Association Française du transpersonnel

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- Les leçons de sagesse - JEANNE GUESNE
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- De la Peur fondamentale qui nous sépare vers la sécurité - Dr. B. PERNEL
- Variété des expériences Transpersonnelles - Lucien ALFILLE
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- Corps, émotions et méditation - Dr Jacques VIGNE

ARTICLES D'ACTUALITÉ - Janvier 2008
- PERSONNEL, IMPERSONNEL ET TRANSPERSONNEL
chez Jacques VIGNE
- Marc Alain Descamps
- Voyage entre les lignes du monde - Myriam JOLINON


Voyage entre les lignes du monde

Rêverie à deux regards

Myriam Jolinon

 

L’homme possède deux regards pour voir le réel, deux regards contradictoires, deux regards qui s’annulent ou se complètent, selon les cultures, selon l’éducation reçue. Un réel s’efface, un autre apparaît, les deux se superposent. Toutes ces situations sont possibles, inhérentes à la nature humaine.

Nous apprenons à lire le monde selon un seul regard, sur nos terres d’occident. Un regard incomplet, un regard orphelin. Nous lisons les signes écrits sur la page, et nous nommons réalité l’ensemble de ces signes.

Un autre regard existe. Il s’apprend sur les terres intérieures, à l’orient de l’être, et donne à la page une dimension nouvelle.

L’expérience intérieure est une sorte de voyage entre les lignes, de l’autre coté des mots, de l’autre coté de la page, à l’envers du monde. Notre cerveau est capable de lire les intervalles entre les signes, d’entrer dans la profondeur de la page.

Pour entrer dans l’invisible du monde, il n’est pas nécessaire d’effacer la page du livre ! Il convient seulement d’accommoder le regard à une autre distance, d’ouvrir à l’extrême le champ de vision, jusqu’à ce que les formes des signes écrits deviennent flous, puis se mettent à danser.

Entrer dans l’épaisseur d’un objet, découvrir une réalité différente et vivante entre les lignes du monde, telle est la voie de l’homme riche de ses deux regards. Les signes du livre ne s’annulent pas. Ils portent le sens en eux-mêmes, et dans l’intervalle qui les sépare et les unit. Les mots sont vivants, mais leur sens est caché dans l’effacement de leur forme, lorsque le regard s’accommode à la profondeur et les transperce.

 

L’univers est semblable à une immense page de livre. Les formes, les lettres sont des signes visibles à la surface des choses, et l’espace entre les formes nous invite à la profondeur.

Au début, nos yeux inaccoutumés à ce mode de perception ne voient rien; l’obscurité est dense entre les lignes du monde, pour un cerveau non entraîné.

Dans la profondeur de la page nous découvrons notre profondeur véritable, et peu à peu les signes eux mêmes se gravent dans notre propre matière, terre matricielle du sens. Ils pénètrent en nous, ils s’intègrent. Ils prennent corps.

L’univers prend corps en nous dans les profondeurs de l’image. L’image n’a pas de profondeur par elle-même. La profondeur de l’image est le reflet de nos propres terres intérieures.

 

Dans les écoles d’occident, nous apprenons à lire des signes, et à les reproduire. Mais personne ne nous enseigne l’art de la lecture  entre les lignes. Nous sommes infirmes d’une moitié du monde. Nous sommes infirmes de nos propres profondeurs.

 

Nous construisons des ponts artificiels pour relier les lignes entre elles, les formes, les objets entre eux, les êtres entre eux, sans grand succès. Notre vie se brise sur la surface infranchissable. Notre vie devient semblable à un reflet, une image sans corps, une simple représentation sans profondeur.

Relier s’apprend à l’envers du monde, dans le dédale des fils de nos propres constructions, de l’autre côté de l’apparence, dans l’ombre des images et des signes visibles. Relier est un acte de foi, un acte qui nous engage, un sceau qui se grave dans l’épaisseur des choses.

 

Tout est dense, tout est fluide, simultanément. Les deux regards un jour s’accordent, s’accommodent l’un à l’autre. La page devient vivante. L’univers devient vivant. Alors je suis vivant, accordé avec l’envers et l’endroit, le dehors et le dedans, l’intérieur et l’extérieur, la profondeur et la surface, un grain de poussière qui palpite et respire en harmonie avec une totalité vivante.

Je perçois alors simultanément le grain de poussière qui exprime mon existence, et l’immensité de l’univers. Je suis l’un et l’autre regard, et la réalité changeante que je perçois devient l’expression de ma liberté.

L’être humain qui s’éveille à la réalité d’un univers unifié et inclusif exprime une harmonie nouvelle. Il n’est plus orphelin à l’occident du monde ; le voyage sur ses terres intérieures, à l’orient du monde, le réconcilie avec ses origines les plus lointaines, bien au-delà de sa propre histoire écrite sur les lignes. Tout être humain vit selon les lois d’un occident et d’un orient symboliques. Le monde extérieur reflète nos territoires psychiques.

Par ses deux regards, l’être humain découvre une dignité nouvelle, une verticalité de l’être. Riche de ses profondeurs, il écrit à la surface du monde l’histoire de la solidarité humaine et de la paix profonde.

 

Cette rêverie est chère à mon cœur.

Sur la densité des signes du monde, le poète pose son double regard et nous raconte l’envers des choses et des êtres. Son œuvre est une sorte de balise, une respiration, un souffle de vie pour le prisonnier d’un seul regard.

Le mystique ne se contente pas comme le poète, de décrire l’envers des choses ; il plonge tout entier de l’autre coté des mots, dans l’immensité du silence qui relie les signes entre eux. Parfois il se perd, parfois il éprouve le besoin de se rassurer en construisant des repères culturels ou religieux, parfois il se tait, riche d’une vie nouvelle. Le mystique découvre par lui-même les lois de la profondeur, en la vivant, alors que le savant, à la surface du monde, procède de façon logique, en spectateur qui décrit ce qu’il voit.

Le savant, le poète et le mystique existent en chacun de nous. Le savant règne à l’occident du monde, le mystique à l’orient, et le poète trace sans cesse des ponts entre ces deux continents. Aucun n’existe sans les deux autres ; ils forment un corps unique, et tissent la trame de nos vies lorsque nous les laissons assumer leur rôle, exprimer leur potentiel. Ils constituent un ensemble cohérent capable de percevoir le réel tel qu’il est. Sans le poète et le mystique, le savant est infirme, mais ne le sait pas. Sans le savant et le poète, le mystique est  un prisonnier du silence, à l’envers du monde. Sans le poète, le savant et le mystique ne peuvent communiquer. La parole et le silence construisent l’univers, à condition que leurs fréquences soient accordées. Le poète est une sorte d’accordeur de ce merveilleux instrument.

Une culture saine prend soin du savant, du poète et du mystique ; une culture saine exprime le cœur vibrant de la réalité, de l’altruisme et de la fraternité.

Alors, me direz vous, qu’est donc le transpersonnel dans ce schéma ?

Et je vous répondrai, le plus simplement du monde : si vous avez développé en vous le savant, le poète et le mystique, vous n’avez plus besoin de ce mot… Vous êtes devenus un être humain véritable.

L’individu en quête de transpersonnel nécessairement, devra développer ces trois fonctions de façon équilibrée. Il devra entreprendre le grand voyage entre les lignes du monde, s’acheminer vers ses terres intérieures inconnues ou abandonnées, construire les fondations de son être à l’orient du monde dans la luminosité douce et subtile du jour naissant.

De ce lieu délicat et fragile, il comprendra le monde et le monde le comprendra. Il gardera dans son cœur et dans ses cellules la lumière délicate de l’origine, et de là s’élancera vers la vie et vers les autres dans le respect des différences individuelles et collectives.

Nul ne peut aller vers l’autre sans être tout à la fois le savant, le poète et le mystique… il convient d’être soi même un être total pour voir l’autre. Sans cela, nous ne voyons en l’autre que la partie de nous-mêmes qui nous fait défaut ou qui nous ressemble.

            Le développement de ces trois fonctions implique un pèlerinage aux sources intérieures, et nous pouvons effectuer ce voyage avec des outils divers. Dans tous les cas néanmoins, nous aurons besoin de l’autre pour progresser.

Le savant, le poète, le mystique sont des fonctions de notre propre psychisme, et non des rôles qu’il convient d’interpréter sur la scène du monde. Il ne faut surtout pas confondre l’apparence et ce qu’elle recouvre. Ces trois fonctions oeuvrent au cœur de notre être, et peuvent s’exprimer selon des modes extrêmement variés dans notre environnement familial, professionnel, amical.

Notre identité profonde est complexe. L’harmonie interne de ces trois fonctions peut nous permettre de nous adapter à toutes les situations de la vie de façon créative.

Tant que nous restons confinés dans notre citadelle des certitudes, ces trois fonctions ne peuvent respirer. Le savant, le poète et le mystique, pris dans les filets invisibles de cette citadelle sans oxygène, meurent et disparaissent par manque de nourriture. Nous devenons alors des ombres sans corps, des robots sans âme, des esprits errants accrochés aux fils du monde ; notre corps souffre, notre cœur s’atrophie, et l’autre devient à notre insu la nourriture qui nous fait défaut…

Remettons nous en question ; tournons nous vers nos terres intérieures ; entreprenons ce pèlerinage fabuleux… traçons notre route entre les lignes du monde… c’est ainsi que nous rencontrerons l’autre, et nous-mêmes à la même seconde.

Ma rêverie s’achève pour aujourd’hui ; j’invite chaque lecteur à la poursuivre, à sa mesure. Bon vent et bon voyage !

A bientôt entre les lignes du monde !

 

 

 

 

 




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