HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

 

Par  Marc-Alain DESCAMPS

 

La philosophie est  l’histoire de la philosophie et l’histoire de la philosophie est la philosophie. (Hegel). Les relations sont étroites, pas comme dans la science. Chaque philosophe a sa vision du monde et il vous l’offre. Elle est plus ou moins convaincante.

 

 

LES PRESOCRATIQUES. La philosophie commence en Grèce au VIIième avant notre ère en opposant la Nature à l’Esprit.

Pythagore adorait les Nombres (Arithmos) qui sont la vérité, car il n’y a pas deux mathématiques, comme on ne peut pas mettre deux nombres impairs à la suite. Tout est nombre et il n’y a de science que du mesurable. D’où la philosophie en attendant.

Thalès toute vie vient de l’eau et de l’Océan,

Anaximandre, non  de l’Infini (Apeiron),

Anaximène de Milet, tout vient de l’Air,

Anaxagore, un principe spirituel régit tout,

Xénophane : Dieu est tout, à coté le monde n’est qu’une apparence.

Parménide de Etée, commence dans ses Paroles de Vérité « l’Etre est et le non-être n’est pas » , « penser et être sont une seule et même chose ».

Héraclite d’Ephèse lui oppose  « on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve », « Panta rei, tout coule »

Protagoras et les Sophistes objectent « tu penses au non-être, donc il est en quelque sorte. Il y a un être du non-être ».

Zénon d’Elée proposa des paradoxes, dus à la coexistence du monde intelligible (vrai) et du monde matériel (apparence) : Achille et la tortue, la flèche qui vole,

Il faut donc unir la vérité de la pensé et les fluctuations des apparences de la nature ; et chaque philosophe va donner un nouveau nom à son système philosophique.

Empédocle d’Akragas, le cosmos est le produit de deux principes antagonistes : Eros qui rassemble et Neikos qui divise.

 

PLATON (- 429 – 347). Il a eu comme maître Socrate, qui en prenant comme devise « Gnotis séauton, connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux » a orienté la philosophie vers la psychologie. Pourquoi l’esprit humain peut-il raisonner logiquement ? Parce qu’il a le Nous’ ou le Noos ? Et pourquoi retrouve-t-il le même esprit dans le Monde, parce que c’est le Logos.

Platon a écrit des dialogues, exemples de maïeutique. Il a élargi les Archétypes des nombres pythagoriciens aux autres Valeurs : le courage, la piété, la justice, le beau … Avant de renaître, l’âme humaine parcourt la voute céleste contemplant les Idées-Valeurs, éclairée par l’Eidos de Bien, après certains s’en souviennent grâce à la réminiscence. Il a aussi utilisé les mythes pour dire l’essentiel : le mythe de l’Atlantide, celui d’Ers le Pamphilien, le mythe de la Caverne, etc.

 

ARISTOTE (- 384. – 322) se donne comme l’élève et le continuateur de Platon, mais il l’inverse complètement. Il a voulu résoudre tous les problèmes exposés précédemment. Pour cela il inventa la logique avec les dix  catégories et  les cinq catégorèmes. Surtout il a voulu rendre compte des Formes (morphé) : la fleur est la Puissance du fruit et le fruit l’Acte du bouton. Il intègre donc le Temps dans l’Idée.

 

EPICURE (-341 -270) est un pessimiste qui cherche le bonheur, mais de façon ascétique. Ecolo, il vivait dans un jardin.  « Mon corps est saturé de plaisir quand j’ai du pain et de l’eau ». Seuls les désirs naturels et nécessaires doivent être satisfaits, tous les autres engendrent les maux. L’amitié et la philosophie rendent la vie supportable. C’est à la sérénité de cœur qu’il faut parvenir. « Carpe diem. Prends le jour, c’est-à-dire l’instant qui passe ».

 

STOICIENS. Philosophes sous le Portique (Stoa) : Cléanthe, Chrysippe …  à Rome : Cicéron, Sénèque, Marc-Aurèle … Distingue ce qui dépends de toi et ce qui ne dépends pas de toi. Dans ce qui dépends de toi fais tout  ton possible et après accepte : « amor fati. Tu veux ce qui va t’arriver ». « Vivre selon la vertu », rejoindre la nature. Le Manuel d’Epictète, un esclave affranchi, résume le Stoîcisme. « Supporte et abstiens toi. Anékou kai apékou ». Les biens de la fortune ne doivent pas retenir notre attention. La passion « cette maladie de l’âme » est la source de nos erreurs. Pour vivre conformément à la raison, il faut vivre conformément à la nature. Le modèle est le Sage, seul le Sage est libre, il est amigués, apathéia et ataraxia.

 

PLOTIN (+ 205. + 270) a cherché comment aller de l’Un au multiple dans ses Ennéades. Les trois hypostases sont l’Un, l’Intelligence et l’Ame. Il a découvert la méditation allant jusqu’à l’extase. Il a fondé une école philosophique mystique : Proclus, Porphyre, Jamblique, Apollonios de Tyane …

 

Pour les Chrétiens les Archétypes de Platon avaient été mis en Dieu et Jésus était le Logos. Saint Thomas d’Aquin a essayé d’adapter Aristote à la théologie chrétienne.

Pendant tout le Moyen-Age la philosophie s’est continuée avec le débat entre les Nominalistes et les Universalistes. Les nominalistes avec Guillaume d’Occam soutiennent que les idées n’ont pas d’existence en dehors de l’esprit humain. Pierre Abélard (1079- 1142) est conceptualiste : les mots ne contiennent pas toute l’idée du concept. Pendant longtemps la philosophie a été écrasée par les religions juive, chrétienne et musulmane. Les chrétiens avec l’aide de l’Inquisition ont brûlé Vanini  à Rome et Giordano Bruno à Toulouse. Puis vint la Renaissance et le début du Progrès avec la mécanisation.

 

DESCARTES (1596-1650) est « le fondateur de la philosophie moderne » selon Hégel. Il instaure le mécanisme en séparant la nature et l’esprit. Il commence par douter de tout, mais ne peut pas douter de sa propre existence, malgré l’argument du rêve : « Je pense donc je suis. Cogito ergo sum ». Refusant la notion aristotélicienne et scholastique des « esprits animaux », il pose deux substances : la substance étendue (res extensa) et la substance pensante (res cogitans).  Toute notre vie nous expérimentons leur union en l’homme. A l’imitation des horloges et automates, il a l’idée de la mécanisation des corps. Il a écrit l’Animal-machine et a laissé écrire l’Homme-machine à son ami La Métrie. Il se voit comme « maître et possesseur de la nature ». De ses connaissances mathématiques et physiques il tire les quatre règles de la méthode et une conception du monde mécanique. Ses successeurs vont essayer de recoller ce que Descartes a séparé et d’expliquer ce monde moderne scientifique et technique (œuvre de l’homme) qui remplace de plus en plus le monde naturel (œuvre de Dieu) : Leibniz, Malebranche, Spinoza ...

 

MALEBRANCHE (1638-1715) est un prêtre qui a voulu concilier Descartes avec la théologie chrétienne en proposant « la vision en Dieu » et « les causes occasionnelles ». Tous les Eidos, les Archétypes platoniciens sont en Dieu et les causes naturelles ne sont que l’occasion pour l’action directe de Dieu sur mon âme.

 

BERKELEY (1685-1753) est un évêque irlandais qui aboutit aux mêmes conclusions que Malebranche, plus l’immatérialisme. « Donc Dieu n’a pas créé le monde »,  la matière est sensorielle « Esse est percipi.  Etre, c’est être perçu ». N’existent que des esprits et les idées de ces esprits. La perception est une illusion, c’est le langage direct de Dieu avec nous. La conversion est la prise de conscience de ce dialogue continuel journalier.

C’est exactement ce que les philosophes hindous et bouddhistes appellent la Maya, l’illusion cosmique. Et la méditation qui mène au Samadhi ou Nirvana, sert à nous en délivrer et à converser avec Dieu directement à l’occasion de la perception, participer au jeu (Lilla) du monde et à l’aventure de l’évolution à travers des réincarnations successives, avec l’aide des Avatars, ou descentes du Divin dans le monde. La création est un jeu (ou drame) par amour.

(C’est le premier livre que j’ai écrit en 1953 Berkeley et Shankara, non publié).

 

MAINE DE BIRAN  (1766-1824), député de Bergerac, complète Descartes en fondant la preuve ontologique sur le corps et sa contraction. Ce faisant il découvre le corps et l’effort moteur volontaire, en philosophie et en sociologie. « Je suis non pas parce que je pense, mais parce que le moi est la cause de  l’acte dans une sensation musculaire, malgré la résistance organique dans une aperception immédiate interne ». Cette volonté, une et indécomposable, donne le bonheur.

 

LEIBNIZ (1646-1716), en tant qu’homme universel, il s’intéresse à tout. Il part du calcul intégral et différentiel qu’il découvre et crée une machine à calculer. Comme Descartes, il tient que dans l’étendue les corps sont composés d’atomes et dans la pensée les atomes psychiques  sont des monades, qui ne communiquent pas, ni avec les atomes, ni entre elles. Dans l’homme selon l’harmonie préétablie de deux horloges séparées, Dieu a assuré la concordance des deux horloges, selon le contact et la sensation. Et dans l’homme l’âme et le corps, deux horloges séparées sonnent à la même heure, ce qui évite l’intervention continuelle  du Dieu de Malebranche. Le mal physique vient du mal moral, qui découle du mal métaphysique, qui est le plus réduit possible, Dieu est innocent du mal. L’harmonie  préétablie assure que le mal est le moindre mal et que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».  

 

SPINOZA  (1632-1677) Ethiqua : «  par Dieu, j’entends un être absolument infini, c’est-à-dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. Nous n’en connaissons que deux : l’étendue et la pensée. Et dans l’étendue, nous ne sommes connectés qu’à l’espace et le temps. « Cet amour envers Dieu doit occuper l’esprit au plus haut degré. Ce Dieu qui s’aime lui-même d’un amour intellectuel infini ». En échange de quoi sa communauté juive l’a chassé et a tenté de l’assassiner.  (Spinoza est le philosophe que je préfère).

 

KANT Emmanuel (1724-1804) tiré de son sommeil dogmatique par Hume, il écrivit trois Critiques pour nommer Noumènes le monde intelligible de Platon et Phénomènes le monde sensible, c’est la dialectique transcendantale. Les formes a priori de la sensibilité sont l’espace et le temps. L’analytique transcendantale étudie les catégories. La critique de la raison pure est suivie par la critique de  la raison pratique qui dicte la nouvelle morale de l’impératif catégorique, fondé sur la raison et non  pas sur Dieu. Agis comme une loi universelle et comme une fin et non pas comme un moyen. Le beau est une finalité sans fin, il n’a pas de but autre que lui-même, il ne sert à rien.

 

NIETZSCHE (1844-1900) fut un professeur de grec ancien qui vit en Méditerranée et reprend les idées aristocratiques de Théognis de Mégare. Il oppose l’art apollinien de rigueur et l’art dionysien d’ivresse tragique. Il reprend la croyance grecque de l’éternel retour, avec les réincarnations. Il annonce la mort de Dieu, ce qui veut dire simplement que la société ne sera plus dirigée par les valeurs négatives chrétiennes de soumission et de sacrifice en vue de notre récompense au ciel. Les nouvelles valeurs seront la Volonté de puissance (Wille zur Macht) et le Surhomme (Ubermensch). Ainsi parlait Zarathoustra (Also spracht Zaratoustra) prêche cette nouvelle morale sous forme prophétique. Il a été incompris par les Communistes et les Nazis.

 

HEGEL (1770-1831) a présenté une réconciliation de la nature sensible et du monde intelligible ( les Eidos platociens). L’Idée c’est l’unité du concept et de l’existence. L’union est dialectique, elle se fait en trois étapes : l’affirmation ou position, c’est la thèse, le contraire ou l’opposition, c’est antithèse et vient la synthèse qui concilie les deux opposés en les dépassant dialectiquement. Ce développement dialectique de l’idée engendre la nature par l’action des  hommes dans l’Histoire. L’Esprit est l’intériorisation de la Nature dans le triple esprit : subjectif, objectif et absolu. L’Histoire est le développement de l’esprit universel dans le temps et elle a toujours raison, mais son sens n’est perceptible qu’à la fin, dans le dépassement lors de la  philosophie de l’histoire. Voilà, on comprend enfin avec Hégel que l’histoire de la philosophie est la philosophie.

 

COMTE Auguste (1798-1857) fondateur du Positivisme avec sa loi des trois états : théologique ou fictif, métaphysique ou abstrait et scientifique ou positif. Mais en 1845 il rencontre Clotilde de Vaux et fonde une religion où elle est déesse « patronne de l’Humanité ».

 

BERGSON Henri (1859-1941) l’élan vital est la durée en tant qu’elle s’actualise et mène l’humanité. Il est l’intuition ou sympathie par laquelle coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable. Ce sont les données immédiates de la conscience, qui sont premières et non les corps ou notre corps. Le temps mathématique est mélangé à l’espace, le vrai temps est le temps psychologique ou durée. La durée est la forme du moi, quand le moi se laisse vivre. La matière est le  plus bas degré de la durée, elle est « un passé infiniment dilaté ». La mémoire est la durée qui prolonge le passé dans le présent. Le présent est le degré le plus contracté du passé. La durée est une création continue. L’élan vital est la durée en tant qu’elle s’actualise et passe à l’acte. La vie est durée, mobilité, création continue, liberté. Il a deux mémoires : la mémoire-contraction et la mémoire souvenir libre. Le rire vient du comique qui voit le placage du mécanique sur le vivant, en trébuchant. Il y a deux sources de la morale et de la religion : la morale close, obligatoire et la morale ouverte des héros, soulevés par l’élan vital. De même il y a deux religions : statique avec les dogmes et les rites et la religion dynamique, celle des saints et mystiques, poussés par l’élan créateur de la vie. Dans le futur il y aura une étude expérimentale du Dieu-Amour.

 

HEIDEGER (1889-19) a publié en 1927 Sein und Zeit l’Etre et le Temps où il oppose l’Etre et les étants (phénomènes). « L’homme doit être le berger de l’Etre et non le Seigneur des étants ». Seul un étant qui met en question son Etre existe. « L’homme est un étant de déchirement », il est dans le souci (Sorge) avec ses trois dimensions : la déréliction ou facticité, l’existence ou Dasein, l’être-là ou discursivité. La déréliction est l’état de solitude et d’abandon de l’être humain jeté dans le monde, qui génère l’angoisse. Le Dasein est saisie de son propre être, avec les trois existentiaux : la rétrospection vers sa situation originelle, le projet de soi vers l’ek-sistence et la présence à l’autre, comme autrui. L’angoisse est l’état d’inquiétude qui résulte « de l’insécurité de l’existant humain sous la menace du Néant ». Le On est inauthentique, l’authenticité est la saisie de son être comme être-pour-la-mort. « La problématique existentiale tend à mettre en évidence la structure ontologique de l’être du Dasein ». La finitude insurmontable doit, quelque part être surmontée.

 

JUNG Carl-Gustav (1875-1961) est un médecin psychiatre suisse, qui s’est opposé à Hitler. Il oppose la persona au Soi. Il a étudié l’inconscient collectif et joint les deux genres (anima de l’homme et animus de la femme) avec l’Ombre et il reprend les Archétypes platoniciens et toute la spiritualité.

 

 

Le débat va continuer entre les philosophes matérialistes (Marx, Lénine, les Communistes, Sartre, Michel Onfray …) et les philosophes spiritualistes.

 

Marc-Alain DESCAMPS présente la philosophie orientale qui joint l’Orient et l’Occident en introduisant dans la philosophie les notions orientales : (1. karma, 2. samsara, 3. moksha, 4. maya, 5. avatar, 6. koshas, 7. kundalini, 8. kléshas …).

Karma, ou loi de rétribution morale. Ce que tu subis, tu l’as fait et ce que tu fais, tu le subiras.

Samsara ou réincarnation. Nous avons plusieurs vies et la vie évolue selon l’évolution : plantes, arbres, animaux, hommes …

Maya, ou l’illusion cosmique car la matière est de l’énergie. Il n’y a que des ondes, des vibrations et des interférences.

Moksha, Samadhi, Nirvana sont la sortie du piège des réincarnations par l’apothéose.

Avatar, sortie grâce à l’aide du Divin qui s’incarne quand de besoin.

Gurus, il y a aussi des hommes (et des femmes) qui ont réalisé le Divin et qui peuvent le transmettre dans l’Amour.

Koshas, nous avons plusieurs corps ou enveloppes superposées.