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MÉMOIRES DE RECHERCHE DE L'INSTITUT :
L'ART-THERAPIE
Par PATRICIA SAUNIER
La thérapie est lart
damener le sujet à se guérir de ses blessures
et à prendre soin de lEtre quil est. Elle
est multiple et multiréférencielle, étant
toujours liée à son origine culturelle. Lart
est le domaine de la création. Dans cet élan
créateur et libre, lindividu fait signe : il
exprime et explore lénigme de son propre processus
à travers luvre qui est en train de se
faire et qui donnera à voir.
Lart-thérapie uvre
à laisser apparaître le processus de création
comme porteur de sens et de transformation dans le cadre du
développement de la personne. Lart et la thérapie
sont conjointement porteurs de lélan créateur
qui permet au sujet de sentir, dexprimer et de trouver
le sens.
Les médiateurs thérapeutiques
que sont les arts sont toujours saisissants pour le sujet
créateur comme pour celui qui laccompagne, thérapeute
ou artiste. Cette " saisie " est lélément
transformateur en art-thérapie car lobjet créé
excède toujours les limites dans lesquelles le sujet
sétait auparavant enfermé. La confrontation
à la matière créée est salutaire
par le rôle de limaginaire qui peut sy inclure,
par la mise en forme dune énergie dans une réalité
donnée et par le sens symbolique que le sujet peut
y trouver.
A la croisée des chemins
entre la psychothérapie et les arts visuels, lart-thérapie
utilise la création artistique comme facteur de transformation
et de guérison. La création spontanée
de dessins, peintures, sculptures, masques, collages, mimes
favorise la projection de notre monde intérieur,
conscient et inconscient, en formes visuelles externes.
Les art-thérapies ne sont
pas de lart, ni un apprentissage de lart, elles
ne sont pas non plus une forme dexpression artistique
pour malades mentaux ou encore un moyen de rééducation
psychomotrice. Lorsquon parle dart-thérapie
on fait référence à une méthode
basée sur lacte de créer, permettant damener
la personne à un changement positif dans son appréciation
du monde et delle-même. Elle nous libère
de nos freins intérieurs et éveille notre créativité
dans un sens de connaissance de soi, dharmonisation,
de réconciliation et de déploiement de lEtre.
Créer dans le cadre de lart-thérapie,
cest se créer soi-même, se mettre en forme
et en uvre, se projeter dans un processus de transformation
de soi. Lexpression de lindicible devient possible
grâce au langage symbolique et donne le lien entre création
et vécu.
Les art-thérapies sont
diverses : psychothérapie par la créativité,
psychothérapie médiatisée, thérapie
par lart, art et thérapie, etc. Mais on y retrouve
la même intention denrichissement sensoriel et
émotionnel, de gestion des états de chaos et
douverture indentitaire.
Lutilisation thérapeutique
de lart est une idée ancienne quavaient
déjà les cultures traditionnelles. Cela a du
commencer avec le chamanisme. Le Chaman, nous dit France Schott
Billman, était un art-thérapeute par définition,
cétait un artiste total qui dansait, chantait,
contait, mimait et savait quelle forme employer pour endosser
le pathogène de son patient. A partir de la Renaissance,
cest le pouvoir de la peinture qui est mis en avant.
Au dix-huitième siècle les liens entre art et
thérapie sont décrits dans la littérature
médicale. Au dix-neuvième siècle, le
traitement moral est proposé par Pinel et des concerts
à but thérapeutique sont organisés à
lhôpital de Charenton. Les docteurs Blanche, esquirol
et Lombroso voyaient le lien entre génie et pathologie.
Puis Freud va rechercher la sexualité et sa sublimation
chez Léonard de Vinci. Lidée que nous
avons une part inconsciente qui parle par symboles fait son
chemin. Et par conséquent on pense à utiliser
le langage symbolique de lart à des fins thérapeutiques.
Au début du vingtième
siècle, C-G. Jung a expérimenté pour
lui-même les bienfaits du dessin centré (mandala)
et la intégré dans sa pratique. Une des
pionnières est Margaret Naumburg, enseignante et psychothérapeute
en Angleterre et Amérique dans les années 30.
Le peintre anglais Adrian Hill fit lexpérience
en 1940 et la Croix-Rouge britannique lutilisa pour
ses patients : " Lorsquil est satisfait, lesprit
créateur favorisera la guérison au cur
du malade ". Les premiers ateliers apparaissent en 1945
aux USA et en UK. Vers 1960 la théorie psychanalytique
en est donnée Et lors dun congrès international
en France en 1986 commence la reconnaissance internationale.
Il ne sagit pas de se mettre
au service de lart, mais dutiliser lart
comme moyen dexpression, de valorisation personnelle
et dépanouissement. Pour cela il faut se dégager
de toute auto-censure, cultiver le lâcher-prise et faire
jaillir sa propre créativité. Pour aller à
la rencontre de soi, il faut utiliser lart comme un
pont et trouver son identité pour arriver à
une meilleure compréhension de soi. Il faut laisser
surgir progressivement les images intérieures et se
dire en images de manière spontanée sans se
préoccuper de la qualité de luvre
finale. Ce nest pas luvre qui est importante,
mais ce qui se passe pendant sa réalisation. On part
dun sentiment dincompétence (je ne sais
pas dessiner) pour progresser vers sa capacité dexprimer
visuellement ce que lon ressent. Il faut pouvoir donner
un espace aux émotions que lon a pu retenir ou
refouler, ignorer, cacher. Les images que nous créons
nous influencent. Le langage visuel permet de dépasser
les résistances pour arriver à des prises de
conscience, initiatrices de transformations.
Méthodologie. Une séance
dart-thérapie se déroule dans un endroit
qui ressemble plus à un atelier dart quà
un cabinet de thérapeute. Les patients ont la possibilité
de décider de leurs propres thèmes et de choisir
leurs matériaux. Chaque thérapeute adapte sa
pratique en fonction de son patient, de lart choisi
et de sa sensibilité propre. Les techniques varient
la gestuelle peut sassocier à de la musique
ou sopérer les yeux bandés pour sabandonner
davantage au toucher et laisser libre cours à linconscient.
Le premier but de lart
thérapie est de favoriser la créativité
chez le patient dans une approche non-directive. Il faut lencourager
à laisser faire sa main sans mobiliser son cerveau.
Le thérapeute reste un
guide montrant les chemins possibles. Une fois le processus
enclenché, il aide le patient à poursuivre ou
à développer, sans jugement, un mouvement ou
une forme qui se répètent dune production
à lautre et semblent porteur de sens. Le rôle
du thérapeute nest pas dinterpréter
le travail créatif, mais de soutenir le sujet dans
sa transformation et de laccompagner dune oeuvre
à lautre afin den arriver à une
plus grande clarté. Sa fonction est donc de pousser
discrètement et prudemment le patient vers toujours
plus de profondeur. Cest lorsquil lâche
enfin prise et quitte la superficialité que la thyérapie
avance. En cours de séance, certaines personnes expérimentent
ainsi des " surprises de conscience ". " Dun
seul coup, le sens de leur production simpose, cest
comme si une évidence longtemps secrète leur
sautait aux yeux " explique Jean-pierre Klein. Ce peut
être un souvenir oublié, une émotion refoulée,
une association particulière didée
Lart-thérapeute a, dès lors, un rôle
découte pour soutenir la prise de conscience.
Dans tous les cas, les fins de séances donnent lieu
à un échange verbal entre le praticien et son
patient, qui est invité à dire ce quil
a ressenti durant la création. Lart-thérapeute
le soutient sans lorienter. Chacun, en effet, doit pouvoir
poursuivre son cheminement à son rythme, sans être
brusqué par des révélations quil
nest pas prêt à entendre.
Parmi une centaine de dessins,
quatre sont présentés ici comme particulièrement
significatifs et illustratifs de ce qui est dit sur lArt-thérapie
:
1. La
vie utérine - 2. La
peur de naître - 3. La
séparation - 4. La
mère qui dévore
Au fur et à mesure de
la cure la racine du mal-être existenciel a pu émerger
progressivement. Et sa claire prise de conscience a permis
de se libérer des complexes qui y ont été
associés.
Le fait de se sentir diminuée, mutilée, coupable,
non-autorisée dans la vie ... est rapporté progressivement
à lexpérience de la naissance, puis au
vécu utérin.
Comme le montre
la peinture 1, il y a présence dune jumelle homozygote
vraie.
2. La peur de naître provient de cette présence
rassurante et de ce jeu des deux jumelles.
3. La séparation, puisque lun des deux visages
na pas doeil, montre la mort de lune des
deux jumelles à la naissance. La séparation
de la mère est aussi la séparation définitive
davec la moitié de soi-même.
4. Enfin laccusation de dévoration est rapportée
sur la mère, qui a voulu en garder une, comme si toute
séparation était coupable, car mortifère.
Et même reconnaître cela cest comme se dévoiler.
" Dans une régression
intra utérine, j'ai pu revivre un passage de ma vie
foetale en compagnie de ma jumelle. Nous communiquions de
manière télépathique dans une communion
joyeuse. Elle a pu m'expliquer que sa mort avait été
son choix, qu'elle ne pouvait pas m'accompagner plus loin,
qu'elle n'avait rien à me pardonner, que seulement
sa responsabilité était en jeu et non pas la
mienne. La délivrance ! "
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