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MÉMOIRES DE RECHERCHE DE L'INSTITUT :
LES
ENSEIGNEMENTS DE L'ENFANT
Par MARTINE LÉVÊQUE
Les adultes qui travaillent quotidiennement
et sérieusement avec des enfants sont sensibles au
fait que ces enfants leur apportent quelque chose dŻau moins
aussi important que ce quŻeux-mêmes transmettent. Comment
un enfant que nous sommes chargés de soigner, dŻéduquer,
peut nous transformer ?
Il est surprenant de constater
quŻalors que nous sommes tous passés par ce stade de
lŻenfance, personne ne peut définir exactement ce quŻest
un enfant ou plutôt, chacun pensant détenir la
vérité, les polémiques sont multiples.
Si nous laissons de côté
les conceptions anciennes de la Rome classique et du Moyen-Age,
il nŻen demeure pas moins que les idées actuelles restent
très divergentes.
Sur le plan légal, lŻenfant
est un " incapable " nŻayant pas le discernement
nécessaire pour apprécier le bon usage à
faire de ses droits. Sur
le plan de la psychologie, cŻest un vide quŻil faut remplir,
un adulte miniature, un être diminué, un homme
réduit et même un simple tube digestif. CŻest
un être immature dépourvu de psychisme, de sensibilité,
dŻaffectivité.
Sur le plan de la psychanalyse,
l'enfant est un " pervers sexuel polymorphe ",
il est névrosé, sadique, incestueux, et même
autiste.
A l'inverse dans différentes
traditions, l'enfant apparaît comme un maître :
dans l'Evangile, avec Khalil Gibran, William Wordsworth, Elan
Noir (chef spirituel sioux)ò.
Le fait que l'enfant est porteur
dŻenseignement a également été mis en
lumière par dŻéminents médecins. Elisabeth
Kübler Ross : " Des milliers dŻenfants
ont de la mort une connaissance qui va bien plus loin que
celle des adultes. Il se peut, que les adultes ayant écouté
ces enfants, haussent les épaules, pensent quŻun enfant
ne connaît rien à la mort et rejettent lŻidée
quŻil en a. Mais, un jour, peut-être, ils se rappelleront
ce que ces enfants leur ont appris, quand ce ne serait que
bien plus tard, et lorsquŻils seront affrontés eux-
mêmes à lŻ " ennemi ultime ".
Ils découvriront alors que ces petits enfants étaient
des maîtres pleins de sagesse, dont ils nŻétaient
eux-mêmes que les élèves débutants. "
Melvin Morse : " La sagesse qui sort de la
bouche des bambins peut nous apprendre à porter un
regard plus frais et plus sain sur notre propre mort. "
Françoise Dolto : " Tout enfant
est naturellement télépathe ". " Le
nouveau né est savant et nous enseigne ". " Ce
nŻest pas possible quŻil nŻy ait que moi pour profiter des
leçons que nous donnent les enfants. Les enfants mŻont
tout appris, ils sont mes collègues ".
Ce qu'affirment ces médecins
va dans le même sens que les témoignages personnellement
reçus.
Ainsi, il apparaît dŻune
part, quŻindéniablement, lŻenfant est détenteur
de connaissances quŻon ne lui a pas inculquées, puisquŻil
nŻen a jamais entendu parler, quŻil nŻa pas eu le temps de
les assimiler, compte ìtenu de son jeune âge, et quŻil
sŻagit en général, de conceptions ignorées
par son entourage ou en opposition avec celles de son milieu ;
dŻautre part et tout aussi incontestablement quŻil dispose
de facultés qui lui sont propres.
Connaissances
Elles concernent les grandes
questions de lŻexistence, les questions qui préoccupent
les adultes et auxquelles, ils ne savent apporter de réponses :
la vie, la mort, DieuòCŻest pourquoi, ils ont crée
la religion, la philosophie pour tenter de résoudre
ces graves problèmes. Les théologiens, les philosophes
étudient leur vie entière pour sŻefforcer de
répondre à ces interrogations, auxquelles les
enfants apportent spontanément une réponse.
Les enfants expriment avec assurance leurs idées sur
ces grands mystères.
Tout se passe comme sŻils avaient
une expérience directe de ces choses, comme si leurs
souvenirs du royaume spirituel étaient encore présents,
comme sŻils étaient encore reliés au Divin,
à lŻUnivers, à ce grand Tout, selon le nom quŻon
lui donne. Leur compréhension paraît venir dŻune
expérience immédiate et inaltérée.
Ils ont une connaissance de la
mort que les adultes nŻont pas. Elle nŻest pour eux quŻun
simple passage tout à fait naturel, dont il ne convient
pas dŻavoir peur. Ces enfants qui approchent la mort par eux-mêmes,
ou par lŻintermédiaire de leurs proches qui meurent,
en tirent un enseignement, en parlent librement, cherchent
à rassurer leur famille. Ils établissent un
parallèle entre la naissance et la mort, lŻune et lŻautre
étant en quelque sorte un changement dŻétat,
sans plus.
Ils ont une connaissance de lŻavenir
comme s'ils en étaient avertis.
Ils ont aussi la conscience dŻun
passé qui ne leur a pas été dévoilé.
Ils savent également des
choses quŻon ne leur a pas apprises, ont des connaissances
métaphysiques et philosophiques qui ne leur a pas été
enseignées.
Les conceptions de ces enfants
ne sont pas enfantines, mais empreintes dŻune grande profondeur
et, non transmises par leurs parents.
Possibilités
Ces enfants ont aussi des aptitudes
que la plupart des adultes n'ont pas.
Ils ont naturellement accès
au monde invisible, le décrivent de façon personnelle
et sans les clichés habituels, dialoguent spontanément
avec les morts. Bien sûr, certains adultes le font pareillement,
mais cŻest au terme de longues méditations, dŻapprentissages,
dŻentraînementòalors que chez les enfants, tout se passe
naturellement, logiquement, de façon innée.
CŻest en cela que réside la grande différence.
Les épreuves quŻils traversent
leur font acquérir une grande sagesse, leur procurent
des possibilités de discernement surprenantes, leur
permettent de faire confiance à la vie ; alors
que ces mêmes épreuves aigrissent les adultes,
les rendent agressifs, rancuniers, misanthropes.
Ces enfants ont des expériences
mystiques, et parviennent à une spiritualité
qui se démarque des concepts stéréotypés
de nos religions. Pour eux tout est simple, naturel, non altéré
par les principes et les préjugés des adultes.
Ils discerne le côté illusoire de la vie, mais
surtout font confiance et nŻont pas peur. C'est nous qui leur
inculquerons progressivement la méfiance, le doute
et la peur.
Ces enfants vont le plus souvent
se heurter à lŻincompréhension des adultes et
ne pourront parler de leur expérience.
Cela doit nous conduire à
nous interroger sur notre rôle.
Les enfants ne sont-ils pas tous
plus ou moins, des Petits Princes tombés d'une étoile ?
Que nous avons à protéger, à guider,
à qui nous avons des choses à apprendre, mais
que nous devons peut-être aussi, essayer de comprendre,
pour cela il nous faut sortir de nos carapaces de principes,
de préjugés, dŻattachement aveugle aux biens
matériels.
Ces enfants, qui de plus en plus
jeunes deviennent violents, commettent des actes de délinquance,
ont toujours été profondément blessés.
Ils font penser comme le disait Gilbert Cesbron à des " chiens
perdus sans collier ".
Devant ces problèmes,
il nous faut accepter de nous remettre en question et dŻassumer
nos responsabilités à lŻégard de ceux
qui nous sont confiés.
Conclusion
Notre rôle est fondamental
et déterminant.
Il nous faut en premier lieu
être capables d'écouter nos enfants. La
faculté d'écouter paraît à notre
époque se perdre de façon dramatique. Il est
indispensable de laisser aux enfants, lŻespace nécessaire
pour quŻils puissent sŻexprimer et partager avec nous leurs
connaissances, sans considérer quŻils ne savent rien
et que nous devons tout leur apprendre.
Puis, nous sommes là pour
les guider, pour répondre à leurs questions
et non les éconduire, parce que nous avons des choses
plus importantes à faire. Il nous faut les orienter
sur le plan matériel et quotidien.
Il est également essentiel
de les respecter pour quŻils puissent respecter les
autres. Les enfants insultent généralement les
adultes qui se sont permis de les insulter et rarement les
autres.
Il est aussi nécessaire
de leur donner confiance en eux, lŻestime de soi, au
lieu de les culpabiliser, de les inférioriser, de nous
considérer supérieurs à eux.
Il est indispensable de leur
permettre d'être eux-mêmes, et non tels
que nous désirons quŻils soient, de les autoriser à
suivre leur chemin, à réaliser leur développement
personnel.
Il faut que nous arrêtions
de leur imposer nos idées, notre vision du monde et
de les enfermer dans un univers matériel carcéral,
que nous cessions de tenter de les modeler pour les rendre
conformes à nos valeurs sociales et politiques.
L'éducation que nous leur
donnons ne doit pas étouffer leurs facultés,
mais au contraire leur permettre de se réaliser. Leur
spontanéité, leur créativité doivent
sŻexprimer.
Si nous parvenons à retrouver
l'enfant qui est en nous, si nous sommes capables de conserver
nos yeux neufs dŻenfant, alors nous admettrons que nos enfants
fassent de même.
" Le grand homme est
celui qui n'a pas perdu son cur d'enfant. "
Mencius
" L'enfant est lŻexemple
concret des réalisations les plus parfaites de l'homme. "
Moréno
Témoignage
(témoignage de la maman
de S. recueilli par Martine Lévêque)
"Les enseignements de l'enfant"
par Martine Lévêque
Résumé du Mémoire 2002.
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