COMMENT AVOIR DE LA CHANCE ?
par Marc-Alain DESCAMPS
1. Qu’est-ce que la chance ?
La chance est l’opposé du hasard.
Le hasard est : « état d’un système où les
évènements se produisent avec une fréquence égale
à leur probabilité ». Et l’on pense aussitôt
au jeu de dés (aléa, en latin, d’où aléatoire),
qui ne relève que du hasard. Un bon dé doit avoir une chance sur
six de tomber sur chaque face, s’il n’est pas pipé. La chance
est l’exception aux lois du hasard où des séries improbables
se réalisent car celui qui a de la chance trouve plusieurs fois de suite
le numéro gagnant. C’est aussi celui qui dans sa vie évite
les malheurs et « les coups du sort »
Aussi peut-on penser que celui qui a de la chance est protégé.
Mais protégé par qui ? Là est la question. Pour les Anciens
il fallait échapper au Déterminisme ou Destin. Pour les premiers
Grecs, la Nécessité (Anangké) était toute puissante,
elle s’imposait même aux Dieux. Par la suite la Fortune (Tuké
ou Tyché) devient la protection divine pour les hommes. La Déesse
romaine Fortuna est alors représentée avec une corne d’abondance
pour tous les dons qu’elle peut déverser et avec un gouvernail
car elle dirige notre vie. Avec la laïcisation croissante, elle en vient
à remplacer la faveur des dieux et elle est invoquée pour elle-même.
Le rôle des religions de la chance ne cesse d’augmenter avec le
déclin des religions traditionnelles et par exemple la cérémonie
dominicale du Tiercé a remplacé dans tous les villages et quartiers
l’assistance obligatoire à la messe du dimanche.
Cette consultation de la Chance est devenue si importante que l’Etat s’en
est arrogé l’exclusivité. C’est l’impôt
volontaire des pauvres, qui rapporte trois fois plus que l’impôt
sur les grosses fortunes. A coté des 132 Casinos et Cercles de jeu, des
courses de chevaux et du PMU s’est constitué une entreprise nationale
(la Française des Jeux) dont le budget est plus important que celui d’Air
France ou de Michelin.
Les structures psychologiques sous-jacentes sont révélées
par les psychanalyses des grands joueurs de Casinos. Avoir de la chance c’est
être béni des dieux ; tous les joueurs ont gardé une mentalité
profondément religieuse : ils veulent faire dire au sort qu’il
les aime.
2. La malchance
La malchance ou le mauvais sort est une situation sociale beaucoup plus reconnue,
exemplaire et plus facilement étudiable. Elle liée au maléfice,
à la malédiction, au malheur et mauvais sort, causant une série
répétitive d’adversités. Autrefois on parlait plutôt
de guigne ou guignon. Puis est venue la déveine, en tant que suite de
coups défavorables. Les joueurs parlent souvent d’une veine de
pendu ou de cocu. Et pour gagner et conjurer le sort, ils portent un trèfle
à quatre feuilles, un fer à cheval, une fleur de mandragore, une
main de Fatma ou une paire de cerises par opposition à la guigne, mauvaise
cerise.
Le travail de psychanalyste commence toujours par la conjuration de la malchance.
Les patients arrivent très souvent avec la conviction qu’ils sont
maudits, malchanceux ou ont tiré un mauvais sort. Et il faut leur faire
réaliser que cela est très vrai et que cela va continuer tant
qu’ils le croient et agissent en conséquence. Rien n’est
plus auto-prédictif, cela se réalise par soi-même. Il suffit
de croire à sa malchance pour qu’effectivement toute une série
invraisemblable de coups du sort se succèdent dans une vie. On trouve
la même répétition maléfique dans les stupéfiants
récits de vie des miséreux et des sans domicile fixe. Dans une
psychothérapie, le premier travail est de faire réaliser la puissance
de l’esprit, la force des idées et la responsabilité de
ses croyances. Il suffit de se croire malchanceux pour le devenir. Le contraire
est beaucoup plus difficile, parce que l’entropie régit l’univers.
Ainsi est-il beaucoup plus facile et rapide de se remettre à fumer ou
à grossir que de renoncer à fumer et de perdre du poids. Hélas,
c’est cela l’entropie ou dégradation de l’énergie.
3. La psychologie de la chance
Pour commencer, il faut cesser de se conditionner en se répétant
que l’on n’a pas de chance dans la vie. Napoléon fuyait tous
ceux qui n’avaient pas de chance et il avait raison car il sont contagieux
: ils ont la poisse ou la scoumoune.
La psychologie de la chance peut maintenant nous aider, car la chance a été
étudiée scientifiquement dans bien des laboratoires de la chance.
Donc on peut avoir une confirmation valable de toutes les remarques de bon sens
que l’on a pu faire au cours de la vie.
Scientifiquement la chance prend le nom de « probabilité subjective
» ou probabilité psychologique selon les mathématiques bayésiennes.
C’est l’ensemble des croyances que l’on adopte en situation
d’incertitude. Et les situations d’incertitudes sont bien plus nombreuses
que l’on ne penserait. Un diagnostique médical est une prise de
risque en situation d’incertitude, comme le jugement d’un tribunal
où le plus petit doute profite à l’accusé et le délinquant
évalue toujours son risque de se faire prendre, comme l’automobiliste
…
En psychologie animale Skinner a ainsi créé des pigeons superstitieux.
Dans le cadre du conditionnement animal ou dressage et du conditionnement opérant
découvert par Pavlov sur les chiens, Skinner utilise la relation de proximité
temporo-spatiale conçue comme une relation de cause à effet. Hors
de tout programme de conditionnement on donne à des pigeons de la nourriture
toutes les quinze secondes. Ainsi on renforce au hasard ce qu’ils sont
en train de faire et l’on crée des pigeons superstitieux qui pour
obtenir à nouveau de la nourriture enfoncent leur tête dans un
coin de la cage ou font deux tours sur eux-mêmes en sens inverse des aiguilles
d’une montre, parce que c’est ce que, par hasard, ils étaient
en train de faire quand la nourriture est tombée. Ceci est-il extensible
aux hommes ? A bien des joueurs invétérés sûrement.
Un des laboratoires de recherche sur la chance se trouve à l’Université
de Hertfordshire (U.K.) où le Dr. Richard Wiseman a étudié
scientifiquement des centaines de personnes durant dix ans. En situation d’incertitude,
comme une épreuve sportive, on peut faire évaluer ses chances
de succès de 5/10 à 9/10. On peut donc faire opérer un
auto-classement des sujets en quatre catégories : ceux qui s’attribuent
une grande chance, une petite chance, une petite malchance ou une grande malchance.
Puis les sujets vont réaliser toute une série de tests ou d’épreuves
physiques, comme d’enfiler des aiguilles. Et les résultats constants
montrent que ceux qui s’attribuent une grande chance ont de meilleures
performances que les autres, quelle que soit l’épreuve. Croire
à sa chance, la fait apparaître ; le résultat est beaucoup
moins spectaculaire que pour la malchance, mais il existe. Quand les gens pensent
avoir de la veine, les occasions se présentent.
4. Comment avoir de la chance ?
Des récits incroyables de personnes qui ont eu de la chance, nous en
connaissons tous des dizaines. Par exemple, celle qui devient anxieuse, tombe
malade et rate son avion, qui évidemment s’écrase. Celle
qui rêve que sa fille va avoir dans la journée un accident mortel
d’auto et qui la convainc de prendre à la place un taxi, qui a
évidemment un accident où sa fille n’a que le bras cassé.
Celle qui entre à l’hôpital pour un dérèglement
sanguin et qu’on oublie quatre fois de transfuser et chaque fois avec
des équipes différentes. Par la suite elle sera avertie que ce
sang de transfusion était contaminé. Sa chance lui a sauvé
la vie : quatre fois de suite, est-ce du simple hasard ?
Quels sont les secrets de ces personnes qui ont de la chance ?
Et quels sont les facteurs reconnus de la chance selon les études de
psychologie de la chance ?
- Croire en sa chance, bien sûr.
- Rester souple. Ne pas se braquer, se raidir. Ne pas se mettre en colère.
Les malchanceux sont toujours révoltés, contractés, raidis.
Les aigris et les déprimés n’ont pas de chance. Par exemple
dans les tests du laboratoire, ceux qui croient en leur chance arrivent à
enfiler plus d’aiguilles que les autres, dans le même temps. Leur
corps n’est pas séparé de leur esprit.
- Etre bienveillant. Pardonner à tous. Ne jamais entretenir de la rancune
ou des projets de vengeance. Et à la bienveillance certains ajoutent
la bienfaisance.
- Faire confiance à son intuition. Se sentir protégé, inspiré,
guidé. Etre branché sur les bonnes vibrations. Croire en son étoile,
son ange gardien ou la providence. Dans un test de ce laboratoire, un appareil
du lot est volontairement défectueux et il est choisi à 60 % par
ceux qui estiment ne pas avoir de chance.
- Voir toujours le positif même dans le négatif. Il faut commencer
partout par voir les bouteilles à moitié pleines et non à
moitié vides. Mais pas seulement, il faut en plus : voir toujours le
bon coté, être un irrésistible optimiste. Si l’on
a eu un accident, se réjouir de ne pas avoir été tué
et savoir que l’échec à un examen peut aussi être
l’occasion d’une rencontre décisive, si l’on a de la
chance …
- Etre ouvert, s’intéresser à tout. Faire attention, enregistrer
même l’insignifiant sur le moment, qui par la suite va s’avérer
l’essentiel.
- Repérer les occasions favorables. Dans un test on demande aux sujets
de compter les photos d’un journal. Ceux qui ont dit auparavant qu’ils
avaient une grande chance sont plus nombreux à voir à la fin du
journal les 47 crédits photographiques, qui donnent la solution sans
avoir besoin de compter. Etc.
- Etre tolérant et savoir supporter les autres. Les SDF se sont fâchés
avec tous ceux qu’ils ont rencontré et d’abord avec tous
les membres de leur famille. Ils sont seuls et ne supportent pas de vraie conversation.
Vae solis, malheur à ceux qui vivent seul, ils n’ont pas de chance,
dit le proverbe et l’on commence à comprendre pourquoi.
- Entretenir le réseau de la chance. Il est formé de tous les
amis, relations et rencontres auxquels on peut demander de l’aide en toute
circonstance. Rien n’est plus utile dans la vie que d’avoir plusieurs
amis médecins, avocats et policiers ou d’appartenir à un
Club …
- Que la chance soit désormais avec vous !
Marc-Alain Descamps, Hasard, chance, synchronicité,
(avec B. Dutheil, M.Fromaget, J.Martal, A.Muntéanu) éd. Trimégiste,
2005