’Ame et le corps " avec Swami Yogamudrananda. Là plus qu’ailleurs se sentait le clivage entre les amoureux de l’Inde et du Yoga spirituel et traditionnel face à leurs opposants.

Finalement il semble pour le moment que le Yoga ait échappé au piège de l’hégémonie, du pouvoir étatique et de l’enseignement officiel dans l’unique école nationale. Il a gardé sa liberté, sa diversité et sa multiplicité. Chacun finit par trouver en son temps la forme de Yoga qu’il cherche et qui convient à son degré d’évolution du moment ou niveau de sadhana. Et c’est très bien ainsi. Encore faut-il avoir une vue des différentes possibilités.

E.     Les méthodes d’enseignement du Hatha-Yoga.

Un autre sujet de surprise et parfois d’opposition est la différence des différentes méthodes d’enseignement du Yoga. Curieusement rien n’a encore été écrit à leur sujet. Je ne vois pour ma part aucune opposition dans cette multiplicité. Il y a bien des voies et des chemins d’accès. Le monde du Yoga est immense, colossal et tout ne peut être donné à la fois. L’essentiel est le but que l’on se propose, en se centrant sur le principal. Mais en général il n’est pas explicite ni même conscient chez les fondateurs des méthodes. Pourtant il peut être déduit clairement des préceptes et des pratiques. Les différences peuvent porter sur :

       -   les cours collectifs ou individuels,

·         le fait que l'enseignant montre la posture ou non,

·         parle pendant le cours ou non,

·         touche ou non les élèves,

·         instaure une progression dans les postures de la séance avec pose/contre-pose ou non,

·         ne fait faire que des postures immobiles ou au contraire des mouvements/enchainements,

·         apprend les postures ou fait pratiquer le yoga,

·         insiste sur le corps ou sur l'âme (Atman), sur le corps grossier (Stula-Yoga) ou sur le corps subtil (Sukshma-Yoga)  

Par exemple, en voici quelques unes, telles que j’ai cru les comprendre au moment où elles sont apparues et où je les ai rencontrées vers 1960 (et non pas telles qu’elles sont maintenant). Je note quelques différences mais certainement chaque méthode ne se limite pas à cela. Et à mon avis elles ne sont pas opposées mais complémentaires, comme les peintres, les musiciens ou les fleurs dans un jardin.

 

Le Sahaja-Yoga de Amrit Désaï. Etant connecté avec la Buddhi, il s’allonge un instant et change rapidement d’état de conscience. Alors la Shakti est présente et devient sensible pour tous. C’est elle qui engendre les postures les unes après les autres ; leur enchaînement n’est pas pensé ni aucune posture prévue à l’avance, un peu comme dans du somnambulisme. L’effet est saisissant même sur les spectateurs, sauf sur quelques disciples qui copient par écrit la liste des postures, pour pouvoir après les reproduire dans le même ordre, montrant qu’ils n’ont rien compris au travail spontané de leur maître. Après son départ, ses élèves ont développé le Kripalu yoga.

Le Sutra-Yoga de Shri Mahesh. On apprend une série classique de postures, que l’on répète toujours pareilles dans le même ordre. Ce qui libère l’esprit pour ressentir l’esprit du Yoga (sutra, le fil du collier des postures). Ce qui se rapproche de la méthode précédente. Donc il ne faut pas alterner pose et contre-pose et l’on tient chaque posture le temps d’un cycle respiratoire ou d’une rétention.

La méthode Eva Ruchpaul. Elle préconise une certaine spontanéité dans l’apparition des postures et semble plus adaptée à des corps minces et souples.

La méthode Nil Hahoutoff. Comme il le disait lui-même, c’est une méthode de pré-yoga. Elle est issue du travail du cirque : on assouplit le corps par un long échauffement et effectivement il est capable après de pouvoir faire ce dont qu’il était incapable auparavant. On peut travailler à deux et utiliser des cordes ou courroies. Il faudrait combattre la bosse, en créant un creux au niveau des omoplates. Il a formé Françoise Gaboriau, Jacqueline Heinz, Patrick Tomatis, Philippe de Fallois …

La méthode Iyengar. Méthode structurée et très exigeante pour construire une posture physique avec précision et beaucoup de rigueur, s'aidant parfois d'instruments (comme Hahoutoff). Les enseignants semblent aussi rigoureusement contrôlés par des examens réguliers.

La méthode André Van Lysebeth. Méthode de base, assez classique, plutôt d’esprit sportif, même s’il a changé dans sa manière d’enseigner au cours de sa vie. Elle est continuée par sa famille et ses élèves.

La méthode de Babacar Khan, assez proche, insiste sur l’isotonie, le yoga irano-égyptien et le soufisme.

Le Viniyoga insiste sur bhâvana, la concentration sur une partie du corps ou sur un thème, car on ne peut pas tout faire à la fois dans la tenue d’une posture. Il préconise l’alternance pose/contre-pose et une progression en montée/descente lors de la séance (Vinyâsa). Il est présidé par Claude Maréchal.

Le Khyf Yoga pour la santé de TKV Désikachar et son fils Hausthub s’est séparé du Viniyoga pour insister sur le coté individuel et thérapeutique.

Le Yoga de l’Energie de Roger Clerc. Il est issu de la méthode Lucien Ferrer. Il s’agit de ressentir l’énergie Ha circulant dans Ida et l’énergie Tha circulant dans Pingala. Il se dit tibétain et développe pas mal de mouvements (phrases et les 18 mouvements préliminaires). C’est une méthode assez complète qui devrait élever jusqu’aux niveaux supérieurs de contact avec les Sources, dont Tchan-Ré-zing. Il est parfois choisi par les corps défavorisés incapables de pratiquer les méthodes précédentes.

L'Extatic-Yoga de Marc-Alain Descamps. Le yoga est la prière naturelle du corps dans un temps sacré. En silence, les yeux fermés, les postures sont tenues immobiles avec joie et amour. Dans la respiration de la Victoire avec mula-bandha, à chaque cycle respiratoire la rotation de la Lumière-énergie monte et descend les sept chakras (Shakti-chalana). Pour obtenir le son cosmique (Nada) dans les oreilles, la Lumière (Jyotir) derrière les paupières fermées et la vibration (Spanda) dans tout le corps, on finit le cours par la posture silencieuse immobile.

Le Yoga des Sikhs blancs, depuis Yogi Bhajan en 1969, est appelé kundalini-yoga et n’insiste pas sur l’immobilité mais sur les mouvements des exercices ou krias.

La méthode Brahmachari demandait, avant de commencer les postures, de se purifier par les techniques de purification (les shat-karma : nauli, dhauti, neti, basti …)

La méthode Satyananda comprend le travail classique des postures et des respirations, puis développe des exercices tantriques de préparation à la méditation comme yoga-nidra, antar-mauna, chidakasha dharana, prana vidhya, antar trataka, ajapa japa et les 70 kriyas …

Le Yoga-Nidra est un yoga de l’énergie dans un état de conscience particulier (état crépusculaire, twilightstate) avec des exercices d’imagination lors d’une relaxation profonde. Il semble se développer dans diverses écoles de formation hors du hatha-yoga, avec swami Devatmananda, Bhaktananda, et maintenant Claude Mathieu …

Le Yoga traditionnel se centre, comme aux Indes, sur la " transmission " du Yoga et non son enseignement, c’est-à-dire pendant douze ans sur tout ce qui passe directement de l’enseignant à son disciple (acharya-chela).

Le yoga occidental. Dans des " Ecoles pour devenir professeur de yoga " on apprend le yoga plus qu’on n’en fait : on étudie les postures avec détail et finesse, mais en bavardant. On se centre sur la belle posture, de plus en plus acrobatique et on oublie pourquoi on la prend (pour accumuler de l’énergie pour pouvoir stopper le mental dans l’assise silencieuse immobile). On oppose un " état méditatif " aux longues méditations assises en fin de cours.

Des méthodes américaines se diffusent dans le monde, sans posture immobile mais parfois avec un accompagnement de musique jazz, avec un nom protégé (registered) et donc des redevances permanentes … Ainsi Patanjali dans les Yoga-Sutra nomme Ashtanga-Yoga sa méthode du Yoga aux 8 membres en consacrant aux postures une ligne sur 196.

L’Ashtanga-yoga se réclame de Sri Pattabhi Joïs (1915-2009) avec 6 séries de 75 asanas selon un esprit vigoureux et athlétique.

Le Power-yoga se réclame de Krishnamâcharya (1888-1989) selon le Vinyasa-yoga et semble être une méthode américaine sportive, exigeante et fatigante.

     Le  Sphurana-yoga développé en 1980 par Sabetti est un yoga de l’énergie qui se pratique en flexion (de type Sumo) pour développer « Sphurana, un tremblement ». Mais est-ce « Spanda, la vibration » ? S’y ajoute le transfert d’énergie par Shinkido.

   Le Bikram-Yoga lancé par Bikram Choudhury en Californie se fait à 40° (chaleur de l’Inde) par une série de 26 asanas enchaînés très dynamique pour transpirer.

   Le Swasthya-yoga lancé depuis le Brésil par Maître DeRose sous le nom de Yoga antique insiste sur les enchainements de postures acrobatiques parfois en couple pouvant constituer un spectacle,

Plus le Shadow Yoga, le Yogalate, l’Airyoga, etc.

    Ainsi le Yoga est libre, tout le monde a le choix de pouvoir pratiquer la méthode qui lui correspond, comme il peut apprendre la musique de tous les pays, chacune selon sa tradition.

Pour être complet ce yoga du corps s’insère dans un ensemble. Le Raja-Yoga ou yoga royal est dit comprendre quatre pieds :
Le Hatha-Yoga ou yoga du corps, des postures et des énergies
le Bhakti-Yoga ou yoga de l’Amour, de la Dévotion,
le Karma-Yoga ou yoga de l’action, du Service, de l’aide désintéressée
le Jnana-Yoga ou yoga de l’étude, de la philosophie, des textes sacrés.

 

Références
 

BERNARD Théos, Tout le hatha-yoga, 1943 et Amiot-Dumont 1954
BIES Jean, Littérature française et pensée hindoue, éd. Klincksieck, 1974
BOSC Ernest, Traité de Yoga, éd. Daragon, 1907
CAJZORAN ALI, Les postures divines, USA, 1928
CECCOMORI Silvia, Cent ans de Yoga en France, éd. Edidit, 2001
DANIELOU Alain, Histoire de l’Inde, Fayard, 1971
DANIELOU Alain, Shiva et Dionysos, Fayard, 1979
DAVID-NEEL Alexandra, L’Inde, Plon, 1951
DESCAMPS Marc-Alain, Corps et extase, éd. Trédaniel, 1991
DESCAMPS Marc-Alain, L’Eveil de la Kundalini, éd. Alphée, 2005
DESCAMPS Marc-Alain, Rencontres avec des femmes remarquables, éd. Alphée, 2006
DRENIKOFF Yvan, Yoga de l’angoisse à l’extase, Epi, 1984
DROIT Roger-Pol, L’oubli de l’Inde, PUF, 1989
DROIT Roger-Pol, Le culte du néant, Seuil, 1997
DUPUIS Jacques, Histoire de l’Inde, éd. Kailash, 1996
ELIADE Mircea, Techniques du Yoga, Gallimard, 1948
FREDERIC Louis, Yoga asanas, éd. J.Oliven, 1956
GOVINDAN, M. Babaji et la tradition du Kriya-Yoga des 18 Siddhas, Montréal, éd. Kriya, 1991
KEYSERLING Hermann, L’Inde, Les belles lettres, 1980
MAUPILIER Maurice, Le Yoga et l’homme d’Occident, Seuil, 1974
MASUI Jacques, Yoga, Cahiers du Sud, 1953
MICHAEL Tara, Mythes et symboles du yoga, Dervy/Trismégiste, 1984
MURRAY Muz, Seeking the master, Jersey, éd.
Neville Spearman, 1980
PHILOSTRATE, Vie d’Apollonios de Tyane, in P. Grimal, Romans grecs, Gallimard, 1958
SAID Edward, L’Orientalisme, Seuil, 1980
SCHWAB Raymond, La renaissance orientale, Payot, 1950
SEDIR, Le fakirisme hindou et les Yogas, éd. Chacornac, 1911
SMULDERS L. E. Un an parmi les yogis de l’Inde et du Tibet, éd. Arista (1969/1986)
VARENNE Jean, Sept Upanisahds, Seuil/Points, 1981
YESUDIAN Selvarajan, Sport et Yoga, Genève, éd. Santoza, 1950