MÉMOIRES DE RECHERCHE DE L'INSTITUT :

LES APPELS A LA SPIRITUALITE
CHEZ LES ADOLESCENTS MALTRAITES

Par Agnès LEWICKI

INTRODUCTION

Exerçant le métier d’éducatrice spécialisée dans un centre accueillant des jeunes placés dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance, et, concernant ce mémoire, dans l’accueil de jeunes ayant signé un contrat jeune majeur, j’eus une fâcheuse tendance, dans un premier temps, à vouloir que ces jeunes soient d’une essence différente de celle des jeunes évoluant dans un milieu normal. Ayant conscience de ces préjugés et trouvant quotidiennement des encouragements à changer de perspective, je dû me rendre à l’évidence que les jugements de valeur ont la vie dure. En outre, il est possible d’envisager qu’ils nous protègent en établissant une limite entre nous et "eux" et pour le dire autrement entre notre milieu ordinaire d’évolution et le "leur ".

Nous pouvons nous persuader que nous avons un bon Karma et eux bien sûr un mauvais karma. Ce point de vue nous oblige progressivement à établir une démarcation non plus radicale mais évolutive entre les individus et pourquoi pas nous permet de considérer les institutions où ces jeunes sont accueillis comme des ghettos où ils devraient se sentir contents d’être.

N’allons pas aussi loin que ce qui s’entend -mais en sommes nous si loin vraiment ? - Car ce qui touche un homme ne rejailli-t-il pas sur son voisin et peut-il lui être étranger? - comme quoi " l’euthanasie pour ces enfants, la stérilisation des mères et des pères indignes " serait la " vraie question ou la vraie réponse à apporter " ? Nous réagissons bruyamment, trop -qui sait?- tentant d’effrayer nos propres démons, d’exorciser nos peurs de l’Autre. L’Autre avec sa différence, car ses différences provoquent souvent l’envie de rester frileusement " entre nous ", les pareils, les semblables.

Finalement après nombre d’épreuves et de compréhensions instantanées certains filtres peuvent tomber.

Le travail que je vais entreprendre repose sur certains postulats de base:

1 - la Réincarnation existe, nous avons une Loi qui la gouverne, celle du karina.

2 - L’homme évolue lors de ses vies successives, il a besoin d’autrui pour son évolution. Les besoins sont à défmir, le sens de l’évolution aussi.

3 - Dans notre évolution, peut-être à certains stades aidons-nous d’autres à évoluer nos parents, notre entourage. Et si oui, pourquoi ? Avons-nous des dettes envers eux, serait-ce ce qui conditionne l’attachement et/ou les liens ? Est-ce la conséquence de la Voie choisie: revenir jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un qui ne soit sauvé ? Avons-nous la nécessité d’évoluer avec d’autres âmes soeurs?

Revenons un peu en arrière pour enraciner cette démarche dans une hypothèse formulée depuis quelques années déjà. Possédant une capacité à pouvoir remonter dans les vécus antérieurs et sans savoir pourquoi, à avoir la communication de la raison de l’incarnation d’un Être et des causes des errances de son Ego. Avec surprise et douleur j’ai vu des êtres s’incarner afin d’aider leur famille et leur entourage à évoluer ainsi que l’inverse. Cette découverte est bouleversante, tant d’abnégation, tant de courage m’ont laissée pantoise. Voir que l’enfant, la personne handicapée n’était pas mauvaise, qu’en aucun cas elle ne méritait pareil traitement ou maladie et pourtant... Une chose troublante, quelque chose de lumineux, de rafraîchissant, une note cristalline d’espoir, émane de ces personnes. En outre leur différence, sensible à tous, semble provoquer plus de rejet que de compréhension. Leur humilité, grande en comparaison de leurs capacités -ou dons- les rendent solitaires. Leurs expériences les rendent aptes à une élévation de la pensée ordinaire, ils nous dérangent car leurs explications des événements dépassent la vision normale, leur normes débordent les nôtres. Ils sont les témoins d’une Réalité, d’une Vérité intérieure que les mots peuvent à peine saisir.

Constater l’inverse surprend : voir des enfants, noirs de bêtises tant leur accrochage à la matière est féroce, exhibant des visages d’anges, sages enfants caricatures de panneaux publicitaires d’une démagogie prônant le progrès. Progrès dû à l’acquisition de biens toujours plus performants, plus rutilants. Ces enfants "prêt-à-porter" sont souvent donnés en exemple par leurs parents, ils sont tellement conformes à l’idée que véhicule notre société sur " l'enfant parfait "

La représentation de l’enfant naturellement bon, représentation "rousseauiste " s’effrite devant cette vision.

La perfection est un leurre à moins de considérer que la Création entière est parfaite. Rien de ce qui est créé ne s’est fait sans le Créateur. Il est dans toute chose, tout végétal, tout animal, tout humain, il est l’électron et l’espace entre les électrons. Il est le Son, la vibration première orchestrant le chant de l’Univers visible et invisible.

Ayant beaucoup de réticences quant à certaine capacité, don extra-ou plutôt intra -ordinaire, ai-je entamé des études de psychologie parallèlement à une psychanalyse. Elles furent agrémentées de quelques rencontres et études sur la parapsychologie. Néanmoins ces capacités restent un fardeau et à force de travail il est possible d’en limiter les interventions. Attendre une demande véritable, sauf quand à débrider mon ego, ce dernier à ce moment-là profite largement de l’opportunité offerte, par négligence, pour se donner en spectacle.

Néanmoins, à ma plus grande gêne parfois, " Ça" s’exprime à travers moi et par ma bouche. J’ai dû apprendre laborieusement, en remettant chaque jour l’ouvrage, pour reconnaître et pour déjouer les rôles que nos " filtres" imposent à la manière que nous avons de présenter les choses. Les " filtres"? : ces histoires auxquelles l’ego croit et qui le pousse " à se prendre pour Lui ". Têtu, il se prend pour le maître lors qu’il ne se rend pas vraiment capable d’être un honnête serviteur. Parce qu’il enfile les vêtements de son Créateur et qu’il ânonne quelques vérités entachées de lacunes il crie au génie. En décrivant la cour où il évolue, limitée par quelques briques de savoir, il se dit connaître le monde. En discourant sur l’eau de son puits, il se dit capable de disserter sur les océans. Il est vain et prétentieux et pourtant son maître l’aime. Il le garde en les murs de sa demeure tant qu’il le voit si infatué de lui-même qu’il mettrait sa vie en péril en l’envoyant au dehors. Pourtant ceux qui ont su partir à la conquête de l’au-delà nous en racontent. Comment les croire lorsqu’ils nous peignent des étendues à perte de vue, de montagnes embrassant les nuages et les gouffres vertigineux dans le sein de la terre, lorsqu’ils nous parlent d’eau, de couleurs, de ciels et de berges confondues s’élargissant vers l’horizon fuyant à leur approche. " Ils sont fous! " Tel est notre verdict. Et leur folie emplit leurs yeux de tendres étoiles et de sourires lumineux, leur rire rebondit de sphère en sphère et de cour en cour. Nous leurs en voulons de leur cruauté à nous présenter pareilles merveilles, indignes de nos vies étriquées, alors parfois nous les crucifions. Mais jamais nous ne les oublions ces témoins d’une Vérité à laquelle nous nous empêchons d’accéder.

En m’intéressant à divers supports pour cadrer cette capacité, l’astrologie a retenu mon attention, en premier lieu elle apparu d’abord facile. En effet, cette connaissance, retrouvée au fond de ma mémoire, je me suis appliquée à en faire un outil d’évolution.

Explication: le karma est en devenir constant, le " dharma " (ordre des choses) aussi. Nous sommes en permanence libres de choisir. Le thème de naissance représente la carte d’identité de l’Ego or s’y lit aussi l’expression de l’Être. Car il n’y a rien que nous fassions qui ne soit à Son Image et tant pis si le miroir est inversé ou déformé, il en est ainsi. Nous sommes une Image de l’Être avant d’accepter l’Être lui même et l’Essence Divine dont Il est issu. Parfois, nous courrons dans la direction diamétralement opposée à celle qui nous en rapprocherait. Mais de toute façon que ce soit pour, contre, déformé nous existons par Lui et en Lui. Il arrive pour notre plus grand malheur, et avec le cortège de souffrances qui en résulte, nous décidions de couper le lien.

Pour revenir au karma, je pose l’hypothèse qu’un être peut décider de s’incarner en tout temps et en tout milieu afin d’aider un autre être à progresser afin que tous connaissent la joie infinie de contempler la Face de Dieu. L’inverse me paraît aussi vrai, je suppose qu’un être peut en conscience décider d’entraîner dans une chute un autre être. Ces raisons sont valables dans cette forme d’inclination, elles cherchent à garder l’être au niveau de l’avoir et à l’assouvissement de ses sens. Comme nous sommes des êtres à vue réduite et à mémoire courte, nous vivons le plus souvent régis par des pulsions, pulsions que nous savons parer des plus belles intentions et expliquer par des raisonnements d’une logique imparable: " Tout le monde le fait ", " tout le monde sait que". " un tel a prouvé que... et un autre son contraire! "

Une action entraînant une conséquence, la vie nous donne des signes qui nous rappellent les raisons de notre incarnation cependant dans notre aveuglement et notre surdité nous ne voyons ni n’entendons. J’ai l’impression que le hasard qui sait si bien faire les choses place alors sur notre chemin des objets et mieux encore des personnes qui au gré de nos rencontres, et selon une autre de mes hypothèses -si nous ne nous jetons pas sur cette relation comme sur une bouée de sauvetage, -nous ouvrent les yeux plus ou moins doucement sur le sens véritable de notre présence dans ce monde.. Nous avons bien sur le choix d’entamer une quête sur le Sens profond de notre vie à condition d’être conscient que c’est cet objectif qu’il nous importe de privilégier à chacun de nos moments d’existence.

J’ai entendu des témoignages de jeunes qui m’ont d’abord incité à penser qu’ils avaient des karma extrêmement lourds. Puis à y regarder de plus près, je revisitais mes " classiques " en les dépoussiérant un peu et j’optais pour l’hypothèse suivante: ces jeunes prennent peut-être le karma d’un père, d’une .mère, voire des deux, de la famille entière ou de leur lignée.

Changer de point de vue m’a pris plus de temps que l’écriture de ces quelques phrases et bien que taraudée par ma curiosité je refusais d’utiliser ma capacité pour y aller voir, car de leur part je n’avais aucune demande de réponse et je ne la suscitais pas.

 

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