L’ETRE et le NEANT

 par Marc-Alain Descamps

Le problème commence dès que les hommes parlent.

Ils se posent la question : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

 

  1. LES GRECS

 

Tout commence en Grèce au VIième avant notre ère avec Parménide d’Elée et ses Paroles de Vérité :

« L’être est et le non-être n’est pas.

Eternellement. »

« Penser et être c’est la même chose »

C’est logique et la base de la philosophie et de la pensée pleine et positive.

 

Au contraire Héraclite d’Ephèse l’obscur ou le pleureur se fait l’apôtre du changement et des formes (morphé)  et du changement des formes. Il méditait à coté d’un fleuve.

Et disait « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve », car l’eau coule.

Par contre la forme du fleuve et son  lit sont toujours là.

Il le généralisait et sa devise était : « Tout coule. Panta rei ».

On n’entre pas deux fois dans la même forêt… Les Formes se transforment les unes dans les autres.

 

Les adversaires de Parménide et les Sophistes (Protagoras,  Gorgias …) vont contester

 « Penser et Etre c’est la même chose »,

car on pense le non-être et donc, il est . Il y a un être du non-être, au moins en pensée.

 

Parménide a exprimé la logique de la pensée humaine, mais il aboutit à un monde absolument immuable, or le monde est changeant : tout se transforme. La mort est le scandale de la Raison.

 

Pour résoudre cette difficulté inaugurale, tous les philosophes vont chercher pendant des siècles en proposant des nouveaux noms à la conciliation de l’Un et du Multiple.

 

 Zénon d’Elée, disciple de Parménide est l’inventeur de la dialectique,

Il  est l’inventeur des paradoxes : Achille et la tortue, le boisseau de mil, la Flèche …

Achille qui était le plus rapide coureur de l’antiquité ne peut rattraper une tortue (logiquement).

S’il court dix fois plus vite et si la tortue a un mètre d’avance, quand il a franchi ce mètre la tortue a fait un centimètre, et quand il fait ce centimètre la tortue a fait un millimètre et ainsi de suite …

 

Empédocle d’Agragas essaie d’unir ces deux positions en montrant deux forces en lutte dans le monde : philia (l’amour et la paix, la force d’attraction) et Neikos (haine et discorde, la force de dispersion). Ils ont constitué le Kosmos, qu’il nomme la sphère, Sphaïros. Ce que Freud a repris en opposant Eros à Thanatos.

 

Platon aussi d’unir les positions en disant que le non-être est dans le monde sensible, tandis que le monde intelligible est vraiment. Seuls les Archétypes (ou les Valeurs) ont de l’être, selon le Mythe de la Caverne. Et dans son dialogue « Parménide » il fait neuf hypothèses.

L’existence de Dieu par la preuve ontologique de saint Anselme est à la base de ce problème. Dieu on le définit comme « l’être nécessaire » et il est  le seul. Tous les autres êtres sont des « phénomènes » ou des « étants », ils existent, soumis au temps donc mortels, impermanents, transitoires, éphémères, incomplets, inachevés, fragmentaires … Ce que les philosophes nomment « facticité » : rien n’a d’être, rien n’existe par soi-même, en soi, rien n’a de raison d’être, tout aurait pu ne pas exister. Au contraire par la méditation, on peut retrouver l’Etre, stable, éternel, permanent, « causa sui » et y participer.

Dieu n’existe pas, il EST.

Kant propose de distinguer le Noumène des phénomènes. Aussi il  distingue dans le verbe « être » la copule qui lie le sujet à l’attribut et l’acte de poser l’existence d’un sujet, il est.

Hegel a tenté la conciliation avec le retour de la dialectique : thèse, antithèse, synthèse. Cette loi de l’histoire fait la réalisation de l’Idée dans l’histoire des hommes. La jonction entre l’être et le néant est l’idée de devenir ou Dasein.

Jusqu’à Heidegger qui cherche à concilier l’Etre et le Temps dans Sein und Zeit en distinguant l’Etre et les étants. L’homme doit rester le berger de l’Etre et non devenir le seigneur des étants. Le Dasein, l’être-là, est à la base de l’existentialisme.

L’exemple criant de ce problème a été donné par Jean-Paul Sartre (1905-1980), qui a raté l’être pour sombrer dans le néant. Il distingue « l’en soi » et le « pour soi ». Il profère « L’existence précède l’essence », d’un point de vue existentiel. Donc il postule que nous ne sommes pas une réincarnation selon notre karma.  Ayant tué Dieu, il s’étonne d’être dans l’absurde. Alors que l’absurdité elle-même est dans le refus du sens « L’existence partout, à l’infini, de trop, toujours et partout. Il y a une énorme présence toute molle, poissant tout, toute épaisse, une confiture … Je haïssais cette énorme marmelade. Je savais bien que c’était le monde, le monde tout nu, qui se montrait tout d’un coup et j’étouffais de colère contre ce gros être absurde … On ne pouvait même pas se demander d’où çà sortait, tout à cette lave coulante. Je criai « quelle saleté, quelle saleté !» je me secouai pour me débarrasser de cette saleté poisseuse ». Nous sommes tous en résidence surveillée pour lui et, selon lui, « L’Enfer c’est les autres ». Et tout ceci lui donne la Nausée, ainsi qu’à son personnage de Roquentin à l’odeur de vomi.

 

On  retrouve en Orient cette opposition avec l’Hindouisme et le Bouddhisme. A l’aube des temps les Rishis, les voyants de l’Etre, ont perçus le Brahman, svayambhu, origine de son Etre. Par le Yoga et le Védanta on peut réaliser qu’il est notre moi profond l’Atman, éternel, immortel, lumineux. C’est la vérité, d’ailleurs en sanskrit SAT signifie à la fois l’Etre et la Vérité. D’où la devise de l’Inde « Satya eva jayate, la vérité toujours triomphe ».

Au contraire le Bouddhisme part du Devenir, le Samsara, plein de souffrance à cause de l’impermanence, du Vide et de la mort. Mais il propose une Voie pour se sortir du Samsara, la Voie du milieu, et atteindre le Nirvana, ou stabilité, sortie du Samsara, ou Eveil ou Bouddha. Donc il y a à la fois, absence de l’âme, Aniçça, abscence de Dieu, vide de l’existence (telléité) … et un Adibouddha, qui se réincarne quand de besoin, et Karma, support de réincarnation, qui remplacent Dieu et Ame.