Association Française du transpersonnel

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- POUR ECHAPPER A LA VIOLENCE - V. Trémintin


POUR ECHAPPER A LA VIOLENCE

par V. Trémintin

La violence de manière générale se caractérise pas la force brutale, qu’elle soit physique ou morale. Elle est synonyme de mal. C’est un point de vue culturel ancré dans l’homme.

Mais la violence est dans la nature, elle est une des forces, des manifestations de la nature. Et l’homme, imitateur-né, a reproduit dès son apparition au monde ce qu’il voyait. C’est ainsi qu’il a appris la vie, c’est ainsi que sa pensée s’est formée, c’est encore ainsi que les premiers rudiments de conscience se sont constitués en lui.

C’était il y a bien longtemps et pour des raisons compréhensibles. Seul de son espèce, différent de tout ce qui l’entourait, de tout ce qui existait, possesseur d’une force inférieure à celle de beaucoup d’animaux, démuni devant la nature grandiose mais accablante, il s’est plié aux exigences du milieu. Et il s’est adapté en reproduisant le spectacle auquel il assistait quotidiennement. La violence n’était donc pas un mal pour l’homme primitif qui n’avait que sa force physique pour faire face à toutes les difficultés qui se présentaient à lui en permanence. Force physique bien faible en comparaison de celles auxquelles il était confronté et auxquelles il devait s’affronter.

C’est ainsi que des forces autres que seulement physiques sont nées en lui au cours des âges. Le monde actuel pourrait ne plus devoir mettre l’homme en situation d’utiliser ces moyens primitifs. Mais les contenus archaïques se sont engrammés en lui et imprègnent encore son psychisme, la disparité des modes d’évolution, de civilisation, de vie, imprègne les diverses sociétés, l’accès au confort matériel prime les autres valeurs, le sens de vie est perdu pour la plupart, et l’individu est livré à lui-même, presque autant démuni qu’aux premiers temps de son histoire.

Le progrès culturel, social, scientifique, matériel dont le 19ème et le 20ème siècle attendaient beaucoup, tout même, n’ont pas apporté à l’homme ce qu’ils lui promettaient. Le mythe du bonheur, archétype constitutif de l’homme, vit toujours en lui et, non encore conscientisé individuellement, se transforme en besoin absolu de l’obtenir, quels qu’en soient les moyens et les formes.

Quelle que soit la société à laquelle l’homme appartienne, pays développés, en voie de développement ou sous-développés, les slogans vantent les bienfaits des biens matériels. Alors que nous savons que 25 % des habitants de la Planète possèdent 75 % du revenu mondial. Les pays développés sont de moins en moins riches, et beaucoup des autres sont de plus en plus pauvres, en dépit des efforts fournis par l’aide des premiers. Le chômage fait de plus en plus de victimes partout, la récession prend de l’ampleur, l’inflation écrase certains, la drogue, la délinquance, la corruption gagnent tous les milieux et les populations qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté augmentent de façon inquiétante.

Un état de crise sans précédent dans l’histoire s’est emparé de l’humanité et il n’y a guère d’individus qui ne soit touché d’une manière ou d’une autre. Crise économique, crise des valeurs, crise du sens, dangers qui menacent l’environnement, sont les nourritures dont chacun est gavé. La saturation est à son maximum et les forces archaïques sont réactivées en l’homme menacé, chacun à son niveau. C’est dans cette situation quasi-dramatique que l’on peut constater que la conscience humaine est peu évoluée.

L’impression ressentie est que la violence qui sévit est comme voulue.

Comme s’il ne suffisait pas qu’elle atteigne réellement certains dans leur corps, leurs biens et leur vie, — que ce soit individuellement dans des crimes souvent gratuits, des vols, des viols, et autres forfaits ou collectivement dans des guerres de plus en plus atroces où le déchaînement des haines raciales ou religieuses semble autorisé à semer la terreur et la mort. Les médias prennent un plaisir évident à déverser les scoops sanglants et les scandales éhontés aux informations, augmentés de films dans lesquels l’agressivité, la violence et la cruauté font assaut de raffinement dans l’horreur. Aux heures où les familles sont rassemblées pour le repas et le repos du soir !

Au moment où, face aux ébranlements que connaît toute l’humanité, il serait souhaitable que les responsables gouvernementaux de tous pays soient conscients de l’impact que les images ont sur les masses et offrent à leur regard des spectacles qui les anime de beauté, d’enrichissements. Or l’on assiste au contraire à des poussées de violence qui menacent l’équilibre psychique et affectif de chacun. Peu de programmes montre la générosité et la noblesse qui habitent cependant l’homme.

Tableau affligeant donné par les aînés aux jeunes dont on voudrait exiger politesse, pondération, ardeur aux études et au travail et épanouissement dans leur vie sociale et affective. Vision ubuesque servie par des dirigeants aux peuples qu’ils veulent gouverner.

Où est l’exemplarité attendue par les citoyens ? Il semble qu’on assiste à une volonté de maintien et d’escalade de la violence dans le monde et qu’elle soit cultivé et diffusée par ceux qui devraient mettre un point d’honneur à exalter les forces du bien, du beau, du vrai ( j’ose à peine écrire ces termes ), au lieu d’afficher les spectres de la désolation et de la décadence.

La mentalité des hommes a peu évolué. Aux jeux du cirque offerts dans l’antiquité ont succédé les divertissements télévisuels de même nature. Amuser les foules dans l’exhibition de l’horreur est signe de décomposition des sociétés et de dégradation humaine.

L’existence de l’homme sur terre a toujours été marquée par le tragique. Ainsi pourrait-on croire que telle est sa destinée pour toujours. Il n’en est rien. Les millénaires et les siècles passés ont été tachés du sang de nos ancêtres. C’est à travers les drames et les larmes que la conscience s’est fait jour.

L’époque présente porte le masque d’une grandeur et d’une abomination aussi importantes l’une que l’autre.

L’homme est parvenu grâce à la science à éradiquer les maladies infectieuses et contagieuses qui emportaient les enfants en bas-âge et des populations entières. Elle a réalisé des prodiges de bienfaits dont chacun se félicite. Elle n’a pas apporté le bonheur et la paix. Ce n’est pas sa fonction. Ce n’est pas en son pouvoir, Ceux-ci appartiennent à la conscience humaine, La vocation de l’homme est la création de Conscience. Il s’agit de ce supplément d’Âme qui est requis, individuellement, pour passer de la conscience ordinaire, dite phénoménale à la Conscience Réfléchie, à la Méta-Conscience. Il n’est pas question d’une autre conscience. C’est la même, mais dans des fonctions et des fonctionnements différents. Dans une vision du monde, de soi et des autres moins centrée sur soi, plus globale, plus vaste. Et oserai-je dire planétaire. Le monde a changé, l’homme est resté en arrière, car s’il s’est habitué au progrès matériel et en exige toujours plus. Il n’a pas modifié ses structures mentales, son psychisme. Ce qui ne se voit pas est infiniment plus complexe à traiter que ce qui apparaît à nos yeux, à nos sens. Le monde de l’intériorité est masqué par le monde sensible. Si l’humanité veut vivre elle doit changer.

Tout homme a droit au respect, à la vie qui commencent par la satisfaction matérielle des besoins fondamentaux manger à sa faim. Avoir un toit. Et à la satisfaction immatérielle des mêmes besoins fondamentaux se sentir reconnu, accepté, respecté. Tant que l’homme se sent exclu, il se sent aussi humilié. Et la blessure tôt ou tard se transforme en souffrance non tolérable. Et la violence monte ,.. Nous connaissons la suite. Elle est tragique et s’exerce depuis si longtemps... L’intelligence de l’homme a progressé. Son niveau de conscience peut aussi progresser. Pour le moment, l’humanité, au sens Teilhardien, est encore à venir.

Et l’HOMME reste à faire.

Peut-on éradiquer la violence ?
Pour l’homme c’est impossible, mais transformer cette énergie, quand elle fait des ravages, en forces constructives, me semble faisable.

V. Trémintin


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