Carl-Gustav JUNG

 

Carl-Gustav  Jung a beaucoup écrit et la lecture de chacun de ses livres est fascinante. On est envouté par l’ampleur de ses connaissances et par son habileté à tisser le vertigineux tissu de ces relations et associations. Il y est chaque fois question du destin de l’humanité.

   Mais il n’a jamais systématisé sa pensée que nous voyons comme un pavillon de banlieue avec son portail (le moi), son jardin de devant (la persona), sa cour arrière (l’ombre), sa cave (l’inconscient collectif), ses étages (anima/animus), son grenier (le SOI).

 

A. La Persona

 

1.      un Bouclier. C’est tout ce que je présente devant moi et avec lequel je me protège. Par conséquent c’est aussi ce que je montre pour me cacher derrière. C’est le beau rôle que je présente d’abord. Elle est un système d’adaptation qui régit la manière dont on communique avec le monde. Dans les pavillons de banlieue elle correspond au jardin de devant, toujours bien entretenu pour donner le change, à l’opposé de la cour de derrière, sale et malodorante. La persona est donc un mécanisme de défense derrière lequel on se cache et se protège, que ce soit la dénégation, le clivage ou la projection. La projection est le mécanisme de prédilection du paranoïaque qui vous accuse de ce qu’il est ou plutôt est ce dont il vous accuse selon l’antique adage de la paille et de la poutre.

2.      un Masque. La personne est la façon dont je veux être vu. Elle est donc bien le masque théâtral selon son étymologie latine. Le masque de l’acteur de la Comedia del arte ne signifie qu’un simple rôle, comme le port d’un masque au Carnaval de Venise. Car le masque du théâtre antique caractérisait (ou caricaturait) le rôle du personnage par un simple trait, mais il se retournait du spectateur sur l’acteur qui était perdait sa personnalité pour entrer dans celle du personnage. A l’extrême on aboutit au voile des musulmanes intégristes ou à la bourka des Aghfannes. L’uniforme colle à la peau et l’habit fait le moine, mais il ne suffit pas de le quitter pour retrouver sa personnalité profonde.
Par conséquent la personne est le produit d’un double mensonge : c’est ce que je ne suis pas, mais que les autres pensent que je suis : on fait bonne contenance et l’on sait se tenir en société, si l’on connaît bien les conventions sociales. Tout le théâtre du dix-neuvième siècle n’a été que la dénonciation de ces conventions sociales : Strinberg, Balzac, Feydeau, Zola, Maupassant … Mais surtout le théâtre de Pirandello est l’illustration vivante de l’inanité de la personne avec ses masques à nu, la raison des autres, chacun sa vérité, le jeu des rôles, comme tu me veux …

3.      une Façade. Derrière la persona se trouve l’Ombre, le coté ténébreux et caché. L’ombre d’une personne est toujours le dessin grimaçant de sa silhouette. De plus se trouve le coté noir et négatif : on veut apparaître comme bon et généreux, alors que l’on est mesquin et avare, etc. La personne correspond à toutes ces hagiographies officielles que l’on fait des personnes célèbres en cachant tous les secrets de famille et autres cadavres dans le placard. Cette façade va avec la religion des marques et le besoin pour certains jeunes de cacher leur manque de personnalité sous le look, le standing de la marque de leur stylo, leur montre, leur téléphone, leur basquets, leur jean … Mais la persona n’est pas qu’un vêtement, c’est aussi une mimique, une prononciation, une manière de parler, de marcher ou de respirer …

4.      un Etouffoir qui doit craquer pour pouvoir vivre dans la lumière de la vérité. Car la personne s’est piégée en se spécialisant dans ce rôle, en ne devenant plus que cette caricature et en finissant par croire qu’il est ce qu’il a fini par faire croire aux autres. Tout le travail d’une psychanalyse est justement d’accéder à l’oublié, au refoulé, à l’inconscient. Après on peut parvenir à son âme ou à son moi profond, à son Soi disait Jung, à l’organismique selon Rogers. La personne est donc l’armure dans laquelle on s’est enfermé, l’armure ou le sarcophage. Le Soi a du mal au début à lancer ses graines et à se faire admettre à la place du moi (ou de l’ego).

 

B. L’Ombre

 

A l’opposée de la Persona l’Ombre est pour Jung la cour de derrière, le coté ténébreux et noir. Elle est aussi notre caricature, la façon dont ceux qui ne nous aiment pas nous voient, surtout dans les positions d’autorité. C’est notre coté inférieur que nous refusons, toutes nos faiblesses et lâchetés. 

« L’Ombre est la personnification de tout ce que le sujet refuse de reconnaître et d’admettre en lui ». Donc il a des  ennemis qu’il déteste, des boucs émissaires sur lesquels il a projeté ses défauts. S’il est timide, son ombre sera arrogante et craintive s’il cherche les aventures.

« L’Ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais ».

    « Nous trainons après nous une gigantesque queue de saurien. » De crocodile, d’iguane ou de dragon de Comodo. Donc nous pouvons avoir des réactions archaïques d’homme préhistorique qui nous surprennent.

   Au-delà Jung reste très religieux et l’Ombre est aussi nos mauvaises inspirations, notre envoutement par le mal, notre dynamisme démoniaque.

Le premier rêve de la cure où l’on voit apparaître son Ombre est assez surprenant et parfois troublant. On ne s’attendait pas à ce coté terrible et parfois effrayant. On n’avait pas l’habitude de se voir ainsi puisque c’est inconscient et que l’on passe exactement le contraire de soi. « C’est un étranger vêtu de noir, qui lui ressemblait comme un frère » selon Musset. Puis au fur et à mesure que l’on récupère cet aspect inconnu, alors les rêves changent.

   C’est un archétype projeté dans des fantasmes, plus ou moins délirants.

 

C.  L’inconscient collectif

Ce n’est pas Jung qui a découvert le rôle de l’inconscient collectif, c’est Freud et il l’a utilisé dans un des ses premiers livre : Totem et Tabou (1912) avec le meurtre archaïque du Père préhistorique. Mais par la suite Jung en a tellement parlé et lui a fait jouer des rôles si importants que Freud s’en est détourné. C’est même son principal reproche : « une transposition des faits analytiques sur le mode abstrait, impersonnel, sans tenir compte de l’histoire de l’individu ».

   Par contre c’est une demande très fréquente : ce n’est pas individuel, personnel, c’est collectif et je ne suis pas coupable, cela ne me concerne pas, je suis dans mon corps le jouet de forces considérables qui me dépassent. Je ne rêve pas de moi, mais de mon voisin. Je suis le jouet de problèmes familiaux ancestraux, transgénérationnels, ou même de problèmes nationaux, raciaux, ethniques. Je suis une victime, voire un héros, comme Job et le Bouc émissaire. Ce collectif submerge les forces du Moi.

Cet inconscient collectif est vivant chez les peuples primitifs où on le voit agir socialement dans toute leur société : danses, décors, habitations, initiations, tabous, tatouages, mutilations, masques …

   Les images sorties de l’inconscient et qui proviennent de la prime enfance, contiennent d’étranges fragments mythologiques. Ils apparaissent en dernier lors d’une cure jungienne si elle est poussée jusqu’au bout. C’est une sédimentation de l’histoire de l’humanité, qui provient de la nuit des temps. « Nous ne sommes pas d’aujourd’hui, ni d’hier, nous sommes d’un âge immense ».

   Cet inconscient collectif est sain et créatif. De lui proviennent l’Alchimie, les Contes de Fées, les Mystères, Initiations et Religions (Narcisse, Osiris, Mithra, Cybèle, Hercule, le Christ, le Graal …). Combien c’est  exaltant de penser et de sentir tous les jours, que nous ne sommes pas concernés et que nous sommes le jouet de forces immenses qui rejouent sans cesse le destin de l’humanité.

    La spécificité de l’analyse jungienne est la technique de  l’Amplification. L’analyste enrichit par ses commentaires toute production du patient avec sa vaste culture mythologique, historique et religieuse. En principe il est très en alerte avec son contre-transfert pour que cela ne ressemble pas à un endoctrinement. Tout ne se ramène pas à de l’infantile comme chez les Freudiens et le patient est invité à utiliser son imagination active pour amplifier par lui-même son exploration de l’inconscient collectif, comme Jung l’a fait lui-même dans son Livre rouge.
C’est la fonction transcendantale.

D.Les Archétypes.
 

  Le reproche que l’on fait à  Jung est d’expliquer par du plus obscur (obscurus per obscurius) comme certaines religions avec leurs miracles et leurs Mystères. L’archétype en est le plus bel exemple.
Les Archétypes sont des préformations de la psyché et les racines de tout. Ils sont inconscients et insaisissables par la raison. Aussi n’en parlons plus. Seules sont connaissables les Images archétypales et sous le nom d’Archétypes nous ne parlons seulement que des Images archétypales.
Elles sont à la fois images et émotions,
résidus d’expériences millénaires de luttes,
d’une étonnante stabilité, elles traversent les siècles,
quand la conscience s’endort, elles deviennent très puissantes sur les foules,
elles sont toujours bipolaires (coté clair protecteur/coté sombre redoutable et dangereux).
Elles sont des couloirs comme les lits de fleuves à sec qui peuvent soudain être remplis d’une eau tumultueuse.
Les images archétypales sont d’abord celles des religions : le sceau de David, la croix celtique, le crucifix, les cornes de la lune … La Svastika est la roue du Soleil ou le soleil en mouvement. Elle a été le symbole de la religion Jaïn, des Tantriques, des Celtes (Bretagne, Irlande, Gaéliques, Vikings, Basques), Sumer, Mayas, Navajos, etc. Elle est resurgie avec les Nazis et Jung les a dénoncés dès 1930 en s’opposant à Hitler.
Tout est archétype : le Héros, le Sauveur, le fils sacrifié, l’Enfant divin, Puer éternus, le Vieux Sage, la Vierge-Mère, la Grande-Mère, le Soleil, la Lune, l’Etoile, le Dragon, le Serpent, l’œuf, l’Arbre, le SOI, le Diable, l’Ombre …
Pour comprendre un peu ce qu’est un Archétype, il faut connaître la doctrine des Eidos chez Platon, puis des Nombres-Arithmos chez Pythagore.  Il faut quitter le monothéisme pour revenir aux Eons de la Gnôse et aux Yidams bouddhistes, qui sont des dieux à la fois intérieurs et extérieurs. 

« Vraiment notre pensée ne peux même pas les saisir clairement, car jamais elle ne les inventa ». 

E. Anima/Animus

 

Après sa rupture avec Freud, Jung eut une période terrible. Dans ses rêves une femme essayait de le persuader que c’était de l’art, alors qu’il tenait que c’était de la science. Séduisante et rusée, elle argumentait de façon féminine avec un total manque de logique ; il l’appela « anima ».

  ANIMA. C’est l’âme des hommes, (et aussi des femmes).
Le souvenir de la mère dans le fils, une puissance fascinante, l’archétype de la féminité. Si l’homme ne découvre pas son anima, il la projette sur une femme dont il tombe amoureux. « Image omniprésente et sans âge, qui correspond dans l’homme à sa plus profonde réalité ».
Comme tout archétype, elle est bipolaire. Son coté sombre « une poussée vitale chaotique » tentatrice sexuelle, vamp, sorcière. Un homme misogyne est habité par ce coté sombre. Son coté clair, lumineux : elle est pure, bonne, belle, la Fée qui comble de dons, la Muse, l’Egérie, l’Inspiratrice, la sagesse de la Lune, de la terre, de l’eau  … C’est un processus vivant de la psyché « My Lady Soul ».

ANIMUS.  C’est l’esprit des femmes (et aussi des hommes), mais il est multiple.
Le souvenir du père dans la fille (mais aussi du grand-père, de l’Aïeul, des oncles …)
  En plus c’est la Raison, la Sagesse, la Culture, les enseignants, les Ecrivains.

    « Assemblée des pères et des porteurs d’autorité, qui émettent ex cathédra des jugements inattaquables qui finissent par former un canon et un dogme ». Ou l’ensemble des préjugés.
 Ce que la femme ne peut pas réaliser en elle, elle le cherche dans un homme.
Elle brûle d’avoir le pouvoir et devient tyrannique, agressive, dure, inattaquable.
Son coté clair la rend raisonnable et l’introduit dans le monde de la pensée et de la Raison.
C’est l’esprit de la femme, opposée à l’âme de l’homme.
Jung a été le premier a admettre la bisexualité de l’être humain, physique et psychique.
Et faute de la réussir et de devenir un Androgyne, on tombe dans l’Hermaphrodite, ou la Grande-Mère.

  1. Le  SOI

 Le SOI est Archétypal :

  1. l’origine. La souche oubliée d’où naquit le moi. Une force de rayonnement autonome.« Le SOI existe avant et dès le commencement ».« Le SOI en tant que tel est intemporel et prééxistant à toute naissance ».
  1. le but de la vie. Un sommet de réalisation, ce vers quoi on tend.

« Le SOI est autant image de l’origine que du but ».

  1. le centre. « Centre idéal, équidistant du moi et de l’inconscient »

Centre vital, inconnaissable totalement.

  1. l’ensemble dont le moi n’est qu’une petite partie.     Il est une fonction qui unit tout et  réconcilie les opposés.

Enéantiodrome, coïncidentia oppositorum, harmonie des contraires,

(Mysterium Conjonctionis, 1982, p.433)

(Le rêve de Jung pour vaincre sa dissociation (Spaltung) et celle de sa mère).

 Le SOI doit être construit par le processus d’Individuation, soit toute une vie,

soit lors d’une cure jungienne.

«  Le SOI n’est jamais mis en  lieu et place de Dieu,
mais il peut être un réceptacle pour la grâce divine
 ».

Donc le SOI de Jung n’est pas le Tâo, ni l’Atman-Brahman du Védanta, ni un Mandala tibétain
qui font passer du Soi individuel au SOI cosmique, car il n’y a qu’Un seul SOI.

  1. La Synchronicité 

Jung élabore avec le physicien Wolfgang Pauli, Prix Nobel de physique 1945, un schéma quaternaire de la synchronicité. Dans l’Unus Mundus la psyché est une qualité de la matière d’où ces actes où le monde semble approuver nos pensées, par une coïncidence qui a du sens : « ce sont des actes créateurs dans le temps » avec non-spacialité et intemporalité absolue.

« L’image symbolique du Mandala est l’équivalent psychique de l’Unus Mundus, le phénomène de la synchronicité son homologue parapsychologique ».

Les phénomènes de synchronicités se manifestent à des moments particuliers de notre existence où le vécu émotionnel est intense, la situation sans issue, aidé par l’attente des autres.
C’est « donner un sens à une coïncidence entre un fait  et une pensée », par conséquent elle est comprise comme un signe, un accord, une confirmation, un accord divin.
Voici les deux meilleurs exemples d’exacte synchronicité. Celui de Jung lui-même : une patiente dans sa psychanalyse n’avance pas car elle ne peut pas quitter sa rationalité, soudain elle lui raconte avoir rêvé d’un scarabée en or. Il entend du bruit à sa fenêtre et voit une cétoine ou scarabée doré des roses, qu’il attrape et lui donne en disant : « le voilà ». Et stupéfaite, elle quitte sa rationalité et peut démarrer sa psychanalyse. Jung a su tirer parti d’un cadeau du ciel, en trichant un peu car la cetonia aurata est loin du scarabé en or du rêve !

Le second exemple est donné par Huxley dans « L’étreinte du crapaud ». Il est avec des amis et a oublié qu’il devait être chez lui à 18h. pour recevoir un coup de fil important, crucial et vital même. Il est 17h30 et il part en courant, mais c’est loin et à 18h il est encore au milieu de la ville. Il passe devant une cabine téléphonique publique, elle sonne, sans réfléchir il entre et décroche. C’était son correspondant qui s’était trompé de numéro de téléphone !

Dans les psychanalyses, particulièrement Rêve-Eveillé, on rencontre des phénomènes inexpliqués, qui évoquent des synchronicités.

- Par exemple, Jeanine, en opposition avec sa mère américaine, fait enfin une séance remarquable de réconciliation et d’amour avec elle. Et quinze jours après elle reçoit de New-York une carte postale de sa mère, qui ne lui avait pas écrit depuis six ans. Comment l’aurait-elle senti ?

-               Mathilde a souffert toute sa vie d’un mari alcoolique. A sa mort elle commence une psychanalyse. Peu après, elle a un accident de voiture et l’homme qui lui est entré dedans reconnaît tous les torts, très aimablement. Ils se fréquentent et elle découvre le double de son mari, alcoolique comme lui. Elle a attiré une seconde fois le même type d’homme auquel la lie son destin.  Avec l’aide de la psychanalyse, elle y renonce finalement.

-              Marie découvre en cure qu’on lui a donné le prénom d’une sœur morte avant sa naissance et ne sait plus soudain qui elle est. Pour retrouver son identité et par impatience, elle part faire un voyage au pays de ses ancêtres, le Portugal. A peine arrivée à Lisbonne, on lui vole tout : sa valise, son argent et ses papiers. Elle est finalement rapatriée gratuitement par le consulat français. Puis elle fait les démarches pour retrouver ses papiers d’identité à la Mairie et se dispute violemment avec la secrétaire de l’état civil, qui exige les actes de naissances de ses deux parents. Furieuse, elle renonce à ses papiers et continue sa psychanalyse pendant trois ans, tout en conduisant sa voiture sans papiers. Un jour en séance, elle finit par se débloquer et par retrouver son identité. Alors elle a le courage d’aller se plaindre à la Préfecture où elle est reçue très aimablement par la Chef de Service, qui ne peut que la renvoyer à l’état civil de la Mairie, ce qu’elle refuse toujours. Mais huit jours après, elle reçoit de la Préfecture une grosse enveloppe en recommandé avec tous ses papiers. Ils avaient été retrouvés par la Police à Lisbonne, renvoyés à la Préfecture et oubliés au fond d’un placard depuis trois ans. C’est quand tout s’est dénoué à l’intérieur que cela a pu se débloquer à l’extérieur, miraculeusement semble-t-il. 

Le problème est encore plus ardu avec les synchronicités de groupe.
Le Global Consciousness Project) depuis 1999 regroupe des laboratoires du monde entier qui possèdent des générateurs de nombres aléatoires (GNA ou REG) pour étudier les éventuelles perturbations Fields Random Event Generators Experiments. Il devient de plus en plus difficile de nier ces phénomènes de synchronicité globale.

  1. Jung et le Yoga

 

Jung a toujours été fasciné par le Yoga, il lui rend sans cesse hommage car il voudrait en savoir autant. « Nous n’avons que quelques aperçus sur la vie spirituelle de l’âme. Nous savons aujourd’hui, il est vrai, qu’il existe dans l’âme des opérations de métamorphose conditionnées spirituellement et qui sont entre autre à la base des initiations bien connues dans la psychologie des primitifs ou des états engendrés par le yoga. Mais nous n’avons pas encore réussi à définir les lois singulières auxquelles elles obéissent. Nous savons seulement que la majorité des névroses tient à une perturbation de ces processus » (L’homme à la découverte de son âme, p.56). Et il ajoute : « C’est le but d’une certaine discipline de yoga de diviser la conscience en ses composantes et de faire de chacune une personnalité distincte » (p. 169).

   Les Métamorphoses de l’âme … C’est très spécialement le but de la Transpsychanalyse. Non seulement le soulagement du trouble comme dans la TCC matérialiste, ou la disparition du symptôme comme dans une brève psychothérapie, ou le bilan de sa vie comme dans une simple psychanalyse, mais une complète mutation, qui mérite le nom de Métamorphose. Ne serait-ce pas une divinisation de l’homme ?

    On ne trouve le sens de sa vie si notre vie s’intègre dans un univers qui a un sens. C’est le double sens : le sens individuel et le sens cosmique. Le yoga nous apprend que seule mérite d’être vécue une vie qui nous déborde. L’existence qui n’a en vue que le moi est étouffante, alors que celui qui a intégré le SOI est un pôle de réalisation.

    Ces mutations véritables correspondent à des initiations. Ce sont de véritables cadeaux : comme une torche transmet son feu à une autre torche, le maître fait don de tous ses mérites et de son niveau de réalisation. Cela se réalise sous le feu de l’amour par une véritable mutation. On ne le comprend bien que dans la propagation des incendies. La chaleur augmente soudain tellement que le feu se propage à distance, d’un coté de la route à l’autre, sans contamination. Ainsi la dévotion du disciple reçoit l’amour généreux du maître qui se fait le canal de l’infini de l’Amour. Aussi dans la Transpsychanalyse parlons nous de « positivité bienfaisante » au lieu de la « neutralité bienveillante » freudienne.