Madame GUYON (1648-1717)

Par Marc-Alain Descamps

 

Qui est Madame GUYON ?

De son vrai nom : Jeanne-Marie Bouvier de la Mothe.(1648-1717)

« La plus grande folle de mon royaume » a dit le Roi Louis XIV

« Plus extravagante que coupable » ajoute Mgr Bossuet,

« une sainte qu’on opprime » a répondu Mgr Fénelon

Une grande mystique ou une vraie hystérique ?

Une folie sauvage, enragée à aimer,

Comment le Pur Amour peut-il attirer tellement de haines ?

 

1.MONTARGIS

Je suis né la veille de Pâques, le 13 avril 1648 à Montargis.

Ma mère a eu une frayeur terrible et accouche à huit mois, ce qui était mortel à l’époque.

On me porte chez la nourrice, on me croit morte. Un  prêtre arrive pour le baptême.  Je sors de ma pamoison (=coma). On découvre que j’ai un gros abcès au bas du dos qu’on perce.

Mon père est procureur du Roi et ma mère est une dévote, amoureuse de son fils.

A deux ans et demi j’entre chez les Religieuses Ursulines qui me terrorisent avec l’enfer. Je suis toujours malade et j’ai eu la petite vérole.

A 12 ans elle découvre St. François de Salle et Ste. Jeanne de Chantal, et écrit Jésus sur du tissu qu’elle coud sur sa poitrine.

Elle veut être religieuse, mais son père la marie à un voisin : Jacques Guyon du Chesnoy Champoulet. Il a 22 ans de plus et venait de faire creuser le canal de Briare. Dans son mariage elle passe son temps à pleurer, à être battue et à  lui faire 5 enfants.

Son cousin missionnaire lui apprend « l’oraison muette » avant de mourir. Elle lit toutes les mystiques et vit l’ouverture du cœur et des extases avec des lévitations. Son mari, inquiet de sa dévotion, l’emmène à Paris dans les fêtes pour l’étourdir. Puis arrive l’épidémie de petite vérole qu’elle attrape à force de soigner son entourage. Son mari meurt en 1676, elle a 28  ans, des visions et un don de guérison.

 

2. LES VOYAGES. Après 12 ans de mariage la famille de son mari lui fait signer un acte où elle renonce à l’héritage et à l’éducation de ses enfants. Abandonnée à la campagne, elle frôle la mort.

Puis, sans plus rien, elle va voir l’évêque de Genève, qui lui propose de diriger la Maison des nouvelles Catholiques à Gex (protestantes de Suisse converties). Elle accepte et part à Gex avec sa fille, où elle fait de plus en plus de guérisons miraculeuses. Elle vit deux ans à Thonon dans le Couvent des Ursulines et écrit son premier livre « Les Torrents Spirituels »*.  L’évêque lui donne un confesseur le Père Lacombe  en 1680.

Puis elle va en Italie à Turin rencontrer Molinos sur le Pur Amour et entreprend une tournée d’inspection et de conversion avec le Père Lacombe. Chacun sur son cheval ou dans la même voiture, ils vont à Verceil, Grenoble, Marseille,  Chambéry, Dijon, où elle s’occupe d’une possédée … Puis après cinq ans de tournée triomphale, ils rentrent à Paris, chacun dans le couvent de son ordre.

 

3. LE SUCCES. Mme Guyon à Paris fréquente les Salons féminins et se fait des amitiés avec les filles de Colbert et de Fouquet. Elle a beaucoup de succès mondains.

Soudain à 40 ans elle est dénoncée comme quiétiste (suspectée de s’écarter de la confession au nom du Pur Amour) et enfermée/« confiée » au Couvent de la Visitation. Sa conduite y est exemplaire. Elle y reste 7 mois et demi et est libérée par lettre de cachet du roi, sous l’influence de Mme. de Maintenon.

Elle fiance sa fille au fils de Fouquet, le surintendant disgracié. Elle rencontre chez les « Nouvelles Catholiques » François de la Mothe de Salignac de Fénelon, ils sont de la même famille (de la Mothe) il a 37 ans et elle 40 ans. Elle le convertit au pur amour de Dieu et développe une amitié très pure mais intense. Ils s’écrivent beaucoup et se voient très peu « Je serai ravi de me taire avec vous » écrit-il. Et elle répond « Vous m’êtes très uni et mon cœur se répand dans le votre sans peine ». (C’est ce que nous appelons « la Méditation » dans une effusion de cœur à cœur avec une chaleur d’amour en la présence de Dieu). Fénelon, qui a écrit un « Traité sur l’éducation des filles » et « Les aventures de Télémaque», est nommé précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Il enseigne à Saint-Cyr, l’école de Mme de Maintenon pour 250  orphelines nobles, ainsi que Madame Guyon qui y restera quatre ans. Et ils développent une société secrète, l’Ordre des Michelins dont on ne sait rien car il n’y avait pas d’écrits. Cette confrérie du Pur Amour espérait avec le petit fils de Louis XIV d’instaurer un régime libéral contraire à l’absolutisme de Louis XIV, dont le programme est dans Les Aventures de Télémaque.

 

4. LES ENNUIS.  Mais en  mai 1693 Godet des Marais, évêque de Chartres et directeur de Saint-Cyr, dénonce le quiétisme de Mme Guyon et en septembre lui interdit d’enseigner à Saint-Cyr. Mgr Bossuet est chargé de l’enquête. Elle va le voir et lui donne tous ses livres. Mais meurent le Grand Inquisiteur, l’Exorciseur et M. de Fouquet. On fait venir les évêques de Genève et de Grenoble et le Père Lacombe de sa prison de Lourdes et qui deviendra fou sous la torture… Bossuet lui dit que tout est orgueil en elle : prédications, écrits, visions, miracles. Elle se soumet « Comme je ne respire, Dieu merci, que soumission aveugle et docilité pour l’Eglise … ». Pourtant le 30 octobre 1695 la police l’arrête et la met à la prison de Vincennes où elle reste un an au secret et au silence. Puis elle est transférée à la Bastille où elle restera 8 ans.

Elle est accusée par Bossuet et défendue par Fénelon, qui n’a pas été nommé Archevêque de Paris, mais évêque de Cambrai. (un exil déguisé). Dans la querelle du Quiétisme, ils polémiquent et s’écrivent publiquement 22 fois et plus de 100 pamphlets sont publiés.

Puis la Querelle de nationale va devenir internationale, car Fénelon en appelle au Pape sur le Pur Amour. Il veut aller à Rome mais Louis  XIV lui interdit. Le Pape Innocent  XII désigne 10 juges qui étudient l’affaire pendant 15 mois. Louis XIV s’impatiente, alors l’affaire monte au Saint-Office et l’Inquisition a 99 réunions sur les écrits de Mme Guyon. Et le Pape sort le 12 mars 1999 un simple bref : il n’y a pas d’hérésie, seules 23 propositions sont « téméraires »,  susceptibles d’être mal comprises et réservées au clergé.

 

5. LA FIN. Le 22 mars 1703 Madame Guyon sort de la Bastille sur une civière, après 8 ans,  elle est malade et elle transférée à Blois dans la prison de l’Evêque.

1704  Bossuet meurt.

1711 le Dauphin meurt, le Duc de Bourgogne (élevé par Fénelon) lui succède. L’espoir renait dans la Confrérie du Pur Amour.

1712 le Duc de Bourgogne, petit-fils du Roi, meurt avec sa femme, de la variole. Tout s’écroule soudain.

1715, le 7 janvier Fénelon meurt d’un accident de voiture.

1715 en août Louis XIV meurt à 77 ans. Son successeur Louis XV est le troisième fils du Duc de Bourgogne, il est âgé de 5 ans et le régent est son cousin Philippe d’Orléans.

1717 le 9 juin Madame Guyon meurt à Blois à 77 ans.

Mais Fénelon a eu un secrétaire le Chevalier de RAMSAY (1686-1743), un baron écossais, qu’il envoie à Madame Guyon à Blois. Il l’aide beaucoup dans sa prison. Et après leurs morts il publie énormément : les œuvres complètes de Fénelon et de Mme Guyon et avec son ami Désaguliers son fameux « Discours » qui serait le testament de Mme Guyon et  des Michelins, etc.  A tel point que l’on se demande si Mme Guyon ne serait pas « Marianne », (Marie-Jeanne ?) la mère Obscure révolutionnaire dont le buste est dans toutes les mairies de France et dont on sait pas exactement d’où elle sort.

 

*Les Torrents spirituels détaillent quatre cas de rencontres d’âmes .

1. le cœur bien ouvert, l’amour y entre comme une chute d’eau.

2. il y a des résistances, soudain le cœur se ferme et ne laisse plus rien entrer.

3. il ferme son cœur et ne laisse rien entrer, l’amour refoulé revient à l’émetteur.

4. exceptionnellement les 2 cœurs sont à la même hauteur, il y a un flux et un reflux par échange d’amour.