RENCONTRE AVEC DES FEMMES REMARQUABLES

par Marc-Alain DESCAMPS

Université de Paris V.

Il n’y a pas que les hommes qui peuvent être remarquables. J’ai vécu longtemps dans l’intimité de diverses femmes dévouées : mère, sœur, grand-mères, cousines, épouse. Mais la femme n’est pas que nourricière, elle sait aussi se faire inspiratrice, muse, guide, égérie. Dans la vie c’est une chance que de pouvoir rencontrer des femmes remarquables et de recevoir leur aide et leur inspiration. Et c’est cet aspect dont il est question ici, pensant que cela peut être utile à d’autres et que leur vie bénéfique mérite de rester dans les mémoires. Faut-il y voir pour autant des vies exemplaires ?

On a toujours pensé que seuls les hommes pouvaient être des génies ou des fondateurs de religion. Mais maintenant tout le monde ressent combien nous avons besoin du féminin, qui va être l’avenir de l’humanité. Les femmes sont aussi créatrices et leur anima est toujours à la racine des civilisations.

Ici je voudrais présenter et remercier des femmes que j’ai connues ou rencontrées au cours de ma vie. A des degrés divers et selon des formes différentes, elles m’ont beaucoup apporté comme elles l’ont fait d’ailleurs pour tous, tout autour d’elles, tout au long de leur vie. Je pense les avoir choisies et cherchées, mais finalement certaines me sont tombé dessus et m’ont traversé. Je ne serais pas ce que je suis sans elles.
Je pense qu’il va en être de même pour vous. Vous allez être les témoins de leur parcours et tenter de les saisir au moment zénithal de leur apport, pour en recevoir l’immense possibilité d’espérance.

- H. P. Blavatski a lutté toute sa vie pour faire connaître les sagesses orientales en fondant la Société Théosophique entre la science et les religions.
- Maryse Choisy, qui apprenait la méditation en Yoga, a été un précurseur en tout (spiritualité, psychanalyse et yoga).-
 - Cajzoran  Ali  a eu le grand mérite de faire reconnaitre que la pratique du yoga se situait dans le monde du divin.
- Mirra Alfassa « Mère » dans le Yoga intégral d’Aurobindo a fondé Auroville, la Cité de l’Aurore et a exploré l’inconscient cellulaire.
- Marie-Magdeleine Davy était l’éloquence même, elle obtenait des conversions instantanées, uniquement en suivant le pèlerinage de la recherche intérieure vers le secret qui nous habite et nous dépasse. Elle ramenait chacun à l’essentiel de sa vie.
Jeanne Guesné a montré comment l’on pouvait passer des sorties hors du corps et des voyages astraux à la spiritualité par l’attention à l’instant dans le Rappel de Soi.
- Alexandra David-Néel
a donné l’exemple d’une volonté indomptable qui l’a amené à être la première femme à pénétrer à Lhassa, capitale du Tibet interdit, en 1924, puis à devenir une inlassable initiatrice au Bouddhisme.
- Elisabeth Kübler-Ross est à la source de la nouvelle science occidentale de la mort et des soins palliatifs. Elle est à l’origine du Centre d’étude des expériences de mort imminente.
- Lilian Silburn, vivant dans le silence et la modestie, donnait par la plongée directe le plus profond de la méditation : l’entrée dans le silence, le vide et le rien. Elle faisait vivre tout ce qui est décrit dans les textes sur le Shivaïsme du Cachemire et la montée de la Kundalini.
- Mâ Anandâ Moyî était la Joie incarnée, sa rencontre était une bénédiction et elle vivait, hors norme, sur l’autre dimension. L’irréel et l’impossible étaient soudain vrais et présents ici grâce à elle.
- Mère Meera (Mira) transmet l’énergie de la Lumière, le sens du Sacré et l’expérience suprême.
- Amma (Mata Amritanandamayï) est sur terre l’incarnation de l’amour divin et vous le fait ressentir en un instant, avec son infinité et son incompréhensibilité gratuite, dans une reconnaissance sans fin.

Que vont-elles pouvoir nous apprendre ?
Quel est le fil rouge qui les relie secrètement et ont-elles apporté quelque chose en commun ?
Pourquoi ont-elles rencontré tellement d’incompréhensions, d’oppositions et parfois de calomnies ?
Et dans leur dimension tragique comment ont-elles fait pour donner tellement autour d’elles ?

M’ont aidé aussi bien d’autres femmes, plus ou moins connues. Ainsi je ne peux pas passer sous silence l’apport de Juliette Favez-Boutonnier, psychanalyste et professeur de psychologie à la Sorbonne dans les années 1960. De même Eva de Vitray-Meyerovitch (1909-2002) est une catholique, convertie à l’Islam ou plus exactement au Soufisme sous l’influence de Rumi. Sa conférence faite au Congrès de Lavaur sur « L’amour et le sacré » a paru dans L’amour transpersonnel (Trismégiste, 1988). Sa vision féminine du soufisme m’a montré la voie après de longues discussions. Thérèse Brosse après ses voyages aux Indes a quitté ses chats pour des tournées de conférence. Tara Michael a aussi beaucoup fait pour l’Inde, avec un séjour de dix ans, les traductions pour le CNRS , le Yoga et la danse Odissi. Marcelle Auclair et bien d’autres m’ont inspiré.

Nous sommes tous convaincus d’avoir quelque chose de particulier à apprendre des femmes. Le temps des civilisations patriarcales est terminé : la première révolution agricole et pastorale d’il y a 8.000 ans, nous a mené au machisme et aux guerres permanentes de plus en plus meurtrières. La femme ne peut plus rester exclue des sacerdoces et des églises officielles. Son temps est venu et son inspiration va se faire de plus en plus efficace. Les valeurs féminines sont celles dont nous avons le plus besoin : la vie, la douceur, l’amour, la paix, l’ouverture du cœur et la tendresse, la tolérance et le partage. La femme porte en elle la vie et en fait don, elle ne peut donc pas souscrire aux valeurs de violence et de mort. La vie engendre la paix. Et l’intuition de la femme vient de ce qu’elle reste en harmonie avec la vie de la nature. Son action civilisatrice a été d’apporter l’amour dans ce monde d’égoïsme et de compétition. Les femmes semblent trouver dans leur cœur ce centre d’harmonie et d’amour que les hommes cherchent dans les cieux.

Que pouvons nous retirer, nous lecteurs, de ces douze présentations ?

Le principal enseignement est le secret pour réussir sa vie. Il ne faut plus penser à soi et vouer sa vie aux autres. C’est le moyen le plus simple pour échapper à son Ego, à son égocentrisme naturel et au fond de tristesse qu’il engendre. Rien n’est plus triste et plus décevant qu’une vie où l’on ne pense qu’à soi. Ces femmes ont toujours fait passer leur plaisir au second plan et elles ont trouvé la joie.
Toutes n’ont connu la célébrité que malgré elles. Elles ont voulu aider, être utiles, servir à quelque chose, la reconnaissance publique n’est venue qu’après. L’essentiel est « comment faire de sa vie un chemin qui monte ? »
Elles ont toutes été à la recherche de l’Absolu. Là, se trouve leur désir le plus profond. Lorsqu’on peut descendre au fond de soi-même, on échappe à tous les petits désirs de l’instant, qui sont le piège de toute vie. Savoir ce que l’on veut et devenir soi-même sont les secrets du bonheur. L’essentiel est de se sa vérité, il faut se nettoyer, se purifier et faire beaucoup de sacrifices. On ne peut tout être à la fois, il faut choisir, mais c’est souvent la vie (ou le destin) qui choisit pour nous.

Enfin la grande découverte est que l’on ne peut pas devenir le contraire de ce que l’on est. Il ne suffit pas d’être vrai, il faut désidentifier de son égo.

Nous avons oublié pourquoi nous sommes venus sur terre et notre mission sacrée, aussi sommes-nous devenus la caricature de nous-même. A cause de cet oubli et de cette rupture, nos qualités se changent en défauts. Ainsi l’amoureux de la perfection divine devient un horrible perfectionniste et la Mère Compatissante devient un tyran domestique. La révélation évidente de son identité profonde permet de restaurer l’authenticité en soi et de changer ses défauts en qualités. C’est le dernier cadeau de ces rencontres remarquables. Puisse-t-il nous accompagner tout au long de notre vie.

Les femmes remarquables ne vont pas manquer de se multiplier. L’humanité en a un besoin vital. Pour surmonter la crise de civilisation qui nous attend et que certains pressentent, nous avons besoin d’êtres nouveaux : enfants indigos, éveil de la Kundalini, personnes revenues de la mort (dying) ... Mais de plus la femme doit se réveiller de sa longue léthargie comme la Belle au bois dormant (Sleeping Beauty) et passer en tête de l’humanité pour la sauver. La femme est l’Aurore de l’humanité nouvelle.

   

Pour plus de détails lire :

"Douze femmes remarquables"
Editions Regard&Voir, 2013
Marc-Alain Descamps