APOLLONIOS DE TYANE (16-97)

 

par Marc-Alain Descamps

     Apollonios de Tyane est un philosophe grec du Ier siècle de notre ère, né en l’an 16 à Tyane en Cappadoce et mort à Éphèse en 97.

   Il intéresse la psycho-histoire car sa vie a paru tellement incroyable que l’on a voulu en faire un roman et il a été victime d’une conspiration millénaire. Pourtant sa biographie a été écrite par un historien sérieux, Philostrate, après une longue enquête, un siècle après sa mort, comme les Evangiles. Mais comme il était contemporain de Jésus, on a voulu en faire son rival. Or son existence ne peut pas plus être contestée que celle de Jésus de Nazareth.

   Il est vrai qu’il est resté un partisan de la religion gréco-romaine qu’il a essayé de restaurer et de réformer de ses défauts. Il a beaucoup voyagé tout autour de la Méditerranée jusqu’en Ethiopie, à Babylone et aux Indes. Comme Empédocle d’Akragas  c’était un prédicateur itinérant et réformateur.  Il marchait pieds nus, portant les cheveux longs, ne se nourrissant que de légumes, refusant les boissons alcoolisées et pratiquant l'abstinence sexuelle, vivant d'aumône, redistribuant aux pauvres les biens qu'on lui donnait et couchant dans les temples. Il condamnait le luxe et la décadence des mœurs, prônant le végétarisme et la vie communautaire.

     Il descendait d'une célèbre famille qui avait fourni à la ville de Tyane quelques-uns de ses fondateurs. Son père s'appelait aussi Apollonios et était l’un des riches citoyens d'une ville opulente. Il naquit dans les premières années du siècle et mourut sous le règne de Nerva. À quatorze ans, son père le conduisit à Tarse (la ville de Saint Paul), où il eut pour maître le Phénicien Euthydème, rhéteur célèbre de ce temps. De là, il se rendit à Aegae, où il se trouva en rapport avec les professeurs de différentes écoles philosophiques. Son amour du Divin lui fit embrasser de préférence les doctrines de Pythagore, enseignées dans cette ville par Euxène d'Héraclée qui s'adonnait aux plaisirs sensuels et prenait Epicure pour modèle. En réaction Apollonios observa toute sa vie les pratiques les plus sévères du pythagorisme antique, tout en mêlant aux doctrines de cette école une forte dose de néoplatonisme. On vantait son désintéressement, sa tempérance, sa chasteté qu'il poussa jusqu'à l'ascétisme.

    Pendant cinq ans, selon les prescriptions de Pythagore, il pratiqua la vie silencieuse. Puis il entreprit de longs voyages, en compagnie d'un certain Damis, qui devint son disciple. Ses pérégrinations les conduisirent principalement dans trois directions. Tout d'abord, Apollonios et ses compagnons de voyage se dirigèrent vers l'Orient : ils passèrent de la Pamphylie en Cilicie, de là ils allèrent à Antioche, en Syrie, puis à Ninive et à Babylone, jusqu'en Inde où Apollonios conversa avec les sages du pays, les Brahmanes. Ensuite, sous le règne de Néron (54-68), il se dirigea vers l'Occident : il visita les grandes cités de l'Ionie et de la Grèce, Rome, l'Italie et l'Espagne, séjournant à Gadès (Cadix). Enfin il se dirigea vers le sud : il visita la Sicile, passa par Rhodes pour gagner la côte septentrionale de l'Afrique, séjourna en Égypte, à Alexandrie (où il rencontra Vespasien [en 69] et les philosophes Euphratès et Dion de Pruse) et en Éthiopie, conversant avec d'autres sages, les Gymnosophistes. Puis il revint en Asie Mineure, en Grèce et à Rome sous le règne de Domitien (81-96). Il a été en relation avec les penseurs et les célébrités de l'époque, avec plusieurs princes qui ont régné à Rome depuis Néron, de même qu'avec des rois étrangers dont il lui fait visiter les États, comme ceux de Phraotès en Inde.

    A Rome, Domitien le jette en prison, puis l'appelle devant son tribunal, d'où il s'échappe. Il fut banni par l'empereur Néron en tant que magicien après avoir fait ressusciter une jeune fille, et l'empereur Domitien, de force, lui fit couper sa barbe et ses cheveux. Il accomplit de nombreux prodiges ou miracles. Il était doué d’ubiquité et pouvait être vue à plusieurs endroits à la fois. À Éphèse, le 18 septembre 96, devant ses disciples, il entra en transes criant « Frappe le tyran ! », alors qu'au même moment, l'empereur Domitien était assassiné à Rome, à l'instigation de sa femme Domitia et du préfet du prétoire.

Il serait mort à Ephése en 97. Après sa mort on lui éleva des statues et des monuments. Certains pensent qu'un tombeau vénéré au Kashmir comme étant celui de Jésus, serait en fait celui d'Apollonios.

Il a eu le malheur d’être comparé au Christ pour sa prédication itinérante et ses miracles. Aussi les chrétiens, dès qu’ils ont eu le pouvoir en 315, ont tout détruit et ont cherché à le faire passer pour une légende. La preuve encore aujourd’hui c’est qu’il reste un inconnu et que la traduction du livre de Philostrate a été faite par Pierre Grimal dans les « Romans grecs et latins » de la Pléiade. La biographie d'Apollonius de Tyane fut commandée à Philostrate par Julie Domna, mère de Caracalla, impératrice de Rome sous le règne de Septime Sévère, en l'an 216 après J.-C., soit plus de cent ans après la mort du sage. Philostrate est un homme de lettres qui vécut de 175 à 245 après J.-C. Cet ouvrage est fondé d'une part, sur des récits obtenus dans les villes ou Apollonios a vécu, et d'autre part, sur des notes de Damis, un disciple d'Apollonios qui l'accompagna au cours de plusieurs de ses voyages. Julie Domna aurait aussi remis à Philostrate des lettres d'Apollonios de Tyane que l'Empereur Hadrien possédait. 

Le second document connu sur Apollonios de Tyane fut écrit vers l'an 305 de notre ère par Hiéroclès, philosophe grec, gouverneur de Palmyre. Dans son ouvrage intitulé : L'ami de la vérité, Hiéroclès oppose aux miracles du Christ les miracles qu'auraient accompli Apollonius de Tyane, selon la biographie de Philostrate. Et ce fut le début de la polémique, Eusèbe de Césarée répondit à Hiéroclès dans un traité intitulé : Contra Hieroclem, dans lequel il nie l'existence des miracles attribués à Apollonios de Tyane. "Si ceux-ci ont réellement existé, ils ne peuvent être que l’œuvre du démon", écrit Eusèbe.