Les gurus sont-ils des saints ?

Par Marc-Alain DESCAMPS

 

Après l’extase, la lessive

 

En 2000 Jack Kornfield a publié  After Ecstasy, the Laundry, traduit “ Après l’extase, la lessive”, où il dévoile tous les problèmes d’immoralité des enseignants spirituels les plus célèbres dans le monde. Par exemple, dans le chapitre 10 « Le linge sale », il parle de KRISHNAMURTI (1895-1986) et du livre de Radha Sloss sa fille, qui ne sait pas qui est son père car Krishnamurti partageait la femme de son dévoué secrétaire, une semaine chacun. Il n’empêche que c’était un brillant conférencier qui a eu du succès et a écrit bien des livres célèbres qui continuent à faire du bien.

La conclusion de ce  livre est que nul n’est parfait et tous les instructeurs spirituels sont des êtres humains et pas des anges. Et il vaut mieux faire ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font.

Tous les Hindous et tous les professeurs de yoga ont été contestés et critiqués sauf, à ma connaissance, Swami Chidananda (1916-2008) de Rishikesh.

 

J’ai étudié soigneusement dans les années 90 Hamsananda (1928-1998) et je suis allé dans son ashram du Mandarom avec ses statues géantes à Castellane dans les Alpes du Sud. C’était un antillais (Gilles Bourdin) que l’on prenait pour un indien et qui a déraillé dans les dernières années de sa vie. Accusé de viol, il est mort pendant son procès où 350 femmes de son ashram ont témoigné en sa faveur. Ses livres sont impeccables et encore utiles de nos jours.

   Sri Chinmoy (1931-2007) est un orphelin, adopté par Aurobindo et devenu professeur de yoga à New-York et Paris. Il a été très célèbre vers les années 1990 avec ses exploits internationaux comme athlète (course et haltérophile). Titulaire de records mondiaux, grâce non pas à ses muscles, mais à son énergie (prana) dûe  au yoga. Une de ses disciples a écrit un livre contre lui. J’ai eu en psychanalyse sa principale disciple en  France, directrice de centre de méditation. A sa mort il a été accusé de s’intéresser trop aux lesbiennes, et des sites divers (pour et contre) sont apparus, disparus depuis.

Les aventures d’ Arnaud Desjardins (1925-2011), entre autres ses amours avec Dalida, ne l’ont pas empêché d’être le premier guru français.

 

Un des livres  les plus scandaleux est « La folle et le saint » de Catherine Clément et Sudhir Kakar où ces deux psychanalystes veulent nous démontrer que si Madeleine, soignée par le Dr. Pierre Janet à la Salpêtrière, avait vécu aux Indes elle aurait été reconnue comme sainte et si Ramakishna (1836-1886) avait vécu à Paris et rencontré Pierre Janet, celui-ci l’aurait enfermé à la Salpêtrière. Ce qui est évident, SI  et facile à deviner, SI, si, si … Ce qui nous vaut la liste de toutes les extravagances de Ramakrisna qualifiées de « mystiques » et présentées comme « folles hallucinations » par les auteurs. Mais la preuve réciproque manque : Madeleine a été guérie et libérée et n’est pas devenue une sainte. Alors que l’audience de Ramakrishna, dure toujours et qu’il a des oeuvres dans tous les pays du monde, grâce à son disciple Vivekananda, dont en France le Cercle Védantique de Gretz.

 

Je conseille instamment aux critiques d’Amma de lire le livre de  Daniel Roumanoff « Candide, au pays des gourous ». Il en dit autant sur Ma Ananda Mayee (1896-1982), qui était une sainte faisant des miracles et qu’il n’a pas compris.

Pourquoi ces détracteurs croient-ils le livre de Gail contre Amma et pas celui de Roumanoff ?

Il accuse Ma d’être « une fille mentalement dérangée », jouet de forces qui prenaient possession d’elle, et d’accorder une préférence marquée aux riches et aux puissants, de faire souffrir inutilement tous les non-hindous qui cherchent à l’approcher. Les gens autour d’elle sont malades, tendus, crispés, sans amour ou bonté, Daniel Roumanoff est dégouté de l’ashram, et surtout de sa mère Didimâ. « Insatisfait de ses réponses, j’ai le sentiment désagréable d’avoir été adroitement manipulé, par une hystérique. Il faut apprendre à dépouiller les faux-dieux de leurs auréoles de gloire ». D’autres ont déjà noté que Ma Ananda Mayi pouvait se mettre en colère et incarner Kali, dont elle avait à ce moment-là « le visage dur et terrible, reflétant toute la souffrance du monde ».  Il est vrai que Roumanoff n’a jamais pu apprendre à méditer, c’est-à-dire à faire le vide dans son esprit « je me retrouve emporté par un flot  de  pensées et d’histoires  imaginées ». Pour les chrétiens la joie ineffable  éprouvée parfois  en méditation est l’œuvre de Satan (p.315). Ce livre-témoignage n’a pas troublé mon admiration pour Ma Ananda Mayi et je vous renvoie au chapitre que je lui ai consacré dans « Douze femmes remarquables » et à ce que je dis de Roumanoff (p.241). Pauvre Daniel qui a quitté Ma Ananda Mayi pour discuter sans fin de lui et ses  problèmes  psychologiques avec Prajnanpad. Le résultat est que Daniel Roumanoff est Alzeimer depuis 12 ans ! Karma ?

Je souhaite que le livre de Gail ne trouble plus les admirateurs d’Amma et de ses œuvres caritatives, uniques au monde.

 

Tout gourou se trouve sur trois problèmes principaux : le sexe, l’argent et l’orgueil. Il  y une tentation de considérer l’ashram comme un harem et de répondre au désir de toutes les devotees de devenir la favorite (voyez comment le chanteur Claude François l’a résolu avec « les Claudettes »). L’argent passe classiquement par l’achat d’un château délabré que l’on fait restaurer par ses disciples ... L’orgueil fait donner des titres, statues, couronnes et décorations.

Osho-Rajnesh a pris les trois dans son ashram avec des accusations d’escroqueries, de viols, de contamination de sida, de drogues, de harcèlements, etc. Il était très fier de sa collection de 91 Rol-Royces.  Il a été dénoncé et dénoncé par tous les gens de valeur, chassé des Indes puis de son ranch d’Orégon aux USA, volé par sa principale maitresse-intendante. Ce qui n’a pas empêché ses disciples, après sa mort, de fonder une association internationale pour continuer ses enseignements et ses pratiques qui sont à l’inverse du Yoga.

 

Dans le yoga et plus largement dans la spiritualité, il y a un vœu qu’on ne continue pas la maxime éternelle de l’Eglise chrétienne « Faites ce que je dis et non pas ce que je fais ». En psychologie, il y a une double vérité depuis la découverte de  Carl Rogers (1902-1987) qui nous a appris l’authenticité et la congruence. Non seulement il faut dire la vérité (satya), mais il faut aussi la vivre, pour être vrai et congruent. Et depuis nous sommes tous plus exigeants et ne tolérons plus de prêcher une chose et de faire le contraire, comme pendant tout le moyen-âge.

Mais si on fume a-t-on le droit de dire qu’il vaut mieux ne pas fumer ?

 

AMMA

 

Gail dans un livre autoédité (Holy Hell,  L’Enfer sacré) ne dit pas qu’elle pas qu’elle a été battue régulièrement,  mais qu’une fois elle s’est fait tirer l’oreille. Et surtout elle a été « violée » par Kalou, un disciple d’Amma, qu’elle rejoignait dans sa chambre pendant cinq ans. Par contre il est évident d’après son livre qu’elle avait perdu « tout respect » envers Amma, qu’elle ne considérait plus comme son Maître et qu’elle critique sans cesse en tout, avec une énorme rancune. Sa haine est-elle à l’inverse de son adoration ? (exagérées les deux).  Incontestablement, Amma ayant été battue dans sa famille pendant 25 ans, elle a du apprendre la patience avec  ses premiers disciples. Et elle en avait besoin avec Gail.

 

Peu importe les calomnies sur sa vie privée, il n’empêche que Amma fait beaucoup de bien. Cela c’est sûr. Et de plus en plus. Elle a suscité un  réseau de bénévoles, d’abord en Inde, puis partout dans le monde. Amma a transmis l’amour de Dieu à 32 millions d’être humains avec des câlins. Elle a construit des orphelinats, des hôpitaux, des écoles, des collèges, des universités, des maisons pour personnes âgées et des soins palliatifs, des cercles d’amour pour prisonniers abandonnés, etc, etc. « Seul un être qui prie pour le bonheur de ceux qui le tourmentent peut devenir spirituel » et Amma l’a toujours fait et continue à le faire envers ceux qui répandent des calomnies envers elle. Elle a donné 15.000 dollars à Gail pour lui permettre de vivre, car dans tout ashram (et toute congrégation, catholique ou pas) il y a le problème de personnes qui ont fait don de toute leur fortune en arrivant, se fâchent un  jour et veulent récupérer leur argent en partant.

   Le dimanche 14 juin 2015, Amma a reçu à Los Angeles le Prix Golden Goody en reconnaissance de son œuvre humanitaire mondiale et a été reçue à l’Elysée le 20 juillet 2015 pour le Sommet des Consciences à Paris. Elle a été reçue par le Pape François à Rome et à l’ONU  New York, le 8 juillet 2015.

 

Il ne faut pas juger Amma avec  des concepts chrétiens, correspondants  à leur idéologie et à leur pratique. Le christianisme a été la religion la plus intolérante au plaisir sexuel en provoquant des hystéries et des névroses, alors que l’hindouisme et le tantrisme lui donnent une ouverture mystique.

   Même les saints ont été victime dans leur vie de calomnies et de sévices. C’est même la spécialité des saints chrétiens. Saint Jean de la Croix (1542-1591) en voulant réformer l’ordre des Carmes, avec Sainte Thérèse d’Avila, est mis au cachot et fouetté tous les jours. Puis il est calomnié par Diégo Evangélista qui mène l’enquête et les Carmes le laissent mourir à 49 ans d’abcès et d’ulcères mal soignés.

    Plus près de nous Padre Pio (1887-1968) a été qualifié de « phénomène de cirque » à cause de ses stigmates et caché de monastère en monastère. Mais 75 ans après avoir été condamné par le Saint-Office, il a été déclaré saint. Et il va en être de même pour Yvonne-Aimée de Malestroit, dont le procès en canonisation a été interrompu  par trop de miracles et de prodiges.

Sainte Bernadette Soubirous (1844-1879) après avoir vu 18 fois la Vierge à Lourdes a été enfermée aux Soeurs de la Charité de Nevers jusqu’à sa mort à 35 ans, et dressée pour qu’elle ne soit pas trop  orgueilleuse.

 

Mais les calomniateurs d’Amma feraient bien de suivre l’exemple de Jésus. « Les Pharisiens lui amenèrent une femme surprise en flagrant délit d’adultère pour être lapidée. Et Jésus leur dit « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre » (Jean VII 7).

L’indulgence. En yoga ne pas juger, surtout ne pas condamner.

Ne pas haïr, ne pas être jaloux, ou suspecté de jalousie.

Pratiquer Ahimsa la non-violence, même dans ses propos.

Et ils ne doivent pas oublier le proverbe africain : « Plus le singe monte haut, plus il montre son derrière ».

 

Les hindous ont été colonisés par les Musulmans dès l’an 800.   Et l’Islam a été divisé en deux : l’immense majorité des musulmans et les Djihadistes qui veulent le retour à la charria et oppriment les femmes. Dans le Daesh ils traitent les femmes avec deux siècles de retard  selon la Charria. Encore actuellement des femmes musulmanes sont obligées de porter la boukha ou  le voile islamique intégral, le higrab. Et en  cas d’adultère les femmes sont les seules à être lapidées.

 

En yoga après le rôle des hommes (Ramakrishna, Ramana Maharshi, Aurobindo, Sivananda …) vient celui des femmes (Meera Alfassa, Ma Ananda Mayi, Mère Meera, Amma …).

 La femme sera l’avenir de l’homme, si elle se libère de son oppression millénaire.

 

 

 

 

*Clément,Kakar, La folle et le saint, Seuil, 1993

Descamps Marc-Alain, Douze  femmes remarquables, Regard&Voir, 2013.

Kornfield Jack, Après l’extase, la lessive, Pocket, 2010

Roumanoff Daniel, Candide au pays des gourous, Dervy, 1990.

www.descamps.org/marc-alain