|
MÉMOIRES DE RECHERCHE DE L'INSTITUT :
LA
COMMUNICATION FACILITÉE
"Pour en savoir plus!"
Par B. BAUDOT
Après avoir lu le livre dAnne-Marguerite
VEXIAU " Je choisis ta main pour parler "
et quelques articles, jai décidé, afin
den savoir plus sur la question, de participer à
un séminaire dinitiation à la Communication
facilitée C.F. (C.F. 1) animé par Anne-Marguerite
Vexiau.
A cette occasion, Anne-Marguerite
Vexiau a présenté la C.F. comme une méthode
extraordinaire qui va très loin, voire tellement loin
quelle ne peut pas tout dire . . .
Après six années de
pratique quotidienne, elle obtient de bons résultats,
même trop bons, à tel point quils en deviennent
" irrecevables ".
Depuis quatre ans, les patients
quelle reçoit tapent avec elle dès la
première fois, alors que ce nest pas forcément
le cas avec des facilitateurs moins expérimentés.
Dans tous les autres pays, sauf
Israël, certains aspects de la C.F. dérangent
trop, et celle-ci se trouve donc exclusivement réservée
aux patients en âge de lire et ayant une motricité
et une coordination entre lil et la main suffisamment
bonnes. Ce type de patients parviendra ensuite plus facilement
à taper seul. Si Anne-Margueite Vexiau mettait les
mêmes limites, la moitié de sa clientèle
ne pourrait pas taper. Elle pense donc quil serait dommage
de se restreindre ainsi.
Anne-Marguerite Vexiau, nous explique
que, daprès elle, il existe deux niveaux de conscience
parallèles :
Une conscience cérébrale
portée par les neurones, dont le dysfonctionnement
peut entraîner des difficultés de compréhension
du langage.
Une conscience profonde universelle,
qui comprend tout (même chez un bébé handicapé
à qui on parlerait dans une langue étrangère).
Cette conscience cachée (lâme ) reste intacte
et entière quel que soit létat du corps.
Ces deux consciences communiquent de temps en temps.
Anne-Marguerite Vexiau trouve que
cette vision de la conscience donne le vertige et fait peur.
Cest chez les physiciens,
certains faisant preuve dune plus grande ouverture desprit,
que ses découvertes sont le mieux accueillies. Elle
a dailleurs participé aux rencontres du C.N.A.M.
sur " lapproche scientifique de la conscience "
de mai 1998, où elle a pu présenter la C.F.
à un public de physiciens, de neurologues, de biologistes
et de psychiatres. Ces échanges ont permis de mieux
comprendre les phénomènes à luvre
dans la C.F. ou du moins dexplorer certaines pistes
intéressantes.
Thierry Vexiau, mari dAnne-Marguerite,
de formation scientifique et desprit rationnel, après
avoir observé les découvertes de sa femme avec
scepticisme, a fini par se rendre à lévidence
et par la seconder dans son association (T.M.P.P.). Il a repris
pour le bulletin de lassociation (n° 9, juin 1998)
les interventions les plus importantes et quelques rappels
scientifiques qui permettent dentrevoir des explications
concernant la C.F..
Il commence par rappeler la dualité
onde-particule introduite par la physique quantique, il y
a un peu plus de 70 ans et qui, par ses paradoxes, nous a
amené à remettre en cause notre approche de
lunivers.
Tout se passe en effet "
comme si une particule élémentaire (un photon,
un électron) avait simultanément plusieurs comportements
différents : le même électron passe
en même temps à travers les deux fentes de linterféromètre.
Si on l " oblige " à
passer par une fente déterminée, on ne peut
savoir par laquelle il passera, comme sil choisissait
librement par quelle fente passer. Lautre exemple est
celui du phénomène " E.P.R. "
(exposé sous forme théorique par Einstein, Poldoski
et Rosen) : deux particules, situées à
une très grande distance lune de lautre
" savent " instantanément ce qui
arrive à lautre. Tout ce passe comme si le résultat
dune expérience pouvait être influencé
à distance, dans des conditions où aucune information
ne peut être transmise. Ces deux phénomènes
ont fait lobjet aujourdhui de nombreuses validations
expérimentales (si incroyables quils nous paraissent
encore).
La mécanique quantique
et la relativité introduisent ainsi dans la physique
théorique trois éléments fondamentaux :
Le libre arbitre :
la matière peut choisir,
la finalité :
la matière se comporte en fonction dun but futur
non encore réalisé,
la non-séparabilité :
des particules distantes restent reliées entre elles
par un réseau dinformations. "
Pendant ces rencontres, Olivier
Costa de Beauregard a également " rappelé
tous les paradoxes de la mécanique quantique et la
relativité, jusquaux expériences dites
" à décision différée ",
dans lesquelles un opérateur peut agir après
coup sur le résultat dune expérience passée
(travaux de Wheeler et de Shimony).
A lautre extrémité,
létude du cerveau met maintenant en évidence
des structures dans lesquelles pourraient se dérouler
des phénomènes quantiques à grande échelle
(au niveau des vésicules synaptiques selon John Eccles,
dans les microtubules selon Roger Penrose, dans les solutions
ioniques du cerveau selon le Dr Eric Wallich).
Les psychopathologies de
la conscience décrites par Yann Hodé montrent
aussi que la conscience na pas accès à
tous les états internes du système nerveux central.
Il existe de nombreuses couches dans le cerveau, capables
de fonctionner indépendamment les unes des autres.
Ainsi, dans certaines lésions du corps calleux, un
patient est capable dexécuter correctement un
ordre, sans être conscient ni de lordre reçu
ni de ce quil fait.
Le Dr Eric Wallich, au cours
de son exposé, a affirmé que les états
mentaux pouvaient ainsi être directement reliés
aux " fonctions donde " de la mécanique
quantique.
En bouclant la boucle et
en revenant à lintervention dOlivier Costa
de Beauregard et à la physique fondamentale, est-ce
la conscience qui émerge de la matière ?
Le physicien théoricien en vient à se demander
si ce nest pas linverse et si la matière
nest pas lépiphénomène dun
inconscient collectif. Le formalisme proposé par Emmanuel
Ransford permet de décrire ces phénomènes,
si ce nest de les expliquer, en dotant les particules
élémentaires dune forme de pensée,
la psychomatière. Le cerveau permettrait ainsi de réaliser
en permanence ce quil appelle les " conditions
paralantes ", nécessaires à linteraction
entre champs quantiques et matière
Le débat qui a conclu
la rencontre a montré que lapproche scientifique
traditionnelle était dans une impasse. Tout comme la
relativité et la mécanique quantique, la conscience
est inexplicable dans le paradigme scientifique traditionnel.
Tout en gardant la rigueur de lapproche scientifique,
il faut se libérer du réductionnisme, accepter
que cest parce quil y a un but, une énergie
organisatrice, quil existe des choses.
La plupart des intervenants
ont été vivement intéressés par
lexposé dAnne-Marguerite Vexiau. Le Dr
Dhaoui, qui lui a succédé à la tribune,
a souligné la possibilité dun " branchement "
du cerveau du sujet sur celui du facilitateur.
La conscience semble ne pouvoir
sexpliquer quavec de nouvelles hypothèses
scientifiques. Un certain nombre dintervenants ont évoqué
lexistence dune conscience universelle, une énergie
à lorigine de toute matière, dont la mécanique
quantique serait la première traduction dans le formalisme
scientifique. Cette énergie permet une communication
permanente entre la mémoire individuelle et une mémoire
collective, probablement par lintermédiaire de
champs quantiques.
En situation de C.F., après
avoir perçu inconsciemment la pensée du facilité,
le cerveau du facilitateur code cette pensée en utilisant
ses propres automatismes, son langage et son vocabulaire.
Il élabore ensuite les mouvements correspondants. La
synergie entre le facilitateur et le facilité dépasse
donc les automatismes moteurs pour sétendre à
tous les automatismes du cerveau.
Chez la personne handicapée
dont les mécanismes moteurs sont peu développés,
la pensée consciente ne peut sexprimer que par
la C.F. Au contraire, dès que le facilité dispose
dune autonomie suffisante, sa pensée consciente
mobilise directement ses propres automatismes.
A ce moment là,
le facilité sexprime avec son langage propre
et nutilise plus les mécanismes du facilitateur.
Cest pourquoi les personnes
normales ne peuvent plus exprimer de pensées conscientes
en C.F.
A linverse, les pensées
inconscientes, comme des souvenirs antérieurs à
la période dacquisition de la parole, ne peuvent
se formuler par des mouvements volontaires. Pour autant que
le facilité porte son attention sur autre chose, ils
peuvent alors sexprimer par lintermédiaire
des automatismes du facilitateur.
La C.F. ne serait finalement que
le " reste " des mécanismes qui
nous permettent, depuis le début de notre existence,
à " apprendre " de notre entourage
la signification du monde dans lequel nous vivons, les vestiges
dune consciences primitive qui régresse à
mesure que se développe la conscience de soi. "
Anne-Marguerite Vexiau fait plusieurs
fois référence pendant le stage au concept de
" supralité " élaboré
par E. Ransford qui lexplique ainsi (Bulletin T.M.P.P.
n°7, décembre 1997) :
" Mon idée de
base qui rejoint une longue et respectable tradition
panpsychique, dans une lignée qui passe par Teilhard
de Chardin est que tout élément de matière,
si petit soit-il recèle une goutte (souvent infime)
de psychisme. Ce psychisme, négligeable au niveau de
la particule individuelle, serait agrégeable ou assemblable.
Ce serait là son atout majeur, grâce auquel la
nature aurait pu fabriquer des agrégats " macropsychiques "
vastes et complexes comme nos esprits.
Cette capacité dassemblage,
je la baptise la supralité. Elle soude entre elles
les " gouttes " élémentaires
de psychisme pour former différents agrégats.
Cest elle qui serait à lorigine des liens
télépathiques. (Détail important, la
supralité est parfaitement identifiable au sein de
la physique moderne. Il apparaît dailleurs quelle
est totalement indifférente à la distance :
la proximité sensorielle et la proximité tout
court ne joueraient ainsi aucun rôle concernant la vraie
télépathie). Dans mon approche, le contenu psychique
inhérent à toute matière est très
généralement latent. (La " matière "
devient une sorte de substance plus complexe, la psychomatière).
Autrement dit, le " protopsychisme "
des particules élémentaires serait le plus souvent
dans un état de léthargie totale.
Cest pourquoi on ne le voit
pas : étant latent donc inerte, il demeure indécelable
dans les conditions usuelles. " Tout se passe comme
sil nexistait pas ". Mais dès
que les conditions favorables sont réalisés,
le " psi " sort de sa latence et
la conscience se manifeste, avec dautant plus dintensité
que son extension ou assemblage supral est important.
La supralité, elle, concerne
tout autant le psychisme à létat latent.
Elle senracine donc dans linconscient des individus.
Avec mon schéma explicatif, (qui conduit à identifier
ce qui sert de substrat à linconscient psychanalytique),
on comprend donc mieux comment tout cela sagence.
Pour conclure, revenons un instant
à lénigme du cerveau conscient. Comprendre
le pourquoi et le comment du cerveau conscient, dans le cadre
évoqué ci-dessus, devient alors un problème
conceptuellement simple.
Il sagit dabord didentifier :
quelles sont les conditions
favorables de " réveil " du " psi "
hors de sa latence (je les ai nommées les conditions
paralantes) ; puis ensuite :
de comprendre comment le
cerveau parvient à les réaliser, de façon
continue et à grande échelle.
Sur ce dernier point, je crois
à nouveau pouvoir affirmer que la science (et plus
précisément : la physique et les neurosciences)
fournit aujourdhui des éléments de réponse
qui sont beaucoup plus que de simples indices.
Nous serions donc peut-être
sur le point de percer le mystère du cerveau conscient
(qui na rien à voir, selon moi, avec lintelligence
artificielle).
Si cette aventure se fait dans le
sens de la théorie que je propose et développe,
alors nous aurons la clef dintelligibilité des
liens télépathiques auxquels Anne-Marguerite
Vexiau se trouve, malgré elle, parfois confronté,
dans sa pratique de la Communication Facilitée. Et
le paranormal perdra un peu de son aura vaguement inquiétante,
tout en gagnant droit de cité. Il rejoindra en fait
le normal, dans une conception plus vaste et partant plus
riche du réel. "
Revenons au stage de formation à
la C.F. animé par Anne-Marguerite Vexiau.
Pour elle, la C.F. représente
le moyen alternatif de communication le plus efficace pour
les personnes privées de parole. La C.F. ouvre un vaste
champ de recherche que lon commence tout juste à
explorer.
Mais ce nest pas une méthode
miracle, et si elle modifie la relation avec lenfant,
elle nallège pas nécessairement les difficultés
de la vie quotidienne. Les petits progrès réalisés
restent toutefois inappréciables pour les parents qui
voient leur enfant différemment.
Anne-Marguerite Vexiau insiste beaucoup
sur le fait quil faut rester prudent quant à
lexploitation des écrits qui peuvent être
mal interprétés. Il ne faut donc pas tout prendre
au pied de la lettre, ni oublier quil y a une influence
du facilitateur sur le facilité. Les écrits
doivent bien entendu rester confidentiels et il faut toujours
demander au facilité sil est daccord pour
montrer ce quil a écrit.
Ces écrits ont par eux-mêmes une valeur thérapeutique
et Anne-Marguerite Vexiau nen fait pas dinterprétation.
Il est cependant parfois nécessaire dexpliquer
les mots violents ou peu compréhensibles. Et heureusement,
le facilité réagit souvent en cas dinterprétation
erronée. Anne-Marguerite Vexiau en sait quelque chose,
qui sest parfois vue traitée de " nulle ",
" mule ", " gourde ",
" sourde " etc.
Les écrits
ne doivent néanmoins pas faire partie du dossier, ni
être interprétés en dehors du contexte.
Il faut bien entendu également se garder de juger ce
qui est tapé.
Jusquà présent,
les autistes étaient considérés comme
incapables de comprendre le langage et déprouver
des émotions et les pédagogies sadressant
à eux reposaient sur cette croyance évidemment
contestée par Anne-Marguerite Vexiau.
Celle-ci va même jusquà dire quil
est sans doute plus facile pour un handicapé de comprendre
une phrase complexe quun seul mot, car ce ne sont pas
les mêmes régions du cerveau qui entrent en jeu.
Elle cite lexemple dune mère qui sest
mise à parler à son fils sourd profond ce qui
a entraîné une modification considérable
de son comportement. Il faut donc parler normalement aux handicapés,
même si on ne comprend pas très bien pourquoi,
car les résultats sont là.
Anne-Marguerite Vexiau explique
que la plus grosse difficulté des autistes cest
la commande des mouvements, leur corps nobéit
pas aux ordres que donne le cerveau. Elle rapporte le témoignage
de Pierre, adulte autiste, qui illustre bien cela : " jai
mis 6 mois ou un an avant de pouvoir mettre la main sur lépaule
de quelquun et mon geste a été perçu
comme agressif, alors que cétait le plus beau
geste que je pouvais faire. "
Pour ceux qui parlent, il existe
également un décalage entre ce qui est dit et
ce quils veulent dire.
Anne-Marguerite Vexiau pense quil
existe certainement un état de conscience modifié
en C.F.
Le résultat obtenu dépend,
quant à lui, de ce quon pense que lenfant
est capable de faire.
Elle précise également
que le patient na besoin daucun apprentissage,
mais que cest le facilitateur qui a besoin dun
apprentissage.
Après avoir expliqué
comment soutenir la main du facilité, Anne-Marguerite
Vexiau va illustrer son propos en donnant la parole à
P., une jeune fille de 19 ans, souffrant dun gros retard
déveil et ne sexprimant pas. P., dont les
parents sont venus assister au stage, tape alors pour la deuxième
fois, la première fois ayant eu lieu quelques semaines
plus tôt avec Anne-Marguerite Vexiau. Celle-ci lui soutient
donc la main et lit au fur et à mesure ce que P. a
tapé.
En voici la retranscription, aussi
fidèle que possible :
" Minute de bonheur
Facile de favoriser ma note de vie
Je suis notée 20
Je rate ma vie
Rafistole moi en bonheur
Je veux fatiguer ma vie en avalanches de bonheur
Va faire des malheurs avec maman
Je veux quelle vive jamais malheureuse
Je veux dominer ma vie faite de maladie
Lappartement de vous est-il libre ?
Je vise à mavoir changée
Je mhabitue à lamour dêtre
gramme de vie joyeuse
Je ris
Vague de joie dite malade va changer en vague de joie rimant
avec bonheur
Jai changé de vie depuis fatigue dêtre
valeur de fille ratée
Je vois terre de vie avalanche de vie morte sen vont
Bonheur de tout vivre
Mensonge dêtre changée en cadavre
Je maffilie à mon père damour
Valorise moi à ses yeux
Fatigue de vie sen va
Lâme des femmes virées de la vie est grâce
Frousse que maman bac soppose
Je veux dare-dare tanguer sur ta machine
Je ravis moi en jachère réveillant
Bute de faire faire des choses fatigantes à maman ".
Puis P. parvient à
taper toute seule, non sans difficulté :
" Papa maman P
"
Cet échange en C.F.
fut particulièrement émouvant et même
si les mots tapés ne sont pas toujours très
limpides, il me paraît impossible de ne pas sentir,
en voyant P. taper et confirmer ce qui était lu par
des mimiques et des regards terriblement expressifs, que ce
qui a été tapé correspond bien à
ce quelle a voulu exprimer. Lémotion des
parents fut également évidente et ils expliquèrent
à quel point leur regard sur leur fille avait été
transformé.
Un échange a ensuite spontanément pris place
entre P. et un adulte, G., ne pouvant plus parler à
la suite dun accident :
P : " Tu
vis comment ?
Peux-tu faire fatigue de vivre dêtre sans parler ?
Gâchis dêtre vantard
Lamour de foutre en lair valeur de vie morte est
fort chez toi
Grave dêtre plein de mots dans la tête
Dame de vie qui fume de mots
Amalgame entre lui et moi "
G : " Nous
devons vous fermer la méticuleuse dame qui veut faire
môter la vie dure
Vrai ce que tu as dit
Je vous dis pataud de vivre malade
Frère sert de cadavre ".
Son accompagnatrice précise alors
que son frère est mort (ce quAnne-Marguerite
Vexiau ignorait).
Pendant cet échange,
P. et G. appuient leurs propos, qui sont lus au fur et à
mesure par Anne-Marguerite Vexiau, dacquiescements,
de gestes, voire de grognements dapprobation qui montrent
bien que ce qui est lu correspond à ce quils
voulaient dire.
Ce qui reste difficile à
accepter pour la plupart des parents, cest ce décalage
qui subsiste généralement entre ce que leurs
enfants écrivent en C.F. et leur comportement qui reste
impulsif et difficile à contrôler. Néanmoins,
les résultats sont visibles et dimportance. Tout
dabord, le bonheur qui transparaît sur leur visage
et dans leur regard lorsquils tapent en C.F., ensuite
lapaisement, très net chez certains, la diminution
des troubles du comportement, et lamélioration
des liens intra-familiaux.
La C.F. paraît donc
bien être la technique idéale pour redonner la
parole à tous ceux qui lont perdu, ou qui ne
lont jamais eue.
Son seul inconvénient
réside dans sa difficulté dapprentissage
pour le facilitateur potentiel.
Il faut arriver à soutenir la main avec fermeté
mais sans la contraindre, ainsi quà percevoir
et accompagner limpulsion qui est souvent à peine
perceptible.
La méthode est donc subtile et il semblerait que tout
le monde ne puisse pas devenir un facilitateur.
Daprès Anne-Marguerite Vexiau qui a déjà
formé de nombreuses personnes, sur 10 facilitateurs
formés, 2 ou 3 réussissent bien, 1 ou 2 ne réussissent
pas, les autres obtenant un niveau moyen de réussite.
Cest donc une méthode difficile qui demande plusieurs
mois, parfois des années de pratique avant de pouvoir
obtenir un résultat. Il semble quil y ait parfois
un déclic soudain, sans que lon sache pourquoi.
La technique est en fait secondaire car tout est dans le lâcher
prise et louverture dont on fait preuve vis-à-vis
du patient.
Il semble quun cheminement personnel aide à devenir
facilitateur et aussi, que quand une personne est déprimée,
lenfant ne puisse pas taper avec elle.
Il ma paru intéressant,
un an après le stage de demander aux participants sils
utilisaient la C.F. et ce quils en pensaient.
Jai donc envoyé
un questionnaire aux 25 participants.
9 mont répondu, dont une psychomotricienne, 2
parents, 2 éducateurs spécialisés, 1
orthophoniste, 2 étudiants éducateurs, 1 accompagnatrice.
Les réponses aux questions présentées
dans le tableau page 18 montrent que sur les 9 stagiaires
ayant répondu,
3 utilisent la C.F. souvent, dont 2 avec succès.
3 lutilisent parfois, dont 1 avec succès, les
2 autres ayant des résultats plus mitigés.
3 personnes ne lutilisent jamais.
Toutes, sauf une, comptent continuer ou commencer à
lutiliser.
A travers les réponses
apportées au questionnaire on retrouve encore une fois
limportance de ce changement de regard vis-à-vis
de la personne handicapée qui permet dinstaurer
une nouvelle relation, basée sur une meilleure connaissance
et une réévaluation des possibilités
du facilité. Celui-ci progresse, vient " avec
entrain aux séances ", fait preuve " de
plus de sérénité ", se responsabilise,
est " plus coopératif et communique
mieux en non verbal ", est, en fait, " plus
heureux ", " plus ouvert ".
Ces résultats montrent bien lintérêt
et la richesse de la C.F.
Lintérêt
et lutilité de la C.F. mont également
été confirmés par Mme L., mère
de deux enfants pratiquant la C.F.
Jai pu la rencontrer
et elle ma expliqué, au cours dun entretien,
comment ses enfants avaient pu bénéficier de
la C.F.
V., sa fille aînée,
âgée dune vingtaine dannées
nest pas autiste, mais souffre essentiellement dimportantes
difficultés motrices qui lont amenée à
être orientée en classe de perfectionnement à
lissue de la maternelle. Elle a suivi, depuis son enfance
de nombreuses séances de psychomotricité et
dorthophonie. Aujourdhui elle travaille en C.A.T.
depuis 3 ans et Anne-Marguerite Vexiau la suit en C.F. depuis
4 ans. Elle parle, mais reste parfois difficile à comprendre.
Daprès sa mère, elle parvient de plus
en plus à exprimer sa pensée clairement.
Elle lit et écrit, mais ne parvient pas à taper
seule à cause de ses problèmes moteurs. Mme
L. pense que cest grâce à la C.F. que sa
fille sexprime de mieux en mieux.
Le cas de son fils, C., âgé
de 16 ans et dernier de ses quatre enfants, qui pratique aussi
la C.F. depuis quatre ans, est différent. Son problème
serait sans doute plus psychologique, sans que lon sache
réellement de quoi il sagit, car tout comme V.,
il na pas non plus de handicap reconnu. Son comportement
difficile lui a néanmoins valu dêtre rejeté
de lEducation Nationale.
Une hypothèse possible
pour expliquer son handicap serait quil aurait voulu
voler au secours de sa sur en sidentifiant à
elle, et se serait ainsi enfermé dans sa bulle. Ses
difficultés sont beaucoup moins motrices que celles
de V. et il passe maintenant beaucoup de temps seul avec son
ordinateur.
Ses progrès sont énormes,
grâce à la C.F., quil pratique depuis quatre
ans, alors quauparavant, trois ans de psychanalyse navaient
rien donné du tout. Les séances de C.F. lui
permettent dexprimer ce quil ne peut exprimer
par ailleurs, notamment son désespoir et son découragement,
ce qui semble avoir un effet libérateur. Mme L. a remarqué
que chaque fois quun de ses enfants a pu exprimer en
C.F. quelque chose dimportant quil ne parvenait
pas à dire auparavant, il avait ensuite pu lexprimer
verbalement.
Certains parents assistent
aux séances, mais Mme L. pense que ce nest pas
une bonne chose, car ce que les enfants ont à dire
est souvent très dur, voire désespéré
(" je veux mourir ", " cest
injuste "). Pour sa part, elle reste dans la salle
dattente et nentre à la fin de la séance
que si ses enfants sont daccord. Là, Anne-Marguerite
Vexiau lui fait part de ce qui a été dit.
Cela lui a parfois permis
de comprendre certains comportements de son fils quelle
narrivait pas à expliquer jusque là. Alors
quil refusait de se rendre dans un établissement
spécialisé, il a, par exemple tapé : " Ils
sont tous fous, ils me font peur, je ne veux pas y aller ".
Une autre fois, elle voulait
savoir pourquoi avec son école il nallait pas
dans le grand bain à la piscine, alors quil y
allait sans problème avec elle et avec le maître
nageur qui lui avait appris à nager. Réponse
de C. :
" Avec maman, lhomme du bain sait
que je ne suis pas handicapé. A lécole,
je suis handicapé ".
Un autre jour, alors que C.
était particulièrement désespéré
et quAnne-Marguerite Vexiau essayait de lui redonner
du courage, il lui a répondu : " Tu
serais heureuse si tu étais handicapée ? "
En C.F., les jeunes commencent
très souvent par dire combien ils sont malheureux dêtre
comme ils sont et dêtre sources de difficultés
pour leurs parents. Mme L. trouve quil serait intéressant
que ces propos soient ensuite repris dans le cadre dun
accompagnement psychologique. Elle a parfois limpression
que les parents et leurs enfants se retrouvent seuls face
à un fardeau trop lourd à porter. Pour elle,
la C.F. est une voie parmi dautres qui lui donne pour
linstant satisfaction, mais elle regrette quil
ny ait pas davantage de possibilités thérapeutiques
pour ce type denfants.
Mme L. pense que le fait de
soutenir la main permet de ne pas rester focalisé sur
lacte moteur, ce qui libère la pensée
qui peut ainsi sexprimer. Elle croit aussi que la personnalité
dAnne-Marguerite Vexiau joue beaucoup dans sa réussite
auprès des enfants qui ladorent. Ainsi V. qui
avait à un moment tapé avec une jeune femme
formée par Anne-Marguerite Vexiau et quelle connaissait
déjà par ailleurs, ayant peur de ne pas pouvoir
continuer à voir Anne-Marguerite Vexiau, a tapé
à propos de lautre jeune femme : " Elle
me fait écrire ce que je ne veux pas écrire ".
Une autre fois, alors quelle
craignait également de ne pas revoir Anne-Marguerite
Vexiau, au lieu de répondre à la question que
celle-ci lui posait, V. tapa : " Je te répondrai
la prochaine fois, sort ton carnet. " Même
si Mme L. nest pas toujours très à laise
avec tout ce qui est dit en C.F.( par exemple les répétitions
de mots ou de phrase qui ne sont pas à eux), ce genre
de propos la conforte dans lidée que la C.F.
est une technique à la fois fiable et enrichissante
pour ses enfants.
Dailleurs, il suffit
de voir V., chantant et disant quelle est heureuse au
sortir dune séance de C.F. pour en être
persuadé. Ou de lire ce quelle a tapé
en séance : " toi tu sais que je
suis intelligente ", " tu es la liberté ",
" Grâce à toi je vis ".
Mme L. a essayé de
faire taper elle-même ses enfants, mais na pas
trouvé les résultats intéressants, car
trop proches du quotidien, ne venant pas assez de " leurs
tripes ". Elle préfère donc quils
continuent à voir Anne-Marguerite Vexiau, dautant
plus quils ont vraiment progressé, à tous
points de vue, depuis quelle les suit.
Conclusion :
Que ce soit daprès
le livre dAnne-Marguerite Vexiau ou daprès
les témoignages recueillis, la C.F. semble bien être
une technique valable et intéressante.
Des psychologues et des scientifiques
commencent à sy intéresser et un livre
vient encore dêtre écrit en C.F. (après
ceux de Birger Sellin) par une autiste allemande, Katia Rhode, "lenfant
hérisson ", best-seller paru en septembre
1999 en Allemagne (cf Le Monde du 15/02/00).
Cependant, les applications de la
C.F. ne se limitent pas aux autistes ou aux handicapés
souffrant de troubles du langage, mais concernent également
les enfants ou adultes valides parlant normalement mais présentant
des troubles psychosomatiques. Cest cette utilisation
de la C.F. quAnne-Marguerite Vexiau a baptisé
" psychophanie ". Le contenu de ce qui
est exprimé, indicible oralement, libère le
patient et lui permet de prendre conscience de lorigine
du mal être ou des troubles psychosomatiques. Leffet
thérapeutique est souvent important et rapide.
Un autre champ dapplication
pour la C.F., qui commence aujourdhui à être
exploré concerne les personnes dans le coma ( la pratique
de la C.F. permettrait alors daccélérer
les signes de réveil) ou les personnes souffrant de
la maladie dAlzheimer ou de Parkinson. Des expériences
intéressantes et prometteuses ont été
réalisées récemment à ce sujet.
Le problème à lheure
actuelle serait plutôt le nombre encore trop restreint
de facilitateurs compétents, car la demande existe
sans que lon puisse toujours y répondre.
Souhaitons donc que cette nouvelle
technique, qui permet enfin à ceux qui navait
pas la parole jusquà présent de pouvoir
sexprimer, se répande et soit acceptée,
même si lon ne peut pas encore en comprendre parfaitement
le fonctionnement. Les résultats justifient amplement
son utilisation.
Laissons le dernier mot à
Birger Sellin qui conclut son livre écrit en C.F. ainsi :
" vous vous trompez si
vous croyez que je suis une grande personnalité
je ne suis quune personne-sans-moi
qui est sortie de lobscurité du monde des autistes
pour entrer en contact avec des terriens humains de votre
genre
je ne peux cependant pas participer
à votre vie parce que mon monde me retient encore prisonnier
je suis toujours à la recherche de lissue menant
vers vous
jai envie de faire des choses
essentielles et me creuse la tête comment quelquun
comme moi peut être libéré de cette captivité
écrire est mon premier pas
pour sortir de lautre monde et je suis content que cela
soit devenu un livre maintenant
je vous souhaite une vie simple
mais intérieurement intacte énormément
riche-en-amour
votre obscur non-humain birger "
BIBLIOGRAPHIE
- Anne-Marguerite Vexiau,
" Je choisis ta main pour
parler " Robert Laffont
collection Réponses, 1996.
- Nouvelles (Clés n°14 (été
1997) " Le cerveau, des
possibilités insoupçonnées
"
par Marie-Thérèse de Brosses.
- Ta Main Pour
Parler, bulletins de lassociation
T.M.P.P., notamment les n°7, 9, 14 et15.
- Birger Sellin, " une
âme prisonnière " Robert
Laffont, collection Réponses, 1994.
- Temple Grandin " Ma
vie dautiste ", Editions
Odile Jacob, 1994.
- Donna Williams, " Quelquun,
quelque part " Edition
Jai lu, 1996.
"La Communication Facilitée"
par olivier Walter
Certifiée promotion 2000
>> RETOUR
À LA LISTE DES MÉMOIRES
|